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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 17:02

Avec la remise du rapport Leonetti, une nouvelle occasion arrive pour faire des amalgames sur un sujet très délicat et qui touche tout le monde. On parle souffrance mais aussi des valeurs sur la vie.

 

 

La Commission Leonetti vient de remettre son rapport ce 2 décembre 2008 à 11 heures au Premier Ministre François Fillon.

Elle est composée de députés représentant tous les groupes de l’Assemblée Nationale : Jean Leonetti (UMP-radical) qui la préside, Olivier Jardé (NC), Gaëtan Gorce (PS) et Michel Vaxès (PCF).

Elle était chargée de réaliser une mission d’évaluation de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie dont son président a été le rapporteur (loi communément appelée "loi Leonetti").


Des cas émouvants et médiatisés

Le point de départ de cette mission provenait de la médiatisation de la maladie incurable de madame Chantal Sébire qui avait demandé qu’on l’aidât à mourir. Quelques jours après, le 19 mars 2008, Chantal Sébire se suicidait.

En mai 2008, un jeune homme de vingt-trois ans, lourdement handicapé, Rémy Salvat, avait relancé le sujet en demandant également une aide à mourir au Président de la République.

Nicolas Sarkozy lui avait répondu le 6 août 2008 en ces termes : « Pour des raisons philosophiques personnelles, je crois qu’il ne nous appartient pas, que nous n’avons pas le droit, d’interrompre volontairement la vie. (…) Mais je ne veux pas fuir mes responsabilités. (…) Je voudrais que soit privilégié le dialogue au chevet du malade, entre lui-même, le médecin et la famille, en toute humanité afin que soit trouvée la solution la plus adaptée à chaque situation. ».

Sans espoir, Rémy Salvat s’était alors suicidé le 9 août 2008.

Si Nicolas Sarkozy a été très maladroit en exprimant des raisons "personnelles" alors qu’il est le chef de l’État et qu’à ce titre, il représente tous les Français, le point le plus important de sa réponse à Rémy Salvat restait cependant la nécessité que « soit trouvée la solution la plus adaptée à chaque situation ».

Car ce sujet sur la fin de vie est très délicat puisque chaque cas est un cas unique, et une loi, par la force des choses, tendrait à généraliser ce qui n’est que particulier.


Sagesse et aménagements

C’est donc avec sagesse que la Commission d’évaluation présidée par Jean Leonetti aboutit à la conservation de la loi de 2005. On pouvait d’ailleurs s’en douter (il n’y a aucune surprise à cette conclusion) et beaucoup de partisans de l’euthanasie pourraient être déçus.

Cependant, je considère cette conclusion d’autant plus sage qu’elle n’établit pas que nous sommes dans le meilleur des mondes et qu’elle propose quelques aménagements, à savoir :

1. la mise en place d’un congé d’accompagnement de fin de vie rémunéré pour un proche du malade, un peu au même titre qu’un congé de maternité (ou paternité) pour la naissance d’un bébé (d’une durée de quinze jours).

2. la création d’un observatoire de fin de vie qui serait chargé d’évaluer régulièrement la loi de 2005.

3. la désignation de médecins référents dans le domaine de la fin de vie.

4. le renforcement des soins palliatifs, ainsi que la clarification des modalités d’arrêt de traitement de survie.

Jean Leonetti a également fait savoir qu’il était favorable à une dépénalisation de l’acte d’homicide dans des "circonstances compassionnelles" bien spécifiées. Je ne sais pas si cette mesure a été reprise dans son rapport.


Amalgame entretenu

Le débat sur le sujet de fin de vie est souvent rendu confus parce que certains représentants d’associations font l’amalgame entre la souffrance en fin de vie, l’euthanasie et le suicide assisté.

Parmi eux, Jean-Luc Roméro (ancien conseiller régional UMP) est sans doute le plus médiatique et cherche à renforcer son prosélytisme à chaque nouvelle information sur le sujet (comme dans le cas du suicide de Rémy Salvat). Il a même comparé, ce matin du 2 décembre 2008 sur France Info, la remise du rapport Leonetti à un "accouchement d’une souris prématurée".

Pourtant, il est hélas clair qu’aucune loi n’aurait pu résoudre les cas douloureux de Chantal Sébire et de Rémy Salvat pour la simple raison qu’ils ont eu les moyens de finir leur vie eux-mêmes (ce qui n’est pas le cas des malades à l’agonie). Et Vincent Humbert n’était pas, non plus, en fin de vie bien que profondément handicapé.


Suicide assisté… ou nouvelle peine de mort ?

Même s’il est légalisé dans certains pays (encore qu’en Suisse par exemple, on commence à s’interroger sur le sujet, car c’est l’absence de loi qui a permis certaines pratiques), il serait insupportable qu’une société accepte le principe du suicide assisté.

Car, même si on enlève tous les abus et malveillances possibles qui pourraient avoir des intentions criminelles (des garde-fous pourraient être mis en place pour garantir la volonté ultime du malade), autoriser le suicide assisté reviendrait :

1. à oublier que les soins palliatifs (si les moyens sont donnés au monde médical) soulagent la majeure partie de souffrances.

2. à abandonner tout espoir de guérison dans un monde où les progrès scientifiques peuvent être rapides et surprenants.

3. à nécessairement faire la distinction entre les maladies qui accepteraient ce principe de suicide assisté et les autres (sur quels critères ?).

4. à faire un premier pas vers l’eugénisme, en faisant considérer par la société qu’il y a des individus aptes au suicide et d’autres pas (jusqu’où irait-on ? pourrait-il y avoir une extension hors du champ médical ?).

5. enfin, qui, parmi les médecins, accepterait d’assister ces suicides, et s’il y en avait trop peu, faudrait-il les y contraindre (comme pour l’avortement) ?


Comment peut-on s’inquiéter des dérives d’un supposé État policier et ne pas s’affoler du soutien d’une telle proposition qui légaliserait une "aide active à mourir" selon des critères bien arbitraires ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 décembre 2008)


Pour aller plus loin :


Lettre ouverte à feue Chantal Sébire (20 mars 2008).
La loi du 22 avril 2005.
Dépêche de presse (2 décembre 2008).
Communiqué de Matignon (2 décembre 2008).

Le rapport est désormais disponible à ce lien.



1e illustration : dessin de Medihom.
2e illustration : dessin de Murielle Briot.




http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=48147

 

http://fr.news.yahoo.com/13/20081202/tot-non-au-suicide-assiste-89f340e.html

http://www.lepost.fr/article/2008/12/03/1345682_non-au-suicide-assiste.html
 
http://www.centpapiers.com/non-au-suicide-assiste/4041/ 

 

 

 

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Société et éducation
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commentaires

Maous Artiste Défiant l'Olibrius 02/12/2008 21:59

 Je suis contre le suicide assisté, mais je suis pas d'accord quand tu dis que les soins palliatifs soulagent toutes les douleurs.  J'ai  bénéficié d'une pompe à morphine dans un service intensif, le corps ne réagit plus mais l'esprit veille. Quand on souffre, la douleur est aussi physique que morale et les soins palliatifs ne font pas grand chose. Merci pour ton article. MA

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