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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 21:39

(dépêches)



 
À la Une < Le Nouvel Observateur < Petits meurtres au Sénat
      
Nº2290SEMAINE DU JEUDI 25 Septembre 2008
Les coulisses de l'après-Poncelet

Petits meurtres au Sénat

La présidence de la Haute Assemblée est une sinécure dont on ne sort qu'à un âge canonique. Achevé par ses propres amis...

L'ai-je bien descendu ? Au Sénat, où les moquettes sont rouges et épaisses, l'assassinat est un art qui se pratique avec raffinement. Pas de sang, peu de cris, juste un corps qui tombe. Dans ce registre-là, le meurtre du président est un exercice d'autant plus savoureux qu'il est rare. Sous la Ve République, ils ne sont que quatre - Gaston Monnerville, Alain Poher, René Monory et Christian Poncelet - à avoir eu les honneurs du «plateau». Les trois derniers l'ont quitté, à un âge canonique, les pieds devant. Seule diverge la méthode. Preuve que dans l'ex-palais de Marie de Médicis, on sait parfois innover.

A petit feu

Elu en 1968, au troisième tour de scrutin, alors qu'il n'était même pas candidat aux deux précédents, Alain Poher est l'enfant du miracle. Deux fois président de la République par intérim, en 1969 et 1974, il a pourtant été conçu par ses pairs, un soir d'élection où l'on cherchait l'oiseau rare : quelqu'un qui ne fasse ni ombre ni bruit et qui ne soit ni gaulliste ni de gauche. Cela a duré vingt-quatre ans, à la satisfaction générale. Le plus dur fut la fin. C'est que pour son dernier mandat, en 1989, Alain Poher n'était déjà plus qu'un vieillard impotent. 80 ans, âge de la retraite ? Les sénateurs, qui sont parfois cruels, lui ont offert un petit rab parce que l'héritage n'était pas encore mûr. Un peu tôt pour Charles Pasqua, patron du groupe RPR. Un peu trop vite pour les multiples prétendants de l'UDF. Alain Poher a donc été tué à petit feu. En 1992, on l'a débranché. René Monory s'est installé à sa place. Le tueur était de Loudun.


Une seule balle

Il n'a rien vu venir. A 75 ans, on a parfois l'oreille un peu dure. René Monory, en 1998, rêvait d'un troisième mandat. Son groupe, l'UDF, restait le plus puissant. A l'Elysée, les Chirac - Jacques et Bernadette - l'avaient assuré de leur soutien. Avec de pareils viatiques, comment ne pas dormir sur ses deux oreilles ? Enfermé dans sa bulle, le président du Sénat se croyait académicien, c'est-à-dire immortel. A ce poste-là, il faut pourtant écouter le cliquetis des couteaux qu'on aiguise. Surtout quand l'assassin contrôle le tiroir-caisse. Christian Poncelet est gaulliste. Son chiraquisme est discret. On le dit «social» et «humaniste», ce qui, dans cette maison, signifie qu'il fut un temps franc-maçon. A la présidence de la commission des Finances, il est surtout le grand dispensateur de la «réserve parlementaire», ce grand arrosoir qui fait pousser les clientèles. René Monory croit pourtant que l'affaire se réglera pour lui, dès le premier tour, à la majorité absolue. A l'heure du dépouillement, le président sortant est devancé de 16 voix par Christian Poncelet. Le soir même, il vide son bureau et boucle ses valises. Une seule balle et le cadavre qui disparaît. Un meurtre parfait !
 
Au lacet

C'est la preuve que le poste est confortable. Plus il vieillit et plus le président veut durer. Encore un mandat, monsieur le bourreau. A 80 ans, Christian Poncelet aurait volontiers rempilé. Tant qu'à demeurer sénateur - il l'est jusqu'en 2014 - autant rester dans le fauteuil le plus prestigieux. Quand il était encore vert, à la fin des années 1980, il était allé rendre au vieil Alain Poher une visite qu'il croyait d'adoubement. Le président de l'époque était alors à l'hôpital et n'avait lâché que quelques mots surréalistes : «J'en parlerai aux Américains...» Depuis, Christian Poncelet avait juré de ne jamais se laisser «pohériser». Ce sont là des promesses qui s'évanouissent avec le temps. Pour sortir le président, on a donc sorti les lacets. Comme ses prédécesseurs, Christian Poncelet avait fait ses petits calculs : la prime au sortant, l'essentiel du groupe UMP, quelques clients, l'habituel lot de sénateurs plus maçons que socialistes et - hop - l'affaire était dans le sac. Le pis, c'est que c'était vrai. Pour le faire renoncer, il fallait le décourager. Et pour le décourager, il fallait lui faire peur. Il y avait dans les tuyaux quelques méchantes affaires. Le financement d'une villa dans le Var, le mode de rémunération d'une fidèle assistante. Et puis, au début de l'été 2007 - preuve qu'au Sénat on sait prendre les choses en amont - l'ouverture d'une enquête préliminaire pour trafic d'influence. Comme la justice est lente, le venin a coulé au même rythme. Le président Poncelet jusqu'au bout a essayé de donner le change. Ne rien dire de définitif, laisser planer le doute, même s'il n'y en avait guère. La fin de la partie a sonné mercredi avec la primaire entre les deux ténors de la droite sénatoriale, Gérard Larcher et Jean-Pierre Raffarin. Ce meurtre-là, le dernier en date, a été diffusé en direct. A la télévision.

François Bazin
Le Nouvel Observateur



Christian Poncelet renonce à son appartement

01/10/2008 | Mise à jour : 15:11 | Commentaires  52 | Ajouter à ma sélection

L'immeuble où se trouve l'appartement occupé par Christian Poncelet, dans le VIe arrondissement de Paris.
Le président sortant du Sénat quittera finalement son logement de fonction de 200m² que l'Assemblée avait mis à sa disposition à vie. Retour sur une polémique.
 
Christian Poncelet a fini par céder. Deux semaines après les révélations du Canard Enchaîné et alors qu'il est sur le point d'être remplacé, le président sortant du Sénat annonce dans un communiqué qu'il quittera l'appartement de 200 m² qu'il occupe depuis 2004 et que la Haute-Assemblée avait mis à sa disposition à vie.

Visiblement, le président du Sénat ne fait pas ce sacrifice de gaité de cœur. Son communiqué dénonce une «polémique démagogique, basse et indigne créée et alimentée au cours des derniers jours». Christian Poncelet précise d'ailleurs qu'il renonce à son logement «dans le souci de protéger l'institution sénatoriale qui est, à l'évidence, la véritable cible des attaques actuelles».

200 m² dans le VIe arrondissement

Attaque contre l'institution ou non, la mise à disposition de cet appartement avait fait du bruit. Le Canard Enchaîné avait révélé voilà quelques semaines qu'une disposition du Sénat prévoyait que tous les anciens présidents de la Haute Assemblée bénéficiaient, au terme de leur fonction, d'un logement de fonction attribué à vie. L'hebdomadaire satirique expliquait que Christian Poncelet pourrait donc continuer d'habiter dans un appartement de 200 m² au cœur du très chic VIe arrondissement, qu'il occupe depuis 2004, en plus des 80m² qui lui sont réservés au Petit Luxembourg, un bâtiment jouxtant le Sénat.

En pleine crise économique, l'information avait fait scandale. Au sein même du gouvernement, Xavier Bertrand avait condamné fermement ce privilège : «faut mettre un terme à cette idée aberrante d'avoir un appartement à vie pour le président du Sénat. J'ai entendu parler de ça, je pense que ça n'a jamais été le cas auparavant, et il ne faut pas que ça voie le jour parce qu'à un moment difficile, une conjoncture difficile, l'exemplarité est essentielle», avait lancé le ministre du Travail sur Europe 1 dimanche.

Une mesure datant de 2002

Christian Poncelet avait commencé par nier «catégoriquement», expliquant qu'il n'était pas question d'un logement «à vie». En effet, la disposition prévue par la questure du Sénat «ne précise pas de limite de temps» à l'occupation de l'appartement, expliquait-on au bureau de la présidence.

Qui ajoutait que la mise à disposition du fameux appartement ne serait pas un privilège attribué au seul Christian Poncelet, mais à tous les anciens présidents. «Alain Poher avait bénéficié d'un appartement rue Garancière tandis que René Monory n'avait pas souhaité en bénéficier», expliquait-on. Pourtant, un document reçu par l'AFP explique que la disposition date du 20 février 2002 donc sous la présidence de Poncelet.

Sous la pression croissante, Christian Poncelet annonce finalement mardi qu'il n'occupera cet appartement que jusqu'à la fin de son mandat de sénateur, soit 2014. Mais il semble que cela n'ai pas suffi. Mercredi, le président sortant a donc finalement préféré renoncer à son bien.

Pression de l'exécutif ? Toujours est-il que ses collègues sénateurs ne se sont pas bousculés pour dénoncer ce privilège. Gérard Larcher comme Jean-Pierre Raffarin ou Alain Lambert avaient préféré dénoncer une polémique «stérile», tandis que l'opposition n'avait condamné ces privilèges que tardivement et timidement.

Si, à 80 ans, Christian Poncelet n'aura pas d'appartement, il bénéficiera en revanche toujours d'un bureau et d'une secrétaire, de gardes du corps et d'une voiture avec chauffeur sans limitation de durée.

   



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