Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 11:59

(dépêche)



«Il y a un fantasme d'un âge d'or du paléolithique»
      
Décembre 2008Nº742
À la Une < Sciences et Avenir <
Entretien avec Jean-Jacques Hublin

«Il y a un fantasme d'un âge d'or du paléolithique»

Le spécialiste de l'évolution humaine s'insurge contre une vision politiquement correcte et idéalisée des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire.

Le propre de l'homme moderne, selon vous, est-il d'avoir toujours exercé une pression intense sur l'environnement ?
Il y a eu un «buissonnement» d'espèces humaines avant l'apparition d'Homo sapiens, il y a entre 200 000 et 150 000 ans en Afrique. Mais notre espèce s'est répandue dans le monde, voici environ 50 000 ans, avec une efficacité nouvelle, exploitant son environnement de façon inégalée. Il est intéressant de replacer notre histoire actuelle dans cette continuité préhistorique. Les hommes modernes sont allés sur la Lune tout comme autrefois ils ont pris pied en Australie, en Amérique du Nord et dans les îles les plus lointaines. De même, ils extraient aujourd'hui jusqu'aux dernières gouttes de pétrole, provoquent la disparition de multiples espèces, comme ils ont autrefois «intensifié» leur prédation sur l'environnement. Et s'ils doivent aujourd'hui gérer leurs ressources, c'est contraint, car leur planète s'épuise.

Les néandertaliens n'étaient-ils pas, eux aussi, des prédateurs ?
Pas à ce degré. Ainsi, les néandertaliens, apparus presque en même temps que les ours des cavernes, les ont chassés, mais ont cohabité avec eux pendant 300 000 ans. Ces ours n'ont disparu qu'après la colonisation de l'Europe par Homo sapiens, même si cela a pris quelques milliers d'années. Ce n'est pas le côté le plus sympathique de notre espèce, mais dans les faits, l'expansion d'Homo sapiens a conduit à l'extinction de nombreux grands mammifères, y compris d'autres espèces humaines. 

D'autres chercheurs avancent plutôt des causes climatiques...
Le climat a connu tant de fluctuations au cours du dernier million d'années, qu'on peut toujours faire correspondre une disparition locale à telle ou telle variation : un coup de chaud par ici, un coup de froid par là, voire la chute d'une météorite ailleurs ! Et ce, alors que nos datations, dans ces périodes, ne sont pas précises au siècle près ! C'est à la mode et c'est un abus.

Pourquoi s'interdire de chercher des causes à l'échelle planétaire ?
Or le déterminateur commun à l'extinction massive des grandes faunes, il y a 50 000 ans en Australie ou il y a 12 000 ans en Amérique du Nord, c'est bien l'arrivée de l'homme moderne ! On cherche, à travers des causes climatiques ou extérieures, à exonérer les ancêtres des Amérindiens ou des Aborigènes de toute responsabilité dans la disparition des mammouths ou des kangourous géants.

Le «politiquement correct» parasiterait-il la paléoanthropologie ?
Il y a un fantasme d'un âge d'or du paléolithique, au cours duquel les hommes auraient été des pacifistes et des écologistes gérant leurs ressources. Ils n'ont été ni l'un ni l'autre. La perception est la même vis-à-vis des derniers chasseurs-cueilleurs subsistants alors que des travaux récents montrent qu'ils ne sont exempts ni de violence ni de hiérarchie. Une idéologie post-soixante-huitarde et une mauvaise conscience post-coloniale biaisent aujourd'hui la recherche en préhistoire. 

Vous aimez aussi parler du cannibalisme...
Oui, car on trouve, dans certains sites préhistoriques (Gran Dolina et El Sidron, en Espagne, l'abri Moula, en Ardèche), des restes humains débités comme ceux des animaux, pour de la boucherie. Même pour des périodes très reculées, on préfère souvent expliquer que ces restes humains ont fait l'objet de rituels funéraires très sophistiqués. Curieusement, à partir du néolithique, le moment où les hommes s'installent en village, se hiérarchisent, accumulent des biens, on admet que tueries et cannibalisme «agressif» ont pu exister. Je vais faire hurler, mais pour moi, Neandertal, qui avait survécu à bien des variations climatiques avant la venue de Cro-Magnon, n'est que l'une de ses victimes. Il a été progressivement éliminé comme les autres grands compétiteurs carnivores : en lui ravissant ses proies et ses territoires, parfois aussi en le tuant. Mais c'est une interprétation taboue aujourd'hui.

Rachel Mulot
Sciences et Avenir


Partager cet article
Repost0

commentaires

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).