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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 05:51

Ce mardi 6 mai 2008 en Caroline du Nord et dans l’Indiana, ont lieu de nouvelles primaires essentielles pour le choix du candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 2008.


La précampagne présidentielle aux États-Unis est terriblement incertaine. Si le candidat des Républicains est connu depuis presque deux mois avec le succès de John MacCain, celui des Démocrates est encore à faire, pourtant à quelques jours seulement de la fin des primaires (3 juin 2008).


Des Démocrates divisés

Depuis début janvier 2008, les deux sénateurs candidats démocrates, Hillary Clinton et Barack Obama, sont dans une bataille sans complaisance, n’hésitant pas à utiliser les arguments parfois les plus bas pour obtenir quelques délégués en plus.

De toutes façons, ce n’est ni en Caroline du Nord (où Obama devrait l’emporter) ni dans l’Indiana (rapport des forces plus imprécis), ni d’ailleurs à aucune autre prochaine primaire que l’un des deux candidats obtiendra le nombre nécessaire de délégués.

À la veille de ces primaires du 6 mai 2008, selon Real Clear Politics (site indépendant), Barack Obama totaliserait 1 747 délégués (dont 256 ‘super-délégués’) et Hillary Clinton 1 608 (dont 271 ‘super-délégé’) et 268 ‘super-délégés’ n’ont toujours pas pris position (les ‘super-délégués’ sont les apparatchiks et autres élus du Parti démocrate qui sont censés ‘temporiser’ la voix des urnes pour la désignation du champion démocrate).

Et il faut 2 025 délégués pour obtenir l’investiture alors qu’il n’y a plus que 404 délégués à élire (y compris ce 6 mai 2008) dans 8 États (et leur désignation à la proportionnelle ne facilite rien).

Parmi les ‘super-délégués’ qui ne se sont pas prononcés, il y a l’ancien Vice-Président Al Gore (dans sa traditionnelle chronique idéalisante sur France Culture, Alexandre Adler avait imaginé le 22 avril 2008 un ticket artificiellement formé par Al Gore Président – Barack Obama Vice-Président lors de la Convention démocrate), le candidat qui a jeté l’éponge John Edwards (qui a une cinquantaine de délégués à donner) et Howard Dean, le président du Parti démocrate.

Et que dit Howard Dean ? Qu’il faut absolument préserver l’unité du Parti, et donc, ne pas commencer la Convention du Parti démocrate divisé. Il propose donc qu’à l’issue de ces primaires du 6 mai 2008, l’un des deux candidats abandonne et contribue à la réunification du Parti démocrate face à un John MacCain qui pourrait profiter de ces divisions (encore que Barack Obama ait trouvé que cela permettait de stimuler l’intérêt des électeurs démocrates et de renforcer leur mobilisation au moment crucial de l’élection).


Exprimer une préférence

Mon but dans cet article, c’est d’expliquer pourquoi, à mon sens, le choix de Barack Obama par le Parti démocrate, puis son élection en novembre comme Président des États-Unis seraient un événement positif.

Il est évident que cette élection est américaine et que seuls, les citoyens américains sont habilités à y participer. Cela n’empêche pas chaque citoyen du monde, sachant l’importance politique, militaire, économique, scientifique et culturelle des États-Unis, d’avoir sa préférence.

Et la mienne va sans ambiguïté vers la personnalité de Barack Obama. Inutile de crier à la mode française de vouloir le soutenir, je m’occupe peu des effets de mode dans mes propres réflexions et sans doute que ceux qui cultivent cette même préférence le font avec des motivations très différentes voire divergentes.


Obama n’est pas un ange

Évacuons tout de suite l’idéalisme et l’angélisme.

Barack Obama est loin d’être un ange et son élection ne modifierait sans doute pas la majeure partie de la politique américaine dans le monde. Son élection, comme celle de Hillary Clinton ou de John MacCain, ne changerait pas la face du monde, c’est évident. Ces trois personnages alimentent à leur niveau un certain cynisme politique.

Si Obama en est arrivé à son niveau, à savoir, d’être sur le point de battre aux primaires la personnalité, Hillary Clinton, dont on disait qu’elle serait forcément élue, c’est par son exceptionnel charisme, qui peut aussi faire peur (il y a peu de frontière entre populaire et populiste), sa capacité à mobiliser de nombreux indécis, indifférents et autres désabusés, et par la nouveauté qu’il peut inspirer.

Personne ne conteste l’intelligence de Hillary Clinton, ni le sérieux de John MacCain. Ces deux personnalités sont des candidats classiques et de haute tenue. Mais Barack Obama, lui, est un peu à l’extérieur. Il a un don de communication extraordinaire qui le fait parfois passer (à tort à mon sens) pour un nouveau John F. Kennedy.

Il était par exemple remarquable que lors de la dernière Convention démocrate, en 2004, pour investir le candidat John Kerry, ce fut le discours d’un sénateur local de Chicago, Obama, qui surprit tout le monde et qui resta dans les mémoires (ce dernier ne fut élu alors sénateur de l’Illinois qu’en novembre 2004, après ce fameux discours).


Obama, une ‘couleur’ inclassable

Pour moi, la nouveauté d’Obama ne se situe pas dans un charisme bien maîtrisé, une aisance intellectuelle indéniable et une grande capacité à mobiliser des fonds de soutien.

Sa nouveauté, ce n’est pas non plus son origine, ou plutôt, c’est la manière dont il accorde son origine.

Barack Obama n’est ni blanc, ni noir.

Pour certains Blancs, il serait noir, car il aurait un père noir. On voit bien que dans un tel raisonnement, le Blanc est pureté et le Noir, tout le reste. Un discours qui fait curieusement penser à l’antisémitisme des plus sombres années en Europe.

Obama est un métis, comme quasiment toute la population mondiale depuis toujours, et plus particulièrement, comme l’est depuis sa naissance la société américaine issue d’un fabuleux melting-pot.

C’est en lisant son discours de Philadelphie du 18 mars 2008 (voir en annexes) qu’on peut se rendre compte de son sentiment sur ce qui lui collerait à la peau pendant sa campagne, sa couleur.

Une couleur de peau qui a été l’une des attaques les plus décevantes du clan Clinton, prononcée par une ancienne candidate à la Vice-Présidence (ticket avec Walter Mondale en 1984), Geraldine Ferraro (qui était dans le staff de Hillary Clinton chargée de collecter des fonds de soutien et qui a dû démissionner à la suite de ses propos) : « Si Obama était un homme blanc, il ne serait pas là où il est maintenant. Et s’il était une femme [de quelque couleur que ce soit], il ne serait pas là où il est. Il se trouve qu’il a beaucoup de chance d’être qui il est. ».

Des propos qui ont à peine choqué Hillary Clinton (seulement « pas d’accord ») mais surtout qui ne comprennent rien à la ‘réalité Obama’.


Obama, un ‘a-communautariste’

Car justement, contrairement à Jesse Jackson, contrairement à Martin Luther King (oserais-je dire de façon hors contexte, contrairement à Aimé Césaire ?), Barack Obama veut se départir de ce rôle du ‘Noir (ou métis) de service’.

D’ailleurs, il aurait bien du mal à représenter les Noirs des États-Unis, car né d’une mère blanche, originaire du Kansas et descendante du dernier Président des États confédérés (sudiste) de 1861 à 1865, d’un père noir originaire du Kenya, élevé d’abord en Indonésie (chez un beau-père indonésien et musulman) puis à Honolulu chez ses grands-parents blancs, instruit dans l’un des meilleurs lycées et après des études brillantes, avocats faisant partie de l’élite intellectuelle (nouvel angle d’attaque de Hillary Clinton, le ‘trop intellectuel’), Obama n’a donc aucune disposition à représenter les descendants d’esclaves noirs. En revanche, il a pu comprendre les conditions des Noirs défavorisés de Chicago en raison du choix de son début de carrière.

Obama ne représente pas la solution au problème des Noirs américains, il en assure son dépassement.


L’atout d’Obama

Le principal atout, à mon sens, c’est que, pour la première fois, Barack Obama est un homme d’envergure nationale qui rompt avec le communautarisme si prôné par les Américains.

Un modèle à bout de souffle qui cherche d’ailleurs de nouvelles solutions auprès du modèle français diamétralement opposé (chaque individu se distingue seulement personnellement et ne fait partie que d’une seule communauté, la République) au moment où, en France, certains (dont Nicolas Sarkozy qui a institué une représentation des musulmans de France, ou le CRAN qui revendique des droits spécifiques aux ‘Noirs’) cherchent à reproduire le modèle communautariste américain (qui a cependant bien fonctionné pour sortir l’Afrique du Sud de l’Apartheid).

Sa campagne se veut ‘universaliste’ et d’ailleurs, dans certains États, c’est bien une majorité de Blancs qui lui ont fait confiance, ce qui prouve que sa candidature n’est pas qu’un témoignage communautaire, mais bien une ambition (démesurée) d’être élu, et élu de tous.

Dans sa campagne, Obama s’adresse à tout le monde, et notamment à ceux qui sont en marge du système politique (abstentionnistes, apolitiques…) et aussi aux jeunes.


Une victoire de la conception française de la vie en société ?

C’est cela la nouveauté majeure. Obama n’est pas ‘tout blanc’, mais fait une campagne comme n’importe qui : pour gagner, comme n’importe quel candidat, avec cynisme, avec démagogie, avec parfois des discours creux ou grandiloquents, avec ses ratés parfois (notamment sur le Pakistan) mais comme les autres. Sans devoir sans arrêt revenir sur le thème communautariste. Dans lequel certains voudraient l’enfermer.

Il a dû toutefois en parler à Philadelphie à cause des propos d’incitation à la haine de son pasteur dont il a dû s’éloigner fermement car il reprenait des thèses opposées aux siennes sur le sujet de la couleur de la peau.

Dans ce discours de Philadelphie, Obama prononce souvent le mot ‘race’, ce qui est un abus de langage dans la mesure où il n’y a qu’une seule race humaine (mais les Américains le savent-ils ?).

L’élection d’Obama serait une victoire pour tous ceux qui refusent d’être rangées dans des catégories humaines, ce serait la victoire du droit à l’indifférence sur ceux qui misent tout sur leurs différences, ce serait en quelques sortes la victoire de la conception républicaine de la France (qui ne différencie les citoyens que sur leur seul mérite et pas sur leurs origines) sur la conception généralement américaine du communautarisme et de l’affirmative action (discrimination positive).


L'éventuel pousseur de lignes

Par ailleurs, la très forte personnalité d’Obama (capable de pousser les lignes, sa percée dès janvier aux primaires en est la preuve), son origine musulmane, me font l’imaginer le plus apte à en finir une fois pour toute avec le conflit israélo-palestinien (Israël étant un allié traditionnel des États-Unis).

Et plus généralement, s’il y avait des idées novatrices à faire passer à la communauté américaine ou internationale, Barack Obama serait le plus apte à faire évoluer les mentalités par son volontarisme.


Le fils de la mondialisation

Les Américains ont l’opportunité de changer complètement leur image internationale, en faisant élire un Président ouvert à tous, capable de mieux écouter ceux qui sont différents de lui. Il serait le fils de la mondialisation. Le résultat politique d’un monde qui est sans cesse en mouvement et surtout, qui communique désormais globalement (commercialement, culturellement etc.).

Et uniquement pour cela, ce serait une énorme avancée par rapport à l’arrogance bushienne.


Je ne serai jamais déçu par Obama, car je n’ai pas attente particulière en ce qui le concerne. Mais si j’avais à choisir, je n’hésiterais pas.

New America is back !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mai 2008)


Pour aller plus loin :

Discours de Barack Obama du 18 mars 2008 à Philadelphie.

Vidéo intégrale du discours de Barack Obama du 18 mars 2008 à Philadelphie.


 







http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39584

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080506/tot-usa-pourquoi-obama-89f340e.html


http://www.centpapiers.com/USA-Pourquoi-Obama,3692

http://www.lepost.fr/article/2008/05/06/1190009_usa-pourquoi-obama.html

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