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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 00:19

(dépêches)



http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=53479
Tribune Libre 
 
 
 par Florentin Piffard (son site)
  mardi 24 mars 2009   
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La cause est entendue, nous sommes tous d’accord, de la gauche à la droite, de la France d’en bas à la France des médias, de la France athée à la France encore catho mais qui veut faire des progrès, même le pusillanime ministère des Affaires étrangères s’y est mis comme tout le monde, le pape est un obscurantiste, il est le vecteur et le porte-parole d’une idéologie mortifère. C’est un criminel, l’ennemi principal et définitif de l’humanité. Les morts du Sida pèseront sur sa conscience et viendront éternellement le hanter dans son sommeil éternel qui ne saurait tarder, espérons-le. Le souverain pontife est déclaré anathème devant le grand tribunal des droits humains, il n’aura pas le loisir de faire appel. Tous, nous pouvons nous lâcher sur le dos de ce réac cacochyme, et sans capote encore. Pour lui, et pour lui seulement, ce n’est pas la peine de sortir couvert. On doit avancer à découvert au contraire, sans grand risque pour sa santé ni sa réputation. Taper sur le pape est devenu un droit humain comme les autres, et même un devoir, un impératif de l’homme moderne, comme de faire la vaisselle et de torcher les mômes.
 
On n’avait pas vu une telle unanimité, une telle communion fraternelle de la France entière à la délicieuse occasion de ce culte aujourd’hui rendu aux très grandes vertus d’un petit bout de plastique -culte qui, comme tout culte, a besoin de la figure hideuse du démon pour unir ses adeptes- depuis au moins Valmy ou peut-être, soyons positif, depuis la France Black, Blanc, Beur de 1998, quand on était les champions. Car les champions, nous le sommes à nouveau aujourd’hui, par la disgrâce de l’horrible vieillard, même si ce n’est plus de football qu’il est question, mais d’indignation citoyenne et de défense de la vertu caoutchouteuse et outragée. Enfin un sport dans lequel nous ne craignons personne, dopés que nous sommes tous à la moraline. Répétez après moi : le préservatif, c’est la vie ! Le pape, c’est la mort ! On voudrait presque que le pape remette le couvert, si j’ose dire et si c’est possible à son âge, pour que ce beau moment de communion fraternelle dure encore un peu, que la jouissance extatique et collective qui s’exprime à la faveur de ces déclarations ne s’éteignent pas trop vite, qu’on ait le temps d’édifier un culte pérenne au petit dieu capote qui nous plaît tant. Rasons Notre-Dame, ce monument obsolète élevé à la gloire d’une idéologie de mort, et érigeons à sa place, comme ce sera drôle, une belle installation plastique digne du meilleur de l’Art Contemporain, qui prendra la forme de la capote céleste, déroulée et gonflée bien sûr, que l’on pourra ainsi emplir à loisir d’une virile vigueur rendue inoffensive par l’objet de son culte. Ce con-dôme, ah,ah,ah, qu’il soit d’une hauteur de 69 mètres, puisque c’est aussi celle des tours de la ringardissime cathédrale actuelle, ça ne s’invente pas , et aussi transparent que notre belle époque veut l’être. Un bel ouvrage vertical dressé vers le ciel vide en forme de défi, un fier monument à la gloire de notre sacro-sainte libido. Ca changera des églises mornes et vides !
 
Ce n’est pas pour casser l’ambiance, mais en attendant ce jour béni, est-il possible d’entendre ceux qui défendent le pape, s’il en reste ? Chacun a le cœur à la fête et personne ne veut envisager que le pape pourrait avoir de solides arguments pour avancer ce qu’il avance. Pourtant les faits sont têtus.
 
Laissons donc là le lyrisme œcuménique et la ferveur néo-religieuse, et reprenons précisément les propos du pape, et la question à laquelle il répondait.
 
Question. Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l’Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l’Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n’étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ?


R. –Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte conte le sida est précisément l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, et tant d’autres, à toutes les sœurs qui sont au service des malades. Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec de l’argent, pourtant nécessaire. Si on n’y met pas l’âme, si les Africains n’aident pas [en engageant leur responsabilité personnelle], on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un envers l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l’homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d’épreuve. Il me semble que c’est la juste réponse, et c’est ce que fait l’Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font.
 
Le pape répond sur le terrain de l’efficacité et du réalisme à une question qui lui est posé sur ce même terrain. Il cherche à défendre, contre les critiques auxquelles le journaliste faisait référence, les catholiques qui agissent en Afrique en tentant notamment de promouvoir la fidélité et l’abstinence parmi les populations qu’il cherchent à aider, en soignant, en facilitant l’accès aux médicaments, et parfois, souvent même, en distribuant des préservatifs, en parfait accord avec la hiérarchie catholique. Car le pape dans sa réponse ne s’oppose pas à l’usage du préservatif. Il déclare seulement que si le préservatif est envisagé comme étant la seule solution au problème, il peut l’aggraver. Qu’est-ce à dire ? Comment comprendre cette phrase ? Le préservatif n’est-il pas un moyen de prévention efficace de la transmission du virus ? Il l’est bien sûr, même si son efficacité est loin d’être parfaite. Alors les propos du pape ? De la pure idéologie ? De la bêtise et de l’ignorance ? De la pure méchanceté ? S’il est possible de demander au lecteur de suspendre son jugement et de me suivre dans mes développements ultérieurs jusqu’à ce que son opinion soit faite…
 
A quoi sert un « préservatif » ? A faire l’amour dans des conditions d’hygiène et de sécurité acceptables (même si, on le sait, le préservatif n’étant pas fiable à 100%, il peut donner un sentiment de sécurité absolue parfaitement illusoire) de la même manière, si l’on me permet cette comparaison un peu étrange, qu’un maillot de bain sert à faire de la natation dans des conditions de décence acceptables. Mais le fait de distribuer un préservatif n’est pas un acte neutre. Dans un certain sens, livré à lui-même, l’acte de transmettre un préservatif est déjà une incitation, de la part de celui qui donne, à « passer à l’acte ». Si j’offre un maillot de bain à l’élue de mon cœur par exemple, je l’incite à se jeter à l’eau. Elle le prendra ainsi, d’ailleurs, même si en toute logique le maillot de bain n’est pas nécessaire à la natation. De la même manière et réciproquement, si l’élue de mon cœur offre un préservatif à son maître nageur, à Dieu ne plaise, il pourra prendre cela pour une avance, ou à défaut, si l’élue de mon cœur est irréprochable, hypothèse que je préfère et dont je ne doute pas, à aller assouvir sa libido auprès de ses nombreuses groupies que sa musculature avantageuse ne manque pas de lui attirer. L’acte de nager est virtuellement présent dans le fait d’offrir un maillot de bain, comme l’acte sexuel est virtuellement présent dans le fait de donner un préservatif. Spontanément, chacun associe la natation à un maillot de bain, comme on associe le sexe à un préservatif. Or, il se trouve que l’acte sexuel est le principal vecteur du virus du Sida. S’il ne s’accompagne pas de ce que le pape appelle l’âme, et qui fait référence bien sûr à la défense de la fidélité dans le couple, le fait de donner un préservatif à quelqu’un, surtout lorsque le don provient d’une organisation qui peut posséder un certain ascendant moral, revient à inciter cette personne à faire l’amour, et donc à multiplier les occasions de contamination. Les préservatifs ne tombent pas du ciel comme une manne, c’est le cas de le dire, ils sont transmis par des hommes et des femmes qui sont porteurs d’un message implicite. Les êtres humains ne sont des monades imperméables à l’influence réciproque. Si ce message n’est pas contrebalancé par un message différent, « soyez fidèle », ou « abstenez-vous et n’utilisez le préservatif que si vous ne pouvez faire autrement », la distribution de préservatifs sera comprise comme un blanc-seing ou même une incitation à passer à l’acte, et peut ainsi favoriser la propagation du sida. Les effets bénéfiques indéniables du préservatif en termes de protection physique, sont pour une part au moins contrebalancés par l’incitation à passer à l’acte incluse dans le fait de donner. Ce n’est, ni plus ni moins, ce que veut dire le Pape, lorsqu’il dit que la distribution de préservatif « augmente le problème » si elle n’est pas accompagnée d’un peu d’âme, c’est-à-dire, du point de vue du Pape, d’un appel à la fidélité.
 
Dans les faits, cette analyse se vérifie. L’Ouganda, un pays dont 45% de la population est catholique et 39% anglicane, a mis en place dés 1986, sous l’impulsion de son président une politique volontariste mettant en avant l’abstinence et la fidélité, en plus du préservatif. Cette politique a eu des effets spectaculaires et le taux de prévalence du SIDA extrêmement élevé à la fin des années 1980 dans ce pays a chuté de façon importante grâce à cette politique. Il ne s’agit pas ici d’une appréciation partisane de la politique ougandaise, mais au contraire du résumé rapide d’un article paru dans la prestigieuse revue américaine Science qui rend compte des résultats d’une étude consacrée au cas ougandais. Cette étude ne laisse guère place au doute, une politique globale, c’est-a-dire une politique qui comprend une dimension éthique est infiniment plus efficace qu’une politique fondée sur la seule distribution du préservatif.
 
Les idéologues ne sont donc pas ceux qu’on croit. Car aujourd’hui si les propos du pape font scandale, ce n’est pas parce que le pape s’oppose à la lutte contre le SIDA mais au contraire parce qu’il ose envisager une alternative au préservatif, plus efficace que celui-ci, sans exclure pour autant son usage. Ceux qui couvrent le pape d’injures aujourd’hui sont les idéologues conscients ou inconscients d’un ordre mondial échangiste et libre-échangiste. Cette idéologie prend les couleurs de la science en mettant en avant le préservatif, « seul moyen de lutte efficace contre le SIDA ». Le problème c’est que le préservatif est ainsi considéré seulement parce que d’autres comportements, tels que la fidélité, ont été exclus du champ des comportements rationnels ou prophylactiques qu’il pourrait être utile de promouvoir pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la science et qui sont purement idéologiques. C’est le droit le plus strict des idéologues de défendre leurs idées, bien sûr, et il ne me viendrait pas à l’idée de leur jeter à la figure les épithètes qu’ils adressent eux-mêmes au pape, car l’échangisme, libre ou pas, ne manque certainement pas de certains attraits, vu de loin au moins, et même pour un catholique (qui serait assez hypocrite pour prétendre le contraire ?), mais il faut appeler un chat un chat, et un idéologue, un idéologue.
 
Les bases scientifiques de la déclaration de Benoît XVI sur le préservatif

http://www.causeur.fr/et-preserve-nous-du-mal,2135
Et préserve-nous du malLe monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc

20 mars 2009 • Recommander • Imprimer

Thème(s) : Religion

Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répand plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.

Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.

Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.

L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.

On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.

Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.

Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.

Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.

L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.

Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.

Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (”Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?

Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?

Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

DISCUSSION
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http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/304/5671/714
http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/304/5671/714
Science 30 April 2004:
Vol. 304. no. 5671, pp. 714 - 718
DOI: 10.1126/science.1093166
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Reports
Population-Level HIV Declines and Behavioral Risk Avoidance in Uganda
Rand L. Stoneburner* and Daniel Low-Beer
Uganda provides the clearest example that human immunodeficiency virus (HIV) is preventable if populations are mobilized to avoid risk. Despite limited resources, Uganda has shown a 70% decline in HIV prevalence since the early 1990s, linked to a 60% reduction in casual sex. The response in Uganda appears to be distinctively associated with communication about acquired immunodeficiency syndrome (AIDS) through social networks. Despite substantial condom use and promotion of biomedical approaches, other African countries have shown neither similar behavioral responses nor HIV prevalence declines of the same scale. The Ugandan success is equivalent to a vaccine of 80% effectiveness. Its replication will require changes in global HIV/AIDS intervention policies and their evaluation.

Population Health Evaluation Unit, Cambridge University, Cambridge, UK.


* To whom correspondence should be addressed. E-mail: randstoneburner@netzero.net


http://www.libertepolitique.com/les-extraits-de-la-revue-liberte-politique/4586
Liberté politique (extrait)
Le Sida, l'éthique et l'expérience
Par Albert Barrois, docteur en biologie moléculaire.

Liberté politique n° 27, automne 2004

LA XVe CONFERENCE internationale sur le Sida s'est tenue à Bangkok au mois de juillet 2004, dans un climat aussi dramatique que les précédentes éditions. Malgré les milliards de dollars dépensés pour vaincre le virus du Sida, connu sous le nom de VIH (virus de l'immunodéficience humaine ), rien n'y fait : les chiffres sont toujours aussi catastrophiques, le nombre de contaminés et de malades ne cesse d'augmenter, y compris dans les pays riches.

Et cette épidémie dont l'Afrique était la principale victime se répand aujourd'hui à toute vitesse en Asie. On a avancé le chiffre de 15 millions d'orphelins du Sida (ayant perdu un parent ou les deux, ce qui n'est pas rare étant donné le mode de transmission de cette maladie), dont 12 millions dans la seule Afrique subsaharienne ; dans le monde on dénombrerait actuellement près de 40 millions de personnes infectées par le VIH.

Or malgré les trithérapies et autres traitements, le Sida est encore une maladie qui tue dans plus de 90 % des cas ; on considère qu'une trithérapie effectuée dans le monde occidental, c'est-à-dire aujourd'hui dans les meilleures conditions, ne fait que repousser l'apparition du Sida de neuf ans en moyenne chez une personne infectée par le VIH. Autrement dit, l'échéance est reculée, mais on a toujours aucun moyen de guérison et rares sont ceux qui, une fois infectés par le VIH, ne développent pas le Sida tôt ou tard. En résumé, la seule façon de lutter contre le Sida aujourd'hui consiste à ralentir sa progression à l'échelle mondiale, et pour chacun, éviter d'être infecté par le VIH.

Quelle prévention ?

Pour ne pas être infecté par un agent pathogène, il existe essentiellement deux moyens. Le premier, et indéniablement le plus sûr, est d'éviter le contact avec toute source de contamination. Cela peut paraître difficile pour le virus de la grippe qui survit dans l'air que nous respirons, mais c'est plus facile dans le cas du VIH qui ne se transmet que par voie sexuelle ou sanguine. La seule alternative consiste en la vaccination ; ceci permet d'être exposé à un agent pathogène sans contracter aucune maladie, car le système immunitaire a été préparé par la vaccination pour lutter contre cet agent particulier. Mais cette approche n'est pas disponible pour lutter contre le Sida car aucun vaccin n'a été découvert à ce jour. De plus, comme nous l'avons déjà dit, il est exceptionnel d'arriver à se débarrasser du VIH après une infection, et la seule bonne méthode consiste donc à se tenir à l'écart de ce virus mortel.


Les voies de transmission du VIH sont connues : il s'agit du sang et des relations sexuelles. La contamination par voie sanguine explique le scandale dit du " sang contaminé " lorsqu'au début de l'épidémie, de nombreux transfusés et hémophiles ont contracté la maladie accidentellement. De nos jours ce danger n'existe plus, ou de façon très marginale. Il existe en revanche pour les drogués qui partagent leurs seringues ; c'est aujourd'hui le seul vrai risque de contamination par voie sanguine. Le risque d'être infecté en se piquant sur une seringue usagée abandonnée est heureusement réduit car le VIH ne résiste pas longtemps en dehors du corps humain ; le risque est plus grand entre drogués du fait de la vitesse à laquelle une seringue peut être utilisée et passée au suivant.


Bref, pour l'immense majorité, le risque majeur d'être infecté vient du rapport sexuel avec une personne elle-même infectée. Et là encore, tous ne sont pas égaux : les risques sont plus importants pour les femmes et les homosexuels. Pour éviter que le VIH puisse contaminer une personne, il y a trois possibilités. Les deux premières ne comportent aucune prise de risque : soit s'abstenir de tout rapport sexuel, soit être fidèle à une personne qui vous est elle-même fidèle. Pour tous les autres, la seule solution consiste à diminuer les risques, principalement en utilisant le préservatif. Mais il ne fait aucun doute qu'il y a bien un risque : refus, oubli, mauvaise utilisation, défaillance du matériel, etc. En outre, cette prise de risque implique des tests de dépistage réguliers en raison d'une toujours possible contamination, dont il faut rester le moins longtemps dans l'ignorance. De nos jours, c'est cette solution qui est promue tous azimuts : préservatifs et dépistage anonyme, ou rien.

Une alternative plus récente dont il a été question à la conférence de Bangkok consiste à développer un gel anti-VIH qu'une femme pourrait utiliser avant tout rapport sexuel ; mais cela ne ferait que diminuer d'environ 30 % le risque de contamination. Bref, si l'on en croit les grands pontes de la lutte contre le Sida, seul le préservatif est efficace. Il est défendu de parler d'abstinence et de fidélité. D'abord, ce n'est pas réaliste : comment peut-on sérieusement envisager d'expliquer à un jeune occidental la valeur de l'abstinence et de la fidélité quand une relation supérieure à trois mois est considérée comme longue ? Par ailleurs, dans les pays pauvres, les femmes n'auraient souvent pas la possibilité de refuser une relation, à tel point que dans certaines régions du monde, les femmes mariées n'utilisant pas de préservatifs ont plus de risques d'être contaminées par leur mari, trop souvent infidèles, que les femmes non mariées qui ont des rapports sexuels mais qui utilisent des préservatifs.

À première vue, ils est difficile de leur donner tort : le libertinage sexuel est devenu tel, qu'on ne voit pas bien en effet comment empêcher des adolescents de passer à l'acte, et encore moins les adultes. Et en Afrique, de très loin le continent le plus touché par le VIH, il est sans doute vrai que les femmes n'ont pas toujours leur mot à dire. Par conséquent, seuls le préservatif et les tests anonymes sont les solutions efficaces et responsables. Et ceux qui prétendent le contraire sont des criminels : le pape en sait quelque chose qui est régulièrement traité comme tel pour son refus d'aligner le discours de l'Église.


Pour autant, faut-il refuser la promotion de l'abstinence et de la fidélité parce que irréaliste, particulièrement en Afrique ? L'exemple de l'Ouganda parle de lui-même.

L'Ouganda

À la fin des années quatre-vingt, la contamination par le virus du Sida y était un problème dramatique. Mais en 2003 la prévalence de l'infection par le VIH (nombre total de cas) était estimée à 6 % de la population totale ; ce chiffre reste bien sûr très élevé mais n'a rien à voir avec celui de 1990 — 30 %, un triste record mondial — ni avec ceux d'autres pays africains aujourd'hui : 20 % en Zambie ou en Afrique du Sud, 15 % au Malawi et au Kenya. Malgré une situation de départ catastrophique, la prévalence de l'infection par le VIH était en baisse dès la fin des années 80, à une époque où même en Europe occidentale l'épidémie n'était pas encore maîtrisée. Pays africain extrêmement pauvre, souvent en guerre avec l'un ou l'autre de ses voisins, l'Ouganda est pourtant le champion incontestable de la lutte contre le VIH et le Sida en Afrique. Étant donné le contexte, la pauvreté des moyens et l'ampleur initiale de l'épidémie, on peut même affirmer que la réussite ougandaise est sans équivalent dans le monde. Comment ce succès a-t-il pu être obtenu, peut-on le reproduire ailleurs ?
C'est à ces deux questions que se sont attelés deux chercheurs de l'Université de Cambridge. Dès 1996, des chiffres circulaient, citant une baisse de 60 % du nombre de personnes ayant de multiples partenaires sexuels, entre 1989 et 1996. Ceci était le résultat d'une campagne d'information lancée dans les années quatre-vingt, prônant l'abstinence et la fidélité. Puis une seconde campagne, à l'instigation de l'ONU et de l'OMS, fut ensuite entreprise, mais longtemps après, mettant en avant le préservatif et le dépistage anonyme.

Les chercheurs de Cambridge comparèrent le résultat des deux campagnes. La synthèse de leurs recherches vient d'être publiée fin avril dans la revue américaine Science, faisant de cette étude un travail particulièrement important dont il faut tenir compte. Nature, la prestigieuse revue anglaise concurrente, ne s'y est pas trompé, qui a rendu compte de cet article sur son site Internet.


Pour appuyer leurs comparaisons, les auteurs se sont servi des données disponibles au Kenya, Zambie et Malawi où les seules campagnes contre le VIH/Sida ont été menées sous l'égide de l'ONU/OMS. Chez les femmes enceintes en Ouganda, la prévalence du VIH atteint en 1991 un maximum de 21 % pour tomber à 10 % en 1998 et 6 % en 2000. Dans des groupes similaires (femmes enceintes habitant en ville), la chute fut de 60 % en Ouganda, contre moins de 10 % en Zambie et une augmentation au Malawi entre 1990 et 2000. Des statistiques similaires montrent que le même phénomène se reproduit chez différents groupes ou dans différentes tranches d'âge : l'Ouganda fait systématiquement mieux que ses voisins.

Comment ce résultat a-t-il été obtenu ? La doctrine officielle voudrait bien sûr que la seule utilisation du préservatif puisse expliquer ce phénomène. Hélas (si l'on peut dire) pour la théorie dominante, le préservatif est moins utilisé en Ouganda qu'au Malawi, et pas plus qu'au Kenya ou en Zambie d'après des chiffres du milieu des années quatre-vingt-dix. D'où vient la différence ? Il faut se tourner vers d'autres données, comme celles de l'âge moyen de la première expérience sexuelle : chez les 15-24 ans non mariés entre 1989 et 1995, le nombre d'expériences sexuelles a chuté de 60 % à moins de 25 % pour les hommes, et de 53 % à 16 % chez les femmes.

Interrogés en 1995, les Ougandais (hommes) ont répondu avoir réagi aux menaces du Sida, par la fidélité à plus de 50 % , l'abstinence pour 7 % d'entre eux et l'utilisation de préservatifs pour seulement 2 %. Par ailleurs, la proportion d'hommes pratiquant le vagabondage sexuel était tombée de 34 à 14 % entre 1989 et 1995, un chiffre qui passe de 16 à 3 % chez les femmes. Par comparaison, en 1996 et 1998 en Zambie, au Malawi et au Kenya, ces chiffres étaient beaucoup plus élevés : 30 à 40 % chez les hommes, et 12 à 16 % chez les femmes, donc similaires à ceux de l'Ouganda en 1989.


En résumé, les années 1989-1995 ont connu un brutal changement des habitudes sexuelles en Ouganda : guère plus d'utilisation du préservatif, mais un recul de l'âge de la première relation sexuelle, une plus grande fidélité, et davantage d'abstinence.

Comme un vaccin efficace à 80 %

Il reste à expliquer ce changement de comportement. La communication explique-t-elle tout ? Sans conteste, le double message diffusé en Ouganda a fait la différence. Tout d'abord, le VIH se propage par voie sexuelle et le Sida, qui en découle, tue. Ce message fut répété longtemps au début des journaux radiophoniques, sous une forme encore plus simple : " Le Sida tue. " Ensuite, étant donné le mode de transmission du virus, la meilleure réponse est l'abstinence et la fidélité. Mais un message, aussi bon soit-il, doit être pris au sérieux, et là aussi l'Ouganda fit preuve d'originalité. Pour mettre en place cette campagne, tout le tissu social du pays a été mis à contribution, et plus spécialement les relais locaux. Le bouche-à-oreille fut l'outil dominant de propagation de l'information sur le Sida, par opposition à une transmission plus directe dans les pays voisins. Autrement dit, inciter les gens à parler entre eux du VIH et du Sida, au lieu de subir information sans débat, explique en partie la différence de résultats entre l'Ouganda et les pays voisins. Ce mode de diffusion — un message simple, clair — et terrifiant — eut un impact considérable, en l'absence de tout autre facteur. Dénoncer le Sida pour ce qu'il est, une maladie mortelle dans 99 % des cas, se transmettant lors des relations sexuelles, a suffi à induire un changement de comportement de la population.

Il faut ajouter à cela la stratégie de prévention choisie qui, au lieu de promouvoir les tests de dépistage gratuit et l'utilisation de préservatifs, s'appuya sur l'abstinence et la fidélité. Le résultat ainsi obtenu est équivalent à un vaccin efficace à 80 % ; mais sans les coût énormes engendrés par la production d'un vaccin, avec simplement la volonté de dire la vérité sur la réalité du Sida.

Quel réalisme ?

Au fond, quoi de surprenant ? On ne risque pas d'être contaminé par le VIH si l'on pratique la fidélité et l'abstinence (hors contaminations accidentelles par voie sanguine), c'est l'évidence. Or un tel programme a toujours été condamné au nom du réalisme. La dérision accueille systématiquement toute proposition de ce type, qu'elle vienne de l'Église ou du responsable de la lutte anti-Sida au sein de l'administration américaine, Randall Tobias. Celui-ci affirmait en avril à Berlin que l'abstinence était plus efficace contre le VIH que le préservatif. Nous avons désormais une preuve expérimentale historique de la validité de ces recommandations, et dans l'un des pires contextes qu'on puisse imaginer. L'article de Science apporte la démonstration scientifique du réalisme dont l'Église, et l'administration américaine actuelle, font preuve en prônant l'abstinence et la fidélité : le message fonctionne, y compris à l'échelle d'un pays, même (surtout ?) lorsque ce pays est africain et particulièrement pauvre. Dans le même temps, entre 2001 et 2003, la prévalence de l'infection par le VIH a augmenté d'environ 5 % en Europe occidentale comme aux États-Unis.

Le président de l'Ouganda, Yoweri Museveni, est intervenu à la conférence de Bangkok pour évoquer le succès de son pays dans la lutte contre le VIH. Il n'hésita pas à déclarer que " le Sida est principalement un problème moral, social et économique. Je considère les préservatifs comme une improvisation, pas une solution [...]. Les relations humaines doivent être basées sur l'amour et la confiance ", ajoutant que l'abstinence était plus efficace que le préservatif pour combattre le VIH. De son côté, sa femme a déploré que " la distribution de préservatifs à la jeunesse revient à leur donner un permis de faire n'importe quoi : et cela conduit à une mort certaine ". Malgré les applaudissements de certains promoteurs du préservatif, convaincus par l'expérience, certains n'ont pas hésité à recourir au mensonge pour critiquer la position ougandaise. Un participant a prétendu que " 50 % d'utilisation du préservatif en plus, c'est 50 % garanti de contamination en moins ". L'article de Science a prouvé que c'est faux : les pays voisins de l'Ouganda utilisent autant, sinon plus, le préservatif, et n'ont pas maîtrisé l'épidémie. D'autres ont cru relever les points du discours qui ne collent pas avec l'enseignement catholique (ou catholico-évangéliste chez les Américains), mais sans grand succès.


Il reste que l'article de Science est toujours aussi peu connu ; à notre connaissance pas un des journalistes commentant la conférence de Bangkok n'y a fait référence (eux qui sont toujours pressés de citer d'obscurs journaux scientifiques), en particulier quand il s'agissait de savoir si oui ou non le programme du président Museveni était bien responsable de la réussite ougandaise. En revanche l'AFP a trouvé une scientifique, Mary Crewe, chercheuse à l'Université de Pretoria, et qui ne lit manifestement pas Science : " ABC a été introduit [en Ouganda] tardivement dans la campagne de prévention et il y avait déjà des signes que l'épidémie suivait une courbe descendante ", une affirmation, très exactement contraire à la vérité.


Changer les valeurs

Les États-Unis se sont engagés à verser 15 milliards de dollars pour la lutte contre le Sida. Mais cet argent est réservé à des pays qui ont passé des accords bilatéraux avec les États-Unis, s'engageant à mettre en place la stratégie ABC : A pour abstinence, B pour being faithful (la fidélité) et C pour condom when appropriate (préservatif si approprié). Et sur cette somme, un milliard de dollars ont été réservés à des programmes basés seulement sur l'abstinence. Cela soulève l'indignation des âmes vertueuses qui se scandalisent qu'on restreigne les moyens disponibles pour distribuer des préservatifs. Ils accusent le programme ABC de tout baser sur l'abstinence qui, selon la vulgate à la mode, ne peut pas marcher. Eux-mêmes ont pour seul programme le C de ABC, tout en oubliant le " si approprié ". Randall Tobias, chargé par le président Bush de gérer ce progamme, ne s'est pas privé de le leur rappeler : il faut utiliser toutes les armes disponibles, d'où la supériorité du programme ABC. Ceux qui se focalisent sur le préservatif ont une vue restreinte, pas ceux qui ne voient dans le préservatif qu'un ultime recours.

Un cas souvent évoqué pour justifier le préservatif est que la première expérience sexuelle des femmes en Afrique est souvent forcée, donc le préservatif est son seul espoir. Mais comment espérer qu'un homme qui s'apprête à violer une jeune fille accepte un préservatif ? Et à quoi bon, puisqu'étant vierge, le risque de s'en prendre à une jeune fille porteuse du virus est pratiquement nul ? Certes, convaincre cet homme de s'abstenir ne sera pas facile, mais ce n'est sûrement pas plus absurde que de prétendre lui faire utiliser un bout de caoutchouc. Dans un livre relatant leur voyage à travers l'Afrique, Sonia et Alexandre Poussin rapportent leur discussion avec deux jeunes prêtres au Malawi à propos du Sida : "Il faut arrêter d'infantiliser les Africains nous disent-ils, car le Sida progresse à cause du comportement des gens auquel le préservatif ne changera rien (au contraire) : “Tous les séropositifs qui viennent [nous] voir ont été et sont des grands consommateurs de préservatifs [...] Environ 7 % de nos jeunes prêtres meurent du Sida. C'est moins que les statistiques nationales, mais tout de même ! C'est la sexualité dans son ensemble que l'on doit apprendre à gérer en Afrique. Cela passe par l'éducation, la morale, le rapport à l'autre sexe et la perception de soi. Ça ne se réglera pas avec des préservatifs”."

La lutte contre le Sida passe donc par un changement des valeurs de la société, africaine et mondiale. L'histoire retiendra que c'est l'Ouganda, pays déjà célèbre pour ses martyrs héroïques, qui en aura apporté la preuve. Mais les conséquences peuvent être plus vastes. Ces dernières années, on s'inquiète beaucoup de la croissance des maladies sexuellement transmissibles autres que le Sida. On commence l'éducation sexuelle de plus en plus tôt, on expose comment le préservatif, la pilule, la pilule du lendemain et enfin l'avortement, permettent d'éviter le pire des fléaux : une grossesse. Et pourtant, non seulement le nombre des avortements n'a pas diminué, mais on découvre que les autres maladies sexuellement transmissibles réapparaissent (en Grande-Bretagne, la syphilis est passée de 136 à 1.575 cas entre 1995 et 2003, les infections par Chlamydia de 30.794 à 89.818 cas, etc.) et que le Sida continue à progresser en Europe occidentale. Sans compter un effet dramatiquement pervers des trithérapies désormais relativement efficaces pour retarder l'apparition du Sida : certaines populations à risque ont baissé la garde, soit par lassitude soit par inconscience, et n'utilisent plus de préservatifs ce qui a provoqué une remontée immédiate des contaminations. La seule réponse à ce problème est : toujours plus de préservatif.

Surinformation ou éducation


Mais quel idéal de vie, quelles motivations donne-t-on à la jeunesse en lui expliquant qu'elle peut faire n'importe quoi, sauf oublier le préservatif et la pilule ? Ce n'est pas nouveau, mais ce qui l'est c'est le retour d'un discours plus conforme à la morale naturelle, et par conséquent plus attrayant et plus efficace pour quiconque a encore un peu d'estime de soi-même. L'Ouganda est un exemple, mais les États-Unis en sont un autre.

Une journaliste du Daily Telegraph anglais a récemment publié un article comparant les approches britannique et américaine de l'éducation sexuelle et leurs résultats en nombre d'adolescentes enceintes. En Grande-Bretagne, l'éducation sexuelle commence très tôt et ferait rougir un corps de garde ; mais cela s'accompagne d'un régime exceptionnellement favorable pour les filles-mères qui bénéficient de logements presque gratuits et d'allocations. Autrement dit, le message reçu est : ayez toute les relations que vous voulez, si le préservatif, la pilule, la pilule du lendemain ou l'avortement n'ont pu régler le problème, la société veille et s'occupera de vous.

Dans le même temps, aux États-Unis, dans la ligne du programme ABC, l'État soutient de plus en plus les associations qui encouragent par les moyens les plus divers l'abstinence des jeunes. L'exemple le plus célèbre est celui du Silver ring, d'origine évangéliste : un anneau pour afficher son engagement à rester vierge jusqu'au mariage ; la remise de l'anneau (qui s'achète 10 dollars, on est aux États-Unis !) fait l'objet d'une réunion festive, à la mode évangéliste. Par ailleurs, les aides d'État aux filles-mères sont conditionnées par l'obtention d'un travail dans les deux ans suivant la naissance, un programme mis en place dans les années Clinton. Résultat : le nombre de filles-mères a baissé de 30 % aux États-Unis tandis qu'il battait tous les records en Grande-Bretagne. On objectera que les jeunes américaines pratiquent sûrement davantage les contraceptifs, mais comment expliquer la différence, alors que privées de la surinformation britannique, les jeunes filles d'outre-Atlantique font mieux que leurs cousines européennes ? La solution est sans doute plus simple : moins d'information signifie aussi moins de tentations et plus d'idéal. On peut penser ce que l'on veut de la politique étrangère du président Bush, mais pour ce qui concerne l'éducation morale, elle est certainement ce qui se fait de mieux aujourd'hui.

Pour les catholiques, le C du programme ABC est peut-être regrettable — encore qu'il faille distinguer ce qui relève de l'enseignement du Magistère, et ce qui relève, dans la cohérence morale, de la responsabilité politique —, il reste qu'un immense pas en avant a été franchi. Le Pape, lors de la visite du président Bush en juin dernier au Vatican, lui a fait part de sa très grave inquiétude sur les conséquences de la guerre contre le terrorisme ; mais ce que l'on sait moins car les media en ont beaucoup moins parlé, c'est qu'il a aussi remercié le Président pour ses efforts dans la lutte contre ce qu'il qualifie de culture de mort :

Dans le même temps, Monsieur le Président, je saisis cette occasion pour reconnaître le profond engagement de votre gouvernement et des nombreuses organisations humanitaires de votre nation, en particulier celles d'inspiration catholique, qui œuvrent afin de surmonter les conditions toujours plus intolérables dans divers pays africains, où la souffrance provoquée par les conflits fratricides, les pandémies et la pauvreté dégradante ne peuvent plus être ignorées. Je continue également à suivre avec une profonde satisfaction votre engagement en vue de la promotion des valeurs morales dans la société américaine, en particulier en ce qui concerne le respect pour la vie et la famille.

Le programme ABC, basé d'abord sur l'abstinence et la fidélité, a fait ses preuves en Ouganda dans la lutte contre le Sida. L'extension de ce type de programmes à d'autres pays, non seulement permettrait de juguler ce fléau, mais permettrait de résoudre également de nombreux autres problèmes comme celui des grossesses chez les adolescentes, dont la racine profonde est une absence complète de respect pour la morale naturelle. Que la mise en pratique de ce programme, porteur d'espérance, vienne d'une administration américaine plutôt belliqueuse et d'un pays africain extrêmement pauvre montre que rien n'est simple : un signe que la Providence utilise les moyens qu'elle trouve.

AL. B.

 

NB. Pour consulter le texte intégral de l'article avec l'appareil de note, se reporter à la version papier de la revue.


http://www.hrw.org/en/news/2005/03/29/uganda-abstinence-only-programs-hijack-aids-success-story
Uganda: 'Abstinence-Only' Programs Hijack AIDS Success Story
Related Materials:
Philippines: Anti-Condom Policies Could Spark AIDS Explosion
These abstinence-only programs leave Uganda’s children at risk of HIV. Abstinence messages should complement other HIV-prevention strategies, not undermine them.

Jonathan Cohen, researcher with Human Rights Watch's HIV/AIDS Program U.S.-Sponsored HIV Strategy Threatens Youth
March 29, 2005
U.S.-funded “abstinence-only” programs are jeopardizing Uganda’s successful fight against HIV/AIDS, Human Rights Watch said in a new report today. Abstinence-only programs deny young people information about any method of HIV prevention other than sexual abstinence until marriage.

The 80-page report, “The Less They Know, the Better: Abstinence-Only HIV/AIDS Programs in Uganda,” documents the recent removal of critical HIV/AIDS information from primary school curricula, including information about condoms, safer sex and the risks of HIV in marriage. Draft secondary-school materials state falsely that latex condoms have microscopic pores that can be permeated by HIV, and that pre-marital sex is a form of “deviance.” HIV/AIDS rallies sponsored by the U.S. government spread similar falsehoods.

“These abstinence-only programs leave Uganda’s children at risk of HIV,” said Jonathan Cohen, a researcher with Human Rights Watch's HIV/AIDS Program and one of the report’s authors. “Abstinence messages should complement other HIV-prevention strategies, not undermine them.”

U.S. officials describe their strategy in Uganda as “ABC”—a popular acronym standing for “Abstinence, Be Faithful, use Condoms.” Some experts credit the “ABC” strategy with helping to reduce HIV prevalence in Uganda from about 15% in the early 1990s, to less than 10% today. However, Human Rights Watch’s new report documents how condoms are left out of the equation, especially for young people.

A draft “Abstinence and Being Faithful (AB)” policy released in November 2004 by the Uganda AIDS Commission cautions that providing information about condoms alongside abstinence can be “confusing” to youth. Teachers told Human Rights Watch that they have been instructed by U.S. contractors not to discuss condoms in schools because the new policy is “abstinence only.” President Museveni has publicly condemned condoms as inappropriate for Ugandans, leading some AIDS educators to stop talking about them.

Uganda faces a nationwide condom shortage due to new government restrictions on condom imports. In late 2004, the Health Ministry recalled batches of imported condoms, allegedly due to failed quality control tests. Instead of addressing the shortage, some ministers suggested that Ugandans adopt abstinence as a preferable HIV-prevention strategy.

“Uganda is gradually removing condoms from its HIV/AIDS strategy, and the consequences could be fatal,” said Tony Tate, a researcher with Human Rights Watch’s Children’s Rights Division and the report’s co-author. “Delaying sex is surely a healthy choice for young Ugandans, but youth have a right to know that there are other effective means of HIV prevention.”

The U.S. government has already budgeted approximately U.S. $8 million this year on abstinence-only programs in Uganda as part of President George W. Bush’s global AIDS plan. The National Youth Forum, headed by Ugandan First Lady Janet Museveni, a vocal proponent of abstinence-only, has received U.S. funding under the plan. The First Lady has lashed out against groups that teach young people about condoms and called for a national “virgin census” to support her abstinence agenda. The Virginia-based Children’s AIDS Fund, an organization with close ties to Janet Museveni, was recently approved for a major abstinence-only grant, despite having been deemed “not suitable for funding” by a technical panel of the U.S. Agency for International Development (USAID).

“Abstinence-only programs are a triumph of ideology over public health,” said Cohen. “Americans should demand that HIV-prevention programs worldwide stick to science.”

Uganda gained a reputation in the 1990s for its high-level leadership against HIV/AIDS and acceptance of sexually candid HIV-prevention messages. But public health experts and Ugandan AIDS organizations fear that the shift toward abstinence-only programs will reverse this success. Abstinence programs have been used since 1981 in the United States, where they have proven in numerous independent studies to be ineffective and potentially harmful.

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http://en.wikipedia.org/wiki/HIV/AIDS_in_Uganda
HIV/AIDS in Uganda
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Uganda has been hailed as a rare success story in the fight against HIV and AIDS, widely being viewed as the most effective national response to the pandemic in sub-Saharan Africa. President Yoweri Museveni established the AIDS Control Program (ACP) within the Ministry of Health (MOH) to create policy guidelines for Uganda’s fight against HIV/AIDS. Uganda quickly realized that HIV/AIDS was more than a ‘health’ issue and in 1992 created a “Multi-sectoral AIDS Control Approach.” In addition, the Uganda AIDS Commission, also founded in 1992, has been instrumental in developing a national HIV/AIDS policy. A variety of approaches to AIDS education have been employed, ranging from the promotion of condom use to 'abstinence only' programmes. To further Uganda's efforts in establishing a comprehensive HIV/AIDS program, in 2000 the MOH implemented birth practices and safe infant feeding counseling. According to the WHO, around 41,000 women received Preventing Mother To child Transmission (PMTCT) services in 2001.[1]Uganda was the first country to open a Voluntary Counselling and Testing (VCT) clinic in Africa called AIDS Information Centre and pioneered the concept of voluntary HIV testing centers in Sub-Saharan Africa.

The very high rate of HIV infection experienced in Uganda during the 80's and early 90's created an urgent need for people to know their HIV status. The only option available to them was offered by the National Blood Transfusion Service, which carries out routine HIV tests on all the blood that is donated for transfusion purposes. Because the need for testing and counseling was great, a group of local NGOs together with the Ministry of Health established the AIDS Information Centre on the 1990 to provide HIV testing and counseling services with the knowledge and consent of the client involved.

There are striking similarities with the history of HIV/AIDS response in Senegal, where an equally high-level political response was encouraged by the fact that the HIV-2 strain of the disease was discovered by a Senegalese scientist Dr Mboup.

Contents [hide]
1 Uganda's Success Story
2 Criticism
3 Structure of health provision
4 Alternative proposals
5 See also
6 Notes and references
 


[edit] Uganda's Success Story
Both abstinence and monogamy helped to curb the spread of AIDS in Uganda, where HIV infections reached epidemic proportions in the 1980's. The prevalence of HIV began to decline in the late 1980s and continued throughout the 1990s. In fact, between 1991 and 2000, HIV infection rates declined from 21 percent to 6 percent. [2]

How did this happen? Shortly after he came into office in 1986, President Museveni of Uganda spearheaded a mass education campaign promoting a three-pronged AIDS prevention message: abstinence from sexual activity until marriage; monogamy within

marriage; and condoms as a last resort. The message became commonly known as ABC: Abstain, be faithful, and use Condoms if A and B fail.

The government used a multi-sector approach to spread its AIDS prevention message: it developed strong relationships with government, community and religious leaders who worked with the grassroots to teach ABC. Schools incorporated the ABC message into curricula, while faith-based communities, including Christians, Muslims, and Jews, trained leaders and community workers in ABC. The government also launched an aggressive media campaign using print, billboards, radio, and television to promote abstinence and monogamy.

Condoms were definitely not the main element of the AIDS prevention message. President Museveni said, "We are being told that only a thin piece of rubber stands between us and the death of our Continent ... they (condoms) cannot become the main means of stemming the tide of AIDS."[3] He emphasized that condoms should be used, "if you cannot manage A and B ... as a fallback position, as a means of last resort."[4]

Several reports show that the decline in AIDS prevalence in Uganda was due to monogamy and abstinence and not to condoms. According to Dr. Edward Green, an anthropologist at Harvard University and an expert on Uganda's AIDS programs, fidelity to one's partner was the most important factor in Uganda's success, followed by abstinence.[5]A 2004 Science study concluded that abstinence among young people and monogamy, rather than condom use, contributed to the decline of AIDS in Uganda.[6]


[edit] Criticism
The scope of Uganda's success has come under scrutiny from new research. Research published in The Lancet medical journal in 2002 questions the dramatic decline reported. It is claimed statistics have been distorted through the inaccurate extrapolation of data from small urban clinics to the entire population, nearly 90 per cent of whom live in rural areas.[7] Also, recent trials of the HIV drug nevirapine have come under intense scrutiny and criticism.[8]

US-sponsored abstinence promotions have received recent criticism from observers for denying young people information about any method of HIV prevention other than sexual abstinence until marriage. Human Rights Watch says that such programmes "leave Uganda’s children at risk of HIV".[9] Alternatively, the Roman Catholic organization Human Life International says that "condoms are adding to the problem, not solving it" and that "The government of Uganda believes its people have the human capacity to change their risky behaviors."[10] People in Uganda are also being taught the ABCD's. A=Abstinence, B=Be Faithful, C=Condom use, or D=Death.

There have been calls for a more nuanced view of Uganda's response to HIV/AIDS. There is no doubt that there has been sustained, long term political commitment at the highest levels of government on this issue. Determining why this happened in stark contrast to the majority of Sub-Saharan Africa is the key question.


[edit] Structure of health provision
The provision of all health services in Uganda is shared between three groups: the government staffed and funded medical facilities; private for profit or self-employed medics including midwives and traditional birth attendants; and, NGO or philanthropic medical services. The international health funding and research community, such as the Global Fund for Aids, TB and Malaria, or bilateral donors are very active in Uganda. Part of the success in managing HIV/AIDS in Uganda has been due to the cooperation between the government and the non-government service providers and these international bodies. Public Private Partnerships in Health are often mentioned in Europe and North America to fund construction or research. In Uganda, it is more practical being the recognition by the (public) government and (public) donor that a (private) philanthropic health facility can receive free test kits for HIV screening, free mosquito nets and water purification to reduce opportunistic infections and free testing and treatment for basic infections of great danger to PLHA.


[edit] Alternative proposals
Several studies, conducted in Uganda and its neighbors, indicate that adult male circumcision may be a cost-effective means of reducing HIV infection. A review on the acceptability of adult male circumcision [11] indicated Across studies, the median proportion of uncircumcised men willing to become circumcised was 65% (range 29-87%). Sixty nine percent (47-79%) of women favored circumcision for their partners, and 71% (50-90%) of men and 81% (70-90%) of women were willing to circumcise their sons.

An economic analysis by Bertran Auvert, MD, from the INSERM U687, Saint-Maurive, France, and colleagues estimated the cost of a roll-out over an initial 5-year period would be $1036 million ($748 – $1319 million) and $965 million ($763 – $1301 million) for private and public health sectors, respectively. The cumulative net cost over the first 10 years was estimated at $1271 million and $173 million for the private and public sectors, respectively [12]. After adjustment for averted HIV medical costs, the researchers determined that the program would result in a net savings of about $2 per adult per year over the first 20 years of the program.


[edit] See also
HIV/AIDS in Africa
Health in Uganda

[edit] Notes and references
^ http://www.jaids.org/. Using HIV Voluntary Counseling and Testing Data for Monitoring the Uganda HIV Epidemic, 1992-2000 Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes:Volume 37(1)1 September 2004pp 1180-1186
^ Dr. Edward C. Green, Harvard Center for Population and Development Studies, Testimony before the African Subcommittee, U.S. Senate, May 19, 2003.
^ Address by Janet K. Museveni, First Lady of Uganda at the Medical Institute for Sexual Health's "Common Ground: A Shared Vision for Health" Conference, Washington, D.C., June 17-19, 2004.
^ President Museveni of Uganda, Interview with Jackie Judd, Kaiser Family Foundation, June 14, 2004.
^ Green, ibid.
^ Rand L. Stoneburner and Daniel Low-Beer, "Population-Level HIV Declines and Behavioral Risk Avoidance in Uganda," Science 304 (April 2004): 714-718.
^ Parkhurst, J. O. (2002). "The Ugandan success story? Evidence and claims of HIV-1 prevention," The Lancet, 360: 78-80 PubMed
^ Harper's Magazine, Out of Control.
^ "Uganda: 'Abstinence-Only' Programs Hijack AIDS Success Story", Human Rights Watch, 30 March, 2005
^ "An open letter to Melinda Gates", [Human Life International], 29 August, 2006
^ Acceptability of Male Circumcision for Prevention of HIV/AIDS in Sub-Saharan Africa: A Review,N. Westercamp & R. C. Bailey, AIDS Behav.,11(3):341-355.2--8.
^ Economic Analysis Supports Adult Male Circumcision for HIV Prevention in Sub-Saharan Africa, E. Hitt, Medscape Medical News, July 25, 2007
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