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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 09:37

Voici deux tribunes du journal "Le Monde" intéressantes dans la perspective du congrès du Parti socialiste.


Point de vue

LE MONDE | 10.09.08 | 09h07  •  Mis à jour le 10.09.08 | 13h59


Dans une tribune publiée par "Le Monde", l'ancien premier ministre Michel Rocard, et certains de ses proches estiment que le Parti socialiste a "besoin, simplement, d'une partition et d'un chef d'orchestre". Ils appellent à soutenir "la démarche entreprise" par le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

 

"De retour de La Rochelle, nous éprouvons des sentiments mêlés. D'abord, la tristesse d'avoir vu les participants à l'université d'été du PS dépossédés de leurs travaux, souvent remarquables, au profit de quelques photos de déjeuners ou de conciliabules, en ville.

Ensuite, l'envie de relire Oh, les beaux jours, de Beckett, pour se rappeler Winnie, progressivement absorbée par la terre et qui feint d'ignorer son ensablement. Douloureuse comparaison!

Et puis, comme toujours, lutter. Parce que nous sommes profondément attachés à ce parti. Parce que nous savons que s'offre, aujourd'hui, une chance historique de faire entendre au sein de la gauche française, la grande voix de la social-démocratie, celle d'un réformisme assumé et assuré, celle de Jaurès. Parce qu'aujourd'hui aussi, admettons-le, les socialistes sont inaudibles et que si nous voulons ne pas seulement être le plus "grand parti local" de France, il nous faut à la fois nous opposer fermement au président de la République, mais aussi travailler et proposer.

En 2012, les Français ne choisiront pas le plus habile manœuvrier d'entre nous, mais se détermineront sur le contrat économique et social que nous leur proposerons, et sur l'authenticité de notre comportement.

Il faut, pour cela, qu'un certain nombre de conditions soient réunies, et vite. D'abord, parler vrai. Ne pas cacher la gravité de notre situation économique et sociale, regarder le monde tel qu'il est, de plus en plus dangereux et instable, y compris à nos portes. Prendre conscience de l'immense fracture qui continue d'exister entre ceux qui s'appauvrissent et ceux qui s'enrichissent au sein de chaque nation et entre les nations.

Ne pas, pour des hommes et des femmes de gauche, se voiler la face devant un capitalisme en mutation, en permanente dilatation, de moins en moins industriel, de plus en plus financier. Bref, un capitalisme qui crée les conditions d'une très grave crise économique, écologique et humaine.

Ne pas, non plus, se payer de mots et ignorer l'état dans lequel l'Europe est plongée à la suite des non français et néerlandais puis irlandais. Bref, dire aux Français que ces réalités demandent autre chose que la répétition des recettes d'hier.

PRÉSENTER DES OPTIONS QUI NE RECULENT PAS DEVANT LES RÉFORMES STRUCTURELLES

Il faut ensuite être cohérents. Si nous croyons que pour peser dans la mondialisation, pour assurer une régulation mondiale, il faut s'arc-bouter sur l'Union européenne, alors, malgré les difficultés, nous devons réaffirmer clairement que l'avenir de la France est indissolublement lié à l'avenir de l'Europe.

Il nous faudra inlassablement et modestement reprendre contact avec tous nos partenaires pour relancer une dynamique européenne, plus proche des réalités des citoyens mais aussi plus ambitieuse en terme de justice, de démocratie et de politiques communes d'avenir.

Si nous souhaitons rappeler notre attachement à un modèle de développement qui assure une croissance régulière, durable, fondée sur l'économie de la connaissance et respectueuse de notre environnement, alors, il nous faudra présenter des options qui ne reculent pas devant les réformes structurelles. Ne pas semer l'illusion qu'on peut distribuer ce qu'on n' a pas produit.

Ne pas cacher que nous devons prendre à bras-le-corps les problèmes de la désindustrialisation, de la maîtrise de nos déficits et proposer les indispensables investissements pour la petite enfance, pour les familles pauvres, pour les étudiants, les chercheurs, les milliers de jeunes oubliés sur la route et nos territoires urbains ou ruraux marginalisés.

C'est donc avec courage qu'il faut prendre parti sur des sujets difficiles, s'engager, notamment, sur la maîtrise de toutes les formes d'énergie non liées aux hydrocarbures y compris le nucléaire, et sur la réforme de l'Etat et des services publics.

Enfin, être fidèle à soi-même. Sur tous ces points, nous avons travaillé au sein du courant Socialisme et démocratie que nous avons cofondé; nous avons régulièrement avancé des propositions, notamment au moment de la candidature de Dominique Strauss-Kahn, dont les grandes orientations intellectuelles sont toujours les nôtres. Nous pensons toujours qu'il est impossible de séparer les propositions et les idées de la démarche à suivre.

C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas accepté de nous diluer dans des ensembles indistincts où se gommeraient, comme par miracle, les vrais clivages de fond et de pratique politique. Comment être compris des militants et des Français quand on varie au gré de ses seuls intérêts tactiques ? Pour reconstruire le PS, nous avons besoin de la présence à sa tête d'une autorité incontestable, qui certes, écoute et débat, mais aussi tranche.

Nous avons besoin d'une seule voix qui porte nos convictions, pas de dix porte-parole qui organisent la cacophonie. Nous avons besoin que se dégage, dès le 23 septembre, lors du conseil national une motion claire et homogène ayant vocation à arriver en tête du vote militant et à constituer le pôle majoritaire. Besoin, simplement, d'une partition et d'un chef d'orchestre.

Pour cela, nous appelons tous ceux qui se sont reconnus dans les idées de Socialisme et démocratie, à apporter, dès maintenant, sans se disperser dans une solution de transition, leur soutien à la démarche entreprise par Bertrand Delanoë.

Parce qu'on retrouve déjà dans sa contribution les points qui sont pour nous les plus importants : l'engagement pour l'Europe, le lien indissociable entre la compétitivité économique et la justice sociale, la lutte pour l'égalité réelle, la volonté de faire vivre un parti de militant qui ait une parole forte.

Ce choix, nous l'avons assumé. Après La Rochelle, ses pensées et ses arrière-pensées, nous pensons que beaucoup comprendront qu'eux aussi doivent faire ce même choix."


Michel Rocard, ancien premier ministre, député européen; Alain Bergounioux, secrétaire national du PS; Dominique de Nayves, avocat; Michel Destot, député et maire de Grenoble; Catherine Tasca, sénatrice des Yvelines.


Point de vue

"Camarades, encore un effort pour être socialistes !"

LE MONDE | 10.09.08 | 09h07  •  Mis à jour le 10.09.08 | 13h59

 

Deux proches de Martine Aubry et Laurent Fabius, Marylise Lebranchu, députée du Finistère, et Didier Migaud, député de l'Isère, plaident pour le dépassement des vieux clivages.

"Comme ministre de Lionel Jospin ou comme rapporteur général, nous n'oublions pas que nous avons travaillé ensemble, pour l'intérêt général, entre 1997 et 2002. Nous souhaitons, avec d'autres, reproduire cette expérience au sein même du Parti socialiste, comme nous n'avons jamais cessé de le faire à l'Assemblée nationale.

 

 

Nous avons, c'est notamment ce qui nous différencie d'autres militants socialistes, la conviction qu'il faut éviter la présidentialisation du PS et ne pas changer sa nature et son rôle irremplaçable pour l'action collective. Nous avons en revanche la certitude que c'est en travaillant sur le fond que le PS redeviendra la première force politique de France.

Nous avons également la conviction qu'il faut sortir des alliances ou des "haines" du passé, ne pas refaire éternellement les anciens congrès alors que depuis vingt ans bien d'autres militants nous ont rejoints et refusent de vivre en regardant le passé.

Il faut trouver une majorité. Elle sera de toute façon nouvelle puisque les uns et les autres semblent déterminés à créer des regroupements d'idées entre les différentes contributions, afin de bâtir des motions fortes qui structureront le débat du congrès. Cette nouvelle majorité, quelle qu'elle soit, aura l'obligation de rassembler le Parti socialiste, car nous gagnerons ou nous perdrons les élections ensemble !

Aujourd'hui, alors que notre démarche de faire table rase interroge, intéresse et rassemble de plus en plus de militants, nous ne comprenons pas le procès en sorcellerie que certains voudraient instruire contre elle, ou contre certains militants socialistes. Il n'y a pas au PS ceux qui ont raison de passer des alliances pour faire taire les conflits passés et ceux qui n'en auraient pas le droit.

Nous avons tous eu des divergences d'appréciation par le passé, sur la politique fiscale, l'approche néo- libérale des partis sociaux-démocrates ou l'attitude à avoir face aux institutions européennes. Mais ce qui nous rassemble n'est-il pas plus important que ce qui nous divise ? Ne sommes-nous pas tous socialistes ? Pourquoi s'offusquer que l'on souhaite réfléchir et travailler ensemble ? Nous le faisons tous les jours quand il faut batailler à l'Assemblée contre les projets du gouvernement !

Nous pensons que le rassemblement des socialistes est un préalable au rassemblement de la gauche, indispensable pour gagner les élections nationales. N'est-ce pas incohérent et dangereux de prétendre retrouver la confiance du peuple de gauche et de commencer par ostraciser une partie conséquente des militants du PS ?

Beaucoup d'entre nous ont travaillé dans la transparence, au vu et au su de tout le monde depuis de nombreux mois, plusieurs réunions publiques et tribunes libres ayant permis à chacun de prendre conscience de la fertilité de nos échanges. Pourquoi dès lors brandir le spectre d'obscures tractations ?

SE CONCENTRER SUR LE TRAVAIL DE FOND

Si l'un et l'autre n'avons pas signé la même contribution, il nous a semblé, au mois de juillet, que nous avions souvent partagé les mêmes analyses au cours des débats parlementaires, que ce soit sur la politique fiscale, la réforme de l'Etat ou le scandale de la révision du droit du travail, en passant par la critique de la politique étrangère et de défense du président de la République.

Nous avons confronté nos différences et surmonté nos divergences, qui avaient porté essentiellement sur l'appréciation que nous faisions des possibilités de refuser le projet de Constitution européenne. Pourquoi vouloir artificiellement faire perdurer un débat qui a été tranché ? Pourquoi d'ailleurs revenir sur un clivage que le congrès du Mans en 2006 a permis de dépasser ? Faudrait-il condamner pour cela définitivement notre premier secrétaire sortant ? Faudrait-il nous condamner à rendre inéluctable une scission entre les tenants du oui et ceux du non ?

Personne ne le veut au PS, alors stop ! Nous avons la conviction que le Parti socialiste ne pourra jamais retrouver la confiance du peuple s'il n'est pas capable de dépasser ses clivages.

Nous avons enrichi notre réflexion et nos propositions grâce à nos échanges constructifs. Pourquoi dès lors disqualifier notre rassemblement en le qualifiant d'attelage brinquebalant ? Ne croit-on plus aux vertus de la délibération collective au sein du Parti socialiste ? N'est-ce pas paradoxal après avoir, par exemple, fait sien le projet fiscal que Dominique Strauss-Kahn, Didier Migaud et François Marc ont élaboré et proposé à Ségolène Royal pour lui permettre de se forger une doctrine en la matière ?

En ce qui nous concerne, nous considérons qu'il est essentiel que le Parti socialiste et ses responsables se concentrent sur le travail de fond et s'abstiennent de s'exprimer publiquement autrement que pour faire leur travail d'opposition et de proposition. L'heure est grave, le Parti socialiste et ses militants doivent en prendre la mesure.

Au terme de onze années, notre parti change de cycle, de période, mais ne doit pas changer de nature. Au contraire, chacun doit se ressaisir. Sinon pour rejoindre notre démarche, du moins pour s'abstenir de la disqualifier par sectarisme, mauvaise foi ou peur de perdre la direction.

Ce qu'attendent de nous les Français, c'est un débat de fond sur la vision de la société que nous voulons pour la France et pour l'Europe, pas une reconstitution de "clans".

Nous voulons travailler ensemble, et que ce congrès ait de la tenue, que les Français entendent des propositions, comprennent notre souci du débat politique et nous rejoignent ensuite. Ce que nous voulons, c'est que chaque militant soit fier d'appartenir à un grand parti démocratique qui sait confronter ses divergences pour enrichir sa vision du monde. Ce que nous voulons, comme des milliers de militants de toute la gauche, c'est gagner en 2012 !"

 


Marylise Lebranchu, députée du Finistère, ancienne ministre; Didier Migaud, député de l'Isère, président de la commission des finances de l'Assemblée









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