Mercredi 12 novembre 2008
(dépêches)
Ségolène Royal sera candidate à
la direction du PS
LE MONDE | 11.11.08 | 09h16 • Mis à jour le 12.11.08 | 08h49 Réagir (149)
Ségolène Royal est candidate à la tête du PS. Décidée à amorcer la formation de sa future majorité sans attendre les bourrasques du congrès de Reims, Mme Royal veut écarter tout ce qui pourrait
servir de prétexte à ceux qui, par principe, refusent un accord avec elle. Elle proposera dans les prochains jours une nouvelle organisation de la direction du PS. Un premier secrétaire (ou
président) devrait chapeauter une direction composée d'un premier secrétaire délégué et d'une "équipe rajeunie". En se portant candidate, Mme Royal considère qu'elle réduit le risque de voir une
"contre-candidature" – celle de Martine Aubry, par exemple – émerger au dernier moment.
Ceux qui, parmi ses alliés, lui répétaient qu'elle n'était "pas faite pour le job" devront se faire une raison. Lundi 10 novembre au Sénat, lors de la réunion des délégués de sa motion, Ségolène
Royal a mis ses partisans devant le fait accompli. Même si les adhérents ne lui ont octroyé qu'une majorité relative (29 %), elle a bien l'intention de briguer la direction du Parti socialiste
lors du congrès qui s'ouvre vendredi 14 novembre. "Avec ce score, personne ne douterait de ma légitimité à postuler au poste de premier secrétaire si je m'appelais François Hollande, Bertrand
Delanoë, Laurent Fabius ou même Martine Aubry", avait-elle lancé devant son conseil politique le 6 novembre, au soir du vote des militants.
Soumis aux autres motions, un document de travail intitulé "pour l'unité et le renouveau du Parti socialiste" s'efforce par ailleurs de désamorcer le procès instruit contre Mme Royal, accusée de
chercher une alliance privilégiée avec le MoDem. Le texte rappelle qu'il faut "d'abord rassembler la gauche, toute la gauche" et que "les socialistes ont vocation à s'adresser seulement ensuite à
toutes les forces susceptibles de se reconnaître dans le projet socialiste pour battre la droite".
SIGNES "TRÈS ENCOURAGEANTS"
Les représentants des autres motions ne semblent pas particulièrement pressés de s'inscrire dans ce processus de rapprochement. Lundi, le député François Lamy, dépêché par Mme Aubry, a tout
bonnement refusé de prendre le texte que souhaitait lui remettre Mme Royal. "Nous voulons d'abord connaître des propositions en matière de politique salariale, de fiscalité, et d'autres
domaines", a-t-il expliqué.
En fin de journée, Mme Royal a invité M. Delanoë à la rencontrer dans ses locaux parisiens du boulevard Raspail. L'entretien, en tête à tête, a duré plus d'une heure et a permis aux deux
dirigeants de s'expliquer franchement sur leurs divergences. M. Delanoë a dit vouloir "réfléchir" aux propositions d'alliance qui lui ont été faites. Sans plus de précision.
Dans l'entourage de Mme Royal, on assure capter des signaux "très encourageants" en provenance de partisans de François Hollande ralliés à M. Delanoë. Pour autant, le risque de voir se constituer
un front "anti-Ségolène" est pris au sérieux. L'aile gauche du PS le réclame, et Harlem Désir, proche du maire de Paris, le suggère. Dimanche 9 novembre, dans près d'une dizaine de départements,
les motions Aubry, Hamon et Delanoë se sont coalisées contre la motion Royal lors des congrès fédéraux.
Jean-Michel Normand
Le “document de travail ouvert” proposé par
Ségolène Royal
11 novembre 2008
Remis aux représentants des différentes motions par Ségolène Royal, ce texte intitulé « Document de travail ouvert » est depuis lundi 10 novembre entre les mains des principaux dirigeants du
parti socialiste. Il se propose de « structurer la réflexion et les échanges » afin de servir de base aux discussions préparatoires à la constitution d’une majorité au congrès de
Reims.
Il vise, par la même occasion, à déminer le terrain. Si la nécessité de baisser le prix des cotisations est réaffirmé, aucun montant n’est avancé. Le seuil de 20 euros est donc négociable.
Surtout, ce texte prend soin de préciser que tout élargissement des alliances devra intervenir après avoir rassemblé la gauche. Une façon d’évacuer le procès intenté contre Ségolène Royal et
prévenir l’apparition d’un front « anti-Royal » sur le thème du refus de l’alliance avec le MoDem.
Voici son contenu in extenso.
« Pour l’unité et le renouveau du Parti Socialiste Les militants ont voté le 6 novembre. Par leur vote, ils ont affirmé leur désir d’une transformation profonde de notre parti et leur soif
de fraternité et d’unité. Ils l’ont fait dans un contexte où le monde change, où le libéralisme échoue et où monte la demande d’un projet de gauche. Face aux souffrances sociales qui
s’accumulent, nos responsabilités ne peuvent plus être différées. Il y a urgence. Agir pour que les valeurs humaines s’imposent, porter haut l’exigence de justice sociale et d’émancipation de la
personne humaine, c’est depuis toujours l’ambition des socialistes. Nos valeurs sont d’une vibrante actualité. Le temps est venu d’écrire une nouvelle page de notre histoire. Celle du socialisme
du 21ème siècle. La France a besoin d’un Parti socialiste à la hauteur des grands choix politiques qui l’attendent, capable de faire bloc pour s’opposer et proposer. Le congrès de Reims doit être
le point de départ d’un patient et passionnant travail de reconquête idéologique autour de nos valeurs et de nos idées face à la droite, d’élaboration programmatique fondée sur une démocratie
militante, participative et active, de mobilisation pour attirer les forces de la jeunesse, les salariés, les catégories populaires et moyennes et construire un nouveau rapport de force
politique. Un travail considérable nous attend. Nous proposons de mettre le parti en mouvement autour de quatre grands chantiers destinés à redonner au PS toute sa place auprès des Français. Avec
la ferme volonté de mettre en avant une équipe cohérente, voulant vraiment rénover et fédérant tous les talents, toutes les intelligences, toutes les convictions. Tous ensemble, les socialistes
peuvent réussir cette transformation nécessaire
1 - Répondre d’abord à l’urgence de la crise financière et sociale Nombreux sont celles et ceux, personnes âgées, jeunes, salariés précarisés, chefs de PME qui ressentent
durement les conséquences de la crise. Nous devons leur dire qu’une autre politique est possible. C’est au Parti socialiste de la proposer. La France entre en récession. Nous devons partout sur
les territoires évaluer les effets de cette crise. Ce bilan, dressé par les fédérations en lien avec les élus locaux, sera le préalable à l’organisation d’un grand forum global associant le
mouvement social, syndicats, représentants des services publics, salariés en lutte, entrepreneurs, associations, universitaires, altermondialistes, consommateurs, petits épargnants… Ce forum
global aura une dimension européenne. La réponse à la crise du capitalisme n’est pas le domaine réservé des cercles technocratiques et des sommets intergouvernementaux. L’efficacité de la réponse
en dépend.
2 - Cinq orientations pour bâtir le socialisme du 21ème siècle
1) La finance doit être au service de l’économie productive et non pas au service d’elle-même. Et l’économie productive doit être au service de l’épanouissement humain. Cela suppose un nouvel
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ordre économique et social juste, contre la précarité et pour la société du travail bien rémunéré, rééquilibrant le rapport capital/travail. 2) Il faut un Etat préventif et stratège qui change
les rapports de force. Distribuer après coup ne suffit plus. Cela suppose un nouveau modèle de croissance associant dynamisme économique, politique industrielle, progrès social et écologie. 3)
Faire partout le choix écologique de l’excellence environnementale. Urgence sociale et urgence environnementale sont désormais liées. Cela suppose de favoriser une croissance sobre qui tienne
compte de la rareté des ressources, d’organiser l’après-pétrole et de promouvoir de nouvelles révolutions technologiques. 4) Oser la démocratie jusqu’au bout et refonder le pacte républicain.
Cela suppose de nouvelles institutions, de nouveaux pouvoirs pour les territoires, une réelle démocratie sociale et participative, le pluralisme médiatique, l’indépendance de la justice. Cela
suppose d’avoir pour objectif de l’égalité réelle et de reconnaître la France métissée comme une chance. 5) Réorienter l’Europe pour la relancer.
3 - Faire du Parti Socialiste une force neuve Notre objectif est de faire du Parti Socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a
besoin. Le respect du vote des militants sera la règle absolue, car c’est la condition première d’une unité nouvelle des socialistes. Nous voulons construire un parti de masse. Le montant de
l’adhésion ne doit plus être un obstacle au militantisme qui est d’abord un don de temps. Des responsabilités seront décentralisées aux fédérations pour que le parti fonctionne de façon
ascendante en s’appuyant sur notre action concrète dans les régions, les départements et les communes. Des dotations financières plus importantes leur seront attribuées aux fédérations. Une
université populaire de la connaissance sera créée dans chaque région pour permettre à tous les citoyens d’accéder à la culture politique qui permet à chacun d’avoir les outils de compréhension
et d’analyse pour intervenir dans les débats d’idées. Le parti organisera de nouvelles formes de militantisme : réseaux de solidarité concrètes, actions en direction des salariés, implantation
dans les quartiers, place des nouvelles technologies, recrutement de nouveaux adhérents etc.
4 - Fédérer la gauche La stratégie des socialistes a toujours consisté d’abord à rassembler la gauche, toute la gauche, autour d’un contrat de gouvernement. Celui-ci doit être
préparé par un comité d’action de la gauche, ouvrant la perspective à terme d’une fédération. Ce comité ouvrira largement ses débats en associant les militants, en organisant des campagnes de
mobilisation et d’actions. C’est à partir de cette stratégie que les socialistes ont vocation à s’adresser seulement ensuite à toutes les forces susceptibles de se reconnaître dans le projet
socialiste pour battre la droite. »
11 novembre 2008