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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:30

(dépêche-blog)

 

 

LE CONGRÈS DE 1946 : LE DERNIER CONGRÈS DE LÉON BLUM
 
L’autorité intellectuelle, le prestige moral de Léon Blum est considérable. Riom, puis la captivité lui ont donné un prestige supplémentaire. Huit jours après son retour, Léon Blum trouve les socialistes “ trop prudents, trop arrivés, trop bourgeois ” ; il réclame “ l’assainissement moral du pays ”. Un pays qu’il juge encore corrompu, un pays qui n’a pas été épuré ni trempé… Le désaccord se creuse bientôt avec une tendance gauchiste dont le porte-parole est Guy Mollet. L’équipe de la résistance (Daniel Mayer, Robert Verdier) apparait comme une “ équipe de droite ”. Selon la motion Guy Mollet, “ il faut combattre toutes les tendances révisionnistes, notamment celles qui se fondent sur une conception erronée de l’humanisme et dont le vrai sens est de masquer cette réalité fondamentale : la lutte des classes ” Léon Blum vient de publier “A l’échelle humaine », sa dernière grande œuvre entièrement écrite en prison et éditée en avril 1945. Léon Blum continue de voir dans le socialisme une religion, une sagesse, une vertu ; il faut revenir à l’apostolat, à la conquête spirituelle, à la pureté de son inspiration primitive…Un Blum aussi précurseur de l’idée européenne, une réflexion sur l’avenir commun de l’Europe ; dès 1945 Blum s’intéresse au sort de l’Allemagne qu’il souhaite « rééduquer », unissant peuples vainqueurs et vaincus (paroles rares à l’époque) Le congrès voit la défaite de Daniel Mayer et Robert Verdier : le rapport moral est rejeté – fait unique dans l’histoire du PS. Le 1er septembre, Léon Blum monte à la tribune s'un congrès socialiste, une dernière fois, minoritaire comme à Tours et clame son espoir dans l’avenir du socialisme.

"Vous rappelez-vous ce que je vous disais il y a quelques mois à l'issue des délibérations du premier Conseil national qui se tenait tout de suite après nos reculs électoraux ? Pendant des heures, j'avais entendu parler du dynamisme supérieur de certains de nos adversaires et ce mot, qui m'agace toujours un peu, m'avait spécialement irrité ce jour-là. Je vous avais dit alors : « Le dynamisme, qu'est-ce que vous croyez donc que c'est ? Croyez-vous que ce soit une drogue pharmaceutique ou un engin mécanique ? Est-ce que vous croyez que c'est quelque chose de concret ? Mais non. Le dynamisme, ce sont les hommes. C'est la conviction des hommes. C'est l'abnégation, l'esprit de dévouement des hommes. C'est la foi des hommes. Et si le dynamisme a manqué, rendez-vous compte que c'est parce que, chez les hommes que « vous êtes, il n'y avait pas assez d'abnégation, ni assez d'esprit de sacrifice, ni assez de foi. » Je crains qu'aujourd'hui il n'en soit encore ainsi. Le trouble du Parti, ce malaise dont l'analyse ne découvre pas les causes, ou qui est hors de toutes proportions raisonnables avec ses causes, je crains qu'il ne soit d'essence panique, qu'il ne traduise les formes complexes - excusez le mot -de la peur. Je crois que, dans son ensemble, le Parti a peur. Il a peur des communistes. Il a peur du qu'en-dira-t-on communiste. C'est avec anxiété que vous vous demandez à tout instant : Mais que feront les communistes ? Et si les communistes ne votaient pas comme nous ? La polémique communiste, le dénigrement communiste agissent sur vous, vous gagnent à votre insu et vous désagrègent. Vous avez peur des électeurs, peur des camarades qui vous désigneront ou ne vous désigneront pas comme candidats, peur de l'opinion, peur de l'échec. Et s'il y a eu altération de la doctrine, déviation, affaissement, ils sont là, ils sont dans la façon timorée, hésitante dont notre doctrine a été présentée dans les programmes électoraux, dans la propagande électorale

Vous invoquez la nécessité du renouveau. Mais plus que de tout le reste, vous avez peur de la nouveauté, vous avez la nostalgie de tout ce qui peut vous rapprocher de ce parti tel que vous l'avez autrefois connu et pratiqué. Vous avez peur de la nouveauté. Vous n'en voulez pas dans la confection des listes, dans le choix des candidats. Vous n'en voulez pas quand elle se présente comme un apport de forces fraîches que vous avez accueillies au lendemain de la Libération avec réticence, avec méfiance. Vous avez cette même nostalgie du passé, cette méfiance et presque ce dédain, vis-à-vis des femmes et des jeunes. Vous ne faites pas place aux femmes sur les listes électorales. Vous ne considérez les jeunes que comme des recrues. Vous avez peur de la nouveauté jusque dans les alliances politiques. Je vous remercie d'avoir écouté avec bienveillance ces vérités un peu amères et un peu sévères, mais, vous le voyez, si mal il y a, le mal est en vous ; le mal, c'est le manque d'ardeur, le manque de courage, le manque de foi. Le vote pour la motion Guy Mollet, savez-vous ce que c'est ? C'est une espèce d'alibi moral par lequel vous avez cherché à abuser votre mauvaise conscience. Je vous le dis sans amertume, non sans tristesse, comme quelqu'un qui, depuis des jours et des jours, cherche vainement les moyens de réparer le mal que vous avez fait. Peut-être comptiez-vous sur moi pour cela ? Quelques mots de Guy Mollet me laissaient croire tout à l'heure qu'il l'espérait, lui-même. J'ai pu le faire en d'autres occasions. Je me sens impuissant aujourd'hui parce que je ne sens devant moi' rien de défini, rien de saisissable, rien qu'un trouble moral, : qui ne se guérit que par un effort intellectuel de volonté et non par des paroles ou des formules de motions. Verrons-nous en retour, comme certains de vous l'espèrent, un choc, une commotion psychologique, un sursaut rendant à notre parti quelque chose de cette foi, de ce courage, de cet esprit d'abnégation qui lui manquent ? Ce serait la seule contrepartie, la seule consolation possibles, et je tâche de l'espérer avec eux. Ce que je sais, quant à moi, c'est que pour le socialisme aucune blessure ne peut être mortelle, qu'il sortira de cette crise comme de tant d'autres, et qu'une fois de plus il fera surgir des profondeurs de la nation les forces et les hommes nécessaires à sa victoire."
 

 

 

 

 

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