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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 13:22

Un article à propos du licenciement de Richard Labévière

Dernière “victime du lobby sioniste”, Labévière (Radio France Internationale) licencié

par Luc Rosenzweig

Ancien journaliste au "Monde", Luc Rosenzweig est l'auteur de plusieurs essais dont "Lettre à mes amis propalestiniens" (La Martinière) et "Ariel Sharon" (Perrin).

Sur le site Causeur.fr, d’Elisabeth Lévy et Gil Mihaely

L’été 2008 aura été propice à l’émergence d’une nouvelle espèce de victime autoproclamée : le journaliste viré pour avoir poussé le bouchon un peu plus loin que la ligne rouge, dans son zèle à dénoncer les turpitudes du complot américano-sioniste, et de ses auxiliaires sarkozystes. Alors que les clameurs des amis de Siné s’étouffent peu à peu dans la torpeur d’août, le vacarme des islamo-gauchistes hexagonaux, notamment relayé par As-Safir, quotidien proche du Hezbollah, et par le très officiel Damas Post, reprend de plus belle, à propos du licenciement, le 11 août dernier, de Richard Labévière [*], journaliste à RFI.


La nouvelle direction de la holding France Monde, qui exerce depuis peu sa tutelle sur Radio France Internationale, est accusée de chasse aux sorcières, et même de « nettoyage ethnique » (!) pour avoir expulsé de ses rangs, sans ménagements, un « spécialiste reconnu des questions du Proche-Orient ».

En fait, l’occasion de se débarrasser de ce personnage a été fournie sur un plateau à Antoine Schwarz, PDG de RFI, qui a reçu pour ce licenciement l’aval d’Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent, patrons de France Monde.

Le 8 juillet 2008, Richard Labévière, qui produit chaque semaine l’émission “Géopolitiques”, annonce à sa rédaction en chef qu’il vient d’obtenir une interview exclusive du président syrien, Bachar el Assad, lequel doit participer, quelques jours plus tard, au sommet de l’Union pour la Méditerranée à Paris. Joli coup ! Voilà, pensera-t-on, un journaliste qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot et qui se démène pour ramener du gros à ses employeurs… Sauf qu’en l’occurrence, c’est le dictateur syrien qui a fait son marché et exigé que seul Labévière recueille ses présidentielles paroles pour RFI et TV5 Monde, la chaîne de télévision francophone internationale. La rédaction en chef de RFI ne l’entend pas de cette oreille et refuse à Labévière de lui adjoindre un technicien maison pour l’enregistrement : si entretien avec Assad il doit y avoir, ce n’est pas à lui de choisir son interlocuteur. Labévière passe outre, et s’envole pour Damas où il est reçu comme un prince. L’entretien sera diffusé le 11 juillet sur TV5 Monde, et le lendemain dans “Géopolitiques”, sur RFI. L’insubordination, flagrante, aboutira, le 11 août, au licenciement immédiat du journaliste pour faute grave.

Pour Labévière et ses amis, il s’agit d’un licenciement politique révélateur de la ligne atlantiste, néo-conservatrice, imprimée à l’audiovisuel extérieur français depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy :


« Cette histoire estivale s’inscrit dans l’orwellisation en cours de la presse française, la remise en cause du pluralisme journalistique et de la liberté d’expression au pays des Lumières. Avec, pour horizon, la volonté d’imposer une lecture unique, néo-conservatrice, de la politique, des crises et des relations internationales »,

 


écrit-il pour peaufiner, non sans grandiloquence, son image de martyr [2].

Cette interprétation n’est pas celle de la Société des journalistes de RFI, pourtant peu encline à soutenir sa direction. En juillet, celle-ci s’était étonnée « des conditions d’obtention et de réalisation de l’entretien avec Bachar el Assad ». Ceux qui écoutent régulièrement cette radio auront du mal à croire que sa rédaction soit un ensemble de marionnettes manipulées par des agents sionistes !

Si l’expulsion de Labévière de RFI est “politique” – ce qui reste à démontrer – elle ne l’est pas moins, en tout cas, que son entrée, par la grande porte, dans cette maison, en 2000.

Pendant de longues années, en effet, Richard Labévière a officié comme journaliste dans les couloirs des Nations Unies, à Genève. Ceux qui l’ont croisé, dans les années 1980 et 1990, subodoraient qu’il ne limitait pas ses activités à écrire des papiers pour le quotidien La Suisse, ou la Radio Suisse Romande, ses employeurs habituels. Il fréquentait assidûment le monde et le demi-monde des délégations arabes présentes à Genève, ce qui aboutira à un livre paru en 1999 chez Grasset, sous le titre Les Dollars de la terreur. Labévière y défend la thèse d’un financement du terrorisme islamique par des circuits bien connus des services américains.

C’est à cette époque – le début des années 1990 – que se constitue, à Genève, un groupe de diplomates français qui ont pour caractéristique d’être “de gauche”, c’est-à-dire très liés à Roland Dumas, pour avoir été membres de son cabinet au Quai d’Orsay. Le chef de file de cette Geneva connection est Daniel Bernard, aujourd’hui décédé, ambassadeur auprès des Nations Unies dans la cité de Calvin, et célèbre pour avoir publiquement traité Israël de « petit pays de merde », alors qu’il était ambassadeur à Londres. Dans son sillage, on trouve Anne Gazeau-Secret, consul général à Genève, et d’autres diplomates de moindre importance. Ils constituent la fraction de gauche de cette “rue arabe du Quai”, ainsi que ses détracteurs et amateurs de contrepèteries désignent le couloir du ministère où sévissent les spécialistes des questions du Proche-Orient, en grande majorité acquis aux thèses arabes sur les conflits locaux. Rapidement, Richard Labévière s’agrège à ce petit groupe, au point de devenir le compagnon attitré de Mme Gazeau-Secret – ce qui va ‘booster’ sa carrière.

L’arrivée au pouvoir, en 1997, de Jospin et des socialistes provoque une aspiration des Genevois vers Paris : Anne Gazeau-Secret devient porte-parole du ministre Védrine et Richard Labévière se voit offrir un poste de rédacteur en chef à RFI, radio sur laquelle le Quai d’Orsay exerce sa tutelle…

A peine nommé, Labévière se déchaîne : son antisionisme rabique et son américanophobie obsessionnelle se donnent libre cours, sans frein ni limites. La “voix de la France” se mue, sous son impulsion, et celle du directeur de l’information, Alain Ménargues, en une version parlée du Monde diplomatique, en plus fruste. Il est prié, en 2003, de quitter la direction du service international, mais il conserve un éditorial quotidien : même les chiraquiens, revenus au pouvoir, trouvent qu’il y va un peu fort.

En décembre 2004, Labévière manifeste sa solidarité avec Alain Ménargues, licencié par RFI à la suite de propos douteux tenus sur Radio Courtoisie, dans le cadre de la promotion de son livre, Le mur de Sharon. En 2005, nouvelle sanction : son édito est supprimé et il ne conserve plus qu’une émission hebdomadaire de 40 minutes d’entretiens sur des questions géopolitiques. Il clamera urbi et orbi que son éviction est due aux pressions de Nissim Zvili, ambassadeur d’Israël à Paris.

Le dernier acte de cette saga diplomatico-médiatique vient de s’achever.

Un martyr est né.

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