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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 23:12

Auteur à succès, romancier, essayiste, homme politique mais avant tout, académicien, Maurice Druon était la « mémoire de l’Académie » selon les mots de son amie très proche, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de cette monumentale institution.




L’écrivain, résistant, académicien et ancien ministre gaulliste Maurice Druon est mort ce 14 avril 2009 à dix-huit heures. Il allait fêter le 23 avril prochain son 91
e anniversaire.
 
 
Un roc académique et politique
 
Maurice Druon était devenu lui-même une institution. Il personnifiait l’Académie française dont il était le doyen d’élection (depuis la mort d’Henri Troyat), entré le 8 décembre 1966 à l’âge de 48 ans au fauteuil de George Duhamel. Il en rêvait depuis l’âge de 10 ans. Il fut même le (provisoire) secrétaire perpétuel de l’Académie française de novembre 1985 à octobre 1999, laissant place à Hélène Carrère d’Encausse qui a annoncé son décès.
 
Succédant à un autre Duhamel, Jacques Duhamel, au Ministère des Affaires culturelles, Maurice Druon a goûté à la fonction ministérielle sous le gouvernement de Pierre Messmer avec un objectif d’image pour le Président Georges Pompidou : contrebalancer l’avant-gardisme du projet du Centre Beaubourg par la nomination d’un "conservateur".
 
 
Une œuvre littéraire immense
 
Homme de lettres et homme de la politique (plus qu’homme politique), Maurice Druon était avant tout un monument de la littérature française, très prolifique avec cinquante-cinq œuvres écrites à partir de l’âge de 24 ans sans compter d’autres textes lorsqu’il était plus jeune. Essentiellement des romans, mais aussi des pièces de théâtre et des essais, notamment sur le peintre Bernard Buffet (1964) et sur a colline de Vézelay (1968).
 
 
Des ancêtres… un peu comme lui
 
Son ascendance le prédisposait à la littérature et à la politique. Il avait pour oncle Joseph Kessel (également académicien), pour arrière-grand-oncle le poète Charles Cros également inventeur de ce qui est devenu le phonographe, pour arrière-grand-père Antoine Cros, un médecin et écrivain qui traduisait Eschyle et qui faillit périr d’une blague idiote d’Arthur Rimbaud (de l’acide sulfurique dans son verre de bière). Maurice Druon a eu aussi des ascendants brésiliens (notamment Odorico de Mendez, écrivain et homme politique devenu roi de l’éphémère Araucanie au sud du Chili) et russes (un grand-père qui exerça le métier de médecin en Argentine).
 
 
Résistant
 
Alors qu’il était au service militaire, il fut mobilisé en 1940, l’interrompant dans l’écriture de sa pièce de théâtre "Mégarée". Une fois démobilisé, il fit représenter cette œuvre le 3 février 1942 à Monte-Carlo (en zone libre) puis quitta clandestinement la France avec Joseph Kessel en passant par la péninsule ibérique pour gagner Londres où il travailla pour la Résistance jusqu’en 1944 (ils traversèrent les Pyrénées le jour de Noël).
 
C’est en début 1943 qu’à la demande d’Emmanuel d’Astier, il rédigea avec son oncle Joseph Kessel les paroles du célèbre et émouvant "Chant des Partisans" mises en musique le 30 mai 1943 par la jeune compositrice Anna Marly (qui disparut le 15 février 2006). Ce chant servit d’indicatif à l’émission "Honneur et Patrie" de la BBC de mai 1943 à mars 1944 et devint l’hymne des résistants.
 
 
Écrivain populaire
 
Le premier grand succès de Maurice Druon fut "Les Grandes Familles" publiés en 1948 couronné par le Prix Goncourt qui fut transposé au cinéma en 1958 par Denys de La Patellière et Michel Audiart avec, parmi les acteurs, Jean Gabin, Pierre Brasseur, Bernard Blier, Jean Desailly et Louis Seigner.
 
Son œuvre la plus connue fut évidemment "Les Rois Maudits" en sept tomes (de 1955 à 1977), histoire romancée des rois de France à partir de Philippe le Bel où il montra la "loi des trois frères", simple conséquence de la loi saliens qui interdisait aux femmes d’accéder au trône de France (trois fois dans l’histoire des Capétiens cette règle s’appliqua, la dernière fois avec Louis XVI, Louis XVIII et Charles X).
 
La célébrité vint surtout avec l’adaptation de cette saga à la télévision par Marcel Jullian et Claude Barma, diffusée du 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 avec Jean Piat et Louis Seigner entre autres. Un feuilleton télévisé qui fit mon bonheur d’enfant et qui rendit bien fade la seconde version, réalisée par Josée Dayan et diffusée du 7 au 28 novembre 2005. Dans sa préface, Maurice Druon admit que sa rédaction fut collective, à laquelle collabora Edmonde Charles-Roux, écrivaine et veuve de Gaston Defferre.
 
 
Gaulliste de gouvernement
 
Lors de l’arrivée de Jacques Chaban-Delmas à Matignon, Maurice Druon participa aux travaux de la Commission de réforme de l’ORTF qui éclata sous Valéry Giscard d’Estaing (donnant naissance notamment à Radio France).
 
Bien qu’engagé politiquement depuis la Libération aux côtés des gaullistes, Maurice Druon n’avait encore jamais été élu quand il fut nommé Ministre des Affaires culturelles le 5 avril 1973 (fonction qu’il quitta un mois avant la mort de Pompidou le 1er mars 1974, lors du dernier remaniement préparant l’élection présidentielle anticipée probable en plaçant Jacques Chirac à l’Intérieur).
 
Une nomination qui fit donc scandale bien que Pompidou lui-même ne fût pas élu lors de sa nomination à Matignon en 1962. Maurice Druon se justifia en déclarant le 3 mai 1973 : « Au fond, mes lecteurs ne sont-ils pas mes électeurs ? ». Il faut dire que sa nomination arrivait juste avec son très grand succès à la télévision, ce qui fit dire à Maurice Clavel le 14 mai 1973 : « Logique qui donne l’Élysée à Guy Lux et Matignon à Léon Zitrone » (argument que méditèrent par la suite des personnes aussi peu politiques que Jean-Noël Jeanneney, Alain Decaux, Luc Ferry et bien d’autres).
 
Maurice Druon stoppa l’élan réformateur et moderniste de son prédécesseur centriste Jacques Duhamel mais garda le directeur de cabinet de ce dernier, Jacques Rigaud, énarque centriste et futur président de RTL de 1980 à 2000.
 
Il tenta l’aventure électorale en se faisant finalement élire député de Paris aux élections suivantes, de mars 1978 à mai 1981 et fut même élu député européen aux premières élections au suffrage universel direct en juin 1979.
 
 
Conservateur pointilleux de la langue française
 
Partisan de l’ordre et conservateur, Maurice Druon le montra surtout dans la sauvegarde de la langue française, refusant non seulement les réformes pour une nouvelle orthographe (sollicité en 1990, il répondit au Premier Ministre Michel Rocard qu’il ne fallait aucune modification restrictive et que seul l’usage d’une nouvelle orthographe devait ratifier toute évolution) mais surtout la féminisation des noms de fonctions, préférant "Madame le Ministre" au pourtant ordinaire "Madame la Ministre" (Michèle Alliot-Marie refuse toujours d’être "la" Ministre de l’Intérieur).
 
 
À propos de Maurice Papon…
 
Sans risque de nourrir des ambiguïtés collaboratrices grâce à son passé de résistant incontestable, Maurice Druon prit la défense de Maurice Papon lors du procès de ce dernier en ne voulant pas « juger avec nos yeux instruits d’aujourd’hui » ce qui se juger avec nos « yeux aveugles d’hier ». Il prenait ainsi la même position que l’historien de Vichy Henri Amouroux (« L’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc. ») sur laquelle se rejoignaient aussi les anciens Premiers Ministres Pierre Messmer et Raymond Barre.
 
 
Hommage présidentiel
 
Bardé de récompenses, prix, décorations et autres distinctions internationales, Maurice Druon va recevoir sans doute, au lendemain de sa disparition, de nombreux éloges de la classe politique et du monde littéraire. Cela n’en sera que mérité.
 
Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a ainsi rappelé que Maurice Druon « a risqué sa vie en résistant » et que « très tôt, il a compris le pouvoir de la télévision, et la nécessité d’en faire un média d’éducation et de culture populaire » en concluant sur deux mots que Maurice Druon avait utilisés pour qualifier Pierre Messmer et qui le caractérisent aussi : « le courage et l’exemple ».
 
 
Conservateur mais ouvert
 
Que ceux qui ne manqueront pas de critiquer ses positions politiques très conservatrices et son amour de l’ordre n’oublient pas la très grande ouverture dont il était la synthèse par la diversité de ses propres origines, sa passion de la liberté et son incroyable fécondité littéraire.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (15 avril 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/maurice-druon-pas-si-immortel-que-54570

http://fr.news.yahoo.com/13/20090416/tot-maurice-druon-pas-si-immortel-que-ca-89f340e_1.html

http://www.lepost.fr/article/2009/04/17/1500421_maurice-druon-pas-si-immortel-que-ca.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-45

http://www.centpapiers.com/maurice-druon-pas-si-immortel-que-ca/6906/




 

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