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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 08:58

Vouloir assurer la ‘diversité’, en France, c’est forcément vouloir trier, mettre dans les cases afin de montrer qu’il y a diversité. Air France s’est engagé dans cette voie douteuse. Parmi d’autres.


Ce n’est pas la première fois qu’une affaire de fichage ethnique surgit dans l’actualité. De nombreuses critiques à ce sujet ont été par exemple portées sur le comportement de l’ancien maire d’Asnières, le député UMP Manuel Aeschlimann.

Dernièrement, c’est la compagnie aérienne Air France qui est épinglée. C’est SOS Racisme (dont je me sens très éloigné politiquement) qui a relevé l’affaire.

Dans un souci de promouvoir la ‘diversité’, la compagnie aérienne a en effet souhaité ‘ouvrir’ la composition des équipages pour les vols spéciaux, qui constituent, pour le personnel naviguant, un avantage par rapport aux vols réguliers.

Par vols spéciaux, il faut comprendre les vols officiels, les avions affrétés par de grosses organisations (entreprises, associations sportives) et les vols humanitaires (j’ose espère que les charters d’expulsion des sans papiers n’en font pas partie).

Le porte-parole de la compagnie a précisé : « Notre personnel est très divers. Nous tenons à le montrer sur les vols spéciaux où c’étaient toujours les mêmes qui partaient auparavant. ».

Le souci est louable, encore qu’il faille savoir ce que signifie la diversité, et sa mise en pratique ne peut être que critiquable.

Pour concrétiser cette volonté, Air France a donc demandé aux hôtesses et stewards volontaires pour les vols spéciaux de répondre à un certain nombre de questions les concernant. Selon la dépêche, ce n’est pas l’employé mais le cadre qui mène l’entretien avec l’employé qui aurait rempli une fiche où sont consignés entre autres la taille, la couleur des cheveux de l’employé candidat, mais aussi… son ‘appartenance ethnique’.

L’expression ‘appartenance ethnique’ est de moi, mais dans le questionnaire, il ne s’agit apparemment que de se classer parmi sept ‘critères’ (comprendra qui veut comprendre).

Lesquels ? « africain, antillais, asiatique, eurasien, indien, méditerranéen, occidental ».

Comme c’est le cadre et pas l’employé lui-même qui remplirait la fiche, on pourrait imaginer que l’employé pourrait ne pas être d’accord avec ce qui y serait mis, mais Air France a déclaré que ces renseignements « ne sont pas obligatoires » et sont conservés « avec l’accord » de l’employé (sans préciser qui choisissait le critère, l’employé ou le cadre).

Pour la compagnie, « c’est un outil d’équité et de diversité ».

SOS Racisme, qui va toujours trop loin, accuse Air France de « satisfaire les demandes commerciales de certains passagers ».

Mais pourquoi préjuger des intentions d’Air France ? L’enjeu est tout autre qu’une simple problématique de marketing.

Regardons les conséquences de cette opération.


Absurdité des classifications ethniques

D’une part, il est complètement stupide de classer les ethnies en sept groupes. Encore une fois, il y a bien plus d’ethnies (rien qu’à Madagascar, il y en a déjà dix-huit !! et des très différentes, qui vont du Bantou à l’Indonésien !) mais qu’une seule race, la race humaine. Mais même en énumérant précisément toutes les ethnies, on oublie que le monde (qu’il soit occidental, africain, asiatique etc.) n’est que le résultat de multiples métissages, si bien que classer dans une catégorie n’a aucune pertinence. Chaque individu (et ses frères et sœurs) constitue une catégorie à lui tout seul !

Ce dessin humoristique illustre assez mes propos ; celui-ci aussi, mais en y mêlant des arrière-pensées que je n’ai pas.


La Constitution refuse toute discrimination ethnique

D’autre part, comme le souligne avec raison SOS Racisme, c’est anticonstitutionnel. J’avais ici rappelé mon opposition à un amendement à la loi Hortefeux autorisant les statistiques ethniques, amendement scandaleusement voté par le Parlement mais heureusement refusé fermement par le Conseil Constitutionnel.

Air France a beau déclarer que le procédé est déclaré depuis 2004 à la Commission nationale informatique et libertés (que le projet de loi constitutionnelle pour réformer les institutions souhaiterait supprimer au profit d’un organisme qui n’a pas encore fait ses preuves alors que la CNIL maîtrise bien son sujet), cela ne préjuge en rien de son caractère légal et constitutionnel (la CNIL n’ayant apparemment pas été saisi sur cette affaire, SOS Racisme l’a-t-il d’ailleurs saisie ?).


Qu’est-ce que la ‘diversité’ ?

Maintenant, revenons plutôt à la notion de diversité.

Il s’agirait, en gros, de vouloir rendre accessible aux emplois et fonctions ‘intéressants’ toutes sortes d’employés, et notamment de ??? différents. Ce sont les points d’interrogation qui posent problème. Quoi différents ? la couleur de la peau ? la nationalité des parents ou des grands-parents ? l’ethnie supposée différenciée d’une autre ? le groupe sanguin ? la couleur des cheveux ou des yeux ? la masse corporelle ? la taille ? la religion ? la sexualité ? le sport ? quoi encore ?

Cette notion, elle provient des États-Unis.

La diversité est l’un des facteurs clefs sur lesquels une entreprise américaine est jugée. Et le rôle de la diversité n’est pas anodin : elle se base sur une philosophie qui est très positive et va à l’encontre du dogmatisme à étiquettes très fréquent en France. Il s’agit de constater que plus les salariés d’une entreprise ont une origine diverse (sociale, culturelle, professionnelle etc.), plus ils enrichissent l’entreprise en apportant leurs propres méthodes, expériences, intuitions, points de vue etc.

En France, on serait plutôt tenté d’enfermer un salarié dans sa spécialité d’origine. Et de réunir dans une même entreprise des salariés façonnés dans le même moule (chaque grande entreprise française a ses écoles de prédilection).

Alors qu’aux États-Unis, la société est complètement basée sur un système de discrimination. Positive parfois (‘affirmative action’) mais pas toujours. Il suffit de voir le découpage des circonscriptions électorales dans les grandes villes. Dans le but de permettre des élus noirs, par exemple, les frontières des certaines circonscriptions traversent l’intérieur même des immeubles, pour séparer les appartements où habitent des ménages noirs de ceux où habitent des ménages blancs (malheur aux ménages mixtes ou métis !).

En France, nos valeurs communes sont toutes autres. Elles reposent sur une idée très révolutionnaire du creuset républicain : chaque citoyen est égal en droit et ne peut se distinguer que par son SEUL MÉRITE.

Et voilà où se trouve la grande incongruité de cette mode de la ‘diversité’ dans les entreprises : vouloir considérer le salarié selon ce qu’il est et pas selon ce qu’il fait. Selon ce qu’il ne peut pas changer car inné et pas selon ce qu’il peut changer car acquis.

D’ailleurs, on mélange tellement les choses qu’on place aussi parfois la parité homme-femme dans la diversité, et pourquoi pas, le taux de personnel handicapé.

Air France (qui avait dans le passé fait de la discrimination vis-à-vis des personnes obèses) n’est sans doute pas la seule entreprise à promouvoir ainsi la diversité.


Défendons nos principes républicains !

Étrangement, c’est celui qui parle de mérite qui semble avoir les plus grandes tentations de discrimination positive.

Laissons les citoyens, salariés, justiciables etc. se classer par leur seul mérite, et ne nous laissons pas submerger par ces discours prétendument d’ouverture qui renforcent l’étiquetage et les préjugés sur chaque individu.

Bref, préservons notre modèle républicain !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 juillet 2008)


Pour aller plus loin :

La dépêche AFP du 2 juillet 2008.




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