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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 14:31

On aurait peine à y croire et pourtant, l’élection présidentielle de 2007 va marquer une rupture majeure dans la vie politique des trente dernières années.


En effet, la génération des successeurs du Général De Gaulle s’apprête enfin à laisser la place à une nouvelle génération, plus jeune, plus réactive, plus apte à comprendre la complexité des temps qui changent.

Rupture donc générationnelle, ce qui est sûr : en effet, parmi les candidats susceptibles d’atteindre ou de dépasser les 10% le 22 avril 2007, seul Jean-Marie Le Pen, 78 ans, représente la vieille génération, celle de la IVe République, et représente à lui seul une rupture totale et plutôt inquiétante.

Mais les autres candidats, issus de partis gouvernementaux, ont chacun dans la cinquantaine et sont arrivés au parlement ou à leurs responsabilités ministérielles sous la présidence de François Mitterrand : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou.

Ségolène Royal, désignée le 16 novembre 2006 par les socialistes, a étonné tout le monde : elle a réussi à dépasser des personnalités qui étaient pourtant connues pour leur habileté et leurs compétences. Un franc-parler, une indépendance d’esprit et, il faut bien le dire, un sacré charme au sourire enjoliveur, lui ont permis d’être non seulement la candidate du parti socialiste mais aussi de toute la gauche gouvernementale, communistes et écologistes exclus, en réussissant le tour de force de rallier à sa cause Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, union que n’avait pas réussi à obtenir Lionel Jospin en 2002.

Nicolas Sarkozy, soutenu le 14 janvier 2007 par l’UMP, a lui aussi étonné son monde. Non pas par son ambition démesurée et sa détermination à être candidat, qu’il avait exprimées dès mai 2002 et encore plus depuis qu’il a conquis en décembre 2004 la présidence de l’UMP. Mais par sa capacité à rassembler aussi les chiraquiens à la manoeuvre.

Les deux personnages, dont on nous rabâche les oreilles sans arrêt qu’ils s’opposeront pour le second tour comme on nous prévoyait également un duel Jospin-Chirac en 2002, ont pour eux l’adhésion de nombreux militants heureux d’en finir avec la génération précédente : Jospin pour les uns, Chirac pour les autres. Ce que montrent d’ailleurs leur forte popularité et le succès de leurs meetings.

Bref, les deux bénéficient d’un gap générationnel, et, disons-le aussi, de la trouille de retrouver Jean-Marie Le Pen au second tour. À condition, bien sûr, qu’il ait la possibilité d’être candidat en obtenant ses cinq cents signatures.

Mais ils ont aussi, chacun, des détracteurs très forts, et un taux de répulsion très amplifié par le narcissisme de l’un et la légèreté de l’autre.

Seulement voilà, beaucoup d’électeurs de gauche, pour de nombreuses raisons, peinent à vouloir voter pour Ségolène Royal qui remet en cause les 35 heures, qui s’avance sur des thèmes plutôt de droite, qui montre bourde après bourde qu’elle est bien peu préparée aux responsabilités suprêmes, et, malgré sa volonté affichée d’écoute citoyenne par ses forums participatifs, qui agit en autocrate, sans écoute réelle, même de ses collaborateurs.

Et beaucoup d’électeurs de la majorité actuelle hésitent aussi à donner les pleins pouvoirs à Nicolas Sarkozy, dont l’efficacité à rendre hégémonique son pouvoir est extrême, même si, fidèle en cela à son père renié (Chirac), il multiplie propositions et contre-propositions, dans le seul but de faire du clientélisme.

Heureusement, l’histoire a démontré que jamais rien n’était écrit à l'avance.

Et c’est la bonne surprise de janvier 2007 : l’émergence d’un candidat dont tout le monde moquait la rugosité et la mollesse, François Bayrou. En fait de mollesse, voici un homme qui a des convictions dures comme le roc. Et qui a prouvé que son courage les servait.

Sous la Ve  République, c’est toujours un peu casse-cou de vouloir une fois pour toute casser l’éternel débat gauche-droite inutile mais bien ancré dans la tradition républicaine française. Pourtant, pour faire de profondes réformes (fiscalité, retraite...), l'apport de tous est essentiel, et les Allemands l'ont déjà compris.

François Bayrou réussit ainsi, petit à petit, à rassembler les avantages des deux soi-disant grands candidats tout en évitant leurs écueils.

Bayrou, c’est la même génération. Celle des quinquagénaires. À la fois pleine de vigueur, et pleine d’expérience.

Mais son expérience, c’est aussi celle du Ministère de l’Éducation Nationale ; il est l’un des rares ministres à avoir été appréciés du corps enseignant.

François Bayrou allie la modestie au sens des responsabilités : modestie, car il se veut humble, sa campagne faite de voyages au sein de la France profonde l’illustre, mais aussi sens des responsabilités, servi par un courage politique inégalé depuis 1974 et la conquête de l’UDR par Jacques Chirac : refus de se fondre dans l’UMP entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, et refus de voter les derniers budgets.

Fort de ses sympathies pour Henri IV, Bayrou souhaite avant tout rassembler les Français de bonne volonté pour s’attaquer aux vrais problèmes. Et le premier, c’est celui de la lourde dette qui fait que l’impôt sur les revenus suffit à peine à payer les intérêts de la dette. Et les autres sujets cruciaux : la panne de la construction européenne depuis mai 2005, la nécessité d'un État impartial (thème déjà développé par Raymond Barre en 1988).

Loin de la démagogie, il rêve encore de réunir de nouveaux Raymond Barre et de nouveaux Jacques Delors dans un même gouvernement pour proposer des solutions acceptables par tous, sans esprit dogmatique ou clanique.

Si François Bayrou décolle en ce moment dans les sondages, c’est donc surtout par la prise de conscience que le duel Royal-Sarkozy n’était pas inéluctable, et qu’à tout prendre, il se montre le candidat le plus sérieux.

Reste la réaction des appareils politiques. L’histoire a montré que les majorités parlementaires se sont toujours établies autour des options présidentielles.

Oui, la véritable rupture arrivera en avril et mai 2007, mais elle n’est pas forcément celle qu’on croit.

Sylvain Rakotoarison (7 février 2007)

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