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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 12:05

Être soumise par son mari va devenir rédhibitoire pour obtenir la nationalité française. À moins qu'il ne s'agisse que d'une pratique radicale de sa religion... Une pratique sans doute non conforme mais pourtant pas interdite de sa foi.


Le 27 juin 2008, en appel, le Conseil d'État a refusé d'attribuer la nationalité française à l'épouse marocaine d'un Français, mère de trois enfants nés en France et qui parle parfaitement la langue française (la difficulté de parler le français est l'une des raisons principales des refus de nationalité française).


Défaut d'assimilation

La raison invoquée était son refus d'assimilation en raison de sa pratique radicale de sa religion (musulmane) et de sa conception de la femme au sein de la société qui irait à contre les valeurs fondamentales de la République française, notamment la laïcité.

Selon cette femme visiblement soumise par son mari, la soumission des femmes par les hommes est une chose normale et non seulement, elle ne s'en indigne pas, mais elle considère que c'est dans l'ordre des choses.

Le hic, c'est que si le Conseil d'État ne lui reproche pas d'être musulmane (heureusement), il lui reproche cependant de porter la burqa. Or, cet habit, qui voile tout le corps et ne laisse au visage qu'une étroite fente pour les yeux, a été imposé à la femme par son mari.

Il est d'ailleurs étonnant qu'une telle pratique (« radicale ») de l'islam ait été adoptée par une femme originaire du Maroc, pays où l'on s'habille très rarement de burqa.


Laïcité et égalité sexuelle versus liberté religieuse ?

Mon propos n'est pas de fustiger la laïcité et encore moins de ne pas m'opposer à des pratiques extrêmes qui, à mon sens, dénaturent l'objet même du culte.

Je suis partisan de l'interdiction du voile islamique dans les écoles de la République afin de ne pas faire de distinction entre nos enfants et de ne pas rendre difficiles quelques obligations scolaires (comme l'enseignement sportif ou l'identification d'un élève lors d'un examen).

D'ailleurs, si je me laissais aller à mes émotions, en voyant ce type ce comportements, j'aurais tendance à craindre une islamisation à outrance de la France qui pourrait bouleverser ses équilibres culturels.

De plus, cette soumission acceptée de la femme à son mari ne conforte l'idée que je me fais des rapports entre les hommes et les femmes qui doivent être basés sur une saine et équitable relation de partenariat où chacun, complémentaire, apporte sa part de richesses et de besoins.


Un Conseil d'État qui était plus prudent il y a plus de quinze ans

Cela dit, alors que ce même Conseil d'État avait refusé de statuer au sujet du voile à l'école en refilant le bébé au Ministre de l'Éducation nationale de l'époque, à savoir... Lionel Jospin, qui n'a rien fait (il a fallu attendre François Bayrou pour interdire par la loi le voile à l'école et en finir une fois pour toutes, après une décennie de polémiques, avec ce sujet), ce grand corps de l'État s'est cru permis de statuer sur un sujet éminemment privé (le comportement personnel dans la pratique d'une religion).

En effet, il avait finalement à choisir entre deux logiques qui, d'un point de vue intellectuel, se valaient.

Ou il considérait la liberté confessionnelle comme faisant partie du domaine privé et ne devant pas être prise en compte par l'État, ou il prenait en compte cette pratique au nom de la laïcité et des principes républicains qui me sont chers, et dans ce cas (celui finalement adopté), il confirmait le refus de la naturalisation de cette femme.


Une double peine pour la victime

La réalité ne doit pas être rose pour cette épouse et mère musulmane, vu sa soumission et son incapacité à vouloir penser par elle-même. On pourrait même imaginer que cette dame ne soit pas en mesure de voter en toute intelligence et sans influence de son mari.

Mais je la considère plus comme une victime (de son mari) que comme une prosélyte d'un islamisme fondamentaliste (que je combats).

C'est comme si, sous prétexte qu'une femme est battue par son mari, et considérant le fait de battre son épouse comme étant contraire aux valeurs de notre République (ce qui est heureusement le cas), on lui refusait la nationalité française.

Si une mesure de coercition devait être prise, cela ne devrait pas se faire au détriment de la victime mais contre ce mari qui impose une soumission si archaïque à son épouse. Comme il est Français, on ne peut cependant pas faire grand chose en ce qui le concerne.


Respect et neutralité

Alors, même si je suis très attaché au principe spécifiquement français de laïcité, je ne peux me résoudre à accepter cette décision du Conseil d'État du 27 juin 2008 qui oublie que la laïcité, ce n'est pas une lutte contre les religions, mais le respect de toutes les croyances (encadrées par le Code pénal), et surtout, la neutralité de l'État.

Cette décision est une véritable ingérence des consciences individuelles et ne pourra qu'attiser les divisions des Français au lieu de les rassembler.

Elle est également en contradiction avec le jugement du tribunal de Lille du 1er avril 2008 qui avait annulé un mariage sous prétexte de mensonge de la fiancée sur sa virginité, annulation que j'
avais regrettée à l'époque car le mariage, contrairement à la pratique d'une religion, n'est pas seulement un contrat privé, il est aussi un contrat social.


Nouvelles polémiques en perspective

Ce qui serait le pire, dans cette affaire, c'est que cette décision, comme dans l'affaire du voile à l'école, soit le point de démarrage d'une nouvelle polémique, qu'elle soit un nouveau symbole qui renforcerait la communautarisation de la France.

Symbole positif, qu'il soit utilisé par des islamophobes pour stigmatiser la confession musulmane et, plus généralement, une prétendue invasion de populations originaires d'Afrique du nord ou qu'il soit utilisé par les ultra-laïcisants comme rempart contre les religions.

Ou symbole répulsif utilisé par les défenseurs de la conception anglosaxone de la liberté religieuse ou par les musulmans radicaux qui considèrent les Occidentaux (et donc la France) comme des ennemis d'Allah.

Soyons sûrs que, loin d'apaiser les comportements, cette décision administrative va entraîner une burqanisation des musulmanes de France par simple réaction, et quelques provocations verbales, comme on l'avait déjà constaté auprès d'écolières adolescentes lors de l'affaire du voile.

L'État, dans sa neutralité, se devait de rendre un jugement qui pacifie la société. Il a soufflé ici sur des braises qui risquent une nouvelle inflammation religieuse. Et c'est très regrettable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2008).


Pour aller plus loin:

Le Monde (1) - 12 juillet 2008.

Le Monde (2) - 12 juillet 2008.

Le Monde (3) - 15 juillet 2008.

Le billet d'Eolas sur le sujet (11 juillet 2008).

Une burqa pour les hôpitaux britanniques.







http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42254

La Une
http://www.agoravox.fr/edition_du_jour.php3?date_du_jour=2008-07-16




http://www.lepost.fr/article/2008/07/17/1225837_islamophobie-d-etat-en-france.html




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