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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 00:33
Le second mandat de Jacques Chirac s’achèvera le 16 mai 2007. Le gouvernement de Dominique de Villepin démissionnera et laissera place à une nouvelle équipe. Celle qui aura gagné le 6 mai au soir.

L’esprit des institutions, la volonté de liberté des candidats (ou leurs promesses incompatibles) et l’hésitation les inclinent à ne pas nommer leur futur Premier Ministre avant leur éventuelle élection.

D’ailleurs, seul Jean-Marie Le Pen, dont les chances de victoire sont minimes, a indiqué qu’en cas d’élection, il nommerait Bruno Gollnisch à Matignon. Seul ? Enfin, non, José Bové a lui aussi indiqué le nom du Premier Ministre qu’il nommerait en cas d’élection (absolument improbable) : Nicolas Hulot, mais cela devient plus anecdotique.

Il vaut mieux en effet ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et surtout, avant de savoir comment il aura été tué, et les résultats des deux tours, les rapports de force qui se seront dégagés, seront essentiels à connaître pour choisir la bonne personne.

En fait, depuis le début de la Ve République, il y a quelques règles générales que nous pouvons observer pour la nomination du Premier Ministre, rappelons-les.


1e règle : un représentant du parti majoritaire juste après l’élection

Au début d’un mandat présidentiel, le Premier Ministre (issu donc de l’élection présidentielle) est une personnalité politique représentative de la majorité parlementaire, voire le chef du parti majoritaire.

Ainsi, en 1959, il paraissait tout à fait normal que Michel Debré, alors Ministre de la Justice et fondateur de la Ve République, devînt le premier Premier Ministre du Général De Gaulle, comme il aimait à se définir lors de sa malheureuse candidature à l’élection présidentielle de 1981.

En 1965, George Pompidou était reconduit à Matignon alors qu’il semblait bien contrôler l’UNR depuis trois ans.

En 1969, c’est tout naturellement que Pompidou appela Chaban-Delmas, ancien jeune général résistant, gaulliste historique et Président de l’Assemblée Nationale pendant plus de dix ans.

La candidature socialiste de Gaston Defferre en 1969 (qui fut un échec complet avec 5% des voix) ne correspondait pas à l’esprit des institutions : en effet, Defferre avait annoncé qu’il choisirait Pierre Mendès France pour Matignon alors qu’il aurait fallu plutôt que Mendès France se présentât à l’Élysée et Defferre aurait alors été son Premier Ministre.

En 1974, la nomination de Jacques Chirac par Giscard d’Estaing permettait à ce dernier à la fois de récompenser celui qui avait provoqué le ralliement de 43 députés UDR dès le premier tour et d’y mettre un UDR, majoritaire dans l’hémicycle élu en 1973.

Dans l’hypothèse d’une victoire de Chaban-Delmas en 1974, Olivier Guichard était régulièrement cité pour prendre la direction du gouvernement pour les mêmes raisons. Ou François-Xavier Ortoli.

En 1981, François Mitterrand choisissait Pierre Mauroy qui avait le double avantage d’être un ‘vieux’ militant socialiste qui était du côté de Rocard au congrès de Metz en 1979 mais qui était fidèle à Mitterrand, apte à rassembler aussi bien les communistes du pas commode Georges Marchais que les radicaux de gauche de Michel Crépeau. Par ailleurs, Mauroy était le numéro deux du PS.

Quant à Giscard d’Estaing, s’il avait été réélu en 1981, il aurait peut-être choisi une personnalité un peu singulière, comme Simone Veil, ce qui aurait été une exception à la première règle.

La réélection de Mitterrand en 1988 a abouti naturellement à la nomination de Michel Rocard à Matignon : candidat présidentiable déclaré en 1987 et même, dès 1985, mais Rocard avait dû s’effacer derrière Mitterrand qui, maniant l’argument de l’ouverture politique, a pu l’instrumentaliser dans ses tentatives de débauchages individuels.

En décembre 1994, Jacques Delors renonçait à se présenter à l’élection présidentielle de 1995 sous prétexte qu’il n’aurait pas la majorité parlementaire démocrate sociale qu’aspire aujourd’hui François Bayrou, mais pourtant, à l’époque, l’UDF n’avait eu aucun candidat et devait se contenter d’observer la rivalité entre Balladur et Chirac.

À l’élection de Jacques Chirac en 1995, c’est tout naturellement qu’Alain Juppé a été nommé Premier Ministre. Président du RPR, largement majoritaire au Parlement depuis mars 1993, Juppé était incontournable, même en cas d’élection de Balladur, encore que ce dernier pouvait aussi envisager d’y placer Charles Pasqua.

Cela dit, Juppé ne représentait pas très bien les thèmes de campagne qui ont fait élire Chirac (notamment la fracture sociale), ce qui a engendré dès l’hiver 1995 une vague de mouvements sociaux très durs. Chirac aurait sans doute mieux fait de nommer Philippe Séguin au début de son premier mandat.

Chirac qui, visiblement, a cultivé de nombreuses rancœurs depuis les trahisons balladuriennes, n’a jamais nommé que des gouvernements purement chiraquiens, soit avec une assise électorale d’à peine 20%.

Ainsi, il a renouvelé la même erreur politique en 2002, en nommant un homme totalement lié au Président, Jean-Pierre Raffarin, au lieu d’adopter cette première règle d’homme de la majorité. Qui ne pouvait être que Nicolas Sarkozy, soutien essentiel de sa campagne en 2002. L’intérêt tactique de Chirac aurait d’ailleurs été de « rocardiser » Sarkozy et de l’éliminer pour 2007. L’inverse s’est ainsi totalement produit : Sarkozy est devenu le seul présidentiable de son camp.

Pourtant, la nomination de Raffarin faisait suite à l’absorption de la plupart des élus UDF dans la grosse machinerie UMP ; pour se protéger des reproches d’hégémonie, Chirac voulait ainsi promouvoir des personnalités issues de l’UDF : Raffarin à Matignon (mais chef d’équipe plus que responsable de la politique de la nation, n’ayant même pas réussi à faire la réforme sur la régionalisation à laquelle il tenait tant) et Jacques Barrot à la présidence du groupe UMP à l’Assemblée Nationale.

Ces deux erreurs (1995 et 2002) expliquent en partie la montée de l’impopularité très tôt dans l’avancement de ses mandats présidentiels, avec l’erreur majeure de la dissolution le 21 avril 1997 (alors qu’il aurait dû à la place changer de Premier Ministre et nommer Séguin).

Erreur qui a permis de dire qu’alors que Mitterrand avait inventé le septennat de cinq ans (avec les deux cohabitations Chirac et Balladur qui durèrent chacune deux ans), Chirac avait inventé le septennat de deux ans (avec la cohabitation Jospin qui dura cinq ans).


2e règle : en cas de cohabitation, le chef du parti majoritaire décide

Justement, parlons de la cohabitation, c’est-à-dire, de l’élection d’une majorité parlementaire qui serait différente des options politiques du Président de la République.

Mitterrand et Chirac (ce dernier dans les deux rôles) ont réglé la « jurisprudence » en donnant l’avantage gouvernemental à l’Assemblée Nationale (alors que l’option présidentielle avec un gouvernement minoritaire aurait pu être prise, mais l’échec du gouvernement de  Frédéric François-Marsal imposé par Alexandre Millerand minoritaire en juin 1924 au Cartel des Gauches a dû être dissuasif).

Ce qui a conduit à une prédominance du gouvernement sur les autres institutions.

Inaugurée en 1986, la cohabitation veut que la majorité parlementaire nouvelle gouverne et que le Président se mette en retrait, à l’affût du moindre faux pas.

Pour cela, plusieurs Premiers Ministres étaient envisageables en 1986 : Jacques Chirac, mais aussi Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, René Monory, Alain Peyrefitte, voire Simone Veil.

Finalement, Mitterrand a fait comme René Coty en 1956, appeler le chef du principal parti de la majorité (Guy Mollet constitua ainsi le gouvernement le plus stable de la IVe République avec une majorité du Front Républicain qui rassemblait… Mitterrand, Chaban-Delmas et Mendès France).

En 1993, la situation était différente, car Chirac, président du RPR, refusait de redevenir Premier Ministre afin de se donner toutes les chances pour l’élection de 1995 ; ainsi il encouragea Édouard Balladur à diriger le gouvernement UDF-RPR, ce dernier s’étant fait le théoricien de la cohabitation, en affirmant que le Premier Ministre ne devait pas être candidat à l’élection présidentielle (sourire).

En 1997, Chirac ayant échoué dans sa dissolution, nomma en toute logique Jospin, redevenu premier secrétaire du PS en 1995, qui était pourtant son concurrent du second tour. Finalement, un septennat chiraquien très jospinisé.

Afin de réduire les risques de cohabitation, la durée du mandat présidentiel a été réduite de sept à cinq ans (par référendum du 24 septembre 2000) et les élections
législatives de 2002, prévues en mars, ont été repoussées en juin afin d’élire d’abord le Président.

Même si ce dispositif ne garantit rien (le Président peut démissionner ou mourir à tout moment, et l’Assemblée Nationale peut encore être dissoute), il encourage la concomitance (à mon sens malsaine) du mandat présidentiel et de la législature.


3e règle : des législatives succédant immédiatement à une présidentielle confirment toujours le nouveau Premier Ministre

Car ce schéma (de concomitance) a débuté dès 1981 (et aurait même dû commencer dès 1974 si Giscard d’Estaing avait été plus clairvoyant en faisant élire sa majorité), par l’élection de Mitterrand qui devait nécessairement dissoudre l’Assemblée Nationale élue en 1978 pour obtenir une majorité socialiste. Il a refait la même chose à sa réélection de 1988 (sans obtenir de majorité absolue), et grâce au quinquennat, Chirac n’a plus eu à dissoudre pour avoir une nouvelle législature à sa réélection de 2002.

Dans tous les cas, le Premier Ministre désigné pour diriger le gouvernement entre l’élection présidentielle et les élections législatives qui suivent un mois et demi après, a été confirmé : ainsi de Pierre Mauroy en mai puis juin 1981, ainsi de Michel Rocard en mai puis juin 1988 et ainsi de Jean-Pierre Raffarin en mai puis juin 2002.

Pourtant, ce n’était pas évident… si ce n’est que l’élection présidentielle entraîne une totale remise à zéro du rapport des forces et crée une dynamique électorale qui, jusqu’à maintenant, a toujours donné les moyens de gouverner au Président nouvellement élu ou réélu.

2007 devrait a priori se trouver dans le même schéma. Même dans le cas d’une élection de Bayrou, puisque ce dernier aura alors, par la nomination du nouveau Premier Ministre et la composition du nouveau gouvernement, donné une vision claire de la nouvelle majorité présidentielle.


4e règle : un homme du Président pour la fin du mandat présidentiel

Généralement, un mandat présidentiel comporte deux Premiers Ministres différents. Si le premier est plutôt un représentant politique de la majorité, le suivant est plus un homme du Président, parfois haut fonctionnaire, avec une allégeance plus grande vis à vis de l’Élysée.

En 1962, l’arrivée de Georges Pompidou, ancien directeur de cabinet de De Gaulle, avait surpris, mais en juillet 1968, son éviction avait encore plus surpris car en 1968, il était devenu le représentant de la majorité triomphant des élections législatives de juin 1968, mais faisant trop d’ombre au Président, d’où la nomination du très fidèle ministre Maurice Couve de Murville.

En 1972, même schéma : alors que Chaban-Delmas venait d’obtenir une large confiance de l’Assemblée Nationale, Pompidou le renvoya et choisit Pierre Messmer, un gaulliste fidèle et mesuré.

En été 1976, après la seule vraie démission de Premier Ministre (Chirac), Giscard d’Estaing misa sur un économiste réputé qui venait d’être nommé ministre, Raymond Barre, pris hors des partis, alors que piaffaient pour ce poste de nombreux responsables de parti tels que Alain Peyrefitte, Robert Boulin ou encore Jean Lecanuet.

Si Mitterrand échoua à remplacer Pierre Mauroy en mars 1983 par Jacques Delors (pendant la folle semaine après les municipales où l’enjeu était de taille entre maintien au sein du SME demandé par Delors et Mauroy ou politique protectionniste prônée par Chevènement et Fabius), il nomma cependant en juillet 1984 son homme de confiance, Laurent Fabius, « plus jeune Premier Ministre de France ».

En mai 1991, il renvoya sans élégance Michel Rocard dont la popularité était forte pour désigner Édith Cresson, femme proche du Président mais sans aucune assise au sein de son parti, tellement maltraitée par sa majorité (victime de machisme et de court-circuitage systématique) qu’elle ne put finir la législature et Pierre Bérégovoy se vit enfin récompensé de sa fidélité (en 1983, 1984, 1988 et 1991, il avait déjà espéré être désigné).

Pour le premier mandat de Chirac, il n’y a pas eu de « second Premier Ministre » pour cause de très longue cohabitation, mais le schéma aurait pu être : Séguin d’abord et Juppé ensuite, et entre les deux tours des législatives de juin 1997, Juppé renonçait à poursuivre la tâche et Séguin se préparait à lui succéder (donc le contraire du schéma habituel).

Pour le second mandat de Chirac, la nomination de Dominique De Villepin en juin 2005 a consacré également cette règle, ce dernier n’ayant jamais été élu, méprisant même les députés et n’ayant qu’une très faible assise au sein de l’UMP reprise par Sarkozy quelques mois auparavant.

Là encore, c’est la non-nomination de Sarkozy à Matignon (qui avait trois opportunités d’être nommé : en mai 2002, en juin 2004 et en juin 2005) qui a conforté sa candidature à l’élection présidentielle en ne se présentant pas comme un sortant (ce qu’il est pourtant).

À noter que ces « seconds Premiers Ministres » hommes (ou femmes) fidèles du Président n’ont jamais été nommés à l’issue d’une élection nationale.


5e règle : il y a rarement des surprises à l’issue d’une élection nationale

Les journalistes, à l’écoute de la moindre rumeur, véhiculent la « premier-ministrabilité » de bien de hommes (et femmes) politiques. Cependant, le choix de cet homme est relativement raisonné surtout lorsqu’elles suivent des élections nationales (présidentielle ou législatives).

Notamment Jean-Pierre Raffarin, qui n’avait pas occupé un poste ministériel très important dans le gouvernement Juppé et issu d’une formation très minoritaire (Démocratie Libérale) au sein de la majorité. En effet, dès février 2002, l’Élysée en avait déjà fait son représentant durant la campagne présidentielle, et lorsqu’on disait que Raffarin était un inconnu, ce dernier se plaisait à répondre que dès qu’il serait nommé, ce problème ne se poserait plus.

Mais l’Élysée avait aussi lâché d’autres noms (et d’autres espoirs), eux beaucoup plus farfelus, comme Philippe Douste-Blazy ou encore Nicole Fontaine.

Si nous remontons plus loin, la nomination de Fabius en 1984, si elle n’était pas attendue, n’en était pas une surprise, dans la mesure où il était un proche de Mitterrand et que ce dernier savait pouvoir compter sur lui.


Et pour 2007 ?

Quel serait le Premier Ministre de la personnalité élue le 6 mai 2007 ? Je me restreindrais alors aux trois candidats capables de l’emporter en mai : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou.

Pour Nicolas Sarkozy, le choix semble aller vers François Fillon, qui serait la composante gaulliste et sociale (« séguiniste ») d’un Sarkozy libéral. Mais d’autres noms circulent : Michèle Alliot-Marie au nom du chiraquisme rallié, mais que vaut encore le chiraquisme maintenant ? et ne souhaite-t-elle pas être élue au perchoir à la place de son compagnon Patrick Ollier ? On a évoqué également Jean-Louis Borloo qui a beaucoup attendu (sans suspens) avant de se rallier, il a le mérite d’être populaire et d’être la caution centriste. Mais certains pensent que Xavier Bertrand, l’ancien ministre chiraquien de la Santé et qui tient un grand rôle dans la campagne du candidat de l’UMP, serait un bon superviseur de ministres, Sarkozy (qui voudrait même débattre devant les députés) devenant un Président-Premier Ministre de fait.

Pour Ségolène Royal, l’embarras du choix est grand. Entre les éléphants du PS, les fidèles de fidèles et de jeunes espoirs, tout est permis. Il se dégagerait apparemment un consensus sur quatre noms, et surtout sur Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes qui tient d’une main de fer le groupe des députés socialistes depuis 1997, mais il y a aussi Michel Sapin, ancien Ministre rocardien de l’Économie et ami proche de François Hollande, Jean-Louis Bianco, ancien ministre et ancien secrétaire général de l’Élysée, et enfin, Dominique Strauss-Kahn, la caution social-démocrate.

Pour François Bayrou, l’incertitude est plus grande puisqu’il s’agit de diriger le gouvernement soutenu par une majorité de troisième type. Comme il est originaire de droite, Bayrou pourrait alors nommer un  Premier Ministre plutôt issu de la gauche, comme Dominique Strauss-Kahn avec qui il s’entend à merveille. Bayrou a d’ailleurs défini la personne qu’il nommerait, ainsi : « Jacques Delors en plus jeune ». Cela pourrait être aussi Bernard Kouchner favorisé par sa grande popularité, Pascal Lamy (ancien commissaire européen deloriste), mais des personnalités proches de la droite sont également évoquées, comme Jean-Louis Borloo ou Michel Barnier.

Étrangement, dans cette triple liste, deux noms reviennent doublement : Dominique Strauss-Kahn et Jean-Louis Borloo. Nul doute que ces deux personnalités auraient d’autant plus de chance d’accéder à Matignon que le score de Bayrou est important, que ce dernier soit qualifié pour le second tour …ou pas.

Par Sylvain Rakotoarison, 17 avril 2007

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