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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 09:27

La première visite en France du pape Benoît XVI montre une ferveur qui contraste avec la baisse d’audience de l’Église. Effet de star comme pour le Dalaï Lama ?



La venue d’un pape en France est toujours un événement important, et on se demande toujours pourquoi elle suscite autant de commentaires. Après tout, si Benoît XVI est le principal responsable d’une religion qui compte près de 1,1 milliard de fidèles, il est aussi le chef d’un micro-État qui a droit aux mêmes égards et honneurs que n’importe quel chef d’État, y compris des personnages peu recommandables comme Mouammar Kadhafi ou Bachar el-Assad.

Sur la question de la « France, fille aînée de l’Église », son prédécesseur, Jean-Paul II, avait désamorcé une fois pour toutes les critiques lors de sa venue à Reims en 1996 où il avait reconnu que la France était une république laïque et que chacun pouvait croire à ce qu’il voulait, tant qu’on laissait aux catholiques le droit de croire et de pratiquer leur foi, reconnaissant lui-même que la date anniversaire du baptême de Clovis était arbitraire et assez incertaine d’un point de vue historique.


Autre personnalité

Succédant à un pape d’une grande longévité (26 ans et demi), jeune (58 ans à son élection) et très charismatique, Benoît XVI est, à 81 ans, d’une toute autre personnalité. Visiblement, il n’apprécie pas les foules et ne cherche pas beaucoup les bains de foule. Entendre en plein cœur de Paris, à deux pas de la Concorde et des Champs-Élysées, le léger accent allemand du très bon français parlé par le pape pourrait surprendre.

Je suis allé aux Invalides le samedi 13 septembre 2008 où le pape a été accueilli par le cardinal André Vingt-Trois (archevêque de Paris, précisons que Vingt-Trois s’écrit en toutes lettres, c’est son patronyme et pas un numéro !) et j’ai pu comparer avec la venue de Jean-Paul II à Reims. Dans sa papamobile, Benoît XVI est allé directement vers la haute tribune en bois, au fond de l’esplanade, saluant un peu discrètement la foule qui l’applaudissait. Cela a pris une dizaine de minutes.

Tandis qu’en 1996 à Reims, où j’étais également présent (ce genre de manifestation me fait toujours peur, une si grande foule donne le vertige, mais je ne suis pas un habitué des stades non plus), Jean-Paul II était passé consciencieusement dans toutes les allées avec sa papamobile, afin de saluer tout le monde, y compris ceux qui étaient mal placés. Cela avait duré entre une demi-heure et une heure, ce n’était pas très utile d’un point de vue liturgique, mais cela avait permis à tous les participants d’approcher vraiment le pape, de ne pas le voir que sur un écran géant.

Est-ce un manque de considération de la part du pape actuel ? Évidemment non, c’est simplement que son esprit est ailleurs. Il n’était sans doute pas destiné à être élu pape, et s’il l’a été, c’était simplement pour succéder à Jean-Paul II. C’était son expérience (il était le seul cardinal survivant à avoir été nommé avant l’élection de Jean-Paul II) et sa grande proximité avec Jean-Paul II sur les questions de la foi et de théologie qui ont permis un rapide consensus sur son nom. Son âge en ferait un pape de transition, mais rappelons-nous aussi que Jean XXIII qui initia le Concile Vatican II était aussi considéré comme un pape de transition à son élection.


Un chercheur et un intello avant tout

L’esprit est ailleurs, car Joseph Ratzinger est d’abord un intellectuel, un théologien, un "savant", un chercheur, et un admirable adorateur de la raison. Si on peut d’ailleurs regretter la faible densité intellectuelle de son homélie ce 13 septembre 2008, assez passe-partout et qui aurait pu être prononcée par un prêtre lambda, c’est peut-être parce qu’il n’a pas osé en faire trop sur le sujet et qu’il avait déjà excellé la veille auprès des artistes et intellectuels réunis au Collège (restauré) des Bernardins.

Il a cependant rappelé l’une de ses logiques qui ne peut être que sensée : en substance, Dieu a doté l’homme d’un cerveau et d’une intelligence, alors, il faut qu’il s’en serve et que la raison triomphe. La raison a sans doute été souvent vaincue dans le passé par la religion. Mais la raison n’est pas l’ennemie de la foi, elle la complète. Quand le pape rappelle la primauté de la raison sur l’obscurantisme, cela rassure toujours.

Dans la même logique, Benoît XVI a demandé également à renoncer à adorer les idoles. Des propos qui pourraient s’élargir en politique au concept d’homme (ou de femme) providentiel. Vous pourrez retrouver en fin d’article la vidéo de cette homélie et une autre réalisée par la Conférence des évêques de France qui apportent les commentaires de plusieurs évêques français.

Autre exemple où le sens de la logique et la rigueur de la précision se sont illustrés. Samedi matin, Benoît XVI avait demandé que les fidèles, au credo, ne répondent pas à ses questions sur la foi par un « Oui, nous croyons. » (comme d’ailleurs indiqué dans les livrets distribués) mais par un « Oui, je crois. » car la relation avec la foi ne peut être qu’individuelle et en parlant au pluriel, on impliquerait les autres de façon peu pertinente.

Sa première encyclique
Deus Caritas Est (Dieu est Amour) est non seulement un succès éditorial (plus de 1,5 millions d’exemplaires vendus), mais montre la profondeur et la complexité de la réflexion de Benoît XVI (voir le texte en entier en fin d’article). Il reprend le mot assez galvaudé de "charité" pour traduire le mot ‘amour’ dans le sens "amour de Dieu" ou "amour du prochain". Rien à voir avec l’amitié ou l’amour-éros évidemment. Cela signifie avant tout que Dieu est le contraire de la violence ou de la vengeance qui lui sont étrangères.


Ferveur populaire

Avec cette absence de charisme, tant de ferveur au passage de Benoît XVI est étonnante de la part d’un pays qui se déchristianise de plus en plus (51% seulement des Français se considèrent catholiques contre 80% en 1990). 260 000 participants étaient présents sur l’esplanade des Invalides. La foule retardataire a été bloquée sur le pont Alexandre III et même du côté du Grand Palais, sur l’autre rive de la Seine. Des dizaines de milliers de personnes ont même dormi sur place pour être au meilleur endroit pour apercevoir le pape. Il y avait beaucoup de familles, d’enfants, et évidemment, de religieux : 50 évêques et 900 prêtres étaient présents, provenant de plusieurs pays.

La personnalité de Benoît XVI prête toujours à controverse. Mais c’est d’abord lui qui, à Vatican II, avait bousculé les vieux cardinaux pour amener le catholicisme dans le monde moderne. D’un point de vue théologique, pas beaucoup de différence avec Jean-Paul II sur les questions de la vie : il condamne l’avortement tout comme il condamne la peine de mort, deux logiques qui vont à l’encontre de la vie.

Il n’en a pas parlé samedi, et il a surtout insisté à encourager les vocations. En France, la situation est dramatique et de nombreuses paroisses ferment en raison du manque de prêtres dont le nombre est passé 37 555 en 1970 à 15 440 aujourd’hui (1 400 de moins qu’il y a quatre ans). C’est certainement une récurrence dans les grandes manifestations papales : enrayer la crise des vocations, et ce public y est particulièrement sensible.


Crainte d’un retour du traditionalisme

Une des accusations portées à l’encontre de Benoît XVI, c’est le retour de la messe en latin et une tentative de se raccommoder avec les traditionnistes (qui s’étaient placés en dehors de l’Église catholique en ordonnant quatre évêques non reconnus par Rome). Personnellement, je trouve le latin (que j’apprécie par ailleurs) non seulement démodé, mais peu apte à être en osmose avec la société d’aujourd’hui. Mais sans doute que Benoît XVI est d’une autre génération, que le latin, pour lui, représente quelque chose. Cela dit, seulement 0,1% fidèles auraient été touchés, en France, par ce motus proprio papal du 7 juillet 2007, "Summorum Pontificum", permettant l’ancien rite en latin. Henri Tincq a fait une analyse très intéressante de ce sujet au début de l’été (voir en fin d’article).

Le risque, c’est que ceux qui s’engagent dans la foi, dans la vocation religieuse, dans la jeunesse, ne soient que ces proches de la tradition et que tous les progressistes, un peu dégoûtés par ce retour en arrière, renoncent à la vocation sacerdotale, renforçant alors l’emprise du traditionalisme sur un clergé de plus en plus passéiste.

Et c’est certainement la plus grande critique que l’on peut adresser à l’Église catholique : celle de ne pas adapter mieux les parties non intangibles du dogme à la réalité sociale et économique d’aujourd’hui.

Gageons que ce sera le défi du prochain pape.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 septembre 2008)


Pour aller plus loin :

Homélie de Benoît XVI aux Invalides (13 septembre 2008).

L’encyclique Deus Caritas Est du 25 décembre 2005 (première de Benoît XVI).

Le pape Benoît XVI et ses intégristes (Henri Tincq, Le Monde, 3 juillet 2008).

Vidéo de l'homélie du pape aux Invalides (13 septembre 2008).



Vidéo sur les commentaires des évêques français à propos de la venue du pape.






http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44457



http://www.lepost.fr/article/2008/09/15/1265226_le-pape-benoit-xvi-a-paris-une-foule-inattendue-aux-invalides.html



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commentaires

krybaby 15/09/2008 17:10

Il est tres sympa votre blog !!a bientot

fjr 15/09/2008 13:47

"Deus Caritas est" est particulièrement intéressant dans la mesure où l'encyclique essaie justement de réconcilier Eros et Caritas (comme, par ailleurs, Benoît XVI cherche à réconcilier foi et raison?).Je cite "La foi chrétienne a toujours considéré l'homme comme un être dans lequel esprit et matière s'interpénètrent et font l'expérience d'une nouvelle noblesse. Oui, l'éros veut nous élever en extase vers le divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes. Mais c'est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons".Certainement un pape qui a la conviction que chair et âme ont partie liée, ce qui explique peut-être son goût pour le rituel...

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