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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 01:28

Voici ce que raconte le site du Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d'Ouvéa qui est une association 1901 :

. Sans but lucratif créée en 1988 par quelques personnes de bonne volonté émues par le drame des familles des Gendarmes massacrés le 22 Avril 1988 à FAYAOUE, sur l'île d'OUVEA en NOUVELLE CALEDONIE...

. Autonome, Indépendante, Familiale, elle ne se recommande ni de partis politiques, ni de l'armée ou de la Gendarmerie afin de conserver sa liberté d'expression et d'action.

La chronologie se trouve à
ce lien.

L'histoire elle-même à
celui-ci.


LE RECIT COMPLET DES EVENEMENTS DE FAYAOUE-OUVEA
Extrait du “Mémorial Calédonien” reproduit avec l’aimable autorisation de Philippe Godard et du journal “Les Nouvelles Calédoniennes”.

Les drames majeurs sont les seuls à imprégner la mémoire collective des hommes. Tous les autres sont invariablement relégués dans l’ombre de l’histoire, même lorsqu'ils ont servi de préambule ou de répétition aux premiers.
C’est ainsi que le nom d’Ouvéa évoquera à jamais le point culminant des événements tragiques qui ont qui ont endeuillé la Nouvelle-Calédonie de 1984 à 1988.
Celui de Tiéti, en revanche, ne fait déjà plus surgir que des souvenirs vagues.
Et pourtant…

L’affaire de Tiéti, comme l’on appelée les gens de presse de l’époque, remonte à la décision, prise vers la fin de l’année 1987 par les instances dirigeantes du F.L.N.K.S., de rompre les ponts avec le gouvernement français.
Face à cette situation de blocage, le docteur Bernard Pons, ministre des Dom-Tom et l’un des plus fidèles lieutenants de Jacques Chirac, va s’en remettre au verdict du corps électoral, appelé à se prononcer sur les dispositions de son nouveau statut, le énième qu’ait connu le Territoire en une poignées d’années, lequel modifiait sensiblement, à la fois les compétences et le découpage géographique des régions.

Les indépendantistes, qui ont, dès le départ clamé haut et fort leur hostilité à ce “statut Pons”, vont prendre cette décision gouvernementale comme une gifle et décider de relever le défi, de tenter un coup d’éclat pour montrer qu’il ne fallait pas les tenir pour quantité négligeable, qu’ils représenteraient une force réelle, une réalité incontournable.
C’est à Yeiwéné Yeiwéné, l’homme d’action du mouvement, que va échoir la tâche de concevoir et d’organiser la riposte.
L’occasion lui en est bientôt donnée à Tiéti, une tribu-faubourg du petit centre administratif de Poindimié, sur la côte Est de la Grande Terre, où un litige d’ordre foncier oppose l’Administration à un certain nombre d’indépendantistes locaux quant au choix de l’emplacement d’un hôpital dont la construction vient d’être décidée.
Au reste, ces derniers sont largement minoritaires au sein même de leur clan. Aussi bien le maire de Poindimié, l’indépendantiste modéré Francis Poadouy, que le député loyaliste Maurice Nénou son de chauds partisans de l’édification de l’hôpital à l’emplacement prévu, un hôpital qui promet d’être le plus important du Territoire après celui de Nouméa, ce qui posera Poindimié en capitale incontestée de la côte Est.

Les autorités coutumières de la tribu de Tiéti, elles-mêmes, sont d’avis partagés mais, comme ceci se produit presque toujours en pareil cas, la détermination de la minorité va l’emporter et, habilement remontés par Yeiwéné Yeiwéné, les durs du mouvement indépendantiste local vont décider d’engager l’épreuve de force.
Quelle plus belle façon de narguer l’administration “coloniale” que de tenir le tout prochain congrès de l’Union Calédonienne, composante principale du courant séparatiste, sur le site contesté?
Aussitôt évoqué, aussitôt fait. Des cabanes de branchages comme les Mélanésiens en dressent à l’occasion de la moindre de leurs fêtes, poussent comme champignons après la pluie sur le terrain, au sommet desquelles sont fichés quelques drapeaux Kanaky, pour accentuer la provocation.

Dans les tout premiers jours du mois de février 1988, à deux jours précisément de l’ouverture du fameux congrès, les gendarmes reçoivent l’ordre d’investir le terrain, de le nettoyer et de livrer la place à l’entreprise de terrassement.
Ils ne vont pas se le faire répéter deux fois. A leur suite, les bulldozers entrent en action et ont tôt fait de raser les frêles cabanes… C’est à partir de ce moment que tout va dégénérer…

Pendant quelques jours, des manifestations sporadiques vont se dérouler autour du site que les gendarmes gardent jour et nuit.
Au cours de la journée, les travaux se poursuivent. Le 22 février dans l’après-midi, la tension monte brusquement de plusieurs crans. Le temps est à la pluie.
Regroupés face aux forces de l’ordre, de l’autre côté de la RT3, une centaine d’indépendantistes ont entamé un”sitting” auquel les gendarmes font mine de ne pas prêter attention.
Soudain, au signal d’un leader, c’est l’attaque à coups de matraques et à jets de pierres. Les gendarmes sont cueillis à froid. On leur a tant répété, au cours des mois écoulés, qu’il ne fallait se servir de leurs armes qu’à la toute dernière extrémité, qu’ils hésitent et temporisent, tant et si bien que les vingt-cinq qu’ils sont, vont finalement être submergés sous le nombre et roués de coups.

Quinze d’entre eux vont quand même parvenir à prendre le large à la course, les dix autres, moins chanceux, vont être ligotés et transportés vers une position stratégique préparée à l’avance, en même temps que les deux 4X4 et que la jeep dont ils disposaient pour assurer la couverture de l’entreprise.
L’action s’est déroulée en un éclair, selon la méthode bien connue des commandos.
Des gendarmes mobiles, venus de Métropole - les “mobiles”, comme on les appelle par abréviations - qui se trouvaient à 250 mètres de là et qui disposaient de blindés, n’ont même pas eu le temps d’intervenir!

Le premier moment de stupeur passé, les officiers décident de parlementer et s’avancent vers l’adversaire qui curieusement, n’a pas cherché à fuir.
Ils vont se heurter à son intransigeance: “N’essayer surtout pas d'intervenir, sinon nous abattons vos hommes d’une balle dans la tête.”
Aucune action de force ne peut donc être tentée et c’est un bilan de déroute qui est communiqué aux autorités de la gendarmerie à Nouméa: dix gendarmes pris en otages, vingt autres blessés, toutes les armes - cinq pistolets-mitrailleurs, neuf pistolets automatiques, quatre fusils de guerre - et le matériel roulant saisis!
La nouvelle installe la stupéfaction que l’on imagine à l’état-major. C’est la première fois dans l’histoire de la Gendarmerie Nationale que des gendarmes sont pris en otages!

Des renforts sont immédiatement mis sur le pied de guerre et acheminés sur Poindimié, l’heure même où le lieutenant-colonel Picard, commandant des “mobiles”, et le lieutenant-colonel Benson, commandant des Territoriaux et responsable des opérations, s’envolent vers Poindimié en “Alouette 3”.
Le temps est exécrable et le pilote de l’hélicoptère éprouve les pires difficultés à franchir la Chaîne. Quand il dépose enfin ses deux passagers de marque sur une DZ de fortune, il pleut comme un déluge. L’ambiance sur place est catastrophique.
Le chef du détachement des “mobiles”, prostré, répète inlassablement que tout est de sa faute, qu’il a failli à son devoir.
Pour ajouter à l’abattement général, il y a les ordres de l’autorité supérieure qui se résument en une phrase: “Vous aurez à récupérer les otages sans délai, sans faire de concessions et en évitant à tout prix l’affrontement”.

Dès son arrivée, le lieutenant-colonel Benson prend les affaires en main.
Un briefing est immédiatement tenu à la brigade de gendarmerie que commande le capitaine Scheid.
La décision en sort d’isoler et d’encercler la zone de brousse où se sont réfugiés les agresseurs avec leurs otages, du moins le pense-t-on.
Une nouvelle tentative de dialogue va avorter et, même, durcir les positions respectives, tant les menaces ont fusé de part et d’autre.
Face à cette situation apparemment inextricable, il est décidé d’attendre le matin et de s’accorder une nuit de réflexion, la nuit qui porte conseil, dit-on.
De fait, les officiers en charge de l’affaire vont très rapidement parvenir à la conclusion qu’une opération menée au grand jour, dans un terrain aussi découvert, serait voué à un échec irrémédiable. La seule solution est donc à leurs yeux de négocier et, puisque le dialogue direct s’avère impossible, de trouver des intermédiaires, si possible des personnes proches du mouvement indépendantiste et nanties, de surcroît, d’une autorité coutumière.

Une liste en est dressée, facilitée par les relations que le lieutenant-colonel Benson et le capitaine Scheid, qui connaissent parfaitement le pays, ont pu nouer dans le milieu Mélanésien.
Des coups de fil sont immédiatement passés tous azimuts. Finalement, deux hommes de bonne volonté vont accepter de jouer les médiateurs, MM. Roland Braweao et Gustave Waka-Céou.
Le premier, membre du Congrès, réside à la tribu de Mou, à Ponérihouen. Le second se trouve à Nouméa.
Tous deux sont membres du comité directeur de F.L.N.K.S..
A 23 heures, le second nommé s’est rendu par la route et une réunion de conciliation à lieu, au cours de laquelle les représentants de la gendarmerie font preuve d’une détermination qui va certainement impressionner leurs interlocuteurs. Ceux-ci promettent de tout faire pour tenter de dénouer la crise.

Effectivement, des allées et venues vont se dérouler sous la pluie battante, entre ravisseurs et forces de l’ordre.
Paris exige des premiers nommés une reddition sans condition. C’est évidemment impensable.
Un compromis est finalement mis sur pied, péniblement. Dès le dénouement de l’affaire, le procureur de la République se déplacera pour écouter les doléances concernant le choix du site de l’hôpital.
Quant aux preneurs d’otages, une fois ces derniers rendus à la liberté, ils disposeront d’un délai de 24 heures avant que l’opération de police judiciaire visant à les… arrêter ne soit déclenchée!

Du côté des agresseurs, l’hésitation est grande. Les heures passent. La nuit tire à sa fin. Finalement, un ultimatum leur est transmis par le canal des deux médiateurs: “Si vous ne vous décidez pas à accepter nos conditions, nous passerons à l'action dès l’aube, et gare à la casse!”.
Cette intimidation va porter ses fruits.
A 5 heures 30, les dix otages apparaissent, dans l’état physique et moral que l’on imagine; encadrés par MM. Waka-Céou et Braweao qui ont donc conduit avec succès la mission délicate que leur avait confiée le responsable des opérations.
Mais un lot d’armes important manque à l’appel, dont une partie seulement sera récupérée au cours des jours suivants.

L’affaire de Tiéti connaît donc un heureux dénouement et le ministre des Armées, André Giraud, en visite sur le territoire quelques jours plus tard, va personnellement tenir à réconforter les anciens otages et à les féliciter d’avoir su conserver leur sang-froid, d’avoir évité le pire en renonçant à se servir de leurs armes.
Aussitôt la polémique s’engage. “Inadmissible!”, s’écrient certains.
Comment des gendarmes peuvent-ils se laisser désarmer aussi facilement?
L’échéance électorale approche et il convient de donner des consignes très strictes aux forces de l’ordre en général, afin qu’un épisode aussi peu glorieux ne se renouvelle pas. Les gendarmeries doivent être protégées”.
A ces critiques, l’autorité concernée répond que les gendarmeries, précisément, ne sauraient être transformées en places fortes, que leurs occupants ont, par vocation même, des missions civiles à remplir.

Et de rappeler qu’en Nouvelle-Calédonie, ils détiennent une partie du pouvoir d’Etat sur le terrain, qu’ils sont investis des fonctions d’huissier, de syndic des affaires autochtones,etc.
Comment saurait-on refuser l’accès d’une brigade de gendarmerie à une personne qui désirerait, par exemple, transmettre un message pressant à Nouméa après la fermeture des bureaux de poste, ou qui solliciterait une évacuation sanitaire d’urgence?

Toujours est-il que cette vulnérabilité des brigade de gendarmerie ne va pas échapper à certains indépendantistes.
Et c’est à la suite de la prise d’otages de Tiéti que germera dans leur esprit l’idée d’actions du même style mais de plus grande envergure, visant à perturber le déroulement des élections territoriales en même temps qu’à braquer les projecteurs de l’actualité nationale sur la revendication d’indépendance canaque socialiste.



Suite ou sommaire :

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4




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commentaires

P
Svp avoir les infos et les fotos sur l’affaire de tiéti sur l’hopital en1984
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