(dépêches)
François Hollande quitte la
direction du PS avec un bilan en demi-teinte
Au congrès de Reims, François Hollande quittera, au bout de onze ans de règne, la direction d'un Parti socialiste qu'il laisse éclaté en courants et clans, impuissant à gagner des élections
nationales, mais doté de pouvoirs locaux que la droite lui envie.
Elu par 90% des militants le 27 novembre 1997, après le congrès de Brest, pour succéder à Lionel Jospin arrivé à Matignon, le député de Tulle, 54 ans, présente un bilan en demi-teinte.
L'échec de la motion qu'il défendait - celle du maire de Paris Bertrand Delanoë - témoigne de la perte d'audience d'un premier secrétaire qui croyait il y a six mois encore qu'"aucune majorité ne
peut se faire" sans lui au PS.
Après avoir sauvé de la dérive un parti déboussolé par la défaite de Lionel Jospin le 21 avril 2002, M. Hollande a présidé à des victoires éclatantes aux élections locales et intermédiaires:
2004, le PS remporte 20 régions sur 22, aux européennes de 2004 sa liste arrive en tête (29%), aux municipales de mars 2008, il prend la tête de la plupart des grandes villes.
Mais le pouvoir central lui échappe: deux défaites successives aux présidentielles et législatives de 2002 et 2007, installent le PS dans le fauteuil d'éternel opposant.
"Autant pour 2002 la responsabilité n'est pas imputable à François Hollande mais à la campagne menée par l'ancien Premier ministre, autant la défaite de Ségolène Royal est mise, dans l'opinion,
au compte du PS et donc de son chef", souligne Frédéric Dabi de I'IFOP. François Miquet-Marty, analyste à Viavoice, tempère: "ce sont les rivalités internes entre les personnes et les divergences
idéologiques très fortes au PS" qui expliquent l'échec de 2007.
Dans la course à l'Elysée qui oppose de nombreux présidentiables, Hollande, le socialiste "le plus brillant de sa génération", comme on l'a qualifié, ne parvient pas à imposer sa candidature, se
contentant de gérer les ambitions des autres. C'est suite au raz-de-marée socialiste aux régionales de 2004 que le député de Tulle avait connu son heure de gloire: cote de popularité au zénith,
classement parmi les présidentiables.
Mais le référendum européen de 2005 casse le rêve: "c'est l'acte lourd, son autorité est bafouée en interne par Laurent Fabius, et par la base et les électeurs qui votent non" à un traité que le
PS approuvait, rappelle M. Dabi.
Fin tacticien, pragmatique, maniant humour et ironie, François Hollande a une obsession au congrès du Mans de novembre 2005: empêcher l'explosion du parti auquel il est viscéralement attaché. Il
échafaude une synthèse qui lui sera reprochée, souvent par ceux-là mêmes qui l'avaient signée.
"Le PS est sorti du Mans dans l'impossibilité totale d'afficher des opinions claires", accuse sans ménagement l'ancien Premier ministre Michel Rocard. "Depuis trois ans, le PS ne produit que de
l'eau de bidet!" "Aujourd'hui encore la synthèse est nécessaire pour faire une majorité sur une ligne cohérente", rétorque M. Hollande, qui a de lui-même décidé de ne pas briguer un cinquième
mandat à ce congrès où l'avenir du PS est en jeu.
Les Français semblent indulgents: selon Viavoice, ils estiment à 50% qu'il a été "un bon premier secrétaire" (67% chez les sympathisants PS).
"Les Français lui reconnaissent la capacité d'avoir su contenir et faire vivre ensemble au PS des sensibilités politiques très différentes, voire antagonistes", relève François Miquet-Marty.
"François Hollande a limité les dégâts. Un autre premier secrétaire aurait-il fait mieux ? La réponse n'est pas évidente", estime-t-il.
Aubry, Delanoë, Royal: des différences plus
marquées qu'on ne croit
Les socialistes proposent dans leurs motions des projets politiques avec un tronc commun mais aussi des différences marquées.
Voici leurs propositions sur quelques thèmes choisis:
ORIENTATION GENERALE
Bertrand Delanoë prône "une gauche résolument réformiste, européenne, écologiste et efficace", Martine Aubry "un projet de transformation sociale profonde, un réformisme ancré dans le réel",
Ségolène Royal "un projet crédible et audacieux, s'appuyant sur nos valeurs pour inventer d'autres façons d'agir". Benoît Hamon aspire à un PS "décomplexé", car "l'avenir du PS ne peut pas être
le passé de la social-démocratie".
Deux "petites motions", Pôle écologique et Utopia, défendent respectivement "une transformation radicale du mode de développement", et "un dépassement du capitalisme".
ROLE DE L'ETAT
Delanoë en appelle à "un Etat social prévoyant, dynamique et anticipateur", Royal à "un Etat préventif, innovateur, décentralisé", Hamon à "un Etat stratège", Aubry au retour de "la puissance
publique".
CRISE FINANCIERE
Toutes les motions se retrouvent sur les mécanismes de régulation des marchés financiers aux niveaux international et européen (contrôle accru des fonds spéculatifs, renforcement du FMI, lutte
contre les paradis fiscaux...). Aubry réclame en outre "une taxe mondiale pour ralentir les mouvements de capitaux", Royal est pour une banque publique de soutien aux PME.
Hamon veut constituer "un pôle financier public" et activer "le tarif extérieur communautaire européen (...) pour lutter contre le dumping social et environnemental".
POUVOIR D'ACHAT
Chez Aubry, revalorisations significatives du SMIC, plafonnement des loyers là où ils sont trop élevés.
Royal veut réformer l'indice des prix de l'INSEE pour tenir compte de l'augmentation réelle du coût de la vie.
Delanoë veut "conditionner les aides aux entreprises à l'engagement et l'aboutissement de négociations salariales".
Hamon réclame "le SMIC à 1.500 euros dans un premier temps" et "une progression des salaires indexée sur les gains de productivité et l'inflation".
FISCALITE
Différencier le taux de l'impôt sur les bénéfices selon qu'ils sont réinvestis ou non, prise en compte du revenu dans le calcul de la taxe d'habitation (Delanoë, Aubry). Le maire de Paris veut
"mettre sous condition de ressources les allocations familiales".
Royal prétend "supprimer l'essentiel des niches fiscales" et, comme Hamon, fusionner l'impôt sur le revenu et la CSG en un impôt unique progressif. Hamon préconise aussi la création d'une CSG
entreprise.
EMPLOI
Pour Royal, il faut "récupérer les aides publiques lorsque les entreprises licencient ou délocalisent", pour Aubry, il faut "taxer les entreprises qui abusent des emplois précaires, décourager
totalement les licenciements boursiers en faisant payer aux entreprises qui en ont les moyens le reclassement des salariés". Delanoë veut "promouvoir une compétitivité tirée par l'innovation et
la qualification des salariés". Tous veulent "sécuriser les parcours professionnels" des salariés.
EUROPE
Aubry et Hamon veulent "réorienter la construction européenne" qui "accompagne le libéralisme". Refusant d'"affaiblir l'union monétaire", M. Delanoë veut "construire l'union économique", Royal
défend une "Europe des grands projets", Hamon remet en cause l'indépendance de la BCE.
ENVIRONNEMENT
Les principales motions prônent "un nouveau modèle de développement conciliant écologie, croissance et justice sociale" et proposent divers outils: "fonds après-pétrole" (Royal), "fonds pour la
mutation énergétique" (Delanoë), "contribution climat-énergie (Aubry).
PARTI SOCIALISTE
Relations avec le MoDem: Royal veut "fédérer la gauche et attirer les démocrates". Pour Delanoë (idem chez Aubry et Hamon) "la frontière" du rassemblement s'arrête à ceux qui campent "dans le
refus du clivage entre la gauche et la droite".
Royal plaide pour "un parti décentralisé", "de masse". Delanoë veut "un parti de militants".
Les prétendants: Ségolène, Bertrand, Martine,
Benoît et les autres...
Sept dirigeants socialistes sont de possibles candidats au poste de premier secrétaire du PS, élu après le congrès de Reims.
- Ségolène Royal, 55 ans, ex-candidate à la présidentielle (47%) est arrivée en tête du vote des militants, sa motion recueillant 29% des voix. La présidente de
Poitou-Charentes a donc pour charge de tenter de rassembler les socialistes. Elle n'a pas dit si elle sortira sa candidature au poste de premier secrétaire, mise au "Frigidaire" à la
mi-septembre. Atouts: très populaire dans l'électorat de gauche, sens tactique consommé. Handicaps: suscite un fort rejet d'une partie des socialistes et n'a jamais appartenu à la direction du
parti.
- Bertrand Delanoë, 58 ans, est le premier maire de gauche de Paris, élu en 2001 et réélu amplement en 2008. Né à Tunis, il adhère en 1972 au PS dont il gravit les échelons.
Atout: sa popularité. Il est la personnalité politique préférée des Français, selon des sondages. Donnée favorite, sa motion, signée par son ami l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, est
arrivée deuxième. Le maire, candidat à la succession de François Hollande - signataire également à ses côtés - semble avoir amorcé un retrait après le vote des militants.
- Martine Aubry, 58 ans, maire et présidente de la communauté urbaine de Lille, s'est bornée à dire qu'elle "prendrait ses responsabilités". Sa motion, soutenue par de grandes
fédérations comme le Nord-Pas-de-Calais, les fabiusiens, des strauss-kahniens et les partisans d'Arnaud Montebourg, a recueilli "autour de 25%" après une campagne active. Principal atout: entre
Hamon et Delanoë, elle est au centre du parti. Défend "un ancrage à gauche" du PS. Considérée au PS comme "une femme d'Etat". A sa chance si Ségolène Royal échoue à former une majorité.
- Benoît Hamon, 41 ans: à ce jour, le seul candidat officiel encore en lice. Soutenu par toute la gauche du parti, il a réuni près de 19% des votes PS, bien plus que ce qu'on lui
promettait. Eurodéputé, il incarne le renouveau, a peu d'ennemis dans le parti et s'entend bien avec Martine Aubry dont il fut le conseiller. Présenté comme "l'arme anti-Besancenot" du PS, il se
veut "une arme anti-Sarkozy". "Il ne serait pas le plus illégitime", disait François Hollande en septembre 2007. Cofondateur du Nouveau Parti socialiste (NPS) avec Arnaud Montebourg et Vincent
Peillon.
- Vincent Peillon, 48 ans, eurodéputé, incarne la génération montante. Brillant agrégé de philosophie, a été l'un des trois porte-parole de Ségolène Royal lors de la
présidentielle.Entré en politique en 1992 comme collaborateur d'Henri Emmanuelli, alors président de l'Assemblée nationale, il préside la mission parlementaire sur le blanchiment d'argent
(1999-2002). Elu député de la Somme en 1997, il est battu en 2002 et 2007, mais reste premier fédéral de ce département. Il devient député européen en 2004.
- Julien Dray, 53 ans, député de l'Essonne depuis 1988, sans cesse réélu, porte-parole du PS. Il souhaite être premier secrétaire. Cet ancien vice-président de l'UNEF-ID est
entré au PS en 1981, et a participé à la fondation de SOS-Racisme. Proche conseiller de Ségolène Royal durant la présidentielle, il s'en était éloigné avant de rejoindre en septembre sa
motion.
- François Rebsamen, 57 ans, sénateur-maire de Dijon. Numéro deux du PS, "Rebs" allie carrière locale et ancrage dans le parti. Originaire de Dijon, il devient en 2001 le premier
maire de gauche de cette ville depuis 1935. Très proche de François Hollande, réputé bon médiateur, il a été le codirecteur de la campagne présidentielle.