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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 09:05
Il y a deux semaines, je comparais la démocratie française à un problème de physique quantique dans un article paru sur Agoravox. Avec l’ambition d’une force centrale dans le paysage politique français, nous nous approchons maintenant de la réduction du paquet d’onde.

En physique quantique, un électron par exemple n’a pas de position spécifique autour du noyau atomique et n’est situé que dans une orbitale, sorte de lieu mythique de l’ensemble des positions probables. Lors d’une mesure, on parle alors de réduction du paquet d’onde au moment où l’électron ‘décide’ (enfin) d’une position définie (et du coup mesurable).

Cette mesure, ici, c’est évidemment le processus électoral où l’ensemble des votes, parfois aléatoires (le nombre d’indécis ne devrait pas changer pour les législatives, certains électeurs de Nicolas Sarkozy regrettent dès maintenant leur vote à cause de la sortie en yacht alors que des électeurs de Royal iront voter UMP pour donner à Sarkozy une majorité indispensable) forme une sorte de position collective de la nation française.

Mais le positionnement le plus flou est évidemment celui des centristes, ou plutôt, des électeurs de François Bayrou.

Or, deux constats viennent résister aux ambitions centristes de Bayrou :

1. D’une part, selon les études d’opinion convergentes, ses électeurs n’ont pas contribué de façon décisive à l’élection de Nicolas Sarkozy dans la mesure où ils se sont répartis équitablement : 40% pour Sarkozy, 40% pour Royal et 20% abstention, blancs ou nuls.

2. D’autre part, tant pour le second tour de l’élection présidentielle que pour les élections législatives, la logique redoutable du scrutin majoritaire engendre une dynamique qui a toutes les chances de broyer une force centriste qui refuserait de prendre partie ni pour la droite ni pour la gauche.


François Bayrou pense détenir ses presque sept millions d’électeurs et leur faire continuer le chemin pour de nouvelles aventures. C’est cependant très ambitieux, car nombreux de ses électeurs le soutenaient aussi par rejet des deux personnalités Sarkozy et Royal.

Même si le nouveau parti de Bayrou réussissait à s’imposer au premier tour des législatives avec un capital électoral comparable à la présidentielle (de l’ordre de 15%) et donc à être capable de provoquer des triangulaires au second tour des législatives dans de nombreuses circonscriptions, il lui faudrait bien conclure des accords de désistement pour obtenir quelques dizaines d’élus.

Et il n’est pas moralement, politiquement et logiquement possible de conclure des accords avec l’UMP dans certaines circonscriptions et avec le PS dans d’autres, ce qui donnerait non seulement une image floue d’arrivisme, mais également une incohérence idéologique très forte.

Et quelles sont les alliances possibles ? Une alliance avec l’UMP ou une alliance avec le PS. Laquelle est la plus pertinente et la plus efficace pour ces cinq prochaines années ? C’est la seule question qui vaille aux proches de Bayrou.

Le discours d’ouverture de Nicolas Sarkozy prononcé le soir du 6 mai 2007 est peut-être hypocrite et avec l’arrière-pensée des législatives, il est sans doute nouveau par rapport à ses propos de campagne du premier tour, mais pourquoi rejeter d’office des paroles alors qu’il ne faut juger que sur les faits ?

Mireille Matthieu chantant la Marseillaise, les vacances maltaises sur le yacht d’un ami industriel, le retour de Johnny Halliday… peuvent donner quelques amertumes, mais ce ne sont que des images qui passent, et ce ne sont pas des faits politiques, ce sont au pire quelques maladresses de communication qui peuvent faire craindre une forte arrogance (décomplexée) et un fossé entre le pouvoir et le peuple, mais ne juger que sur les faits, pas sur les impressions.

Il serait plus fin de prendre au mot Nicolas Sarkozy sur l’ouverture et d’accepter un accord avec l’UMP si la majorité présidentielle peut se satisfaire de deux groupes et pas d’un seul groupe monolithique à l’Assemblée Nationale.

Car de l’autre côté, il n’y a plus rien.

Le PS se redéchire comme aux pires moments du congrès de Rennes en 1990, entre les éléphants et Ségolène Royal pour savoir qui va mener la campagne des législatives.

Mais il se déchire aussi sur un projet qui n’en a jamais été, hésitant entre deux lignes idéologiques de plus en plus claires qu’on pourrait appeler social-démocratie et altermondialisme (Henri Emmanuelli l’appelant progressisme).

Ce qui est sûr, c’est que le PS n’amorce aujourd’hui aucune rénovation mais surtout, n’a aucune raison de la faire car celle-ci, pour les raisons idéologiques précisées plus haut, ne pourrait qu’engendrer une scission entre le centre gauche et la gauche.

Il n’a aucune raison non plus de conclure une alliance sincère avec les centristes sinon pour broyer les pistes, et considérer l’UDF comme les radicaux de gauche, le MDC ou les Verts, en ne lui accordant quelques circonscriptions que pour en faire une force d’appoint pour l’élection de députés socialistes.

Par ailleurs, les luttes intestines va évidemment réduire la motivation de leurs électeurs car, de toute façon, la messe est jouée avec l’élection présidentielle. La faible mobilisation laissera un boulevard à l’UMP.

Par conséquent, il serait faux de dire que les 22 députés UDF qui ont décidé de faire partie de la majorité présidentielle sont des traîtres. Ils connaissent seulement le fonctionnement incontournable des institutions actuelles, qui sont implacables pour ceux qui ‘ne réduisent pas leur paquet d’onde’ et ils savent que dans un scrutin majoritaire, il faut choisir entre deux types d’alliance.

La seule initiative qui aurait pu changer considérablement la donne avant les législatives, et qui aurait permis la création d’un véritable Centre indépendant, cela aurait été que le Mouvement Démocrate fût fondé collectivement par François Bayrou et Dominique Strauss-Kahn, apportant chacun ses bataillons de centre droit et de centre gauche avec une réelle optique d’être à terme majoritaire et pas seulement force d’appoint.

Mais Dominique Strauss-Kahn, qui ne semble pas parmi les plus audacieux, avait déjà raté le rendez-vous de l’après-2002, et ses liens avec sa famille socialiste sont bien trop forts, d’autant plus que Ségolène Royal et ses partisans sont prêts à reprendre à leur compte les propositions de Cohn-Bendit, Rocard et Kouchner d’une alliance entre le PS et les centristes, sans forcément rassurer ces derniers sur l’objet même de cette alliance.

C’est pourquoi une alliance vigilante avec la majorité présidentielle rendrait service tant au pays par la pluralité des soutiens à Nicolas Sarkozy qu’à ce nouveau mouvement centriste qui doit, pour survivre, avoir un groupe à l’Assemblée Nationale.

Il serait quand même troublant que l’homme qui souhaite le plus rassembler les Français et la classe politique par un gouvernement d’union nationale finisse par provoquer un scission au sein même de ses propres troupes.

Sylvain Rakotoarison, 10 mai 2007.


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