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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 10:56

La première guerre de Troie aura finalement eu lieu. John MacCain et Barack Obama ont participé à leur premier match. MacCain a parié sur sa personnalité et son côté franc-tireur, Obama sur ses propositions et son opposition irréductible au gouvernement impopulaire de George W. Bush. Avantage à Obama.



Il est intéressant de pouvoir se faire sa propre opinions des candidats américains, malgré l’éloignement et un océan à franchir, car les enjeux du 4 novembre 2008 sont cruciaux pour l’ordre à la fois économique et militaire du monde (quoi qu’en en dise, et les deux mandats de George W. Bush le démontreraient amplement si on se mettait à faire de l’uchronie en imaginant Al Gore élu en 2000).

Le 26 septembre 2008 dans la soirée, l’Université du Mississippi accueillait le premier des quatre débats présidentiels. Un débat initialement compromis par la mauvaise volonté de MacCain qui a accepté au dernier moment (Obama ayant fermement refusé son report, MacCain ne pouvait pas laisser son pupitre vide devant quarante millions d’Américains).


L’Amérique du fond des yeux

Sur la forme, le débat est assez classique : deux pupitres face à un journaliste et un public à qui on a demandé de ne pas faire ressentir ses impressions.

Chose étrange, alors que sur l’écran, Obama est à droite, MacCain à gauche, et l’animateur au centre, lorsque Obama s’adressait au modérateur, il tournait la tête vers sa gauche et MacCain vers sa droite. Une explication pourtant simple : les pupitres sont légèrement inclinés et les caméras face à eux ne sont donc pas parallèles entre elles.

Et le regard des protagoniste n’est pas étranger aux capacités de convaincre les électeurs. Bon communiquant, Obama savait regarder les Américains du fond des yeux, directement vers la caméra qui le pointait (un truc que fait souvent François Bayrou dont les oreilles décollées rappellent aussi celles d’Obama) alors que MacCain restait dans un registre de discussion plus classique en regardant essentiellement le journaliste (Ségolène Royal avait eu aussi cette mauvaise habitude, un peu comme un élève regardant son professeur).

Est-ce une confrontation entre deux Amérique ? Sans doute un peu, et même sur la forme. Un Obama jeune et moderne, s’adressant directement à son concurrent par son prénom « John » comme les managers le font dans leur entreprise depuis longtemps, et un MacCain un peu vieux jeu, préférant évoquer son rival à la troisième personne avec son patronyme et son titre « le sénateur Obama ».


Argumentation assez primaire et imprécise

Sur le fond, le débat est un peu décevant. Décevant car il ressemble aussi aux débats présidentiels en France. Peu constructif, avec des propositions très vagues, très imprécises, sans préciser le sens des mots ou des chiffres, et surtout, avec des arguments assez primaires. Ils se jettent à la figure des chiffres qui ne signifient pas grand chose.

En gros, d’un côté, MacCain reproche à Obama d’être un dépensier (comme n’importe quel Démocrate) et Obama reproche à MacCain d’être un va-t-en-guerre très coûteux.

Chacun avait préparé son affaire pour envoyer à l’autre quelques scuds.

J’ai repris à la volée quelques arguments que je détaille ici.


Gel des dépenses fédérales et investissements pour l’avenir

MacCain a beaucoup insisté sur le gel des dépenses, la maîtrise du budget fédéral, et c’est d’autant plus nécessaire que la crise financière est forte.

MacCain propose ainsi des coupes drastiques dans les dépenses de l’État, sauf pour le budget militaire qui nécessite un soutien permanent.

Il rappelle qu’il a toujours été un électron libre chez les Républicains et qu’il n’est pas aimé du Sénat ni du gouvernement fédéral car il veut lutter contre la corruption et contre les contrats dont le budget s’amplifie après signature. Il met en avant, par exemple, un contrat qu’il a dénoncé entre Boeing et le gouvernement fédéral où il a fait gagner plus de six milliards de dollars à l’État fédéral et où certains protagonistes se sont retrouvés en prison.

MacCain a attaqué sur le fait que depuis quatre ans, les propositions du sénateur Obama auraient coûté 932 milliards de dollars, ce qui n’est pas le meilleur moyen pour réduire les dépenses.

Mais Obama reprend une argumentation assez classique (même en France) : c’est peu raisonnable de vouloir geler tous les budgets sauf la Défense sans assainir d’abord la situation fiscale et notamment, sans supprimer les exonérations qui profitent aux plus riches et aux entreprises qui font beaucoup de bénéfices. Il cite des personnes riches qui vont encore faire 700 000 dollars d’économie d’impôts alors que les moins aisés (moins de 42 000 dollars annuels) vont être taxés de 2 000 dollars (MacCain envisage un crédit d’impôt de 5 000 dollars, mais sans dire comment le financer).

Mais surtout, Obama remet en cause l’intérêt de la guerre en Irak qui a coûté déjà 600 milliards de dollars alors qu’il faudrait favoriser l’enseignement scolaire, les écoles etc. Selon lui, la récente mission des derniers taïkonautes (astronautes chinois) montrent qu’il faut renforcer les filières universitaires pour former autant d’ingénieurs etc. que la Chine (qui en forme 300 000 par an).

Obama regarde alors la caméra en citant un certain de catégorie de ‘gens’ à la manière de Nicolas Sarkozy (les infirmières, les enseignants etc.) qui sont très atteints par la crise et ne seraient pas aidés etc.

Obama me convainc beaucoup lorsqu’il dit qu’il faut se placer sur le plan des valeurs et choisir ses priorités budgétaires : l’armée ou l’éducation, de nouvelles énergie ou la dépendance au pétrole etc.

MacCain est d’ailleurs assez convaincant quand il estime que les investissements de l’État doivent porter aussi sur l’énergie nucléaire et le stockage de déchets (la France est nettement en avance sur la technologie et Areva collabora avec les États-Unis) afin d’être indépendant énergétiquement.

Obama est contre la baisse d’impôts de 300 milliards de dollars que défend MacCain et veut financer l’assurance santé qui est l’un des grands atouts des Démocrates (sur lequel Hillary Clinton a beaucoup travaillé).

Deux visions idéologiques de l’Amérique : MacCain refuse d’évoquer le système de santé, et considère que ce n’est pas à l’État fédéral de s’en occuper, mais aux « familles ». Bref, considère qu’il faut rester libéral sur ce sujet (Obama veut, lui, résoudre les dommages collatéraux du libéralisme).

Ce qui est étrange, c’est le discours très anti-bushien de MacCain. En résumé, il considère que les budgets fédéraux se sont gonflés de plus en plus, qu’il y a de plus en plus de bureaucratie, d’agences fédérales qui ne servent à rien etc. (un discours bien connu en France) et qu’il faut stopper cela, que son surnom de sheriff n’est pas anodin et qu’il saura faire les coupes budgétaires.

Mais Obama le décrédibilise immédiatement lorsqu’il lui fait remarquer que depuis huit ans, il a toujours voté les budgets du gouvernement de Bush Jr et que ces belles promesses ne sont jamais mises en œuvre après les élections (sans affirmer lui-même qu’il ferait cette chasse aux gaspis administratifs).


L’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan

John MacCain jouit d’une bonne avance dans sa crédibilité auprès de l’opinion publique concernant les affaires militaires. MacCain a raison lorsqu’il dit que depuis quelques mois, les États-Unis commencent à gagner en Irak. Depuis longtemps, MacCain réclamaient plus de troupes américaines en Irak et il a obtenu gain de cause en 2007. C’est surtout le général Petreus qui a adopté le bon comportement pour être apprécié sur le terrain et son action en Afghanistan devra être avec la même finalité.

MacCain reproche à Obama d’en être encore en 2003 et de ne pas regarder la situation de 2008, à savoir, quand et dans quelles conditions faire quitter les troupes américaines d’Irak ?

Mais Barack Obama refuse aussi de se mettre dans cette vision. Pour lui, depuis quelques mois, ça va mieux car les États-Unis ont dû revoir leur stratégie en Irak après quatre ans d’échec. Il rappelle les 10 milliards de dollars mensuels que cela coûte aux Américains et surtout, il parle de son opposition à la guerre en Irak car il fallait se focaliser sur l’Afghanistan, sur Al-Qaida et Ben Laden, et que l’Irak n’a constitué qu’une fâcheuse diversion pour les États-Unis.

MacCain reproche à Obama de confondre stratégie et tactique et Obama laisse entendre que dans son équipe, c’est Joe Biden le plus compétent sur ces dossiers. Pour MacCain, réduire le budget militaire en Irak, c’est favoriser l’expansion de la guerre à l’Iran.

Sur le Pakistan, Obama a eu du mal à se dépêtrer de sa boulette qui était de menacer le Pakistan de frappes militaires. MacCain a affirmé que les États-Unis doivent se faire apprécier du gouvernement pakistanais et des Pakistanais, que les régions sous contrôle des talibans reconnaissent les prérogatives de l’État pakistanais et que jamais il ne fallait qu’un Président américain annonce qu’il attaquerait le Pakistan, ce qui serait très irresponsable.

Obama a répondu sur le fait que si le gouvernement pakistanais n’était pas capable de contrôler tout son territoire, les États-Unis devaient dans ce cas l’y aider (en ce sens, Obama serait un plus grand va-t-en-guerre au Pakistan).


À noter qu’Obama n’a fait preuve d’aucune compassion humaine et met aussi dans ses objectifs la mort de Ben Laden, et reproche même au gouvernement Bush Jr le fait de ne pas l’avoir déjà tué.

MacCain croit qu’on peut être commandant en chef des armées en simplement écoutant les mères des soldats américains tués (et qui disent : que nos fils ne soient pas tués pour rien). Il a même évoqué un bracelet que lui a donné une mère pour ne pas oublier son fils.

C’est une manœuvre sans doute efficace électoralement (sentimentalisme, exemple concret, généralisation à partir de deux ou trois cas) mais elle est plutôt affligeante en terme de récupération électorale.

À plusieurs reprises, MacCain a reproché Obama de ne pas s’être rendu personnellement en Irak, de ne pas avoir rencontré personnellement des soldats américains alors que ce n’est pas forcément cela qui permet de dresser un bon état de la situation ni une bonne stratégie pour l’avenir.


Next ?

Pour beaucoup de sujets, MacCain a tendance à miser tout sur sa personnalité (avec moi, ça ne passera pas, vous pouvez me faire confiance, mon expérience l’a déjà prouvé etc.) alors qu’Obama préfère miser sur ses propositions.

Après le débat, les spots publicitaires des deux candidats reprenaient des passages du débat en insistant sur les faiblesses du concurrent. Pas très constructif…

Alors, qui a gagné ? Les premiers sondages disent clairement qu’Obama a pris un léger avantage lors ce premier débat.

Mais la question reste : qui a convaincu le plus d’indécis ? Car convaincre les déjà convaincus n’a jamais fait gagner une élection.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 septembres 2008)


Pour aller plus loin :

Obama gagnera-t-il, faute de combattant ?

Les vidéos du premier débat Obama vs MacCain (26 septembre 2008).








http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=45044

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080929/tot-etats-unis-2008-les-deux-visions-de-89f340e.html


 

http://www.lepost.fr/article/2008/09/29/1276172_us-2008-les-deux-visions-de-l-amerique.html 

http://www.kydiz.com/Grenoble/article/1733-Etats-Unis-2008-les-deux-visions-de-l-Amerique.htm

 

 

 

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