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12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 19:53
Ce 12 avril 2007, Raymond Barre a 83 ans. Mais depuis la veille, l’ancien Premier Ministre est hospitalisé, d’abord à Monaco puis au Val de Grâce « dans un état grave » (1).

Subissant depuis plusieurs années des traitements pénibles et douloureux, Raymond Barre semble partir sur la pointe des pieds. J’espère que son organisme résistera de façon à faire triompher la vie.

Étrange sentiment qui me prend aujourd’hui, que traduit complètement la réaction de François Bayrou qui était un très proche de Raymond Barre (2) :

« Je pense au long chemin que j'ai fait avec cet homme, même si les dernières semaines, il y a eu des divergences sur les propos », a dit François Bayrou.

Il faisait référence aux déclarations sur le "lobby juif" tenues par l'ancien député qui avait pris la défense de Maurice Papon, ancien haut responsable français condamné en 2005 pour complicité de crime contre l'humanité.

« C'est un homme avec qui je me suis entendu tous les jours, jusqu'à il y a trois semaines », a ajouté M. Bayrou, qui avait jugé ces propos "inacceptables".

« Je pense à cette épreuve qu'il est en train de traverser », a encore dit le candidat centriste. « J'espère qu'il va franchir ce pas ».

Il faut rappeler que profondément contre la cohabitation et contre le scrutin proportionnel en 1986, Raymond Barre avait refusé de créer un parti spécifiquement barriste mais avait imposé à la coalition UDF-RPR de l’époque la position éligible sur les listes départementales de trois candidats barristes auxquels il tenait beaucoup : Christine Boutin, qui sera candidate à l’élection présidentielle de 2002 et désormais ralliée à Nicolas Sarkozy, Bruno Durieux, jeune espoir centriste pour conquérir la mairie de Lille occupée par Mauroy et finalement tombé dans l’ouverture rocardienne en 1988, et …François Bayrou.

Très populaire pendant la période socialiste (1981-1986), économiste réputé de tous les étudiants, européen convaincu (ancien vice-président de la Commission Européenne), Raymond Barre avec son côté professoral rassurait, mais parfois, agaçait aussi. Son échec en 1988, aidé par le matraquage de Jacques Chirac, Jacques Toubon et Charles Pasqua, lui aura appris qu’une personnalité populaire, raisonnable, intelligente devait aussi savoir faire campagne.

Sa position était d’ailleurs paradoxale puisque centriste de cœur, adepte du rassemblement des compétences comme le prône aujourd’hui François Bayrou, il se montrait le plus intransigeant de tous sur le refus de tout compromis avec l’esprit des institutions, considérant l’échec des socialistes en 1986 comme un désaveu pour François Mitterrand et estimant qu’il devait remettre en jeu son mandat comme l’aurait fait le Général De Gaulle.

La précipitation de ses amis politiques à occuper les grands ministères techniques dans le second Gouvernement de Jacques Chirac en mars 1986 alors qu’il prônait pour la majorité nouvelle une grève de Premier Ministre à l’instar du Cartel des Gauches contre Alexandre Millerand en 1924, lui a donné une vision moins idéaliste du monde politique dont il s’est toujours trouvé étranger, une sorte d’extraterrestre dans le microcosme.

Cela ne l’empêcha pas de rentrer pleinement dans le jeu politique lyonnais en reprenant à Michel Noir la mairie de Lyon (il y occupait déjà la représentation internationale) pour apporter son rayonnement international.

Il y a peu d’hommes politiques qui sont arrivés à un niveau aussi élevé du pouvoir et à être aussi indépendants, ce qui peut expliquer aussi son dérapage en mars dernier, refusant de reconnaître une maladresse sémantique et s’entêtant étrangement dans des propos très contestables [voir mon article sur le sujet (3)].

Mais il n’est pas temps de faire un éloge funèbre, Raymond Barre n’est pas mort, heureusement, mais il y a peu d’informations sur son état de santé (et c’est tant mieux, c’est sa vie privée), sa famille évoquant juste un « état stationnaire » le 12 avril à midi (4).

Je lui souhaite seulement un prompt rétablissement, pour lui, sa famille, et aussi les Français qui ne manqueront pas de curiosité à connaître ses fines observations au sujet de cette élection présidentielle qui place son poulain dans une meilleure position que la sienne en 1988 (au même titre que Sarkozy, le poulain d’Édouard Balladur est dans une meilleure position que son mentor en 1995).



(1) Raymond Barre est hospitalisé.

(2) François Bayrou réagit à l’hospitalisation de Raymond Barre.

(3) Le bug de Raymond Barre, à propos de ses propos inacceptables.

(4) L’état de santé de Raymond Barre.


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