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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 17:09

(dépêches)



http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/03/19/l-age-d-or-de-l-egypte-au-grand-palais_1169831_3246.html
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3246,50-1169831,0.html
L'âge d'or de l'Egypte au Grand Palais
LE MONDE | 19.03.09 | 08h23  •  Mis à jour le 20.03.09 | 17h36


Cet article issu des archives du Monde a paru dans l'édition du 10 avril 1999.)


Le miracle égyptien jouera-t-il encore ? Remplira-t-il les salles du Grand Palais comme il remplit celles du département égyptien du Louvre ? C'est vraisemblable. Et si l'or de Toutânkhamon n'est pas là pour servir d'appât, pas plus que la figure hérétique d'Aménophis IV, le mystère des grandes pyramides devrait suffire. Khéops, Chéphren et Mykérynos, ces souverains mythiques qui se firent élever de gigantesques mausolées, sont de puissants sésames. Dans la mémoire collective, des milliers de figurants ahanent toujours dans la poussière sous les caméras de Cécil B. De Mille ou de Howard Hawks ; Blake et Mortimer n'en finissent pas de poursuivre Olrik à la recherche des trésors du Pharaon. Par Horus demeure !

 
Les visiteurs ne seront pas déçus : ils auront même droit à une grande maquette de la nécropole de Giza à l'époque de la IVe dynastie, avec ses pyramides, son sphinx, ses tombes et ses temples annexes, ses ateliers, ses chaussées et son port aujourd'hui menacé par l'extension des banlieues du Caire. Ils pourront voir aussi dans une vitrine quelques- uns des modestes outils avec lesquels ces travaux ont été menés.

Le véritable étonnement viendra d'ailleurs. Car ce que Christiane Ziegler, commissaire de l'exposition, présente avec sobriété dans de grandes salles ocre et bleu, c'est tout simplement un choix de la production artistique de l'Ancien Empire, une époque que les Egyptiens des dynasties suivantes considéraient eux-mêmes comme un âge d'or.

Sans doute existe-t-il un courant esthétique égyptien repérable au premier coup d'oeil qui court sur trois millénaires. Mais les caractéristiques de l'art de ces quatre dynasties, à cheval sur un demi-millénaire, sont loin de répondre au cliché d'une esthétique immuable, façonnée pour l'éternité. Dès le seuil de l'exposition, trois effigies grandeur nature - celles d'un prêtre, Sepa, "grand des dizaines du Sud", et celle d'une femme, la dame Mésa (IIIe dynastie), taillées dans un calcaire qui garde de nombreuses traces de polychromies - donnent le ton de ce panorama où l'accent est mis sur l'importance de la statuaire privée.

Ici, les statues sont encore raides, adossées à un pilier, les bras collés au corps, comme sortant d'une gangue, mais l'individu est déjà là. Dans la grande salle courbe vouée à la IVe dynastie, celle des rois bâtisseurs, une statuette de femme taillée dans un albâtre translucide propose une silhouette plus fine en dépit de la convention de son attitude. Son visage plein, soigneusement modelé, est d'une douceur extrême. On mesure presque la plasticité de sa chair ; ses cheveux apparaissent sous la lourde perruque ; ses mains sont comme ciselées.

DOUCEUR DU MODELÉ

Le vizir Hémiounou, sorte de père Ubu majestueux, avec sa double poitrine pendante en mamelons mous, les chairs affaissées et les muscles flasques, montre l'intérêt de l'artiste pour une sorte d'hyperréalisme tempéré par les codes qui le ligotent étroitement.

Même les grands groupes royaux hiératiques (Mykérinos et son épouse, la "triade de Mykérinos"), qui font partie des chefs-d'œuvre présentés au Grand Palais, ne sont pas exempts de la douceur du modelé. Celle-ci prête à la physionomie du pharaon l'ombre d'un sourire et une lueur d'humanité dans son regard vide. L'artisan Intichédou (IVe dynastie), personnage beaucoup plus modeste, s'est fait représenter quatre fois à différents âges de sa vie. Les statues, découvertes en 1992 dans le cimetière des ouvriers de Giza, ont conservé leurs peintures. Le visage naïf du personnage, l'os frontal saillant, les yeux écarquillés, est barré d'une fine moustache.

Celles de Nykarê, "scribe des greniers", permet d'évoquer la diversité de cet art privé pendant la Ve dynastie. Dans le premier groupe, taillé dans un bloc de calcaire, c'est Nykarê qui est mis en valeur : l'artiste a soigné le modelé de son corps, traité sa musculature avec attention. Dans un second groupe, façonné dans le même matériau, également peint, c'est sa femme et son fils qui sont mis en évidence. La première enlace tendrement son mari tandis que, debout, les pieds joints, son rejeton rompt la symétrie de la composition en portant un doigt à ses lèvres. Nykarê est aussi l'objet de deux autres statues, en granit cette fois, où il apparaît seul, avec les attributs de sa fonction. L'expression attentive, il déchiffre un manuscrit. L'oeuvre est traitée en amples volumes pour conférer au corps, penché en avant, une plus grande souplesse.

LIBERTÉ DE L'ARTISTE

Avec la VIe dynastie, le style se modifie : les membres s'allongent, les têtes grossissent, les muscles s'étirent et les tailles s'affinent exagérément ; les postures sont plus rigides. La nudité qui caractérise de nombreuses statues masculines semble indiquer une évolution des croyances funéraires.

Pourtant, dans l'évocation du chancelier Tchéti, jeune d'abord, puis dans son âge mur, l'artiste n'a pas manqué de souligner le regard ouvert et presque joyeux du jeune homme qui contraste avec le visage massif, porté par le cou empâté du chancelier vieillissant. De même que les déformations physiques engendrées par les liens de cet étonnant prisonnier agenouillé sont rendues par des anomalies musculaires au niveau de sa poitrine et de son abdomen. Sans doute y a-t-il beaucoup de conventions dans ces représentations, mais la liberté de l'artiste semble s'être raréfiée après la fin de l'Ancien Empire.

Age d'or d'une certaine intimité sculpturale, ces quatre dynasties sont aussi un sommet pour ces reliefs gravés sur les parois des tombes ou des chapelles funéraires : scènes de la vie quotidienne, scènes de chasse ou de guerre. La Ve dynastie a produit des oeuvres frémissantes, rarement égalées par la suite : oiseaux se donnant la becquée, troupeaux de bœufs défilant avec leurs hautes cornes en forme de lyre, soldats courant, muscles tendus, ânes piétinant des gerbes de blés... La plus remarquable est peut-être cette stèle d'albâtre (IVe dynastie) où figure un personnage dont seule la tête est en relief, tandis que le corps est esquissé d'un seul trait de gravure.




Emmanuel De Roux


http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/03/19/l-eternelle-jeunesse-de-pharaon_1169829_3246.html
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3246,50-1169829,0.html
Paru dans le "Monde" du 16 octobre 2004
L'éternelle jeunesse de pharaon
LE MONDE | 19.03.09 | 08h20  •  Mis à jour le 20.03.09 | 17h20


haraon, mot magique qui fait dresser l'oreille et courir les foules, à Paris comme ailleurs. Surtout à Paris : l'Egypte est une vieille passion française, on le sait. La dernière livraison de Quantara, la revue de l'Institut du monde arabe (IMA), est d'ailleurs consacrée à ce thème. Elle accompagne l'exposition "Pharaon" organisée à l'IMA par Christiane Ziegler, responsable des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre. Parmi ses premiers visiteurs, Hosni Moubarak et Jacques Chirac, les présidents égyptien et français, qui ont inauguré la manifestation le 13 octobre.

 
Il y a de fortes chances pour que le succès public de l'exposition soit massif. Tous les ingrédients sont en effet réunis : le nombre et le choix des pièces, rarement montrées, venues du Caire, mais aussi du Louvre voisin, du British Museum et du Musée de Philadelphie ; la présence d'un "trésor", en l'occurrence celui de Tanis, presque aussi beau que celui de Toutankhamon et beaucoup moins connu ; son titre enfin, "Pharaon", au singulier, qui évoque "la puissance et le mystère" de l'Egypte ancienne et véhicule de manière confuse une image d'harmonie, d'ordre et de sagesse.

Pourquoi avoir axé l'exposition sur ce thème ? "Parce que cette fonction incarne une continuité historique pendant plus de trois mille ans, répond Christiane Ziegler. Parce que le pharaon est l'intermédiaire entre le monde des dieux et celui des hommes et qu'à travers lui on peut aisément aborder plusieurs facettes de la société égyptienne : la religion, les institutions politiques, la guerre, la vie quotidienne et les rites funéraires."

UNE SÉRIE D'EFFIGIES

Mais cette fonction a été incarnée par des hommes. Aussi l'exposition commence-t-elle par une série d'effigies : celle des souverains statufiés selon des canons qui n'ont rien à voir avec un quelconque réalisme. La plus ancienne d'entre elles - anonyme - est celle d'un personnage barbu, coiffé d'une sorte de tiare, enveloppé d'une longue robe. Le tout évoque plus la silhouette d'un membre du Ku Klux Klan que celle d'un souverain égyptien. Mais cette étonnante statuette, longtemps exposée au Louvre dans la partie dévolue aux civilisations "primitives", apparaît à l'aube de la civilisation nilotique. Elle relève de la période Nagada I (vers 3800-3500 av. J.-C.), quand l'Egypte sort de la préhistoire. Certains égyptologues voient dans sa coiffure le prototype de la couronne blanche qui devait devenir l'attribut emblématique de la Haute-Egypte. Avec l'Ancien Empire (vers 2 700 av. JC), le pharaon associera à cette couronne blanche la couronne rouge, celle de la Basse-Egypte.

Les autres attributs du souverain, notamment le crochet et le fléau, indiquent que le rôle du roi est d'abord de maintenir le fragile équilibre universel. "Les Egyptiens avaient peur de l'instabilité du monde. Le rôle du pharaon était d'éviter un irrémédiable basculement", note Christiane Ziegler. C'est ainsi qu'on voit, sur une stèle, Mérenptah (1213-1203 av. J.-C.), successeur du conquérant Ramsès II, abattant ses ennemis à l'aide d'une massue pour rétablir l'ordre menacé. Le pharaon est aussi représenté sous la forme d'un animal plus ou moins fabuleux, lié à la mythologie ou à l'imaginaire égyptien : sphinx, faucon, lion vainqueur dévorant ses ennemis, ou taureau. Familier des dieux, il trône parmi eux comme un égal. Sur un relief de l'Ancien Empire, on voit Horus adoubant le pharaon.

En dépit de leurs poses uniformément hiératiques et de la permanence des attributs royaux portés pendant près de trente siècles (barbe postiche, némès, sorte de coiffe rayée frappée de l'uræus, le cobra femelle au cou dilaté), les portraits royaux diffèrent selon les périodes. A la sérénité des souverains de l'Ancien Empire (Képhren, vers 2558-2533 av. J.-C.) succèdent les visages plus tourmentés de ceux du Moyen Empire (Sésostris III, vers 1862-1843). Sous le Nouvel Empire (1550-1069 av. JC), une femme, Hatchepsout (1479-1457 av. JC), accède au pouvoir - c'est une exception. Elle est représentée avec le némès et la barbe postiche, comme ses prédécesseurs et ses successeurs. L'énorme et impressionnante statue de Toutankhamon (1336-1327 av. J.-C.) prêtée par le Musée du Caire est dotée des mêmes attributs. Le colosse garde encore quelques traits du style amarnien, en vogue sous le règne de son prédécesseur, Aménophis IV (1353-1337), le pharaon "hérétique" dont on peut voir à l'IMA une bouleversante effigie de grande taille, venue elle aussi du Caire.

Si nous sommes particulièrement sensibles au style amarnien de cette période, c'est sans doute parce que les traits déformés, allongés, d'une douceur presque christique, sont proches de nos canons esthétiques et semblent s'échapper du stéréotype égyptien. On voit, plus loin, dans le même esprit, un magnifique profil du même Aménophis IV, incisé dans une pierre calcaire. Les croquis esquissés sur un éclat de pierre ( ostraca ) comme ce pharaon victorieux sur son char ou encore Amon tendant une arme au pharaon victorieux sont particulièrement émouvants.

OBJETS DE LA SPHÈRE INTIME

A tort ou à raison, les auteurs semblent ainsi échapper aux règles strictes qui définissent leur art. C'est le cas de cette princesse saisie en train de déjeuner et dont la silhouette est mi-incisée, mi-dessinée. Ou des objets, parfois infimes, qui évoquent la sphère intime du souverain : des canards s'envolent au-dessus d'une touffe de plantes aquatiques (décor de plâtre), une minuscule figurine féminine, nue, en bois peint, or et faïence (la "Dame Tama"), une nageuse tenant un canard (cuillère à fard), un veau en train de s'ébrouer au milieu de coquelicots en fleurs (bribe de faïence), un verre modelé en forme de colonne (étui à khôl), une jeune fille supportant un miroir, un profil de la reine Néfertiti ciselé dans le calcaire... Et surtout, chef-d'oeuvre de grâce, d'équilibre et de délicatesse, cette tête de princesse au crâne en oeuf - toujours les canons de l'art amarnien -, sortie de l'atelier du sculpteur Djéhoutymès, pour qui on donnerait tous l'or de Toutankhamon.

Mais l'or, indispensable - c'est la "chair des dieux" -, est lui aussi présent à l'IMA. Il vient des fouilles effectuées à Tanis, dans la région du delta, entre 1939 et 1946, ce qui explique leur relative confidentialité. Pourtant, la découverte était de taille. Il s'agissait de six tombeaux royaux, appartenant à des souverains peu connus des XXIe et XXIIe dynasties (vers 1069-715 av. JC). Du fait de l'humidité de la région, les momies et les matériaux s'étaient décomposés. Il restait néanmoins un millier d'objets de premier plan. Des bijoux en or incrustés de pierres précieuses. Et une extraordinaire collection de masques d'or. L'un d'entre eux, celui de Psousennès Ier, est à l'IMA. Il a conservé les traits idéalisés du souverain "rayonnant d'une éternelle jeunesse".




Emmanuel de Roux








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commentaires

M
J'adore...Seul commentaire:Période armanienne: début du monothéisme, " révolution".L'art y est plus réaliste ou et naturaliste.Merci de ce billet
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F
Le premier Européen qui s'aventura dans le sud de l'Egypte fut "le Vénitien Anonyme" (on cherche toujours son nom). C'était en 1589. Quelques lignes de son récit : "si j'ai fait ce voyage, ce n'est pas pour un profit quelconque, mais seulement pour voir tant de superbes constructions, églises, statues, colosses, et également le lieu d'où on extrait lesdites colonnes et obélisques. "Nous sommes tous des enfants de ce "Vénitien Anonyme".
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