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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 04:00

Après François Mitterrand et Lionel Jospin, qui furent les seuls leaders historiques à avoir porté le Parti socialiste à trois victoires depuis le Front populaire de Léon Blum, le socialisme français attend son nouvel homme providentiel. Ou femme providentielle…


Ce 21 mai 2008, plus personne ne devrait célébrer le 27e anniversaire de la prise de fonction du Président François Mitterrand. Pourtant, sa victoire était l’une des rares d’un leader socialiste depuis le début de la République française. La deuxième sur les quatre de l’histoire de France (1936, 1981, 1988 et 1997) si on exclut la victoire en février 1956 du Front républicain mettant à la tête du gouvernement français Guy Mollet (23 ans secrétaire général de la SFIO !).

Comme je l’ai évoqué précédemment, le congrès de Reims du PS prévu du 14 au 16 novembre 2008 ne constituera en aucune manière la clarification doctrinaire tant demandée par l’électorat. Sa déclaration de principes renouvelée laisse entières les ambiguïtés qui prévalaient déjà à la fin de l’Union de la gauche en été 1977 et plus encore depuis les premières mesures de rigueur budgétaire imposées aux Français par François Mitterrand, Pierre Mauroy et Jacques Delors en juin 1982 et en mars 1983.

Depuis, le Parti socialiste vit dans une autre de schizophrénie qui le fait gouverner, avec ou sans les communistes, dans une acceptation de la réalité économique (le contexte mondial donne finalement peu de poids au pouvoir politique) tout en continuant, aujourd’hui encore pour certains de ses membres, à tenir un discours anticapitaliste primaire et parfois anti-européen qui sonne d’autant plus faux et creux que s’esquissent des arrière-pensées présidentielles.

Et pourtant, la situation économique et sociale actuelle et les errements improvisés du pouvoir actuel pourraient conforter le principal parti d’opposition, dont la puissance est suffisante pour faire capoter la réforme des institutions (il semblerait d’ailleurs qu’avec l’échec rapide ce 20 mai 2008 de la proposition de réforme des élections sénatoriales présentée par les socialistes, les socialistes voteraient contre la révision constitutionnelle).

Encore faudrait-il que ce parti n’ait plus peur des mots, quitte sa phraséologie du passé et couche sur le papier une idéologie plus cohérente pour le XXIe siècle que pour le XIXe siècle.


L’absence de leadership au PS, une maladie pourtant qui se soigne

La période d’interrègne de leadership du PS entre 1993 et 1995 avait montré le fond du précipice : usure de trois premiers secrétaires en un temps record (Laurent Fabius, Michel Rocard, Henri Emmanuelli), mort politique de Michel Rocard, l’éternel candidat populaire de la deuxième gauche (tué par des élections européennes catastrophiques en juin 1994), suicide de l’ancien Premier Ministre Pierre Bérégovoy qui préfigura la fin de règne chaotique de François Mitterrand… mais aussi la possibilité de remonter très vite avec la victoire surprise de Lionel Jospin aux élections législatives anticipées de juin 1997.

Et cette remontée éclair s’était réalisée sans travail de fond doctrinaire.


L’après-Jospin

C’est donc dans ce contexte, la nécessité d’un nouvel homme fort après Mitterrand et Jospin, que la bataille des écuries présidentielles a pris toute sa signification.

On se souvient que Lionel Jospin avait placé dans son gouvernement ses deux dauphins potentiels : Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn (qui ont tous les deux quitté le gouvernement avant la fin de la législature) et que le rival habituel de Lionel Jospin était Laurent Fabius.

Il était donc probable qu’après l’échec lamentable de Lionel Jospin en avril 2002, le futur candidat socialiste en 2007 fût parmi ces trois dernières personnalités : Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius.


La mollesse politique de Dominique Strauss-Kahn

Martine Aubry, devenue impopulaire même à Lille à l’époque (« la dame des 35 heures » selon un livre très acéré de Philippe Alexandre) et Laurent Fabius ayant complètement déjanté avec sa position hypocrite et électoraliste contre le Traité Constitutionnel Européen en 2005, Dominique Strauss-Kahn, dont on blâme le dilettantisme, aurait dû avoir un boulevard pour se présenter à l’élection présidentielle de 2007.

Au lieu de boulevard, il n’a eu qu’une impasse qui pesait seulement un cinquième des adhérents du Parti socialiste. Pourquoi donc ? La réponse est pourtant claire.

Car Dominique Strauss-Kahn a fait comme tous les autres éléphants du PS, à savoir, une course de lenteur. Ils ont cru bien innocemment que moins ils découvraient leur ambition présidentielle, moins ils prenaient de risque.

Ce qu’aurait dû faire Dominique Strauss-Kahn, et sans beaucoup de risque de se tromper puisque Lionel Jospin avait officiellement quitté la scène, c’était en automne 2002 faire une grande conférence de presse et annoncer, d’une part, qu’il était candidat à l’élection présidentielle, et d’autre part, qu’il était prêt à prendre les commandes d’un parti abandonné à François Hollande.

Quand on regarde bien les choses, c’est à peu près ce qu’a fait Nicolas Sarkozy dès la réélection de Jacques Chirac en 2002, à savoir : affirmation publique et répétée de son ambition présidentielle (‘j’y pense en me rasant’) et conquête de l’UMP. Petit à petit, Nicolas Sarkozy a pu écarter tous les rivaux possibles (Alain Juppé, Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo…).


Un scénario satisfaisant toutes les ambitions (et donc aucune)

Au lieu de cela, Dominique Strauss-Kahn a préféré laisser filer le temps, estimant qu’au dernier moment, il deviendrait l’homme providentiel des socialistes.

Il faut dire à sa décharge que ce scénario avait été écrit par François Hollande, qu’on pourrait qualifier de ‘Guy Mollet des années 2000’, mais dans un autre but : que François Hollande lui-même devînt au dernier moment le candidat de la synthèse.

Lionel Jospin jouait aussi dans un silence renforcé pour un improbable retour, jouant avec maladresse le ‘De Gaulle socialiste de pacotille’.


Fabius autoconsumé

Seul Laurent Fabius avait avancé ses pions, mais à contre-courant. Lui, le Ministre des Finances qui fixa la parité définitive du franc et de l’euro, lui qui réussit avec brio à faire admettre les pièces et les billets en euros (un projet très ambitieux qui bouleversait les habitudes séculaires des Français), il se retrouvait dans la cour anti-européenne à taper sur l’Europe et à laisser entrevoir un faux plan B (qui n’est finalement rien d’autre que le Traité de Lisbonne dont les intérêts français ont été moins bien intégrés que dans le TCE lui-même).

Le problème de Laurent Fabius, « le plus jeune Premier Ministre que j’ai donné à la France » (37 ans à Matignon), c’est qu’il en est resté à l’école de Mitterrand, qui veut qu’on conquiert le Parti socialiste toujours par sa gauche (Mitterrand avec Chevènement contre Rocard et Mauroy en 1979 par exemple). Donc, en 2005, Fabius a agi de la même manière dans l’optique de 2007.

Laurent Fabius, une intelligence et une ambition gâchées de même ordre que celle d’Alain Juppé. Son échec aux primaires du PS en 2006 ne faisait aucun doute et curieusement, c’était lui qui jouait le plus ‘collectif’ alors qu’il aurait pu sans doute décider de quitter un parti inutile et se présenter sous ses propres couleurs.

Quant aux autres vieux grognards du mitterrandisme oublié, comme Jack Lang, ils pensaient, eux aussi, être les potentiels sauveurs d’un parti sans vie.


Un destin royal à l’horizon

Parallèlement à tous ces calculs de lenteur, une sous-ministre imaginait un scénario du tonnerre… À côté de ces mastodontes, une petite souris (qui deviendra vite un éléphant comme les autres), Ségolène Royal, a vite compris tout le poids des médias pour se faire une notoriété.

En étant désignée candidate à l’élection présidentielle en novembre 2006, elle avait réussi la course de lenteur des éléphants socialistes. Depuis ce moment, elle se croit l’héritière de François Mitterrand qui a dû attendre trois élections avant de gagner.

Ségolène Royal y croit dur comme fer : elle a su mobiliser les électeurs socialistes, imposer une nouvelle donne avec sa laborieuse démocratie participative et pense que le PS va devoir compter avec elle et sur elle pendant une ou deux décennies…

Mais tout le monde, au PS, n’est pas d’accord avec cette perspective…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2008)


Pour aller plus loin :

Interview de François Rebsamen (député-maire de Dijon) sur le fonctionnement du PS.


(Prochain article : la préparation de 2012)





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40139







http://www.lepost.fr/article/2008/06/05/1203339_parti-theorique-francais-2-une-course-de-lenteur-qui-a-mal-fini-en-2007.html







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