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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 06:41

(dépêches)



 
La leçon de Ségolène

Dimanche 26 Octobre 2008
Par Claude ASKOLOVITCH
Le Journal du Dimanche
 
A un peu plus de deux semaines du congrès du PS à Reims, Ségolène Royal - après une période de creux - a de nouveau le vent en poupe. Epaulée dans son combat par des quadras ambitieux, elle sillonne les fédérations pour emporter les votes des militants. Un an et demi après l'élection présidentielle, Ségolène Royal a changé, fait ses deuils, s'est adoucie, mais n'a rien perdu de sa combativité.

C'était une féministe qui parlait au peuple, elle parcourait la France pour raconter l'économie aux prolétaires et leur dire de s'unir, et demain serait beau. Elle s'appelait Flora Tristan, une icône de la gauche, devenue héroïne de roman: contemporaine de Marx, femme de coeur moquée et morte à la tâche, martyre de la Révolution... Ségolène Royal ne sera pas martyre, même si elle en joue parfois, mais elle a désormais des accents de Flora. La voici racontant la crise aux enfants de France, investie d'une mission: expliquer leur malheur aux citoyens, victimes d'un chaos auquel ils ne comprennent rien. "On nous a embrouillés, on veut nous faire peur avec des mots compliqués. Mais ce qui arrive est très simple!" Et dans ses réunions, Ségolène raconte les traders irresponsables, les "sommes pharaoniques" qu'on offre pour sauver les banques, "l'argent des Français donné sans contrepartie", quand il suffirait "de prendre l'argent là où il est, chez Total, chez Areva, chez Elf"...

C'est Ségo. Pédago. Démago? Elle décrit les banquiers et les patrons "qui mangent tous ensemble", et que la droite nourrit. Elle dit "CAC40" et "Medef" comme on brandit le croquemitaine. "Elle a ce côté populaire de gauche en colère, en noir et blanc", dit son ami Jean-Pierre Mignard. Fille de province, bardée de décence. Détestant l'argent facile et dilapidé. Qu'importe si l'on s'étonne et si certains rient. Elle a l'habitude, ça ne cessera jamais. Dans la France d'en bas, on la photographie, sa présence électrise. Dans la France chic, on ne l'aime pas. Après sa performance au Zénith, fin septembre, on a glosé au PS sur "la folie de Ségolène". Mais Alain Touraine, pape de la sociologie de gauche, l'a comparée à Jaurès, que le peuple aimait...

Elle a traversé une étrange année, pour faire ses deuils

Jaurès? La mystique n'est pas morte, malgré les sondages en glissade. Même moins aimée, elle intéresse, quand ses rivaux indiffèrent. On la retrouve, dans ses classiques. Ségolène la pète-sec, vacharde au nom des principes. La seule à ne pas voler au secours du polisson Strauss-Kahn ; la seule à revendiquer "les victimes" de Petrella, l'ex-terroriste italienne graciée par Sarkozy ; la seule à gauche à se féliciter du retour de Jean-Marc Rouillan à la case prison. Royal, telle qu'en elle-même, requinquée dans la dernière ligne droite, à trois semaines du congrès socialiste de Reims ; cette ligne bleue de la Vosgienne, dont elle ne parle jamais, à laquelle elle pense sans cesse.

Reims, c'est le prix à payer pour une occasion manquée. Normalement, Royal aurait dû prendre le Parti juste après la présidentielle. Les 47% l'autorisaient à toutes les audaces? Elle n'a pas osé. Pas capable de tuer "François" Hollande. Trop de choses se dénouaient en même temps. Elle n'était pas d'attaque pour cette guerre. Hollande s'est arc-bouté. Les autres gagnaient du temps. Plus tard serait le congrès, moins la dame serait dangereuse... Ils ont failli avoir raison. Elle a traversé une étrange année, pour faire ses deuils. Elle sait qu'elle n'était pas prête à faire campagne, encore moins à présider. L'aveu ne viendra jamais. Le Zénith, cette version indoor de son glorieux Charléty, l'a peut-être guérie. Elle s'est réparée.

Un jour, le producteur de films Dominique Besnehard - un frère choisi, tendre et protecteur - lui a fait rencontrer une papesse de la com'politique, mais de droite: Anne Méaux, spin doctor de François Pinault et autres grands. Méaux a trouvé Ségolène belle, mais manquant de valeurs positives. "Souriez, détendez-vous, mettez de la rondeur", a dit Anne à Ségolène, de femme à femme. A-t-elle entendu? Elle grince moins dans l'adversité. Jadis, elle désespérait d'être reconnue, revendiquait sa compétence avec une insistance gênante, seule au monde à dire du bien d'elle-même. Aujourd'hui, elle se fait espiègle pour se tresser des louanges. "J'ai demandé qu'on interdise les investissements venus des paradis fiscaux, on me disait que c'était impossible, et maintenant, c'est un sujet majeur!" Le sourire change tout.

"On ne va pas être chapitrés par un joueur de rubgy"

A la sortie de l'été, éclipsée dans les sondages par Delanoë, dépassée en vitalité par Martine Aubry, Royal risquait gros. Elle a évité le pire. Elle a renoncé - un instant - à revendiquer la tête du PS pour forger une alliance disparate de rénovateurs, de quadras ambitieux, de barons de province. La cheftaine affiche désormais "une équipe". Jeanne d'Arc aussi avait ses soudards, les La Hire, Dubois, Xaintrailles. Ceux de Ségolène sont des guerriers de l'appareil. François Rebsamen, le maire de Dijon ; Jean-Noël Guérini, le patron des Bouches-du-Rhône ; Vincent Peillon, le philosophe qui abattra le vieux Parti pour reconstruire une vraie gauche, s'il en a l'occasion... Tous ensemble pour ouvrir le Parti aux masses, lancer les adhésions à 10 euros, abattre les murs?

Pour coacher ses tauliers, qu'elle épate parfois mais qu'elle ne domine pas, Ségolène invite, un jour, Serge Simon, vétéran du rugby, son ami depuis la présidentielle. "Il va vous apprendre à jouer collectif", explique-t-elle à ses leaders médusés. Un chevalier renverse la table ronde: "On ne va pas être chapitrés par un joueur de rubgy!" lance Manuel Valls, le maire d'Evry. Le Catalan surjoue l'affrontement pour rappeler qu'il est un allié, pas un féal. Ségolène le provoque. "Mais pourquoi te fâches-tu, Manuel?" L'espace d'un instant, on la retrouve, incorrigible, qui hystérise les rapports humains jusque dans son camp. Chacun sait que l'histoire n'est pas finie. Que Valls songe à Obama et à l'Elysée, pour une percée en rupture, avant 2012 ; que Peillon voudrait le Parti... Pendant la campagne de 2007, entre une équipe d'amateurs et une direction socialiste hostile, Ségolène était seule et mal accompagnée à la fois. Aujourd'hui, elle a trouvé des compagnons, mais elle se languit de redevenir la seule. 


 
Moscovici: "Garder son sang froid"

Vendredi 24 Octobre 2008
Propos recueillis par Vivien VERGNAUD
leJDD.fr
 
Bertrand Delanoë serait-il dans une mauvaise passe? Désigné comme le grand favori pour le poste de premier secrétaire du Parti socialiste, la campagne du maire de Paris semble patiner à quelques jours du congrès de Reims (14-16 novembre). Pierre Moscovici, rallié de dernière minute à son camp, défend le candidat Delanoë et demande un peu de "flegme" à ses adversaires.

Comment prenez-vous les rumeurs faisant état dans les médias d'une avance certaine de Ségolène Royal, au détriment du candidat que vous soutenez, Bertrand Delanoë?
Je n'accorde aucune importance à ce genre d'informations. Il y a au parti des camarades qui croient tout savoir et qui en réalité font de l'intox. On est dans un moment de débat tendu avec des motions qui font valoir leurs idées, qui défendent chèrement leur peau. Mais certains arguments ne font pas honneur à ceux qui les portent. Je pense notamment au prétendu libéralisme de Bertrand Delanoë, qui est politique et non économique. J'entends certains dire aussi que notre motion reprend la ligne du Premier secrétaire sortant, François Hollande, alors qu'ils sont au secrétariat national depuis une dizaine d'années. Cela manque d'élégance. Cela n'apporte pas la stabilité dont le parti a besoin. Il faut garder un peu de discipline.

Le "libéralisme" de Bertrand Delanoë ne lui porte-t-il pas préjudice en ces moments de crise financière?
Je crois que l'expression dans sa bouche avait un sens bien précis. C'était plus la défense des libertés politiques et non de l'ultralibéralisme économique. Ces mots ont été détournés contre lui avec une grande mauvaise foi. Au fond, est-ce que nous reprochons à tel ou tel qui la joue 'à gauche toute' d'avoir fait alliance aux municipales avec le Modem? Ce n'est pas le type de débat qui grandit le Parti socialiste. Ce ne sont pas des attaques qui grandissent leurs auteurs. Il faut plutôt débattre sur de vrais clivages. Réformisme ou non? Engagement européen ou non? Quel type de gouvernance pour le parti socialiste? Quel rôle pour les militants? Je constate que l'on fait à la place de ce débat de faux procès avec une évidente mauvaise foi. Je trouve cela déplorable.

"Les attaques assez basses, les rumeurs, les intox"

Ne paye-t-il pas aussi sa position confuse sur le service minimum à Paris, qu'il a d'abord dit vouloir appliquer, puis qu'il a refusé?
Bertrand Delanoë a pris une position sur le service minimum qui est assez claire. C'est-à-dire qu'il refusait d'appliquer cette loi et tous ses adjoints, quelles que soient leurs tendances, l'ont soutenu. Encore une fois, arrêtons d'exploiter toutes les failles contre lui. Si on est à l'UMP on fait ça. Si on est au Parti socialiste, c'est indéfendable.

Il y aurait actuellement 10000 signatures pour la motion de Ségolène Royal et seulement 5000 pour votre motion, la motion A. Ceci donne-t-il une indication sur les forces en présence?
C'est un indicateur qui ne mesure que le type d'organisation de la campagne, de la mobilisation sur Internet. Dans le Doubs, mon département, j'ai 350 camarades qui ont signé la motion A. Si on multiplie 350 par 100 départements, on obtient 35000 signatures en France. Cela veut tout simplement dire que c'est absolument absurde. On est dans une phase du congrès qui est un peu dans l'entre-deux, où se multiplient les attaques assez basses, les rumeurs, les intox. Prenons-ça avec beaucoup de flegme. Moi je fais confiance aux militants pour ne pas se laisser influencer par tout ça. Au contraire, ils vont se rendre compte qui, dans cette situation, garde son sang froid.

Les militants "réfléchissent encore"

La crise économique n'a-t-elle pas mis le congrès socialiste au second plan médiatique?
Cela fait partie des choses que l'on doit accepter. Il est clair qu'il ne fallait pas reporter le congrès. Je n'ai jamais été partisan d'un report. Cela montre, qu'au-delà du congrès, il faut réfléchir en profondeur à la mutation du capitalisme, au monde qui évolue. Il faut un programme de travail solide, méthodique. Pour le Parti socialiste, c'est la difficulté. Quand le monde est ainsi secoué. On n'a pas besoin de protectionnisme, mais de réformes puissantes et cohérentes avec des socialistes et des démocrates en ordre de marche.

Quelle va être désormais la stratégie à venir du camp Delanoë?
D'abord convaincre, convaincre, convaincre. Faire en sorte qu'il y ait une motion, la notre, qui soit largement en tête pour que puisse se former un pôle de rassemblement. Sinon, encore une fois, le parti sera en désordre et incapable de se mettre au travail. Ne pensons pas aux multiples configurations qui pourraient advenir du vote des militants, pensons au vote des militants. Je crois que, contrairement à ce qu'on laisse dire aux adhérents ici ou là, ils réfléchissent encore. S'il y a une majorité au PS, c'est une majorité silencieuse, qui regarde les uns et les autres et qui jugent les comportements. Je crois qu'elle appréciera que dans la motion A, nous avons su garder notre dignité et que nous respectons la liberté des militants.

Que se passera-t-il si aucune majorité ne se dégage?
Franchement je crois que pour le PS ce serait une situation assez préoccupante et que le congrès sera ainsi dérobé aux militants. Pour que le congrès ait un sens, pour qu'il accouche d'une certaine clarté, il est impératif qu'une motion soit nettement en tête. 


 
PS: Faut-il arrêter le congrès?

Dimanche 12 Octobre 2008
Par Claude ASKOLOVITCH
Le Journal du Dimanche
 
Et si le congrès du PS, prévu mi-novembre, était reporté en raison de la crise financière? L'idée est notamment avancée par des proches de Ségolène Royal, Julien Dray et Malek Boutih en tête. Le contexte devrait peser sur le congrès d'un parti qui, après avoir avalisé officiellement le passage à l'économie de marché "régulée", voit son aile gauche reprendre du poil de la bête.

Juste l'inspiration d'un éternel insatisfait, ou l'expression du bon sens?Julien Dray, député de l'Essonne, veut geler le congrès du Parti socialiste, donc renoncer à la date des 14, 15, 16 novembre pour ne pas exposer le PS à un nouveau ridicule: celui d'un parti affichant ses luttes internes au coeur d'une crise planétaire. "On appuie sur le bouton pause, et on se met à réfléchir sur ce qui arrive, et on produit un discours sur la crise", enchaîne Malek Boutih, l'alter ego de Dray.

Dans les grilles de lecture internes au PS, la proposition de Dray est interprétée comme l'expression du désarroi d'un futur perdant... Mais elle renforce le malaise qui s'installe autour du parti: son inadéquation est soulignée par un de ses dirigeants les plus médiatiques, candidat au poste de premier secrétaire! La tentation de la pause rejoint le procès en inutilité fait au PS, alors même que la crise, soulignant l'échec du néolibéralisme, devrait le conforter. Mais, au contraire, la crise renforce ses divisions, utilisée par les courants de gauche dans les débats internes.

Ségolène parle "à gauche".

Lors de la présentation des motions à la Fédération de Paris, le député européen Benoît Hamon a invité ses camarades à choisir "entre Barak Obama et Pascal Lamy". Bertrand Delanoë était furieux: Lamy, patron de l'Organisation mondiale du commerce, tête de turc des antilibéraux, est un socialiste et un ami du maire de Paris, un de ses conseillers économiques! Face à la montée des discours de gauche - "le retour aux fondamentaux" en lingua socialista -, les sociaux-démocrates hésitent.

Ségolène Royal parle "à gauche": après avoir "rêvé" à l'interdiction des licenciements, elle a demandé sur RTL que les pays industrialisés refusent les investissements en provenance des paradis fiscaux. Mais un des cosignataires de sa motion, le député et maire d'Evry Manuel Valls relève le gant des "modernes". "Attention à la régression, dit-il. Il faut réguler, mais ne profitons pas de la crise pour renouer avec nos vieilles lunes: nous ne pouvons pas revenir à la logique du 'tout-Etat', aux nationalisations systématiques!" Valls prépare un texte de fond, pour réfuter la ligne du "tout à gauche". Une manière de prendre le congrès au sérieux.




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