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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 09:04

À quoi sert un ancien Président de la République ? À rien quand on se désintéresse désormais totalement de la vie politique. À moins que…


Un an après le premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007, il y a un personnage politique très familier des Français, depuis plusieurs longues décennies, qui est désormais aphone, ou disons, silencieux : Jacques Chirac, 75 ans.


Une célébrité très discrète

À part quelques dépêches furtives dans les actualités judiciaires (
21 novembre 2007) ou médicales (11 avril 2008), l’ancien Président de la République Jacques Chirac est depuis un an d’une discrétion exceptionnelle.

À ce titre, il confirme ce que beaucoup d’observateurs refusaient de croire : bien que tombé dans la politique active à une trentaine d’années (en 1962 en collaborant avec Georges Pompidou à Matignon), Jacques Chirac n’a pas que la politique dans la vie !…

Étrangement, cette destinée pourrait aussi s’imaginer aisément pour son successeur, Nicolas Sarkozy, baigné pourtant dès 1974 dans la politique active (à 19 ans). Après un mandat présidentiel (ou plusieurs), Nicolas Sarkozy, surtout s’il restait impopulaire, pourrait faire bifurquer totalement son existence vers d’autres ‘aventures’ où le luxe, la gloire et la puissance seraient encore sans doute de mise (probablement dans le monde des affaires).


Un Homo Politicus impressionant

En fait, Jacques Chirac est l’archétype de l’homme politique, et plus particulièrement de l’homme politique de la Ve
République.

45 ans de vie politique, dont 40 ans de fonctions électives (dont 28 ans de mandats parlementaires rarement achevés), 11 ans de fonctions gouvernementales dont 4 ans comme Premier Ministre et 12 ans Président de la République.

Et contrairement à ce que sa boulimie du pouvoir aurait semblé indiquer, Jacques Chirac n’a pas été un collectionneur de mandats, comme le furent, entre autres, Edgar Faure, Jean Lecanuet, ou même Laurent Fabius (ancien Premier Ministre qui fut deux fois Président de l’Assemblée Nationale).

Par exemple, en 1993, non seulement il avait refusé Matignon, laissant le poste à son ami Édouard Balladur (ce qui faillit lui être fatal pour l’élection présidentielle de 1995), considérant que la cohabitation était trop dangereuse pour sa nouvelle candidature, mais aussi, il avait refusé de présider l’Assemblée Nationale, n’y voyant aucun intérêt pour se préparer à 1995 (laissant le perchoir à Philippe Séguin).


Giscard en roue libre depuis 27 ans

Autre collectionneur, Valéry Giscard d’Estaing, qui fut tout, sauf sénateur (ni Premier Ministre) : député, ministre, Président de la République, député européen, maire, conseiller général, conseiller régional… (et même académicien !).

Il est vrai qu’être un ancien Président de la République à 55 ans est assez inconvenant quand on n’a plongé tous sa vie dans la politique.

Il y eut certes un désir naturel de revanche électorale (vite abandonné avec les sondages d’après 1981), mais il y a eu aussi la certitude d’être encore utile à son pays. Ce qui a fait que dès mars 1982, soit moins d’un an après sa défaite présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing se faisait élire conseiller général, reprenant une nouvelle carrière politique par la petite porte (la fin de sa vie élective sera marquée par son échec pour devenir maire de Clermont-Ferrand).


Mitterrand malade et De Gaulle vieillissant

Le cas de François Mitterrand après mai 1995 est assez particulier puisque très malade et même étonné lui-même d’avoir terminé son mandat (le Président du Sénat de l’époque, René Monory, en septembre 1994, se préparait à assurer l’intérim et le Premier Ministre Édouard Balladur se préparait à une élection présidentielle anticipée). Il a pourtant effectué un ou deux déplacements rue de Solferino (siège du Parti socialiste), pour faire une visite de courtoisie à ses compagnons de route socialistes avant d’en terminer avec sa maladie.

Le Général Charles De Gaulle, démissionnaire en avril 1969 et incapable à cause de l’âge de revanche ni de retour, se détourna de la politique française, allant même à s’expatrier pendant l’élection de son successeur Georges Pompidou. Son objectif était cependant bien naturel, puisqu’il voulait lutter contre le peu de temps qui lui restait pour terminer ses mémoires (c’est d’ailleurs ce qui l’avait fait hésiter à reprendre du service en mai 1958, ayant une conscience très élevée de sa disparition prochaine dès le début des années 1950).


Ancien Président, sans fonction fixe

En fait, le rôle d’ancien Président de la Ve
République n’est pas très bien défini dans la pratique pour un régime qui compte finalement des Présidences de presque 10 ans de longévité en moyenne.

Jacques Chirac semble donc reprendre le cours normal des républiques antérieures, celui d’un ‘sage’ qui ne s’ingèrent plus dans la vie politique intérieure.


Vincent Auriol et René Coty, emportés par la tempête gaullienne

Encore que les deux anciens Présidents de la IVe
République, Vincent Auriol (mort en 1966) et René Coty (mort en 1962) fussent parfois très partisans dans leur retraite post-présidentielle.

Le socialiste Vincent Auriol, par exemple, qui se refusait d’être un « Président soliveau » (et en ce sens, il ne l’a pas été avec sa fonction d’arbitre qui lui conférait une référence de stabilité face à l’instabilité ministérielle), quitta la SFIO en 1958 à cause de son désaccord avec Guy Mollet, s’occupa de rechercher des fonds pour son nouveau petit parti (PSA), et refusa de participer aux réunions du Conseil Constitutionnel (dont il était membre de droit et à vie) dès 1960 en raison de la gouvernance gaullienne. Il ne revint au Conseil Constitutionnel que le 6 novembre 1962 pour protester contre l’élection au suffrage universel direct du Président de la République (et contre la méthode jugée anticonstitutionnelle qu’employa De Gaulle à cette fin), et il prit très clairement position en faveur du candidat François Mitterrand en décembre 1965 (quelques jours avant sa mort).

Quant à l’indépendant René Coty, apprécié de tous et notamment pour avoir su humblement s’éclipser derrière De Gaulle, il se fit élire à l’Académie des Sciences morales et politiques et quelques jours avant sa mort, il prit nettement position contre l’initiative référendaire de De Gaulle sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.


Une page tournée : la culture (enfin) avant la politique

Jacques Chirac, lui, semble avoir tourné définitivement la page.

Intellectuel Jacques Chirac ? Bien sûr. L’anecdote très connue est le contraire du ‘faux cultivé’ : lui cultivait justement l’image inverse, sans doute pour se montrer proche des Français. Dans un avion, il préférait recouvrir les livres ou revues qu’il lisait (sur l’art japonais par exemple) d’une couverture de Play-boy alors que souvent, les gens font l’inverse !

Comme De Gaulle (avec Anne), Jacques Chirac a une fille (Laurence) qui a eu beaucoup de problème de santé, ce qui peut aussi expliquer que la politique n’était pas, contrairement aux apparences, au sommet de ses priorités.

Maintenant, donc, Jacques Chirac se garde de donner des bons ou mauvais points, comme en général les anciens Premiers Ministres ou l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing ont coutume de faire une fois sortis du pouvoir. On peut se souvenir du bilan du gouvernement par Raymond Barre publié dans L’Express chaque année au début du premier septennat de François Mitterrand.

Jacques Chirac serait-il devenu sage ? À la grande déception de ses anciens fidèles (qui, eux, n’ont pas encore terminé leur carrière politique) ?

Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, serait-il même regretté par
tous ces Français déçus parmi les 82% qui ont voté pour lui le 5 mai 2002 ?

Il est quand même cocasse que plusieurs députés socialistes, par exemple, s’en sont remis à la ‘sagesse’ de Jacques Chirac pour barrer la route à la
loi Hortefeux qui autorise le recours aux tests ADN.

Participant pour la première fois à une séance du Conseil Constitutionnel le 15 novembre 2007, aux côtés de Jean-Louis Debré (nommé Président en février 2007) et de Valéry Giscard d’Estaing (une photo quasi-surréaliste !), Jacques Chirac a sans doute appuyé de tout son poids ses convictions humanistes et ouvertes pour faire supprimer cette disposition qu’il avait jugée
inutile et blessante. En vain finalement.



Le silence politique de Jacques Chirac s’étend même sur toute la planète, puisqu’il a refusé les nombreuses sollicitations à tenir des conférences universitaires un peu partout dans le monde (job habituel des anciens Présidents américains ou même russe pour Gorbatchev).

Il faut dire qu’il n’en a pas vraiment besoin, financièrement parlant, avec une rémunération actuelle
estimée à 30 781 euros mensuels.


Une fondation toute nouvelle et même présente sur FaceBook

Le réel dada de Jacques Chirac, c’est désormais sa Fondation : Fondation Jacques Chirac pour le développement durable et le dialogue des cultures.

Jacques Chirac a réussi ainsi à réunir un beau panel de personnalités comme Kofi Annan, ancien Secrétaire Général de l’ONU, Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix (promoteur du microcrédit), Rigoberta Menchu, autre Prix Nobel de la Paix, Andres Pastrana, ancien Président de Colombie, et Fernando Cardoso, ancien Président du Brésil.

Se voulant moderne, la fondation a même un
groupe FaceBook dans le fameux site de réseau social international.

Si ses statuts ont déjà été publiés le 9 mai 2007 et si la fondation a été
reconnue d’utilité publique le 7 mars 2008, son lancement officiel ne se fera que le 9 juin 2008 au Musée du quai Branly.

Présidée par Michel Camdessus (qui apporta son soutien à François Bayrou en 2007), la fondation souhaite apporter des solutions à l’aide à l’emploi, au développement local, à la solidarité économique, et en priorité à l’accès à l’eau et aux médicaments, à la lutte contre la déforestation et à la mémoire des langues (en créant par exemple une banque de données audiovisuelles pour préserver les dialectes et langues vivantes en voie d’extinction, initiative qu’aurait applaudie le discret philologue Georges Dumézil disparu le 11 octobre 1986).


Un retrait de la vie politique bien négocié

Jacques Chirac met en devanture de ses nouvelles activités cette phrase :

« Avec un enthousiasme intact et la même passion d’agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France ».

Voilà bien pour Jacques Chirac une activité fort raisonnable qui apportera sûrement beaucoup au monde d’aujourd’hui.

Se créer une activité pour sa retraite et être utile à ses contemporains. Une sage décision à laquelle tout nouveau retraité se doit de réfléchir.


Je lui souhaite donc une bonne et dynamique retraite !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Site officiel de la Fondation Jacques Chirac.





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39045

http://www.centpapiers.com/Elysee-la-retraite-post,3613

http://www.lepost.fr/article/2008/04/22/1184355_chirac.html



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