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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:00

Petite analyse des sentiments suscités en France avant, pendant et après l’élection de Barack Obama, et leurs conséquences sur la vie politique française. Seconde partie.

 

 

Dans un premier article ont été analysés les sentiments avant l’Election Day. Voici la version après cette nouvelle donne qui a contredit beaucoup de sceptiques et d’incrédules.


Après l’élection d’Obama

Évidemment, beaucoup ont dû être un peu saoulés par l’
information, mais c’est comme un certain nombre d’événements dont on se doute qu’ils feraient les gros titres (mort du pape, accident de Lady Di etc. …et même congrès du Parti socialiste !).

Ceux qui espéraient l’élection d’Obama sont évidemment contents. Mais ils restent selon les autres de doux naïfs.

Car les autres, loin de faire amende honorable et de reconnaître leur erreur de pronostic (à savoir qu’Obama ne sera pas élu), récidivent en disant qu’Obama serait complètement pour Israël (et alors ?), favoriserait la guerre en Iran, au Pakistan et regardent soigneusement la
nomination des premiers collaborateurs pour y retrouver des anciens agents secrets ou des Républicains cachés (en l’occurrence, ce serait plutôt des clintoniens à découvert).

Ce sont pourtant souvent les mêmes qui insistaient avant l’élection sur le second prénom de Barack Hussein Obama et sur sa prétendue religion musulmane.


Le conspirationnisme toujours aussi présent

Et malgré l’élection acquise d’Obama, la théorie du complot garde encore de vibrants laudateurs car l’imagination reste grande.

Le but ne serait plus de faire élire MacCain (là, c’est du passé, fini), mais maintenant, on parlerait de nouveaux attentats terroristes pour "tester" le nouveau Président. Comme si les terroristes de 1993 ou de 2001 étaient les mêmes qu’en 2009 (ou en France, ceux de 1982 les mêmes que ceux de 1995).

Parmi les scénarii, on a juste changé le pays : les États-Unis n’envahiraient plus l’Iran mais le Pakistan (il faut dire que c’est à cause d’une bourde d’Obama pendant sa campagne). Et on reparle toujours de nouvelles mesures policières prises à la suite d’un hypothétique attentat (qui serait presque souhaité par ces diseurs-voyants pour justifier leurs délires).


Couleur de la peau

Certes, l’élection d’un homme de couleur (pas vraiment noir, peut-être le mot "bronzé" pourrait finalement être le plus juste puisque "métis" n’existe pas en anglais) au plus haut niveau des États-Unis a suscité des réactions qui seraient quasiment les mêmes en cas d’élection d’une femme. La campagne des primaires a montré d’ailleurs qu’il y avait plus de démonstrations publiques de misogynie que de racisme envers les candidats. Certaines attaques contre Hillary Clinton ne valaient pas mieux que certaines autres contre Obama.

C’est très anecdotique, la couleur de la peau, mais ça a fait remplir beaucoup de feuilles.

Et je le répète (
je l’ai déjà dit ici bien avant l’issue des primaires démocrates), Barack Obama, s’il s’était effectivement considéré comme un Noir pendant son adolescence mouvementée (voir son autobiographie "Dreams from my father" de 1995), il a par la suite rejeté tout communautarisme (au grand regret de Jesse Jackson).

Certains pensaient qu’Obama était un représentant de la "cause noire"… Qu’importe : Obama, avant tout, c’est un ambitieux, un grand ambitieux. La professionnalisation de sa campagne l’a amplement démontré. Ce n’est pas une communauté particulière pour laquelle il se défend, c’est pour lui-même, pour lui, individu, dans tout son égocentrisme (qu’on retrouve
chez TOUS les candidats de ce niveau).

D’une certaine manière, toutes les questions ethniques, qui étaient restées à la fois très discrètes (grâce à MacCain, lui-même père adoptif d’une enfant de couleur) et très implicites dans la campagne, étaient de beaux dérivatifs pour masquer un énorme ego (édulcoré par sa volonté consensuelle).

Le seul changement majeur depuis son élection, pour l’instant, c’est une nouvelle image des États-Unis, un peu moins arrogante et un peu plus soucieuse de ce que les autres pourraient ressentir à leur égard. L’avenir dira si le changement sera plus profond.


Et en France ?

Dernier marronnier français de la période post-électorale : et chez nous, en France, pourrions-nous élire un Président noir ?

Déjà, la question est mal posée car si on souhaitait mener l’analogie un peu plus astucieusement, on préférerait savoir si les Français (et pas la France qui ne signifie rien car un vote, c’est une multitude d’individualités) élirait un Président d’origine maghrébine.

 

Si on reste sur la couleur de la peau, on peut se rappeler que le deuxième personnage de l’État fut pendant vingt et un ans (de 1947 à 1968) un homme (admirable) d’origine martiniquaise, Gaston Monnerville et qu’il aurait pu assurer l’intérim présidentiel à six mois près de sa fin de mandat comme Président du Sénat.

 

Certes, certains ont évoqué la couleur de sa peau pour expliquer qu’il ne fut pas désigné successeur du Président Vincent Auriol dans la douloureuse élection présidentielle de 1953 et qu’on lui préféra un Vice-Président du Sénat très peu connu, René Coty. Mais la réalité historique serait plutôt l’absence involontaire de René Coty lors du vote crucial sur la CED (Communauté européenne de défense) qui divisa la classe politique.

La question posée est, à mon avis, mal posée car elle ne dépend pas du contexte non pas social ou culturel de la France, mais surtout de son contexte politique et institutionnel.

Sous la Ve République depuis 1965 (qui fait élire son Président directement par le peuple), la montée en puissance d’un
candidat crédible à l’élection présidentielle n’a rien à voir avec les mœurs politiques américaines.

Obama n’a fait de politique nationale (sénateur) que depuis quatre ans (novembre 2004) même si depuis 1996, il a été sénateur d’État (équivalent de conseiller régional). D’autres aussi sont arrivés rapidement à la Maison Blanche, parfois en ayant été auparavant gouverneur de leur État : George W. Bush ou Bill Clinton pour les plus récents (c’est moins le cas pour Nixon, Bush père, Reagan qui ont mis longtemps avant d’être élus).

En France, c’est très différent. En gros, il faut s’être impliqué vingt à trente ans dans la vie politique
pour devenir un candidat crédible à l’élection présidentielle. Il suffit de regarder le début de l’activité politique nationale des six premiers Présidents de la Ve République pour s’en rendre compte.

Charles De Gaulle : 18 ans (1940-1958).
Georges Pompidou : 25 ans (1944-1969).
Valéry Giscard d’Estaing : 20 ans (1954-1974).
François Mitterrand : 37 ans (1944-1981).
Jacques Chirac : 33 ans (1962-1995).
Nicolas Sarkozy : 30 ans (1977-2007).

En 2007, les deux autres candidats crédibles face à Nicolas Sarkozy étaient Ségolène Royal et François Bayrou qui affichaient déjà respectivement 25 et 28 ans de politique nationale active au compteur. Et Jean-Marie Le Pen (candidat important mais sans prétention d’être élu) en était à 51 ans de vie politique nationale !

Par conséquent, pour imaginer qu’un potentiel "candidat de la diversité" puisse l’emporter dans une élection présidentielle, il faut d’abord faire l’état des lieux des personnes actuellement en politique nationale active correspondant à cette caractéristique.

Par exemple, Kofi Yamgnane, Roger Bambuck, Stéphane Pocrain,
Rama Yade, Rachida Dati, Azouz Begag… (j’en oublie sans doute).

De toutes ces personnalités, sans doute Rachida Dati est celle qui a obtenu les fonctions les plus élevées (Ministre de la Justice) à un âge jeune et elle est aussi celle qui a le plus d’ambition.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’en 2012, c’est-à-dire dans moins de quatre ans, il ne surgira pas du fin fond de la France profonde un candidat crédible à stature présidentielle qui n’a aujourd’hui aucune notoriété nationale, ce qui était le cas de Barack Obama en été 2004. Qu’il soit "issu de la diversité" (comme on dirait pompeusement) ou pas. Même Olivier Besancenot a déjà une bonne dizaine d’années d’activités politiques nationales.

Et encore une fois, il ne s’agit pas de voter pour une couleur de peau, pour une origine personnelle, mais avant tout pour un projet politique (est-il cohérent ? est-il selon mes valeurs ? selon mes idées ?) et pour une personnalité individuelle, un caractère, un individu (personne audacieuse ? courageuse ? visionnaire ? prudente ? chaleureuse ? etc.).


Obama, un modèle pour la France ?

Bien sûr que non, Barack Obama, avec son parcours, sa personnalité, sa trajectoire, son succès, ne peut pas être un exemple pour un pays comme la France. Je ne doute pas que la plupart des présidentiables français vont étudier en détail le marketing électoral d’Obama mais ils devront adapter leurs conclusions aux Français.

Face à
cet événement mondial, on a le droit rester réaliste et tempéré dans les deux sens :

1. penser qu’Obama n’est pas Dieu, qu’il n’aura pas fabriqué de baguette magique d’ici au 20 janvier 2009, ne bouleversera pas le monde et se comportera en fonction des seuls intérêts américains,

2. mais penser aussi qu’Obama n’est pas manipulé par d’obscures officines secrètes et qu’il cherchera à faire le mieux possible dans son optique et dans un monde sous pressions multiples.

Alors, pourquoi avoir tant critiqué l’obamania sinon pour critiquer avant tout le traitement fait des médias ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Les résultats de l’élection présidentielle du 4 novembre 2008.
Pourquoi Obama ?
Boîte à outils pour mieux comprendre ces élections.
Communion mondiale.



 

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=48079

 

http://fr.news.yahoo.com/13/20081201/tot-obama-au-plus-haut-des-dieux2-89f340e.html

 

http://www.lepost.fr/article/2008/12/03/1345694_obama-au-plus-haut-des-dieux-2.html

http://www.centpapiers.com/obama-au-plus-haut-des-dieux-2/4045/

 

 

 

 

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