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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 00:35

(dépêche)



Yazid Sabeg, le Robin des beurs

15 déc 2008 - il y a 1 heure 23 min - LeMonde.fr 

Mon premier choisit la finance. Mon deuxième navigue dans le pétrole. Mon troisième fait fortune dans les matériels de sécurité militaires et civils. Mon quatrième déteste l'Angola. Mon cinquième adore Obama, la banlieue et la discrimination positive. Mon sixième est le roi du couscous aux cardons. Stop ! Mon tout n'en finit pas... "Yazid est dur à suivre. Dans tous les sens du terme", concède l'une des personnes qui le connaît le mieux, son épouse. La grande et blonde Ingrid Sabeg, née Larsen, est elle-même d'ascendance en partie étrangère, puisque de père danois et de mère française.

Yazid Sabeg, l'insaisissable ? Ce disciple de Raymond Barre - "ni de gauche ni de droite", dit-il - devenu un riche homme d'affaires, n'en finit pas de fuir les étiquettes, autant que la pauvreté dont il a la hantise.

Nommé, il y a quelques mois, à la tête de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), le voilà qui critique, l'ingrat, l'absence de politique gouvernementale vis-à-vis des quartiers sensibles. "Le plan de Fadela Amara ne répond ni aux enjeux de l'heure ni aux ambitions qu'on doit avoir", explique ce patron atypique, aîné des treize enfants d'une famille algérienne émigrée à Lille dans les années 1950. Le 10 décembre, sur la chaîne de télévision LCI, le président de l'ANRU a rappelé qu'il y avait en Ile-de-France environ 350 000 demandes de logements sociaux en souffrance. "Si on ne fait rien, ça va péter. On est assis sur un volcan", ajoute-t-il en sortant de l'émission.

Dans son "Manifeste pour l'égalité réelle", lancé le 8 novembre, il demande, entre autres, de "systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires". Lui-même habite aujourd'hui un vaste appartement plein de peintures flamandes et de meubles cossus, dans le 16e arrondissement de Paris. Mais il a grandi, à Lille, dans un quartier ouvrier, Les quatre cents maisons, où il est arrivé à l'âge de 2 ans.

"J'ai le souvenir d'un gosse frêle, timide, craintif, qui me tenait la main et ne la lâchait pas", raconte son ami Bernard Toulemonde. Ce brillant retraité, aujourd'hui inspecteur général honoraire de l'éducation nationale, était, dans les années 1960, étudiant à la faculté de droit de Lille et, à ses heures perdues, enseignant bénévole pour enfants d'immigrés. C'est ainsi, lors de séances de soutien scolaire, que l'instituteur improvisé et le petit Yazid se sont rencontrés et plus jamais perdus de vue.

Est-ce à cette époque, fréquentant le lycée Faidherbe (tenu par les jésuites) et les scouts catholiques, que le futur industriel comprend l'importance des relations sociales et du sacro-saint carnet d'adresses, sans lesquels le plus habile des caméléons et la plus docile des girouettes ne peuvent atteindre la notoriété ?

Son appartenance à la franc-maçonnerie - "J'y compte beaucoup d'amis", admet-il - n'est sans doute pas totalement étrangère à son exceptionnelle ascension. Sa société, Communication et Systèmes, est à la pointe de l'industrie des matériels de surveillance et de télécommunication. Mais son appartenance maçonnique ne l'a pas empêché de trébucher. Mis en examen, en mai 2002, pour "exportation sans déclaration de marchandises prohibées" vers l'Angola, il a dû attendre deux longues années avant qu'un non-lieu soit prononcé. Meurtri par l'épreuve, Yazid Sabeg n'en laisse rien paraître. Ce n'est pas le premier choc qu'il surmonte. Celui qu'un quotidien avait comparé, au début des années 1980, à "un Tapie beur", a appris au fil des années à ne plus s'émouvoir des identités et des rôles qu'on lui prête. Son masque, c'est son sourire.

Quand il était enfant, à Lille, son nom totem chez les scouts était "Lapin agile". Mais la France des années 1960 n'était pas seulement celle des Bernard Toulemonde. On lui a servi aussi, dans les rues, comme à ses frères et soeurs, du "bougnoule" et du "bicot" ad nauseam. Dans ces années-là, la guerre d'Algérie est partout. Son père, Khemissi Sabeg, originaire des Aurès, a fait partie des manifestants de Guelma, le 8 mai 1945 : ici, comme à Sétif, les nationalistes algériens, qui réclamaient le respect et l'égalité, ont fait l'objet d'une répression terrible. Fonctionnaire dans l'armée française, Khemissi Sabeg en est éjecté illico. Il est mis au cachot. Ce qui ne l'empêche pas, une fois sorti de prison, de se faire recruter par la police coloniale.

Ami du dirigeant politique Fehrat Abbas, le père de Yazid Sabeg devient un militant de l'assimilation. C'est son épouse, Mouni, une native de Bougie (aujourd'hui Bejaia), qui le convainc de prendre, en 1952, la route de l'exil. Grâce à l'un de ses frères, déjà installé à Lille, le père de la future famille nombreuse trouve un emploi de manutentionnaire. Pour le petit Yazid, les dés sont jetés.

"Le regard des autres lui a imposé d'être arabe", commente un de ses amis, un ancien du lycée Faidherbe, le diplomate Jean-Pierre Guinhut, qui a son bureau place Beauvau. "Etre républicain et musulman : c'est son obsession, sa quête", ajoute l'historien Benjamin Stora, qui a rencontré Yazid Sabeg à Guelma, lors d'une des cérémonies annuelles organisées en hommage aux morts du printemps 1945. "Les massacres d'Algériens, aujourd'hui, tout le monde s'en fout, y compris les Algériens. J'ai été surpris de voir cet homme, un patron, un type riche, qui vit en France de surcroît, faire le voyage de Guelma par respect pour ces morts", insiste l'auteur des Guerres sans fin (Stock).

Fidèle à sa famille, Yazid Sabeg l'est aussi à ses amis, comme en témoigne Luc-Alexandre Ménard, directeur des affaires publiques chez Renault, qui a connu le futur patron de Communication et Systèmes à la Délégation à l'aménagement du territoire (Datar), où tous deux travaillaient, dans les années 1970. "Si vous êtes en difficulté, il vous tend la main. Moi, en tout cas, il me l'a tendue. Il fait partie des gens bien que j'aurai connus dans ma vie", note ce haut cadre de l'automobile.

Homme de réseaux ou homme de convictions ? "Cela dépend du moment", s'amuse un de ses proches. "C'est un social libéral, fidèle à ses racines. Son combat contre les exclusions participe d'une vraie conviction. Il aime aussi être partout", observe l'ancien ministre Pierre Méhaignerie, qui loue surtout chez ce fils d'émigré docteur es sciences économiques un pragmatisme à toute épreuve.

Qu'il ait "le goût de l'argent" ne diminue en rien sa sincérité, insiste Luc-Alexandre Ménard : "Quand il parle des banlieues, des discriminations ou de l'Algérie, il le fait toujours avec coeur." Même s'il y a, là aussi, une part de calcul ? "Il calcule très bien et très vite !", répond son ancien collègue de la Datar. A bon entendeur...


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