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27 mars 2007 2 27 /03 /mars /2007 13:48
Il y a parfois des petites informations qui font réfléchir. Notamment l’âge des personnes lorsqu'elles accèdent à des responsabilités politiques.

Certains ont utilisé l’âge comme argument politique, mais c’est souvent imprudent, car tout le monde vieillissant, ce genre d’argument peut revenir comme un boomerang

Je vous propose de mettre en comparaison quelques éléments. Les âges, les dates et les traversées du désert.

Par exemple, savez-vous que Chirac, considéré comme le fils adoptif de Pompidou, avait 62 ans en arrivant à l'Elysée ? C'est à cet âge-là que le père adoptif (Pompidou) agonisait et mourait. Chirac le fils, le jeune, le loup, le char d'assaut, le rouleau compresseur, le serial killer, le voilà à 74 ans, vieillissant, à moitié sourd et aveugle... Non, j'exagère, mais la comparaison avec Sarkozy fait frémir le plus fidèle des chiraquiens...

Sarkozy ? Maire de Neuilly pris à la barbe du roucoulant (et expérimenté) Pasqua à l'âge de 28 ans. Mais aujourd'hui ? Presque 52 ans, candidat à l’élection présidentielle, président de l’UMP, quatre fois ministres (Budget à 38 ans, Communication à 40 ans, Intérieur à 47 ans, Finances à 49 ans).

Pas grand chose, comparé à Chirac, justement, au même âge. En 1982, ce dernier cumulait déjà deux ans de Matignon, la présidence du RPR, une carrière ministérielle de plus de neuf ans (ministre à 34 ans), une candidature à l'élection présidentielle, la mairie de Paris... A 48 ans, Giscard d'Estaing est déjà à l'Elysée. Même Paul Doumer. Dès 49 ans, lui aussi, s'était déjà présenté. Pas dans la même république. Et il a été élu à 64 ans.

62 ans... 64 ans... C'est l'âge. Âge canonique.

64 ans, l'âge de Mitterrand devenu Sphinx élyséen. Lui aussi fut le jeune loup séducteur de la Libération (ministre à 30 ans dans le gouvernement Ramadier). Vieux malade agonisant, lui aussi. Un destin visiblement commun. Un point commun. 64 ans, l'âge aussi de Jospin lors de son ratage élyséen.

60 ans, l'âge qu'a Fabius maintenant (ministre à 34 ans, comme Chirac). 61 ans pour Alain Juppé aujourd’hui. Même Arlette Laguiller, 62 ans en 2002, 67 ans en 2007, recordwoman de présence à la compétition présidentielle, toutes républiques confondues ! (six fois, devant Chirac et Le Pen, quatre fois en 2002, et Mitterrand, aussi quatre fois en 1988).

Mais les grands candidats de l’élection de 2007 se caractérisent aussi par leur jeunesse (relative) : Nicolas Sarkozy a 52 ans, Ségolène Royal 53 ans et François Bayrou 55 ans. Seul se distingue Jean-Marie Le Pen avec 78 ans, un record dans l’autre sens.

Mais dans les élections présidentielles, c’est la LCR qui a présenté les candidats les plus jeunes : Alain Krivine n’avait que 27 ans en 1969 et Olivier Besancenot 28 ans en 2002.

Prenons maintenant l'âge d'entrée à Matignon. Les plus jeunes. Félix Gaillard, pimpant radical devient éphémère Président du Conseil en 1957 le lendemain de son 38e anniversaire (il coulera au large de Jersey à 50 ans, dommage pour un homme si prometteur).

Laurent Fabius, lui, aura fêté son 38e anniversaire un mois après sa nomination de Premier Ministre (Fabius devient Ministre du Budget dès 34 ans). Chirac, lui, avait déjà plus de 41 ans quand il fut nommé par Giscard d’Estaing, en 1974.

Et Jean-Pierre Raffarin ? Un jeune loup provincial égaré dans la mare aux ambitieux ? On le considère généralement jeune. Il a acquis Matignon (bail finalement parmi les plus longs) à l'âge de 53 ans. Si jeune que ça ? Juppé, c'était seulement à 49 ans. 51 ans pour Dominique De Villepin. Et même Raymond Barre, sage universitaire par excellence, le fameux auteur des deux tomes de "Économie Politique" de la collection Thémis si fréquentée par les potaches de Science-Po, n'avait que 52 ans en entrant à Matignon (avec la même rondeur provinciale d'ailleurs). Ce dernier pour un très long bail (parmi les trois plus longs avec Pompidou et Jospin).

Et les traversées du désert ?

Amusantes analogies encore au regard de notre long siècle républicain que je fais commencer en 1870.

Prenons par exemple ces républicains du début de la IIIe République : Léon Gambetta, Jules Grévy et Jules Ferry. Tous des républicains modérés et laïcs. Mêmes tendances politiques. Mais partis différents. Et haine réciproque très forte entretenue par des ambitions antagonistes très fortes. Gambetta se tuera en nettoyant son arme (à 43 ans), Grévy réussira à faire de l'Élysée un étalage de chrysanthèmes (pour faire oublier la maladresse de MacMahon, son prédécesseur qui précipita la République dans la crise du 16 mai 1877) et Ferry ferraillera avec les colonies et l'instruction publique (la future gauche ne reprendra à son compte que cette seconde action).

Gambetta, Grévy, Ferry ? Même ressorts relationnels que Giscard, Barre, Chirac lors du premier septennat de Mitterrand (entre 1981 et 1988). Même fond idéologique, très fortes rivalités personnelles. On retrouve maintenant ce registre au sein des éléphants socialistes.

À chaque grosse discontinuité historique, le retour d'un homme providentiel.

En 1871, à 74 ans, Thiers devient Président de la République (alors conservatrice et monarchiste, bizarrement) pour négocier la reddition face aux Prussiens qui gardèrent l'Alsace et la Lorraine après l'échec de Napoléon III. Vieux, le Thiers ? Non, mais il laissa le Second Empire le vieillir, car il fut le jeune Président du Conseil orléaniste de 38 ans de Louis-Philippe, Ministre de l'Intérieur dès 34 ans. Thiers, l'homme qui rétablit l'autorité après la défaite de 1870 et la Commune.

En 1917, Poincaré rappela Clemenceau à 76 ans à la Présidence du Conseil, après avoir eu lui aussi, une très longue traversée du désert, due notamment au scandale de Panama. Il n'avait gouverné avant que pendant trois ans, mais avait "fait" la plupart des Présidents de la IIIe République. Clemenceau, l'homme de la victoire de 1918 et du Traité de Versailles. Vite remercié (comme Churchill en 1945) et évincé de l’Élysée en 1919 par les manœuvres d’Aristide Briand.

Et la Seconde Guerre Mondiale. Deux hommes providentiels se disputent le rôle, mais l'histoire aura arbitré.

En juin 1940, Albert Lebrun, le plus pleutre des Présidents de la République, croyant que se dégageait (à tort) une majorité favorable à l'armistice (au sein du gouvernement de Paul Reynaud), choisit Pétain à 84 ans. Étrange destin que ce Pétain. Général à la retraite en 1915 (il a alors 59 ans), il fut rappelé par... Clemenceau en 1917 et devint le vainqueur de Verdun, maréchal de France, académicien, ambassadeur à Madrid en 1936...

Charles De Gaulle, lui, fera l'insoumis en 1940 à l'âge de 49 ans. Il représentera tant bien que mal la France Libre et la dirigera officiellement jusqu'à 55 ans. L'homme du 18 juin est aussi la Jeanne d'Arc qui sauva l'honneur de la France avec les Jean Moulin et autres résistants de l'intérieur. Puis, "traversée du désert" dans une république des partis instable et politicienne (qui n'a rien à voir avec la situation actuelle beaucoup moins catastrophique), et grand retour après son enlisement définitif dans la guerre d'Algérie : "Croit-on qu'à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?" dit-il goguenard face à un parterre médusé lors de sa conférence de presse du 19 mai 1958.

Il meurt à 79 ans comme un autre homme au retour du destin extraordinaire : François Mitterrand, qui, après avoir été onze fois ministre sous la IVe République, devra attendre vingt-trois ans avant de voir son rêve démesuré réalisé. À la différence qu'il ne fut nullement l'homme providentiel dans une discontinuité historique, mais le politicien habile dans une discontinuité politique. Plus à ranger dans le tiroir Blum (et peut-être Jospin, l'histoire le dira peut-être) que dans le tiroir Thiers-Clemenceau-De Gaulle.

Tiens, d'ailleurs, c'est à noter que Chirac aura duré plus longtemps que De Gaulle à l'Élysée. Étonnant, non ?!

Et puis, il y a tout le cimetière des potentialités avortées.

Je cite par exemple Jean Jaurès qui aurait sans doute pris la place de Léon Blum dans le panthéon socialiste s'il n'avait pas été assassiné à l'âge de 54 ans. Aussi Jean Moulin, qui aurait été politiquement consacré après la guerre s'il n'avait pas été torturé, à 44 ans. De même Georges Mandel, tué à 59 ans dans la forêt de Fontainebleau pour soi-disant venger Philippe Henriot assassiné. Idem pour le général Philippe Leclerc, mort en 1947 à 45 ans d'un accident d'avion au Sahara, alors qu'il avait la même aura historique que De Gaulle.

Mais la mort n'a pas été seule avorteuse de destin. La personnalité, le manque d'ambition personnelle l'ont aussi été. Pour Pierre Mendès France en 1968 par exemple, ou pour Jacques Delors en 1995.

Pourquoi toutes ces analogies avec ces dates, ces âges, ces destins ?

Simplement pour mesurer à l'aulne du passé la personnalité de nos hommes politiques actuels, ceux qui vont vous demander votre suffrage dans quelques jours comme les autres, ceux qui vont accéder avec l’élu à de nouvelles responsabilités. Chaque fois, une nouvelle page sera à écrire. Avec le bulletin de vote.

Ayez seulement en tête cette continuité historique avant de choisir.
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