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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 10:18
« L’été dernier, Bayrou m’a demandé de me présenter à la présidentielle, mais j’ai refusé car je ne voulais pas diviser la gauche… » a lancé Bernard Tapie, ex-ministre de gauche et soutien de Sarkozy, lors de la soirée électorale du 22 avril 2007 sur France 2, après se reprendre en disant qu’il s’agissait en fait de Baylet, le président du parti radical de gauche ! Une phrase auparavant, Tapie disait avec le même aplomb : « J’ai voté pour Ségolène Royal… heu… pour Sarkozy ». Tapie a expliqué ces lapsus par l’excès de vin qu’il venait d’ingurgiter…

En dehors de cette anecdote (qui, au demeurant, laisse des doutes sur la capacité de la télévision française à choisir ses invités), Bayrou est donc sur toutes les bouches pour la tentative de récupération des voix centristes pour le second tour.

Et pourtant, s’il y a un élément qui est insupportable, c’est le principe des consignes de vote. Éventuellement, on peut comprendre que des militants, encartés, de tels ou tels partis puissent avoir des consignes afin de rendre cohérente leur ligne politique.

Mais les électeurs sont loin d’être des encartés. Pour François Bayrou, il y a près de sept millions d’électeurs pour environ cinquante mille adhérents de l’UDF. Aucun candidat n’est propriétaire de ses électeurs.

Par conséquent, demander des consignes de vote, c’est avoir une piètre idée de la démocratie et de la liberté des électeurs.

Cela est sur le principe général.

Concernant le cas des électeurs de Bayrou, il est encore plus éloquent. Les sondages laissent entendre une très large dispersion des voix pour le second tour entre Sarkozy, Royal et le vote blanc ou l’abstention.

Ce n’est donc pas de l’intérêt du candidat centriste de donner une consigne de vote qui, forcément, mécontenterait entre un quart et une moitié de son électorat. Il pourrait à la rigueur indiquer quel est son vote « à titre personnel », une sémantique très chiraquienne de 1981 qui avait fait élire Mitterrand, mais en aucun cas imposer un point de vue unilatéral.

Et pourquoi ?

Parce que le discours de Bayrou tout au long de sa campagne a été de refuser ce système bipolaire entre l’UMP et le PS. Que ces deux grands partis ne représentaient plus les enjeux actuels puisque les clivages internes sont nombreux, sur la construction européenne, sur l’économie de marché, sur la protection sociale, sur la réforme des institutions etc. Ces archaïsmes, nettement plus marqués d’ailleurs au PS qu’à l’UMP, plus pragmatique et aussi plus obéissante, sont mauvais pour le redressement national.

On se retrouve maintenant à faire de la physique quantique. Jusqu’à 2007, la mécanique était déterministe (Newton et Maxwell avaient posé tranquillement leurs équations, et on pouvait calculer le lieu exact à une date donnée de chaque objet).

La révolution scientifique du début du XXe siècle a bouleversé l’ordre établi en y mettant le principe d’incertitude (ou plutôt d’indétermination) de Heisenberg qui dit qu’il est impossible de mesurer précisément la position et la vitesse d’une particule car l’observation influence la réalité (en envoyant de la lumière, on casse la réalité, le photon se conduisant avec les particules observées comme une boule de billard).

Avec l’irruption de Bayrou et de son discours original, plus rien n’est simple. Partisan d’un gouvernement central, avec des personnalités du centre, de droite et de gauche réunies sur un programme de valeurs très claires, le candidat ne peut pas décider de lever le principe d’indétermination en penchant vers un côté.

Au nom de quel principe Bayrou devrait-il faire alliance avec les vieux archaïsmes du parti socialiste ? Avec une éventuelle majorité qui rassemblerait Besancenot, Buffet, Laguiller, Bové ?

Au nom de quel principe Bayrou devrait-il également rejoindre Sarkozy et son armée monolithique qui ont toujours ironisé sur l’idée du Centre et ont toujours cherché à le détruire ?

En ne prenant pas position, en demandant juste à aller voter pour rester civique, Bayrou resterait cohérent avec son discours. Et cette cohérence, il en a besoin, car il songe déjà à l’élection présidentielle de 2012. S’il décevait son électorat, il le perdrait aussi vite qu’il l’avait acquis.

Les sirènes sont pourtant nombreuses pour les candidats UDF aux législatives qui devront malgré tout subir un scrutin majoritaire qui renforce la bipolarisation. Et la présence d’un groupe UDF à l’Assemblée Nationale est vitale à la continuation de la démarche de Bayrou.

François Fillon a déjà lancé la menace législative en cas de non ralliement à Sarkozy. De son côté, le PS n’a lancé aucun signe tangible de véritable alliance électorale négociée dans la sincérité d’une reconversion.

Comme l’électron décrit par la mécanique quantique dans son orbitale, Bayrou ne doit pas être ni à droite, ni à gauche, mais au centre, c’est-à-dire, des deux côtés à la fois, et pour cette raison, le moindre ralliement vers l’un ou vers l’autre viderait complètement l’idée générale de rénovation de la vie politique que François Bayrou et ses amis essaient d’exprimer depuis déjà cinq ans.

Mais cette position est-elle tenable quand on est un important responsable politique ?

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