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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 23:33

Le suspens insoutenable se poursuivra jusqu’au 15 novembre 2008 : Ségolène Royal sera-t-elle candidate ou pas au poste de premier secrétaire du Parti socialiste pour succéder à son ancien compagnon François Hollande ?


Ségolène Royal n’a vraiment pas de chance. Elle comptait pouvoir donner une réponse sur sa candidature éventuelle à la direction du Parti socialiste lors du journal télévisé de TF1 ce 12 novembre 2008, mais elle n’a pas pu.

Elle avait envoyé un document de travail aux trois autres "têtes de motion" Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon mais aucun d’eux n’a encore daigner lui adresser une réponse.


Flou quantique

Par conséquent, Ségolène Royal n’a pu être qu’ambiguë sur ses intentions.

Elle a bien dit qu’elle avait envie d’être la patronne du PS et qu’elle prendrait ses responsabilités, mais d’un autre côté, elle a répété qu’elle n’en faisait pas un préalable pour un rassemblement et qu’elle n’était pas une femme d’appareil.

Typiquement ségolien, ce positionnement se retrouve dans une alliance éventuelle entre socialistes et MoDem : Ségolène Royal a évoqué la possibilité d’une alliance vers le centre uniquement après une alliance à gauche. Concrètement, ça ne signifie pas grand chose sinon qu’elle veut ménager la chèvre et le chou (qui est la chèvre ? qui est le chou ?).


Candidature de division ?

Parmi ses propres partisans, Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini (représentant des fédérations clefs, celles du Rhône et des Bouches-du-Rhône) préféreraient une candidature de rassemblement inodore, comme Vincent Peillon ou François Redsamen (Julien Dray serait sur les rangs aussi, et pourquoi pas Gérard Collomb lui-même, premier signataire de la motion Royal ?).

Ils sont très réticents à une candidature de Ségolène Royal car ils craignent que les autres motions fassent bloc contre elle.

Et ils ne semblent pas avoir tort : ce matin du 13 novembre 2008, Benoît Hamon a annoncé qu’il était sur le point d’avoir un accord avec Martine Aubry. Dans cet accord, il serait exclu toute alliance nationale entre le PS et le MoDem, mais implicitement, légitimerait des accords locaux ou régionaux (Martine Aubry s’était alliée aux centristes aux municipales à Lille en mars 2008, contrairement à Bertrand Delanoë à Paris). Mais Hamon et Aubry se disputerait déjà la candidature au poste de premier secrétaire du PS.

François Hollande, de la motion Delanoë, décourage fermement son ancienne compagne à se présenter car elle liguerait le Parti socialiste contre elle. Michel Sapin et Élisabeth Guigou, autres soutiens de Bertrand Delanoë, enfoncent le clou en mettant la barre très haut dans leurs exigences de fond (notamment sur la stratégie d’alliance).

Le départ de Jean-Luc Mélenchon ne paraît, face à ce bouillonnement pré-rémois, qu’un épiphénomène déjà bien oublié et discrédité par le refus de Henri Emmanuelli et de Benoît Hamon de le suivre. L’expérience isolationniste de Jean-Pierre Chevènement (qui n’a jamais été réélu député depuis 2002 mais qui a réussi à se faire laborieusement élire sénateur en septembre 2008) a montré le manque de discernement d’une telle attitude, mortelle sous la logique majoritaire de la Ve République.


Rassemblement ou synthèse molle ?

Ségolène Royal ne cherche cependant pas à tout prix un accord entre les différentes motions. Elle sait que la "synthèse molle" (dont était spécialiste François Hollande) obtenue au congrès du Mans en 2005 a été catastrophique dans l’optique de l’élection présidentielle de 2007. Elle a proposé un document de travail qui ne mange pas de pain pour montrer qu’elle a pris l’initiative de vouloir le rassemblement.

Elle se dit surtout que le 20 novembre 2008 (donc après le congrès de Reims), les militants socialistes voteront à nouveau pour choisir leur premier secrétaire.

Ségolène Royal sait bien que face à un éléphant, un second couteau royaliste risque bien de ne pas faire le poids. Donc, tant qu’elle ne sait pas qui sera candidat face à son camp, elle ne peut réellement choisir sa stratégie.

Un jeu de chat qui se mord la queue, car de toutes façons, les autres motions semblent bien décidées à lui faire barrage, d’autant plus que Ségolène Royal compterait créer une présidence du PS assistée d’un secrétariat général (comme à l’UMP). Déjà dans certaines fédérations pour leur propre congrès (départemental), des alliances Delanoë-Aubry-Hamon ont vu le jour pour contrecarrer les royalistes.


Royal, une carte à ne pas négliger

Pourtant, même si je ne considère pas du tout pertinent son concept assez creux de "démocratie participative", je pense que le PS aurait intérêt électoralement à se choisir Ségolène Royal pour capitaine.

Pourquoi ? Parce que, malgré ses maladresses, elle a réellement réveillé la vieille maison socialiste et lui a donné quelques nouvelles perspectives un peu plus d’actualité. Elle a su motiver pendant la campagne présidentielle de nombreux abstentionnistes (comme François Bayrou).

Delanoë qui se prétend "social-libéral" ou Strauss-Kahn qui se prétend "social-démocrate" restent enfermés dans la doctrine d’union de la gauche conceptualisée par François Mitterrand en 1972. Martine Aubry, avec ses 35 heures, n’est pas non plus placée au centre gauche malgré ses alliances lilloises. Hamon est plus clair et sincère en se revendiquant de l’aile gauche du PS.

Bref, tous les adversaires de Ségolène Royal sont rivés à une stratégie archaïque qui n’a plus de raison d’être aujourd’hui, ne serait-ce qu’électorale, car les communistes ou les Verts ne représentent plus beaucoup d’électeurs.


Qui peut encore être présidentiable au PS ?

La bataille de Reims concerne la direction du PS mais forcément renvoie à la candidature socialiste de 2012. Alors, faisons un petit inventaire des personnalités connues…

Bertrand Delanoë, incapable de rassembler les socialistes parisiens (seulement 36,7% !), peut-il être élu par les Français de toute la France ? Martine Aubry, qui a été à l’origine du plus grand gel des salaires, peut-elle incarner la joie dans les chaumières ? Laurent Fabius, ancien Premier Ministre il y a vingt-quatre ans, et dont les positions sur l’Europe ont varié avec les sondages, peut-il encore être considéré comme un espoir pour le pays ? Dominique Strauss-Kahn, qui a déserté l’espace national et dont l’actualité se conte désormais dans les chroniques people, peut-il encore resurgir de son dilettantisme ?

Qui reste-t-il à part …elle ?


Presque 17 millions de voix, qui pourrait en dire autant ?

Ségolène Royal est la première à avoir imaginé, bien maladroitement certes, de nouveaux jeux d’alliance au niveau national, en proposant à François Bayrou de façon peu convaincante un accord de gouvernement entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007.

Elle a su ainsi donner un peu de nouveauté et d’oxygène à ce parti réflexe de gauche. Elle a su aussi donner quelques chances à de jeunes candidats, comme Delphine Batho (en lui laissant sa circonscription). En ne renouvelant pas son mandat de députée, elle s’est mise en accord avec le non-cumul alors que le pourfendeur du cumul des mandats, Arnaud Montebourg, soutien de Martien Aubry, cumule depuis mars 2008 un mandat de député et une présidence de Conseil général.

La candidature présidentielle de Ségolène Royal pouvait être très discutable en 2006 en terme de légitimité politique par rapport à deux anciens Ministres des Finances et un ancien Premier Ministre, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius (je ne parle pas de la primaire socialiste qui l’a à peine légitimée, puisque cette primaire ne fait participer que les encartés, pas les sympathisants comme aux États-Unis).

Mais en 2008, sa légitimité de candidate tant à la direction du PS que, le cas échéant, à la prochaine élection présidentielle, ne peut plus être remise en cause après sa prestation de 2007. Certes, elle a perdu, et bien perdu (2,2 millions de voix de différence, soit plus de 6%) au second tour face à Nicolas Sarkozy, mais elle a quand même rassemblé 9,5 millions d’électeurs au premier tour et 16,8 millions au second tour.

Et de cela, aucun autre socialiste (vivant ou même mort, y compris François Mitterrand sauf aux premiers tours de 1974 et de 1988) ne peut aujourd’hui s’en vanter.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Géopolitique des crabes.

Dépêches sur Royal.

Document de travail transmis par Royal.

Analyses sur le PS.

Le congrès de Reims et ses motions en pratique.

Histoire du PS.

La préparation du congrès de Rennes (janvier 1990).

Vidéo de Royal sur TF1 le 12 novembre 2008.






http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47181




http://www.lepost.fr/article/2008/11/14/1325599_tu-veux-ou-tu-veux-pas.html






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