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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 10:48
Comme des millions de Français, j’ai regardé le débat tant attendu par les médias entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ce 2 mai 2007 au soir.

Deux fortes personnalités au sommet de leur forme, à l’ego renforcé par leur bon score respectif du premier tour, cela ne pouvait que produire un débat télévisé dense, intéressant et direct.

Donc, rien de figé, ce qui est sain pour la vie démocratique.

Prenons d’abord la durée : le débat a duré très longtemps, deux heures trente, et malgré le fait que Sarkozy fût le premier à parler, Royal avait toujours deux à cinq minutes de temps de parole d’avance sur lui, avance que lui concéda d’ailleurs bien volontiers Sarkozy.

Le look des deux intervenants.

Nicolas Sarkozy paraissait très calme, et au tout début, paraissait même légèrement endormi, les paupières tombantes (plus que d’habitude). Son challenge était de se montrer en homme calme, serein, qui ne se mettait pas en colère. Il y est parvenu sans cependant le transformer en homme gentil (il est tellement dépeint en homme méchant que ça lui aurait servi). Peut-être manquait-il de sourire parfois.

Ségolène Royal portait un tailleur sombre très présidentiel. Pas facile pour une femme de se montrer présidentiable au niveau du look, elle a dû tout inventer. Sarkozy portait son costume habituel, elle s’est voulue plus solennelle. Seule la couleur blanche des chaussures pouvait étonner, mais pour un débat télévisé, c’est un détail d’autant plus futile qu’il n’est pas visible. Donc, sur le look, Royal a réussi à se donner une allure de crédibilité.

En revanche, son visage avait des traits tirés. Larges cernes sous les yeux, mascara qui me paraissait un tantinet trop insistant (mais je ne suis pas spécialiste du maquillage, donc je ne sais si celui-ci était nécessaire ou pas). Bref, j’ai senti une Ségolène Royal fatiguée. J’avais presque mal pour elle. Épuisée par la campagne ? Alain Duhamel estimait quelques jours avant sur RTL que faire un grand meeting (à Charletty) la veille d’un débat aux enjeux médiatiques si importants était soit une preuve d’amateurisme électoral (hypothèse rejetée par l’éditorialiste), soit la preuve d’une énorme confiance en soi.

Et tout au long de ce débat, Ségolène Royal ne cessait de sortir son ‘pacte présidentiel’ comme un robot, en survolant de nombreux sujets, ne permettant d’ailleurs pas à Sarkozy d’approfondir certains d’entre eux, avec une voix à la fois monocorde et monacale, comme si elle récitait par cœur un discours mille fois déjà entendu, en répétant certains mots pour se remémorer la suite.

Du coup, j’ai eu droit en plusieurs exemplaires à toute la ‘sémantique royaliste’ : ‘tout se tient’ (au moins trois fois), ‘ordre juste’ (et ‘juste’ utilisé très souvent, ‘impôt juste’, ‘autorité juste’ etc.), les fameux ‘gagnant-gagnant’ et ‘donnant-donnant’… c’est étrange qu’elle ne tienne qu’un même discours sur la forme depuis six mois. Elle a sorti cependant une ‘mitterrandade’ (‘laisser le temps au temps’) avec son ‘l’emploi va à l’emploi’.

De son côté, Sarkozy s’est montré plus doux, une voix plus suave, faisant parfois quelques fautes de français (‘émerger’ au lieur d’ ‘émarger’, ‘perein’ comme masculin de ‘pérenne’, ou un auxiliaire au singulier au lieu du pluriel), avec cependant quelques regards fuyants qui pouvaient laisser comprendre quelques agacements, parfois une utilisation de la troisième personne pour parler à son interlocutrice.

Mais généralement, la confrontation fut frontale, chacun regardait l’autre au fond des yeux, direct. Royal a, semble-t-il, trouvé une posture, le dos droit, la tête légèrement inclinée vers le bas et les yeux quasi-mitraillettes, pour se montrer offensive. Le ton, hélas, de Royal, fut trop solennel, trop pompeux, trop déclamatoire, et à la longue, c’est un peu fatigant pour les oreilles.

Systématiquement, quand elle avait la parole, Ségolène Royal l’utilisait pour placer avec un style incantatoire son baratin habituel, ce qui avait parfois un léger goût de confusion. À deux ou trois reprises, Sarkozy a dû dire stop pour ne pas survoler mais rentrer dans le détail des choses (PPDA semblait aussi affolé que tant de sujets fussent évoqués si rapidement).

Et à plusieurs reprises, Royal a joué (comme elle le sait si bien) à la maîtresse, voulant piéger Sarkozy par des questions multiples et insignifiantes de connaissance. Elle y est parvenue quelquefois d’ailleurs, mais ce qui m’a rendu mal à l’aise, c’est cette volonté délibérée de vouloir faire trébucher son rival au lieu d’exposer plus en détail des idées dont la concrétisation était sans arrêt remise à des discussions ultérieures, à des débats participatifs, sans donner une seule piste sur ce qu’elle proposerait elle-même.

Et à cet égard, Sarkozy a su bien exprimer que si, sur des sujets importants, la concertation était nécessaire, pour toutes les décisions quotidiennes au sommet de l’État, il faut avoir déjà une idée de leur contenu (ce qui ne semble pas être le cas pour Royal).


Prenons maintenant quelques bribes du fond.

Sur la dette publique à réduire, je n’ai entendu les solutions d’aucun des deux candidats. Sarkozy a été très habile en proposant de dépasser le manichéisme et de mettre d’accord droite et gauche pour résoudre ce problème. Il évoque les 15% du coût de la dette sur l’ensemble des dépenses publiques et les 45% du coût du salaire des fonctionnaires. Donc, la suppression d’un poste sur deux des fonctionnaires en départ à la retraite ferait faire des économies à l’État. Sauf que pour l’instant, je ne sais pas quels postes dans quels services. Royal n’a pas assez insisté sur cela.

Au contraire, Royal a répliqué en évoquant le viol d’une policière, ce qui m’a paru très malvenu, et a évoqué la nécessité de faire raccompagner tous les agents de l’État jusque chez eux la nuit. Sarkozy n’a donc pas raté de dire que s’il fallait un fonctionnaire pour protéger chaque fonctionnaire, on n’en sortirait pas.

Sur le fameux slogan de Sarkozy ‘travailler plus pour gagner plus’, qui ne me paraît que démagogique et pas du tout conforme à la réalité économique, Royal a avancé quelques arguments convaincants en rappelant que les 220 heures supplémentaires de la loi Fillon n’étaient utilisées qu’à moitié, et donc favoriser les heures supplémentaires ne serviraient à rien.

Sarkozy a répondu en parlant suppression de charges, mais personne n’a pu comprendre comment ça pourrait créer de l’emploi et Ségolène Royal a mis longtemps avant de rappeler que les heures supplémentaires dépendaient avant tout de la charge de travail des entreprises et pas du bon vouloir des salariés (d’autant plus que dans la réalité, beaucoup d’heures supplémentaires réelles ne sont pas, aujourd’hui, décomptées).

Concernant un institut d’experts économiques chargé de juger le programme économique des deux candidats, Royal s’est montrée très arrogante en voulant énerver Sarkozy, en disant que cet institut était à la solde du Medef. Hélas pour elle, Sarkozy a mieux convaincu en rappelant que le président de cet institut avait été l’un des experts économiques de Lionel Jospin à Matignon.

Sarkozy s’est montré plus pédagogue que Royal. Ainsi, au lieu de parler de façon exhaustive de son programme (comme elle), il n’a fait que marteler quelques idées simples (parfois simplistes). Ce comportement est généralement efficace et se base sur le marketing publicitaire : répéter pour faire assimiler.

Parmi l’une des idées qui me paraissait très convaincante et très réaliste : les Français ne veulent pas forcément plus de vacances, mais plus d’argent pour payer leurs dettes, leurs charges etc. Avec ce soupçon de simplisme : à quoi ça sert d’avoir des RTT si on n’a pas de quoi se payer des loisirs.

Royal a répondu par une tirade sur l’avancée sociale de la réduction du temps de travail, mais à quoi ça sert aux demandeurs d’emploi, d’avoir plus de congés ?

Cela dit, Royal s’est trouvée satisfaite que le principe de la durée légale n’était pas remise en cause par Sarkozy comme ce dernier était heureux de comprendre que Royal proposait une remise en cause des régimes spéciaux des retraites (cette dernière cherchant d’ailleurs à l’attaquer sur la retraite des parlementaires, argument d’autant plus démagogique et insignifiant que Sarkozy en était d’ailleurs d’accord).

Puis, bataille de chiffres sur le fonds pour le financement des retraites. Sarkozy a assuré que les lois Fillon ont pérennisé le financement des retraites jusqu’en 2020, ce qui me paraissait vite dit, et peu crédible, mais peu contesté par Royal qui s’est alors enfoncée dans une inconsistance très forte à propos de la mise en place d’une taxe sans pouvoir dire, malgré les nombreuses relances de Sarkozy assez tenace sur le sujet, quel était son taux, son assiette, et l’objectif de recettes. Une sorte de chèque en blanc inquiétant.

Sur la matière grise, la recherche, l’innovation, le discours de Royal était bien sympathique, mais incantatoire et sans rien de concret.

Sarkozy a montré beaucoup d’audace et d’habileté en disant qu’il était favorable à ce que la présidence de la commission des Finances à l’Assemblée Nationale soit confiée à un membre de l’opposition. En effet, c’est ce que proposait depuis bien longtemps Royal (Royal le lui a d’ailleurs gentiment rappelé). Et récupérer ainsi des propositions très ponctuelles et précises donne aussi le niveau de l’aplomb de Sarkozy.

Sur le boucler fiscal, et les impôts sur le patrimoine, Sarkozy a donné l’exemple d’un mari qui fait de la fraude fiscale, puis qui décède et c’est à l’épouse de tout payer. Au lieu d’évoquer maladroitement le cas fiscal d’une personne en particulier (riche héritière : serait-ce Liliane Bettencourt, je n’en sais rien ?), à la place de Royal, j’aurais plutôt traité cet exemple de sexiste, avec ce modèle de mari qui travaille et crée de l’activité et d’épouse au foyer.

J’ai retrouvé la maîtresse d’école qui distribuait les copies quand Royal a évoqué son 16/20 en écologie et le 08/20 seulement de Sarkozy. J’aurais préféré savoir le pourquoi de ces notations d’on ne sait qui.

Sur le nucléaire, le débat était pitoyable. Royal a gagné en partie en faisant ‘avouer’ à Sarkozy qu’il ne savait rien de l’EPR (« Je ne connais pas le dossier mais je sais être cohérent ») ni de la troisième ou de la quatrième génération, mais Royal pas plus, en évoquant la capacité de réutiliser les déchets d’uranium sans visiblement connaître le principe du surgénérateur.

Et Sarkozy a été d’autant plus convaincant qu’il était péremptoire sur les réserves en uranium : 50-60 ans sur les gisements connus et d’après les chercheurs, deux siècles et demi (je ne sais pas où il est allé les chercher ces deux siècles) mais Royal a rectifié en disant que ça dépendait évidemment du nombre de centrales nucléaires construites dans le monde.

Sur l’école, Royal a donné des objectifs complètement irréalistes : limiter à 600 élèves la capacité des collèges, et à 17 le nombre d’élèves par classe. Rendre obligatoire la scolarisation dès trois ans n’a pas non plus de sens alors que la scolarité s’allonge sans cesse avec les études, en ne répondant pas concrètement sur le besoin du coup de deux millions de places supplémentaires en crèches (Royal a refilé le problème aux collectivités locales !).

Sarkozy n’a pas été moins irréaliste en voulant par exemple que ceux qui sont dans des filières professionnelles puissent devenir aussi ingénieurs.

J’imagine que c’est ça le ‘volontarisme’, professer des objectifs inatteignables. Sarkozy l’a répété aussi : il n’y a pas de fatalité. Cela change des précédents gouvernants, mais ça peut aussi faire peur.

Sur les handicapés, répondant à Sarkozy qui voulait permettre la scolarisation des enfants handicapés, Royal s’est montrée très sincère et crédible, en disant que le gouvernement sortant avait annulé toute son action ministérielle en faveur d’eux, je voyais que ça venait du cœur, de ses tripes, elle devenait bonne communicante.

Hélas, elle a ensuite dérapé et pendant cinq minutes, a pataugé dans sa ‘saine colère’ qui ne paraissait pas pertinente face au sang-froid dont doit faire preuve un chef d’État. Sarkozy a semblé très amusé de cet incident (« Calmez-vous ! ») alors que les critiques de colère et d’énervement lui revenaient d’habitude à la figure.

Sur l’Europe, les argumentations de Royal et de Sarkozy paraissaient crédibles toutes les deux, malgré la grande différence d’approche, mais sur la Turquie, Royal a montré encore des doutes.

Sur la Chine aussi, les deux ont été convaincants.

Sur l’immigration, je n’ai pas compris pourquoi Sarkozy parlait des infirmières bulgares alors que l’affaire libyenne n’a rien à voir avec la France. Mais concrètement, les deux candidats ont été d’accord pour un traitement au cas par cas des régularisations des sans-papier. Sans doute avec des approches différentes aussi.

Et puis ensuite, entre la poire et le fromage, en deux minutés, on s’est amusé à changer de République. Sarkozy a alors avec raison rappelé que dans la rue, il n’avait entendu personne lui demander de bouleverser les institutions, sans pour autant exclure de réviser quelques points particuliers.

Royal semblait vouloir tout réformer, n’était même pas sûre du numéro de République qu’elle voudrait, et a déclaré vouloir rendre des comptes devant les députés, mais à quel titre ? ne serait-elle pas élue par l’ensemble du peuple français ? Ce serait devant lui seul de rendre des comptes.


Dans sa conclusion, Sarkozy a repris son évocation du 22 avril 2007, la France m’a tout donné, je dois le lui rendre. Et a donné ses deux priorités : 1° le plein emploi, 2° maîtriser l’immigration. Dommage que l’immigration vienne en priorité numéro deux, il me semble qu’il y ait d’autres sujets prioritaires.

Quant à Royal, elle a sorti son argument final à ceux qui hésitaient, à ceux qui hésitaient d’élire une femme à la Présidence de la République. Dommage de terminer par une tirade sexiste, car Royal, qui a montré sa solidité, méritait beaucoup mieux que ça.

Sur France 3, parmi les réactions, j’ai surtout noté que Thierry Saussez (proche de Sarkozy) résumait les choses ainsi : Sarkozy a fait dans le comment alors que Royal a excellé dans le pourquoi. Et qu’il y a eu une victime collatérale : François Hollande, dont la proposition de nouvelle CSG a été rejetée sèchement par les deux candidats.


Bref, il est évident que chaque camp dira que son poulain a gagné. Mais à mon sens, les deux ont sans doute gagné : Sarkozy n’a pas fait d’impair et Royal a montré sa combativité. En fait, le véritable gagnant, ce sera la personne qui sera élue le 6 mai 2007.


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commentaires

V
Je ne suis pas d'accord avec toi et finalement pas non plus avec les journalistes bizarrement. Pour moi, le débat a été insipide et tellement attendu. Aucune surprise, aucune asperité. Et je trouve que ce formatage de discours n'est pas un service rendu à notre démocratie. Mon analyse sur mon blog.
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