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22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 13:42
Envol de Nobel... un départ très discret 

Mille sabords ! (1)

C’est avec émotion que je viens d’apprendre ce midi la mort du grand physicien Pierre-Gilles de Gennes à 74 ans le 18 mai 2007. Il sera enterré demain 23 mai dans la plus grande intimité.

Directeur de Physique-Chimie (école parisienne), De Gennes fut très tôt connu des scientifiques franciliens et grenoblois car il a démarré sa carrière de chercheur dans le magnétisme et la supraconductivité (Grenoble fut le berceau du magnétisme français avec le fameux Louis Néel, inventeur du ferrimagnétisme et Prix Nobel de Physique).

Ceux qui ont côtoyé ses anciens collègues de l’époque (dans les années 1960) peuvent entendre des témoignages assez contrastés : en effet, alors connus uniquement à la température de l’hélium liquide (proche du zéro absolu) à savoir sans possibilité d’avoir une application industrielle, les supraconducteurs furent délaissés par De Gennes au profit de la ‘matière molle’, ce dernier considérant que les supraconducteurs n’avaient pas d’avenir.

Une prédiction lancée un peu à la légère quand on a pu observer par la suite le grand développement de ces matériaux sans résistance électrique à partir de 1986 et la découverte des supraconducteurs à haute température critique.

Cela n’ôte évidemment rien à l’immense mérite de Pierre-Gilles de Gennes, normalien, agrégé, qui était à la fois un savant chevronné et un érudit extraordinairement couplé d’un pédagogue inné.

Car la ‘matière molle’, c’était devenu une matière à part entière, très complexe, aux lois nécessitant beaucoup d’interdisciplinarité. Par exemple, le sable est un solide mais qui se comporte comme un liquide.

De Gennes aimait notamment rappeler qu’il fallait être un candide face aux problèmes scientifiques. Quittant son expertise d’origine sur le magnétisme (et risquant ainsi une perte dans sa reconnaissance), il revendiquait son ignorance totale dans sa nouvelle discipline pour l’aborder avec un point de vue nouveau, regrettant au passage que les chercheurs ne restent que dans leur domaine d’origine sans en changer, ce qui aboutit à un conventionnalisme très conservateur dans les sciences.

Il disait ainsi : "Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…). L'honneur du scientifique est absolument à l'opposé de l'honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face."

Je me souviens l’avoir écouté dans un amphi de la faculté des sciences de Grenoble, alors qu’il avait déjà reçu son Prix Nobel de Physique en 1991. Très curieux de nature, il n’hésitait pas à évoquer la physique des citrouilles pour mieux faire comprendre quelques notions de physico-chimie.

Tous ses interlocuteurs profanes, se sentaient intelligents après une explication donnée par De Gennes. Car ils comprenaient une parcelle de science grâce à lui.

Devenu figure médiatique depuis qu’il est devenu un Nobel (alors qu’il était déjà bien avant très largement connu et reconnu dans la communauté scientifique : chaire au Collège de France dès 1971, siège à l’Académie des Sciences depuis 1979), Pierre-Gilles de Gennes s’est beaucoup consacré à l’enseignement universitaires et aux études doctorales, puis à des présentations de la science auprès des écoliers et des collégiens.

Il faut dire que la désaffection des jeunes pour les études scientifiques est très inquiétante, expliquée en partie par le fait que ces études nécessitent beaucoup d’effort, de ténacité et d’abnégation, sans pour autant conduire à la fortune (les scientifiques étant en France largement sous-payés par rapport à leur niveau d’étude).

De Gennes est-il parvenu à rendre passionnant la science à de nombreux jeunes ? Possible. Son éducation n’y est sans doute pas pour rien : très vite orphelin de père, sa mère l’amène dans les allées du Louvre pour parfaire sa culture générale.

Ses cheveux en bataille, la mèche romantique, sa démarche nonchalante, son ton très personnel où il réussissait à unir sciences difficiles et art de vivre (il a utilisé sa récompense à financer le restaurant de sa femme), laisseront de cet homme hors du commun le souvenir d’un très grand physicien.



(1) Hergé aurait eu 100 ans ce 22 mai 2007.



Pour en savoir plus :

http://nobelprize.org/nobel_prizes/physics/laureates/1991/gennes-bio.html

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-913194@51-913198,0.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Gilles_de_Gennes


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