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« Seul est éternel le devoir
envers l'être humain
comme tel. »


Citation de
la philosophe Simone Weil
tirée de son livre "L'Enracinement"
(éd. Gallimard) publié
en 1949 après sa mort.

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Mercredi 20 mars 2030 3 20 /03 /Mars /2030 03:48

(dépêches)


La polémique entre Christophe Hondelatte et Alexandre Lacroix



http://www.liberation.fr/medias/0101625001-apres-un-debat-houleux-avec-hondelatte
Médias 17/03/2010 à 00h00
Après, un débat houleux avec Hondelatte
Un participant au l’émission diffusée ce soir après le documentaire raconte l’autoritarisme de son animateur.

8 réactions

       Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine a participé à l’enregistrement du débat diffusé par France 2 ce soir à 22 h 05. Expérience de soumission à l’autorité de l’animateur…

«Lors de l’enregistrement de ce débat faisant suite à l’admirable documentaire de Christophe Nick, s’est produit un incident violent, démontrant combien il est difficile de critiquer la télé à la télé. Précisons qu’il aura fallu à la chaîne une rare audace pour programmer ce documentaire, qui fait honneur au service public. Animé par Christophe Hondelatte, le débat débute par l’interview d’un candidat obéissant", étant allé jusqu’à 460 volts. "Que pouvez-vous nous dire sur vous ?»" Et le candidat de répondre qu’il travaille dans le social. Ouf, nous voilà soulagés : ce n’est donc pas un méchant dans la vraie vie. Hondelatte : "Il faut quand même dire une chose importante, vous concernant… - En fait, là, je préférerais ne pas en parler. Il s’agit de ma vie privée. - Mais si, allez : dites-le nous ! - J’aimerais mieux pas. - C’est important : vous êtes homosexuel !" Malaise. Quel est le but de la manœuvre ? Suggérer que l’homosexualité prédispose à électrocuter son prochain ? Atmosphère de chasse aux sorcières… Puis arrive mon tour. "Cette soirée est précieuse, dis-je. Nous avons l’occasion de nous interroger sur le pouvoir de la télévision. Mais la façon dont la discussion s’est engagée me rend pessimiste. Les mécanismes de soumission et de domination que révèle le Jeu de la mort peuvent s’instaurer même dans un débat d’idées. Pas besoin d’électricité. Nous venons d’assister à un interrogatoire. On demande à un participant "obéissant" de nous prouver qu’il n’est pas un sale type, alors que 80 % des gens ont fait comme lui. Et puis on étale sa vie privée. Cela démontre que le plateau de télévision est un dispositif coercitif où le présentateur a le pouvoir."

A la fin de ma tirade, Christophe Hondelatte, contracté, tend le bras : "Bon, ben c’est très simple. Tu vois la porte, là ? Tu dégages ! Pas de ça dans mon émission. - Quoi ? Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton. - C’est moi qui commande ici. Je suis le capitaine. Compris ? Alors, tu te lèves, là, et on va s’expliquer. Juste toi et moi, dans ma loge. Face à face !" Debout devant moi, il hurle et gesticule. Je suis estomaqué.

Effet de miroir : après le Jeu de la mort, voilà le "débat de la mort". Le présentateur me donne un ordre tyrannique et j’ai deux solutions. Obtempérer mais ma présence sera sucrée au montage… Ou désobéir, résister. "Ecoutez, lui dis-je, le but de cette émission est de montrer que le présentateur a trop de pouvoir sur le plateau. Et vous croyez que je vais vous obéir ? Vous rêvez !" "Même si le débat est foutu, je m’en fous, reprend Hondelatte. Tu m’as traité de terroriste… - Je n’ai jamais employé ce mot. Je ne vous ai pas injurié, n’ai diffamé personne et j’ai usé de ma liberté d’expression." Après vingt minutes de ce bras de fer, quand il a été clair que je ne décanillerais pas, Hondelatte a fait signe de relancer le tournage. Les échanges ont été confus, chaotiques et le débat saboté.

Au-delà de Hondelatte, cet épisode confirme les thèses de Pierre Bourdieu dans Sur la télévision, pamphlet qui me paraissait jusqu’alors contestable. Primo, Bourdieu conseille de n’accepter que les débats en direct ou, sinon, d’exiger un regard sur le montage. Secundo, Bourdieu dénonce l’arbitrage biaisé du présentateur. Tertio, on croit assister à un vrai débat, tandis qu’en réalité "le dispositif (est) préalablement monté, par des conversations téléphoniques préparatoires avec les participants […], il n’y a pas de place pour l’improvisation, pour la parole libre, débridée, trop risquée, voire dangereuse pour le présentateur". Ainsi, le candidat obéissant avait été sondé et avait raconté avoir courageusement assumé son homosexualité, être donc capable de résistance. Une fois confronté au ton inquisitorial de Hondelatte, il a eu envie de se rétracter. Trop tard.

Quelle leçon ! Oui, la télévision est capable de se remettre en cause. Mais c’est pour aussitôt redevenir elle-même : un outil de domination symbolique. On ne peut pas davantage croire en son autocritique qu’on ne peut se fier à l’alcoolique jurant : "Demain, j’arrête de boire !"»

http://www.jeanmarcmorandini.com/article-37209,4-jeu-de-la-mort-la-verite-sur-le-clash-avec-hondelatte.html
17/03    Jeu de la mort: La vérité sur le clash avec Hondelatte !
 
Ce soir à 20h35, France 2 diffusera le documentaire "Le jeu de la mort", basé sur une émission fictive dans laquelle un candidat doit retenir une successions de mots sous peine d'envoyer une décharge électrique à un autre candidat (en réalité un comédien).

Le documentaire sera suivi d'un débat animé par Christophe Hondelatte, qui a été enregistré la semaine dernière.

Dans Libération, l'un des participants au débat, Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, a vivement critiqué l'attitude de l'animateur durant l'enregistrement.

"D'abord", raconte Alexandre Lacroix, "Christophe Hondelatte interroge l'un des candidats au jeu ayant cru envoyé des décharges électriques à son "cobaye" et ignorant que le jeu était un coup monté."

"Il faut quand même dire une chose importante, vous concernant" commence l'animateur. "Je n'aimerais mieux pas" lance alors le candidat mais Hondelatte de poursuivre: "C'est important vous êtes homosexuel".

Alexandre Lacroix évoque un malaise sur le plateau.

Interrogé à son tour sur le plateaux, Lacroix affirme avoir  déclaré: "Cette soirée est précieuse. Nous avons l'occasion de nous interroger sur le pouvoir de la télévision. Mais la façon dont la  discussion s'est engagée me rend pessimiste (...) On demande à un participant obéissant de nous prouver qu'il n'est pas un sale type, alors que 80% des gens ont fait comme lui. Et puis on étale sa vie privée. Cela démontre que le plateau de télévision est un dispositif coercitif où le présentateur a le pouvoir".

"Bon, ben, c'est simple. Tu vois la porte là? Tu dégages! Pas de ça dans mon émission" lance alors Christophe Hondelatte. "C'est moi qui commande ici. Je suis le capitaine. Compris? Alors tu te lèves là et on va s'expliquer. Juste toi et moi dans ma loge. face à face!"

Après 20 minutes d'interruption, le débat a repris. "Les échanges ont été alors confus, chaotiques et le débat saboté" écrit Alexandre Lacroix.

Précision de Jean Marc Morandini

Ayant été moi-même invité sur le plateau de ce débat, deux précisions importantes.

1/ Le candidat à qui Christophe Hondelatte a parlé de son homosexualité a expliqué lui même, pendant cet incident, que c'est lui qui avait souhaité évoquer ce sujet.

Il l'avait demandé aux journalistes qui préparent l'émission, afin de prouver qu'il était capable de résister à des pressions. Il a reconnu sur le plateau qu'il avait fait marche arrière le matin même pour des raisons personnelles, sans en avoir parlé à personne de l'équipe de production de l'émission.

Christophe Hondelatte a alors expliqué "que cette séquence serait "comme il se doit" coupée au montage" pour ne pas l'embarrasser.

2/ Alexandre Lacroix, de Philosophie Magazine,  n'a jamais tenu en plateau les phrases qu'il affirme avoir prononcées. Il s'est contenté de dire "Non, je ne pars pas, je reste". Il n'a jamais dit par exemple: "Vous croyez que je vais vous obéir ? Vous rêver ?" comme il l'affirme dans l'article. Il était penaud sur son siège, rouge écarlate, au point que c'est un des intervenants qui a du prendre la parole pour le défendre.

Même si la colère de Christophe Hondelatte était excessive, c'est un peu facile aujourd'hui de refaire l'histoire dans Libération en se donnant le beau rôle. Si le débat dérangeait Mr Lacroix -partenaire de la soirée- il lui suffisait de quitter le plateau au lieu de jouer le jeu jusqu'à la fin sans jamais émettre la moindre critique après cet incident.

   153 commentaires 

http://teleobs.nouvelobs.com/rubriques/focus/articles/hondelatte-a-t-il-manipule-le-debat-sur-le-jeu-de-la-mort


http://davidabiker.fr/wordpress/jeu-de-la-mort-lautorite-dhondelatte-la-revolte-de-lacroix/
Jeu de la mort : l’autorité d’Hondelatte, la révolte de Lacroix
Le 17/03 dans Articles. 39 Commentaires
Libération raconte ce matin les coulisses de l’enregistrement des débats qui suivront la diffusion ce soir du Jeu de la mort, diffusé sur France2, un documentaire de Christophe Nick. Comme j’y ai participé, je vous raconte ma version du coup de sang de Christophe Hondelatte, elle diffère un peu de ce qui est rapporté dans Libération. Au tout début de l’enregistrement Christophe Hondelatte l’animateur de cette soirée interroge donc l’un des deux candidats sur son parcours, son métier et ce qu’il est dans la vie. L’idée du présentateur, c’est de montrer qu’on peut être quelqu’un de bien et électrocuter son prochain sur instruction d’une présentatrice de jeu de real-TV.

Et pour montrer que ce candidat, un homme, a par le passé eu du courage, il l’engage à évoquer un aspect de sa vie privée – son coming out – pour montrer qu’il a déjà fait preuve de courage. Le candidat se fait prier. Lui et Hondelatte ont pourtant évoqué la veille cet aspect de sa vie privé et il a accepté d’en parler. Devant les hésitations du candidat à revenir sur le sujet, je glisse malicieusement…

-        Vous pouvez refuser !

Je réagis à ce moment-là, histoire de montrer que n’importe quel dispositif télévisé peut, s’il n’y prend garde, contraindre ses participants et les influencer. Eclat de rire collectif, Christophe Hondelatte compris qui reprend ensuite l’interview en précisant que le candidat est libre de répondre, évidemment.

Le premier débat s’engage ensuite très courtoisement. Lorsqu’il est invité à prendre la parole Alexandre Lacroix, redchef de PhiloMag fait remarquer que l’émission où nous débattons du documentaire de Christophe Nick n’échappe pas elle-même aux reproches qui sont adressés à la télévision puisque Christophe Hondelatte vient d’y forcer l’intimité du candidat. Il ignore comme nous tous que la veille, le garçon en question a indiqué à la production pouvoir évoquer sa vie privée.

L’animateur de l’émission estimant que sa manière d’interroger le candidat est remise en cause par Alexandre Lacroix lui rétorque en substance que ce qu’il fait s’appelle du journalisme, qu’il ne le laissera pas neutraliser le débat et qu’en fin de compte c’est un peu facile de critiquer la télé quand on est venu y causer. Une discussion s’engage au point que Christophe Hondelatte exige une explication avec Alexandre Lacroix hors plateau.

 Et c’est là que nous nous retrouvons non pas dans la situation des participants au « Jeu de la mort » de Christophe Nick mais dans une configuration où nous nous demandons si Christophe Hondelatte, que je découvre soupe au lait comme pas permis, peut légitimement demander à l’un des débatteurs de quitter le plateau pour avoir une explication.

 Alexandre Lacroix refuse cette explication à l’écart et signifie qu’il entend rester en plateau alors que l’animateur indique qu’il ne reprendra pas le tournage si les choses ne sont pas mises au point. S’en suit un moment de flottement où Christophe Hondelatte rappelle que la question « intime » posée au candidat lui a été soumise la veille, ce que ce dernier admettra très volontiers, estimant qu’il était d’accord. Les choses se calment et le tournage interrompu reprend.

J’ai parlé d’un coup de sang de Christophe Hondelatte mais j’aurais aussi pu parler d’un rappel ultra ferme aux règles du débat ce soir-là. C’est l’animateur le patron des débats et il interroge ses invités selon un dispositif communément admis.

 Je ne suis pas sûr que vous verrez un jour les images de cette scène d’autant plus intéressante que la discussion portait sur la soumission à l’autorité. Elle n’a évidemment pas fait plaisir aux gens qui fabriquent la télévision et veulent livrer des produits bien léchés mais elle a sans doute fait jubiler quelques unes des personnes présentes et moi le premier, nous faisant toucher du doigt la question de ce qu’est ou pas une autorité légitime, sur un plateau télé ou ailleurs.

Libération a suivi l’angle révolté d’Alexandre Lacroix qui peut légitimement reprocher au dispositif ses défauts classiques et à l’animateur la vivacité excessive de sa réaction. Lacroix peut ici invoquer une autre autorité, celle de la parole bourdieusienne en matière de spectacle télévisuel. Dès lors, il faut s’y tenir et ne plus participer à un enregistrement qui ne soit pas en direct et, le cas échéant, ne pas être partenaire d’une telle émission : c’est le cas de Philosophie Magazine. Alexandre Lacroix omet de dire que le candidat avait préalablement donné son accord pour qu’on lui pose la question sur son coming out et que Christophe Hondelatte l’a dit en plateau à plusieurs reprises. Je comprends aussi qu’Hondelatte ait voulu défendre son autorité, son travail et la pérennité du débat mais « l’engagement » et le ton qu’il y a mis n’ont pas servi cet objectif.

Quant au film de Christophe Nick, je l’ai trouvé très effiace et très pertinent tant qu’il se limite à la réactualisation de l’expérience de Milgram dans un cadre de télé-réalité (voir aussi la séquence d’I comme Icare de H. Verneuil dans la vidéo jointe). Ca permet de faire passer le message de notre soumission à l’autorité d’une façon nouvelle. En revanche, dès lors que le documentariste se risque à faire de l’institution télévisuelle un totalitarisme mou, sa démonstration se perd dans un charabia difficile à suivre.

PS : je suis tombé par hasard sur un extrait du jeu de la mort, mais celui de Bruce Lee, c’est autre chose que Chantal Jouanno…



39 Réponses à “Jeu de la mort : l’autorité d’Hondelatte, la révolte de Lacroix”
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http://karimsarroub.blog.lemonde.fr/2010/03/17/le-jeu-de-la-mort-christophe-hondelatte-a-t-il-encore-%c2%ab-pete-les-plombs-%c2%bb/

17 mars 2010
Le jeu de la mort : Christophe Hondelatte a-t-il encore « pété les plombs » ?
Une émission sera diffusée ce soir sur France 2 sur le pouvoir que détient la télévision. L’enjeu, des personnes, dont certains sont apparemment incapables de dire « non », vont en effet obéir, visiblement sans la moindre contrainte, à des ordres pour électrocuter d’autres personnes.

Ecrit et produit par Christophe Nick, documentariste à qui l’on doit entre autre Chroniques de la violence ordinaire, Résistance ou encore Mise à mort du travail, ce programme reproduit l’expérience scientifique de Stanley Milgram. Tout se déroule comme dans un véritable jeu télé. Un décor, une animatrice, et des candidats, qui ne sont au courant de rien, et découvrent les règles de ce nouveau programme faussement baptisé La zone Xtrême. Les règles sont simples : envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes (jusqu’à la mort) à un autre candidat, comédien celui-ci. Christophe Nick cherche ainsi à vérifier si des anonymes acceptent de se soumettre à des règles inhumaines sous l’influence d’une animatrice et de caméras. Le résultat est sans appel : 80% d’entre eux obéissent. C’est encore plus que les chiffres récoltés par Milgram dans les années 70.

Le but de cette expérience n’est certainement pas d’accabler les participants devenus bourreaux, mais de réfléchir au pouvoir que détient la télévision. Le jeu de la mort sera suivi à 22h05 d’un débat intitulé Jusqu’où va la télé.

Stanley Milgram était un chercheur en psychologie qui se posait la question du pouvoir d’autorité que pouvait exercer un scientifique sur un individu lambda. Les règles étaient les mêmes que pour Le jeu de la mort, mais dans un autre contexte. Des personnes volontaires étaient recrutées pour participer à une expérience sans en connaître les différents facteurs. On leur faisait croire par un tirage au sort bidonné qu’ils auraient le rôle du questionneur et leur voisin (un complice) celui du candidat. Ce dernier devait alors mémoriser une liste de mots associés. Quand le questionneur demande un mot, le comédien, enfermé dans une cabine, doit lui répondre le mot associé. S’il se trompe (ce qu’il fait, puisque c’est un complice), le questionneur a l’ordre de lui envoyer une décharge électrique. Plus il se trompe, plus les décharges s’intensifient, passant de 15 à 450 volts. Le questionneur sait que les doses puissantes sont mortelles, il entend les suppliques du comédien, mais pourtant, dans 62,5% des cas, il va jusqu’au bout, encouragé par le scientifique. En avait découlé un film, en 1979, avec Yves Montand : I Comme Icare.

Espérons que le message ne se limitera pas à l’impact de la télévision, mais ira plus loin, pour expliquer que des brimades, des génocides, des holocaustes sont commis parce que ni les victimes ni les bourreaux n’osent se rebeller contre les ordres.
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Mais un incident s’est produit durant l’enregistrement de l’émission. Je vous livre le témoignage brut d’Alexandre Lacroix, romancier et rédacteur en chef de Philosophie Magazine :

Le débat de la mort :


Lors de l’enregistrement de ce débat faisant suite à l’admirable documentaire de Christophe Nick, s’est produit un incident violent, démontrant combien il est difficile de critiquer la télé à la télé. Précisons qu’il aura fallu à la chaîne une rare audace pour programmer ce documentaire, qui fait honneur au service public. Animé par Christophe Hondelatte, le débat débute par l’interview d’un «candidat obéissant», étant allé jusqu’à 460 volts.

«Que pouvez-vous nous dire sur vous ?»
Et le candidat de répondre qu’il travaille dans le social. Ouf, nous voilà soulagés : ce n’est donc pas un méchant dans la vraie vie.
Hondelatte: « Il faut quand même dire une chose importante, vous concernant.
– En fait, là, je ne préférerais pas en parler. Il s’agit de ma vie privée.
– Mais si, allez : dites-le nous !
– J’aimerais mieux pas.
– C’est important : vous êtes homosexuel ! »

Malaise. Quel est le but de la manœuvre ? Suggérer que l’homosexualité prédispose à électrocuter son prochain? Atmosphère de chasse aux sorcières. Puis arrive mon tour.

«Cette soirée est précieuse, dis-je. Nous avons l’occasion de nous interroger sur le pouvoir de la télévision. Mais la façon dont la discussion s’est engagée me rend pessimiste. Les mécanismes de soumission et de domination que révèle le Jeu de la mort peuvent s’instaurer même dans un débat d’idées. Pas besoin de décharges électriques. Nous venons d’assister à un interrogatoire. On demande à un participant “obéissant” de nous prouver qu’il n’est pas un sale type – alors que 80% des gens ont fait comme lui. Et puis on étale sa vie privée. Cela démontre que le plateau de télévision est un dispositif coercitif où le présentateur a le pouvoir.»

A la fin de ma tirade, Christophe Hondelatte, contracté, tend le bras :

«Bon, ben c’est très simple. Tu vois la porte, là ? Tu dégages ! Pas de ça dans mon émission.
– Quoi ? Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton.
– C’est moi qui commande ici. Je suis le capitaine. Compris ? Alors, tu te lèves, là, et on va s’expliquer dehors. Juste toi et moi, dans ma loge. Face à face ! »
Debout devant moi, il hurle et gesticule. Je suis estomaqué.

Effet de miroir: après le Jeu de la mort, voilà le «débat de la mort». Le présentateur me donne un ordre tyrannique et j’ai deux solutions. Obtempérer, mais ma présence sera sucrée au montage. Ou désobéir, résister.

«Ecoutez, lui dis-je, le but de cette émission est de montrer que le présentateur a trop de pouvoir sur le plateau. Et vous croyez que je vais vous obéir ? Vous rêvez! »
- Même si le débat est annulé, je m’en fous, reprend Hondelatte. Tu m’as traité de terroriste.
– Je n’ai jamais employé ce mot. Je ne vous ai pas injurié, n’ai diffamé personne et j’ai usé de ma liberté d’expression. En démocratie, vous ne pouvez pas me virer pour délit d’opinion. »

Après 20 minutes de ce bras de fer, quand il a été clair que je ne décanillerais pas, Hondelatte a fait signe de relancer le tournage. Les échanges ont été confus, chaotiques et le débat saboté.

Au-delà de Hondelatte, cet épisode confirme les thèses de Pierre Bourdieu dans Sur la télévision, pamphlet qui me paraissait jusqu’alors contestable. Primo, Bourdieu conseille de n’accepter que les débats en direct ou, sinon, d’exiger un regard sur le montage. Secundo, Bourdieu dénonce l’arbitrage biaisé du présentateur. Tertio, on croit assister à un vrai débat, tandis qu’en réalité «le dispositif (est) préalablement monté, par des conversations téléphoniques préparatoires avec les participants (…) il n’y a pas de place pour l’improvisation, pour la parole libre, débridée, trop risquée, voire dangereuse pour le présentateur.» Ainsi, le candidat obéissant avait été sondé et avait raconté avoir courageusement assumé son homosexualité, être donc capable de résistance. Une fois confronté au ton inquisitorial de Hondelatte, il a eu envie de se rétracter, de ne pas aborder le sujet. Trop tard.

Quelle leçon ! Oui, la télévision est capable de se remettre en cause. Mais c’est pour aussitôt redevenir elle-même: un outil de domination symbolique. On ne peut pas davantage croire en son autocritique qu’on ne peut se fier à l’alcoolique jurant : «Demain, j’arrête de boire!»

Alexandre Lacroix

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Pierre Carles : Enfin Pris ?



38 commentaires sur « “Le Jeu de la mort” ou la télé en zone extrême »
 
13 mars @21h31   »
Caméra et obéissance

En parlant de caméra, je me suis dit que c’était peut-être le fait que le candidat-sujet était surveillé, qui faisait qu’il était si obéissant. Et « caméra », « surveillé »… ça m’a fait penser à la « vidéo-surveillance ».

La vidéo-surveillance, ça ne serait pas un « jeu de la mort » en moins violent, en quotidien, en plus discret  ?

Et est-ce que c’est un clin d’œil à Milgram de renommer vidéo-surveillance en « vidéo-protection »  ? La protection de qui  ? La protection de l’autorité  ? Est-ce que ça ne serait pas la même autorité que dans l’expérience de Milgram  ? Est-ce que le « vidéo-surveillé » n’est pas poussé à obéir, à cause de la vidéo-surveillance  ?

Je ne l’avais jamais vu sous cet angle là mais, la vidéo-surveillance, c’est peut-être aussi un moyen pour rendre les gens un peu plus obéissants  ?

 YouYou :
13 mars @23h12   « »
« La Société de la mort » ou la conscience en zone extrême
 
Je ne l’avais jamais vu sous cet angle là mais, la vidéo-surveillance, c’est peut-être aussi un moyen pour rendre les gens un peu plus obéissants  ?

Mise en forme interrogative inutile ;)
Ce que tu dis pourrait être exprimé objectivement ;) C’est :

1) Logique

2) Pour ceux à qui ne suffit pas la logique ; ça a été longuement et minutieusement étudié et démontré. C’est d’ailleurs pas tombé dans l’oreille de sourds...

 marion :
14 mars @00h09   « »
Les questions éthiques étant évidemment importantes, je pense néanmoins qu’il faut aller jusque là pour que la population se rende compte du niveau de manipulation qu’a atteint la télévision, de la destruction des consciences qu’elle opère chaque jour et dont il faut s’insurger maintenant pour ne pas que les générations suivantes banalisent le barbarisme, sous couvert d’une norme dictée par un système qui leur aura totalement échappé.
Une société comme la notre, qui n’a de coupable que nous même, pauvres animaux dictés par nos pulsions et nos affects dans un besoin toujours plus grand de survivre et donc de se plier socialement à des règles que nous n’avons plus la force d’analyser, ne peut perdurer.
Je suis étudiante en psychologie sociale et je m’insurge contre facebook, qui sous couvert d’une mondialisation de la communication, ne nous plongera que dans l’asservissement social et nous obligera à être dans une représentation quantitative de nous même plutôt que dans une existence qualitative.
Nous rend-on nous compte, des effets psychologiquement négatifs que la technique amène avec elle ?
Je ne veux pas baisser les bras et tomber dans le cynisme, je veux encore croire en l’Homme mais nous sommes arrivés à un tel niveau d’asservissement volontaire avec comme seul maitre mot la jouissance, que j’ai du mal à croire qu’on se lève un jour et que l’on marche, enfin, sur nos deux jambes...

 Patrick :
14 mars @02h56   « »
Marion : casse ta télé et marche ;-)

 Naftul :
14 mars @08h05   « »
Peu de gens connaissent l’expérience de Rosenthal d’ou dérive l’expression "d’effet Pygmalion" : possédant qulelques accents bourdivien, ceci explique peut-être cela :-)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_...

Après avoir constitué deux échantillons de rats totalement au hasard, il informe un groupe de six étudiants que le groupe n° 1 comprend 6 rats sélectionnés d’une manière extrêmement sévère. On doit donc s’attendre à des résultats exceptionnels de la part de ces animaux.

Il signale ensuite à six autres étudiants que le groupe des 6 rats n° 2 n’a rien d’exceptionnel et que, pour des causes génétiques, il est fort probable que ces rats auront du mal à trouver leur chemin dans le labyrinthe. Les résultats confirment très largement les prédictions fantaisistes effectuées par Rosenthal : certains rats du groupe n° 2 ne quittent même pas la ligne de départ.

Après analyse, il s’avère que les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient particulièrement intelligents, leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l’amitié ; inversement, les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient stupides ne les ont pas entourés d’autant d’affection.

L’expérience est ensuite retentée avec des enfants, à Oak School, aux États-Unis, par Rosenthal et Jacobson, mais en jouant uniquement sur les attentes favorables des maîtres.

 nikko :
14 mars @12h08   « »
"Je ne l’avais jamais vu sous cet angle là mais, la vidéo-surveillance, c’est peut-être aussi un moyen pour rendre les gens un peu plus obéissants  ? "

Oui, c’est sur : la vidéo-surveillance conduit tout naturellement à l’auto-surveillance...Le niveau d’implémentation sera partiellement inconscient : on finira par intérioriser la présence des caméras, et modifier notre comportement de façon à en expurger tout déviance. On double le surmoi, au sens psychanalytique du terme, qui habituellement est là pour "réprimer" , et "condamner" nos comportements déviants en nous rappelant la "loi", par un "surmoi" matériel, le petit oeil de la caméra qui est toujours sur nous...
Ce qui est marrant, si on poursuit le raisonnement un peu plus loin encore, c’est que le système de vidéo-surveillance n’est pas sans rappeler l’oeil tout puissant de Dieu, auquel les croyants ne pouvaient se soustraire, et que les prêtres- et à travers eux le pouvoir- utilisaient à des fins de contrôle social. Nous n’avons plus dieu...heureusement la technique est là !

 L’auteur du commentaire du 13 mars à 21h31 :
14 mars @12h37   « »
YouYou & nikko : Ce que je voulais dire, avec « cet angle-là », c’est la déresponsabilisation à travers la caméra.

Parce que ce n’est quand même pas évident. Ça relève d’une construction : considérer que l’autorité (celle de l’expérience de Milgram) exerce son pouvoir à distance, à travers la caméra. Et aussi, que l’autorité n’a pas besoin de donner d’ordres, le sujet vidéosurveillé sait ou devance les ordres.

 L’auteur du commentaire du 13 mars à 21h31 :
14 mars @14h24   « »
En continuant à y penser… avec une généralisation de la vidéosurveillance (ou « vidéo-protection ») je crains aussi un effet Kitty Genovese. Surtout si le mot vidéo-protection est employé, la protection des victimes devenant l’affaire du système de « vidéo-protection ».

J’ai peur qu’une majorité ne réagisse pas, pensant que l’autorité voit ce qui se passe par caméra. Bref, que plus personne ne prenne sa responsabilité, et que la majorité attende la réaction de « l’autorité-derrière-la-caméra ». Comme par exemple, qu’un assassinat puisse être commis, que toutes les images soient prises par vidéosurveillance, mais que personne n’ait réagi.

Je n’ai aucune formation en psychologie, mais je me rend bien compte que la question de la responsabilité est extrêmement importante.

 Lapilazzuli :
14 mars @14h43   « »
« Le Jeu de la mort » ou la dangereuse fumisterie scientifique
 
Outre le préjudice porté à des candidats innocents qui s’imaginent peut-être avoir été de vrais tortionnaires (ce qui suffit à détruire une vie), qui aurait pu croire ne serait-ce qu’un instant qu’un jeu de ce type, en pleine démocratie occidentale, sous couvert d’une diffusion sur une grande chaîne nationale qui fait autorité (France 2), aurait pu cautionner la torture réelle sur un participant ? Même si ils ne se sont pas vraiment posés la question, rien n’aurait pu laisser penser que les décharges étaient réelles. Surtout dans des pays comme les nôtres ou les questions morales et éthiques paralysent tous les réels progrès scientifiques : OGM, recherche sur le génome, cellules souches, vaccinations, etc. La passivité des candidats ne souligne en rien une quelconque soumission à la pulsion de mort. Il n’y a absolument rien de choquant dans cette affaire, si ce n’est d’avoir fait croire à des innocents qu’ils ont été naturellement tortionnaires. Pour juger d’une réelle pulsion de mort, il faudrait pour cela un cadre explicite : une visite dans une prison américaine pour terroriste, mettons, où on proposerait aux visiteurs d’actionner un engin de torture sur un terroriste présumé, par exemple. Là, on pourrait juger d’une authentique pulsion de mort. Mais pas dans un cadre aussi "innocent" où personne n’avait à mettre en doute - même inconsciemment - la réalité des décharges. Pour ma part, ce jeu démontre plutôt la perversion psychanalytique d’un chercheur ayant outrepassé les limites et ayant fait plus de mal que de bien pour des motifs scientifiques hautement contestables. Il y a plus à craindre des expériences vaseuses de professeurs tournesols que des citoyens demeurés de nos démocraties ronflantes.

 Nathan :
14 mars @17h56   « »
Il y a un paradoxe à vouloir réaliser une émission-spectacle dans le but d’illustrer certaines dérives de la télévision. D’un côté, on prétend fustiger une télé-réalité qui flatte les bas instincts des spectateurs mais d’un autre côté, on exploite ces mêmes instincts en s’abritant derrière le prétexte d’une émission à caractère sérieux, voire scientifique. Autrefois, dans les feuilles à ragots, on montrait des photos de nus en titrant en grand "Quel scandale !". C’était tout bénéfice. Ça faisait vendre du papier, ça donnait à tout le monde une occasion de rincer l’œil tout en permettant à chacun de resté drapé dans une attitude vertueuse. Les apparences étaient sauves. Il s’agit ici de l’application du même principe.

En tout état de cause, la logique du spectacle a toujours le dernier mot. Le créateur de l’émission et expérimentateur occasionnel y est soumis, qu’il le veuille ou non. On peut déjà se poser pas mal de questions à propos de la prétendue neutralité d’un psychologue expérimental comme Milgram mais dans le cas d’un homme de télévision, elle est inexistante. Si par exemple, l’émission n’avait pas été spectaculaire à souhait ; si elle avait obtenu des résultats inférieurs à ceux de Milgram ; si les participants avaient été plus apathiques, moins agressifs et moins télégéniques ; si le public avait été moins complaisant, nul doute que Christopher Nick aurait été déçu. Non parce que les résultats auraient été moins probants mais parce que le spectacle n’aurait pas été au rendez-vous.

On peut aussi se poser des questions à propos des candidats. Ont-ils vraiment cru à la réalité de la douleur infligée à la victime ? Ne se sont-ils pas dit que c’était du chiqué ? N’ont-ils pas subodoré une mise en scène ? Ont-ils vraiment pris au sérieux une expérience se déroulant dans le cadre d’une émission de télé-réalité, dont chacun connaît depuis longtemps le caractère fabriqué et factice. N’avaient-ils jamais entendu parler de l’expérience de Milgram ?

 NaOH :
14 mars @19h08   « »
Je ne peux que répéter le seul conseil pertinent et plein de bon sens : celui de Patrick (voir plus haut).

casse ta télé et marche

 thiery :
14 mars @19h56   « »
J’ai du mal à croire que depuis le temps que cette expérience existe, avec en plus le film d’Henri Verneuil I comme Icare, il existe encore des personnes qui n’ ont jamais entendu parler de cette expérience. Ou les candidats sont complètement stupides, ou ils jouent le jeu, solution qui me parait le plus vraisemblable. Donc le problème de cette émission n’est plus la soumission à l’autorité comme lors de l’expérience de Milgram mais le plaisir que prennent les candidats à séduire l’animateur et le public. De plus, ils nous prennent, nous téléspectateurs, vraiment pour des billes.

 César :
14 mars @23h46   « »
Cette émission télé, comme l’expérience de Milgram, montre que la plupart des gens sont conformistes. Ils obéissent à une autorité qui exercent une pression psychologique sur eux.
Il aurait été intéressant que Christophe Nick organise une révolte dans le public assistant à l’émission qui aurait contesté les ordres de l’animatrice pour voir qui le sujet de l’expérience aller suivre.

Milgram lui même dans une des variantes de son expérience a rajouté des collègues au "sujet" qui à un moment donné désobéissent au scientifique. Le "sujet" se range du côté des désobéisseurs. Il se conforme à la volonté du groupe.

Milgram a également créé une autre variante pour tenter de vérifier si il y’avait une "pulsion de mort" chez les "sujets". Durant l’expérience la personne choisissait le voltage à envoyer à la fausse victime. Les "sujets" ont majoritairement envoyé les décharges les plus basses (de 15 à 45 volts).

Il n’y a donc pas de sadiques ou de salauds mais juste des gens obéissants qui suivent la consigne.

 caramélisse :
15 mars @00h27   « »
Pseudo-réalité Vs pseudo-facilité
 
En Amérique du Nord, il y a des campagnes pour rappeler aux parents supporter d’enfants sportifs :
  de ne pas continuellement augmenter la pression sur leurs enfants
  de ne pas se battre entre parents pour influencer les matches de leurs enfants.

Il y a régulièrement des batailles rangées entre parents supporter dans les patinoires de hockey, sur les terrains de football (US), etc.

La première chose que les médias de masse détruisent, c’est le libre-arbitre, et ça commence à l’échelle la plus locale qui soit.

L’expérience de Milgram porte sur l’autorité.
Cette expérience-ci aggrave le contexte de l’expérience de Milgram en ajoutant une dimension médiatique qui réduit le libre-arbitre en plus d’augmenter la soumission à l’autorité.

Les médias créent des situations où des événements peu probables sont présentés comme des évidences.

En l’occurence, je suis persuadé que le comportement des "victimes" acteurs est trop homogène pour correspondre à la réalité, trop improbable, mais les médias nous habituent à considérer comme normales des situation improbables.
Un pblic entièrement convaincu est aussi improbable. Dans la réalité, c’est probablement un spectateur (une spectatrice) qui interviendrait et sauterait sur la scène - ça arrive tout le temps.

Ces situations de pseudo-facilité créent l’illusion que la réalité se conforme à nos souhaits ou à nos besoins, ce qui diminue notre sens critique et notre libre-arbitre.

C’est ce qui crèe les batailles de parents sur les patinoires (parce que la réalité n’est pas conforme aux attentes, bien que la situation soit localement médiatisée).
C’est ce qui favorise la transgression télévisuelle, dont la transgression de la souffrance et de la mort est un cas particulier (l’imprévisibilité de la réalité est une barrière contre la transgression - la télé-réalité montre une réalité rendue conforme à un schéma, rendue prévisible).

 une bille :
15 mars @07h38   « »
J’ai toujours été très critique vis à vis de ce tour de passe-passe, toujours spectaculaire, qui consiste à faire juger avec une morale individuelle un comportement collectif.

C’est un débat vieux comme la philosophie qui n’apporte pas grand chose dans la connaissance des mystères de la vie.

Par contre, que ce soit l’expérience de Milgram, ou tous ses sous produits, il y a une chose de moralement excitante qu’on oublie de citer, c’est l’exécution en commun d’un éblouissant tour de passe-passe digne de scènes spectaculaires dans un film manichéen et populiste.

C’est ce tour de passe-passe qui nous permet de manger un beefsteak sans avoir à égorger un bœuf chaque matin et de ne pas avoir à pétrir nous même notre pain ni à baratter le beurre, ni à torréfier le café que nous aurons récolté dans nos champs, de notre p’tit dèj’ (qui sera sans sucre pour faire simple).

Ce qu’il faut bien identifier dans ce qui parait une anomalie comportemental, c’est que le problème vient de l’expérimentateur et de personne d’autre . Mettre un mécanisme collectif au service d’une démence individuelle, voilà l’élément moral essentiel dans ce processus, car il permet de juger un individu au travers d’une morale individuelle.

 Nathan :
15 mars @09h49   « »
Marie Bénilde écrit :

"Elle montre bien, de surcroît, en quoi la télévision est parfaitement adaptée à un mécanisme d’obéissance dans la mesure où elle produit de la solitude tout en fabriquant un besoin mimétique de ressembler à un public fédéré devant son écran. « La télévision vise une nouvelle manière de faire société, écrit Michel Eltchaninoff. Je suis seul, mais je participe avec intensité aux activités d’une masse humaine virtuelle [3]. »

Mais il faut ajouter que le même mécanisme d’identification collective peut-être utilisé au service de causes plus nobles : Téléthon ou "Enfoirés", par exemple.

A mon sens, il y a une différence fondamentale entre "Le jeu de la mort" et l’expérience de Milgram. Dans le cas de Milgram, il ne s’agissait pas d’un jeu (avec une récompense à la clé) mais un simulacre d’expérience scientifique censée favoriser l’apprentissage par le conditionnement. Secundo, dans l’expérience de Milgram la dimension du spectacle était inexistante. Il n’y avait pas de public pour encourager le candidat si ce n’est que dans les deux dernières variantes de l’expérience, Milgram a ajouté deux figurants jouant le rôle de complices (soit pour pousser le candidat à se rebeller contre l’autorité de l’expérimentateur soit au contraire pour encourager le candidat à envoyer la décharge). Dans cette dernière variante, plus de 90% des candidats sont allés jusqu’au bout de l’expérience, ce qui un peu le cas de figure du "Jeu de la mort". Autrement dit, la présence d’un public qui encourage le candidat et la dimension du spectacle qui le déresponsabilise amplifient encore un peu plus la soumission à une source d’autorité. L’autorité (verticale) et le mimétisme (horizontal) se conjuguent pour amplifier les comportements d’obéissance et de passivité.

 David :
15 mars @15h55   « »
Excellent article qui change de ce qu’on a pu lire sur le sujet. La plupart des autres commentaires de cette expérience se contentent de gloser sur un effet de sidération : "Rendez-vous compte, 81% des gens sont des monstres en puissance.... C’est fou ce que peut nous faire faire la télé"

Vous pointez fort justement selon moi que les tortionnaires sont plutôt à chercher du côté de ceux qui ont conçu une pareille expérience où il y a une sorte de double peine : non seulement on te conditionne pour faire de toi un agent de la torture (même si tu t’es contenté de jouer la comédie) mais en plus on va te livrer ensuite en pâture au bon public qui va pouvoir se convaincre de la lâcheté de l’être humain.

Cela me fait penser aux bouquins d’Henri Amouroux sur les 40 millions de pétainistes... Cela ne repose sur rien mais c’est toujours intéressant de faire croire qu’on est un peuple qui a abdiqué toute résistance...

 Lorie :
15 mars @20h45   « »
C’est bien joli tout ça,mais on se dit:moi si j’avais été cobaye,j’aurais résisté,par ce que,moi,je ne suis pas comme ça.Oui,mais voilà,une forte majorité de gens sont des monstres ou des Eichman en puissance et je me dis humblement,pourvu que je n’en fasse pas partie.

 
16 mars @18h39   « »
Lorie, je pense que tu te trompes : la plupart des gens ne sont pas des "monstres en puissance", comme tu crois que nous pouvons le conclure à partir de cette expérience, et de ses variantes. Ce qui est par contre beaucoup plus vraisemblable - et sur ce point la psychologie sociale à largement étayé ce constat, c’est qu’un dispositif groupal est quelque chose d’extrêmement puissant, et de potentiellement destructeur ( suivant l’utilisation, éventuellement perverse, que l’on en fait.) Ëtre le seul à s’opposer à une influence groupale dominante est très difficile : cela provoque, chez celui qui s’y oppose, des émotions très négatives ( angoisse extrème, stress etc...) telles que pour réduire l’inconfort- et le mot est faible-, le sujet n’a d’autre choix que d’obéir au groupe, et de rallier la croyance ou le comportement dominant de celui ci. J’ai plusieurs exemples en tête : les bizutages humiliants, dégradants, de certaines écoles d’ingénieur (Arts et métiers, notamment.)...celui qui le refuse est complètement ostracisé, mis au ban du groupe, et menacé de destruction psychique. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui l’acceptent sont eux mêmes des monstres : seulement, le coût psychique du refus est si élevé, qu’il est préférable, pour réduire la tension, de l’accepter... L’année suivante, ils deviennent à leur tour "bourreau" : simple identification à l’agresseur...C’est difficile d’être seul contre tous. On ne peut jeter la pierre à celui qui préfère rejoindre le groupe, quand ce qui est en jeu, dans le pire des cas, c’est sa propre survie...
Dernier point : il serait interessant de refaire cette expérience, en introduisant parmi les candidats 1 ou 2 comparses qui refuseraient d’infliger des décharges électrique trop importantes et tenteraient de convaincre les autres candidats de se rebeller, et d’arrêter le jeu. Dans cette situation, nous n’aurions pas 81 % de "monstres", mais une infime minorité. Tout cela pour montrer que l’influence groupale peut fonctionner dans les deux sens : négatif, comme "le jeu de la mort" essaye de nous le prouver, mais aussi positif.

 Murmure :
16 mars @20h08   « »
Quand va-t-on s’apercevoir que « humanité » n’est qu’un costard. Des êtres censés supérieurs à l’espèce animale l’ajustent dès qu’il faut balanstiquer l’inhumanité “des autres”.

Bien avant les exécutions et décapitations publiques, le lynchage des Indiens, ensuite les Noirs grâce à la loi de Monsieur Lynch.

Les Romains pour rassasier un public avide de sang mettait en scène des jeux ( les ludi ) pour la satisfaction du plus vil instinct du public : Le droit de vie ou de mort par l’entremise d’un pouce levé ou tourné vers le sol.

La vindicte d’une foule hargneuse est toujours d’actualité, pas besoin de télé pour ça, faites circuler la rumeur que vous avez pour voisin un pédophile notoire, et vous verrez une foule prête à le clouer au pilori sur des ouï-dire.

L’être humain est un prédateur en puissance, qui a toujours besoin de prouver sa supériorité sur l’autre.

Déculpabilisez un être humain de toutes ses tares, donnez lui l’occasion de sauter par dessus les interdits, la loi, la bienséance etc.

La liberté de paraitre tel qu’il est sans tous les artifices que la société moderne lui à attribué et abstenez vous d’être surpris du résultat... C’est normal.

Je pense que ce genre d’expérience ne démontre en rien la soumission à l’autorité mais tout bêtement la soumission aux instincts primaires en toute liberté et en toute impunité.

Le reality show, crêpage de chignon et autres accessoires, spectacle et voyeurisme, c’est malsain, mais c’est humain.

 Bertrand :
16 mars @23h23   « »
« Le Jeu de la mort » ou la télé en zone extrême LES "BUZZ" RUQUIER-ARDISSON
Toutefois, on peut considérer que la démolition des invités chez Ruquier relève du même principe. Z. et Naulleau tapent régulièrement sur des invités sous le prétexte de mener la guerre du goût (ce qui est risible dans cette émission), acclamés par des gens qui aiment le jeu de massacre mais dont on peut supposer que pour la plupart, ils ne lisent pas plus Stendhal ou Baudelaire que l’invité démoli (sinon ça se saurait !).

Si ces deux faux D’Artagnan de la culture conviaient les éditeurs ou les producteurs des mauvais écrivains ou des mauvais chanteurs à rendre compte de la nullité de leurs choix ... cette guerre du goût serait crédible. Le but de ces émissions est donc le spectacle et la mise à mort.

En outre, Z et N. profitent financièrement de la vente des produits de la sous-culture.

Rappelons-nous de la justification très "guy-sormanienne" des producteurs et éditeurs de disques et de livres nuls "pour les masses " : vendre du best-seller sans intérêt au bon peuple (sous-entendu à une écrasante majorité de cons) avec une promotion solide, c’est ce qui permet (selon eux) de produire quelques livres ou disques de très haute qualité mais dont le succès commercial sera forcément nul.

Cet argument satisfait deux groupes : les consommateurs qui ont été amenés à croire que des mauvais chanteurs bredouillant des niaiseries sur des airs à trois notes font partie de la culture populaire, alors qu’il s’agit de produits "en boîte" conçus précisément parce qu’ils ne contiennent rien et se ressemblent, et le groupe de ceux qui estiment appartenir à l’élite culturelle, ne cessent de se tordre les bras en dénonçant les ravages de la culture de masse mais ne font rien contre, puisqu’ils n’adressent jamais leurs doléances à qui de droit : les producteurs et les éditeurs (et les investisseurs), mais au fond, ne s’en soucient guère puisqu’ils pensent que le monde se divise en deux : l’élite /les cons.

 metking :
17 mars @09h49   « »
Aprés avoir lu pas mal de choses, je pense que l’expérience filmée dans cette émision est un fake : les cobayes sont des acteurs, et le public aussi.
D’un point de vue éthique, France 2 ne peut pas faire ce type d’expérimentation pour montrer les effets de la télé.
Par contre, l’idée d’utiliser une transposition "virtuelle" (et oui, avec la télé, tout est possible, et le virtuel avant tout) de l’epxérience de milgram à la télé avec des résultats encore plus probants est très bonnes.
Je suis donc persuadé qu’aprés l’émission et l’électrochoc qu’il provoquera chez les télespectateurs (pas un fake, celui là), ils informeront qu’il s’agissait d’attirer l’attention mais que tout était faux, sans remettre en cuase les résultat de l’expérience originelle.

 dd :
17 mars @11h30   « »
L’expérience de Milgram a eu lieu début 60’s. Peu de gens avaient la télé à ce moment. Pourtant, l’obéissance à des ordres "mortels" jouait chez la majorité des sujets.
peut-être que la TV accentue la proportion, mais comme dans les années 60’s, ou pire les années sombres de l’occupation et du nazisme, il y aura toujours moins de resistants que de moutons, TV réalité ou pas !

 folincourt :
17 mars @16h01   « »
Je conseille aussi la lecture de David Abiker sur le débat qui a suivi entre Hondelatte et les réfractaires à la télé :

http://davidabiker.fr/wordpress/

 Bertrand :
17 mars @16h20   « »
« Le Jeu de la mort » ou la télé en zone extrême AUTRES ÉMISSIONS
 
Dommage que vous refusiez de débattre de l’esprit qui plane sur l’esprit d’autres shows télévisés - prétendument intelligents et que vous ne compreniez pas qu’il ya la version "soft" à vernis intello, conçue pour attirer de nouveau toutes les classes sociales vers la télé (que certaines commençaient à délaisser : c’est bien le rôle des shows Ardisson-Ruquier : éviter que la télé cesse d’être la courroie de transmission en direction de toutes les couches sociales) et la téléréalité plus, crue, qui cible le popu.

 kaddroid :
17 mars @17h06   « »
Elle montre bien, de surcroît, en quoi la télévision est parfaitement adaptée à un mécanisme d’obéissance dans la mesure où elle produit de la solitude tout en fabriquant un besoin mimétique de ressembler à un public fédéré devant son écran. « La télévision vise une nouvelle manière de faire société, écrit Michel Eltchaninoff. Je suis seul, mais je participe avec intensité aux activités d’une masse humaine virtuelle [3].

Je vais peut être faire une hors sujet et vous voudrez bien m’en excuser.....mais ce passage m’a renvoyer directement a Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et l’adaptation cinématographique de Lelouch, Passages décrivant la solitude de la femme du pompier ne vivant plus qu’au travers des ’’amis’’ présent a longueur de journée sur les mur qui la rassure et et ses espoir quand enfin elle va avoir un petit rôle (quelques répliques banales) dans une pièce populaire...moment de gloire éphémère.

Le fait de dénoncer ce pouvoir de soumission ne changera rien en fin de compte. L’humain a toujours eu besoin de pouvoir se dédouaner sous le prétexte de l’autorité pour laisser s’exprimer ses instinct.

Oh bien sur l’expérience montre la soumission a l’autorité et que cette soumission abouti au pire. Bien sur les ’’victimes’ solmisent de cette expérience vont avoir du mal a se supporter maintenant qu’elles sont mise devant le fait accompli et n’ont plus la sécurité protectrice du ’’Moi ? je n’aurais pas jeter la première pierre’’....

mais .. oui j’ai mis victime entre "", parce que je pense que les dominants dans l’histoire, c’est a dire pour Milgram, les complices et l’autorité sont tout aussi victimes que les soumis sujet de l’expérience...

Bien sur la rhétorique n’est pas la même il se sont pas soumis a une autorité puisqu’ils sont l’autorité.... ils sont juste soumis au aux cobaye soumis qui justifient leur permettent d’exister et monter ce genre d’expérience pour eux aussi pouvoir assouvir leur soif de reconnaissance.

En fin de compte, cette expérience ne démontre qu’une chose, quelque que soit la méthode utilisée nous trouvons une justification pour libérer nos instinct. En justifiant notre soumission ou notre domination.

 fred_h :
17 mars @18h23   « »
Je n’ai pas besoin d’avoir vu cette émission pour savoir que c’est un spectacle grand-guignolesque dénué de tout caractère scientifique. La science c’est la technologie (téléphones portables, télévision, automobile, gps, avions, drônes, frappes chirigicales,...) Bref, tout ce qui est utile pour améliorer ma vie au quotidien. Rien de tout ce débalage pseudo-sociologique et pseudo-psychanalitique n’a de valeur formelle que je puisse vérifier chaque jour que ce dieu mort fait.

Eichmann était un people du XXème siècle, et le buzz dont il a été victime est juste dommageable. Il faut savoir tourner la page, c’est le passé. Rien de tout cela ne peut plus exister de nos jours : grâce aux progrès technologiques de la vraie science nous ne voyons plus personne souffrir d’inhumanité dans des camps.

Ma vie est aussi formidable que les moyens techniques et technologiques me le font croire. Je n’ai jamais affaire à des tortionnaires (pas même dans mon travail, car je travaille, c’est bon pour ma santé). Je ne suis jamais confronté à des moutons qui ne savent qu’obéir aux instructions qui leurs sont données (pas même dans mon travail, car mon travail consiste à améliorer le contrôle des masses par la création d’une base de données mondiale des clients : fidèles, prospects, et potentiels). Ou alors c’est qu’ils n’ont pas le choix, et qu’ils sont obligés (d’appuyer sur le bouton pour asséner une charge électrique au cobaye récalcitrant, mais après coup qu’est-ce qu’on se marre de ses gesticulations et de ses grimaces de douleur... on s’envoie la vidéo sur internet : c’est mortel !)

Je ne crains pas d’être jamais confronté à ce genre de situation où une meute s’en prend à un individu parce qu’il est déclaré ne plus faire partie de la communauté pour ses mauvais résultats, car tout le monde est beau, gentil, parfait, intelligent, doué du sens commun de l’amélioration perpétuelle de notre condition de vie. Il suffit de regarder des émissions télévisées culturelles , et non pas ces prétextes à abrutir les masses par la peur qu’elles inspirent.

Nous vivons dans une société où la vidésurveillance promet d’éradiquer l’insécurité, puisqu’on nous répète que c’est pour notre sécurité qu’on nous surveille partout. C’est juste une nouvelle façon de concevoir la liberté. Au sens moderne du terme. Il faut savoir s’en remettre aux sociétés de sécurité qui observent nos moindres faits et gestes pour alimenter leur base de données afin d’améliore nos vies futures. Ne soyons pas rétrograde au temps de la technologie !

Bref : je vis dans le meilleur des mondes, et big brother est mon ami.
Pas vous ?

 magus :
17 mars @21h05   « »
A Kaddroïd : l’adaptation du roman de Bradbury, Fahrenheit 451
est de Truffaut et de non de Lelouch...

 fabrice :
17 mars @22h24   « »
FELICITATIONS que l expérience soit vraie ou fausse , on se croit dans les arenes de Jules César avec le public dans l arene qui encourage la mise à mort.

En quoi la télé réalité est elle constructive, que nous apporte t elle ?

Qu apporte t elle à la construction de nos pays ?

Nous devons réflechir sur qui nous sommes , le sens de notre vie et que voulez vous faire vous meme pour vous et non dicté par un tiers
Nous sommes ce que nous décidons d etre.
soyons moins cons et plus innovant
Fabrice

 coriolis :
17 mars @22h25   « »
Soyez tous honnétes et responsables ,ne jouez pas les martyrs ,les candidats ont été utilisés comme des cobayes et le CSA c’est rendu coupable de complicité,il faut pousser les candidats à porter plainte contre les producteurs...aristote_912@hotmail. com

 Tr. V. :
17 mars @23h40   « »
Ce documentaire ayant été diffusé, ainsi que le débat, on peut maintenant juger sur pièce.

Pour ma part, je suis assez frappé de constater à quel point le documentariste, tout en prétendant avertir le téléspectateur des dangers de la télévision, s’est lui-même complu dans des effets pathétiques qui, tous, viennent à l’appui de son propos. On remarquera, par exemple, qu’il est quelquefois assez difficile de distinguer la musique du documentaire proprement dit et la musique de la fausse émission. Que le téléspectateur a bien de la peine à ne pas entrer en empathie avec l’animatrice, lorsqu’elle fait part aux "désobéissants" de son soulagement. Et qu’on n’est pas malheureux, appréciant les belles choses, de la voir ensuite s’entretenir avec des psychologues parfois moins glamour qu’elle.

Ces ficelles un peu grossières sont-elles vraiment de nature à susciter une réflexion libre ? On aurait aimé que la question fût au moins posée lors du débat. Mais un bon quart d’heure d’échanges sur la morale ne permet pas aux devisants, sans doute coupés au montage, de faire cette réflexion pourtant simple : le commencement de l’éthique consiste à s’interroger sur son propre acte, et il n’est pas sûr que Christophe Nick l’ait remarqué.

Signe que les dés sont pipés : le générique final de ce débat est extrait du documentaire qu’il s’agissait, aurait-on cru, de discuter.

 lolivier :
17 mars @23h41   « »
France 2 nous blufferait-elle ?
 
J’ai du mal à croire que le CSA ait pu laisser passer cela, imaginons que l’un des questionneurs qui est allé jusqu’à 460 volts se suicide de honte ou fasse une dépression suite à l’émission, n’y ont ils pas pensé, au CSA ?

Donc on aura peut-être demain un communiqué de France 2 disant que tout était faux de A à Z et que l’on testait finalement la capacité des téléspectateurs de ce soir à accepter qu’une telle émission-documentaire existe.

Si ce n’est pas le cas, il faudrait qu’une action citoyenne ou une action en justice soit intentée
  vis à vis de France 2 d’une part,
  mais surtout vis à vis des scientifiques qui ont cautionné la chose (et qui vont en profiter pour publier un article scientifique) en infraction flagrante avec la Loi Huriet sur le consentement éclairé des personnes qui participent à une expérience clinique

 VB :
18 mars @01h38   « »
1) L’expérience est faite sur des sujets motivés par la participation à un jeu télévisé, cela fausse le résultat. De plus, même en supposant que les candidats n’avaient jamais entendu parler de l’expérience de Milgram, ils pouvaient être rassurés par l’idée même confuse que la puissante et officielle télévision ne tue pas, que tout est garanti médicalement et légalement etc mais qu’en revanche elle a l’habitude de truquer tout ce qu’elle organise.
2) La conclusion sur l’emprise quasi-absolue de la télévision est abusive : pire, elle procède elle-même de la suggestion manipulatrice et sectaire ("regardez bien, vous êtes en mon pouvoir...").
3) Ce qui est plus inquiétant, c’est :
a) le caractère ordinaire du comportement des exécutants-bourreaux : cela tient, plus qu’à une emprise réelle, au fait que chacun a en lui une tendance quasi-insurmontable à donner de son environnement social, vital pour lui, une interprétation qui en maximise la normalité  ; la victime (ou le collègue harcelé ou licencié) a ainsi suscité elle-même ce qui lui arrive, ou du moins " il n’y a pas le choix " pour ceux qui décident (?) ; on sourit avec complaisance du ridicule de la victime... ; on se place "hors action", en spectateur-voyeur de ce qu’on exécute ou supporte comme simple exécutant ... Le rôle de l’autorité sociale (et non du pouvoir de gourou de la télévision, qu’il ne faudrait pas exagérer hors de son contexte) est de libérer l’individu de sa responsabilité et ainsi de le rassurer : "cela se fait", ce sont "eux" qui savent, qui veulent, qui décident, je ne fais qu’exécuter... Cela permet de profiter impunément du pouvoir (cf. les "petits sourires" des bourreaux dé-responsabilisés). On connaît les "petits chefs", sans aucune volonté de relativiser leur pouvoir sur l’autre, et la foule de ceux qui leur sont soumis, confortés dans leur bonne conscience par leur soutien à la persécution .
b) Le fondement purement émotionnel des rejets constatés. On n’ose imaginer ce qu’eût donné l’expérience aseptisée, avec une victime invisible ... C’est pourtant notre quotidien (les morts et les chômeurs pour nos diamants, notre pétrole, notre croissance etc). Les larmes et la demande de pardon de ce qui a été virtuellement commis étaient belles, mais il eût été rassurant de voir des refus de principe, fondés librement et rationnellement sur des valeurs de respect absolu de la personne et de sa dignité, au-delà même de ses propres choix présents . Et c’est ce que "l’expérience" était incapable de faire...
L’enracinement profond, chez nous tous, d’une tendance à idolâtrer le "gros animal social" invite à relire Simone Weil... et le Nouveau Testament !

 Quentin :
18 mars @02h53   « »
C’est marrant, ça. J’ai l’impression que quoi que la télévision propose, elle sera systématiquement stigmatisée par une poignée de personnes dont le postulat manichéen est le suivant : « “Télé = Caca”, ne regardez pas, d’ailleurs c’est parce que je sais que la télé c’est le mal que je ne l’ai pas chez moi... » (Soit dit en passant, c’est un peu facile de juger à l’emporte-pièce et dans une globalité qui n’existe pas, un média que l’on ne consulte jamais.)

Je trouve pour ma part cette expérience très intéressante. J’ai entendu parler de l’expérience de Milgram il y a sept ou huit ans de cela (j’avais douze ans à l’époque), et j’ai toujours pensé que si j’avais été à la place des sujets testés, j’aurais probablement fait comme eux. Tout simplement parce que je suis un être humain comme tous les autres, qui vit dans une société où l’image que l’on renvoie aux autres importe souvent plus que sa morale personnelle.

Je pense aussi que ceux qui disent qu’eux, jamais de la vie ils n’auraient fait ça, c’est scandaleux, etc., sont pour la plupart de doux rêveurs qui préfèrent se bercer d’illusions et projeter leur surmoi plutôt que d’observer la réalité de leur çà. (Ces donneurs de leçons auraient sans doute été dans la Résistance pendant la guerre... disent-ils.)

Quant au biais de l’expérience, il est critiquable mais hélas nécessaire. Soyez réalistes, pensez-vous une seule seconde que l’expérience aurait eu une quelconque valeur scientifique si on avait dit aux sujets avant le début du tournage : « Vous allez envoyer des décharges électriques, mais en fait c’est pour de faux, hein, le mec c’est un comédien et on fait ça pour savoir si vous êtes une ordure ou pas, maintenant veuillez signer le droit de diffusion s’il vous plaît... » ? Je trouve même que l’impact psychologique est mieux géré dans cette version puisque les sujets sont rassurés immédiatement après l’expérience - chez Milgram, il y avait quelques jours de latence.

En conclusion, je suis pour ce genre de programmes ouvertement choquants qui ont pour but de créer un “électrochoc” (c’est le cas de le dire) et faire prendre conscience du risque de dérives imminentes de la télé-réalité... Dans la meime veine, les Néerlandais avaient organisé il y a trois ans un faux télé-crochet où trois malades en attente de greffe devaient se soumettre au vote des téléspectateurs pour gagner une greffe de rein... (Le lendemain, le but du programme était atteint : le nombre de donneurs d’organes a sensiblement augmenté aux Pays-Bas.)

 gatinais :
18 mars @08h07   « »
@Marion : votre message (n°3 dans la liste) est une synthèse parfaite du monde actuel et du modèle de société dans lequel nous vivons. Rien à ajouter ... c’est PARFAIT !

 L’isthme de Botul :
18 mars @09h39   « »
Tout ce que ce reportage (mais aussi les intervenants du débats, et également les commentateurs, articles et autres lu ici ou ailleurs), ne semble pas vouloir ou pouvoir prendre en compte est notre "part d’ombre", notre jouissance inconsciente à infliger la torture et la mort dans un contexte, enfin, autorisé.

Ce que tout le monde retient de l’expérience de Milgram (et des expérience suivantes), c’est la facilité avec laquelle l’être humain se soumet à l’autorité (scientifique, télévisuelle...etc...). C’est en partie vrai. Mais c’est oublier bien vite que cette autorité, en nous autorisant à infliger la douleur et la mort, joue sur du velours. Ces expériences prouvent surtout qu’il nous suffit de nous pousser à peine pour que certains d’entre nous tombent dans l’horreur la plus totale et la plus impardonnable.

Que se soit sous la forme d’un jeu télé, d’une expérience scientifique, d’une chasse au mécréant ou la traque de l’ennemi, le processus est toujours le même : l’autorité nous autorise enfin à assouvir notre jouissance sans entrave. Enfin je peux torturer, enfin je peux tuer, enfin je peux me débarrasser de mon voisin.

Et c’est le gros reproche que j’aurais à faire à ce reportage et aux discours, attendus, des psychologues et autres philosophes : le dédouanement systématique du participant. "les conditions font que", "le sujet se retrouve seul", "il faut un grand courage pour". Oui les conditions font que, mais le participant lui aussi "fait que". Regardez à nouveau ce reportage, vous verrez que certains, notamment un, sont en pleine jouissance. J’en ai repéré un qui a même cette phrase ignoble en poussant la manette "ah ben c’est le jeu hein" avec un grand sourire de contentement.

Enfin pour finir ce long commentaire, je voudrais revenir sur le "on y croyait pas vraiment". Oui peut-être que certains n’y ont pas cru. Et alors ? Est ce parce qu’on pense que c’est une blague qu’on doit s’y prêter ? Même si c’en est une, ne devrait on pas dire "pardon mais ceci n’est vraiment pas drôle donc allez vous faire voir". Et si on "se doute qu’il y a un piège" est ce une raison pour y tomber ? Le doute ne devrait il pas nous freiner au contraire ?
N’est ce pas également la défense de certaines "petites mains" du nazisme qui juraient leur grands dieux qu’il était "inimaginable que de telles choses existent, on y croyait pas vraiment" ?

La désobéissance est salutaire, et il est important de la cultiver à travers l’esprit critique, ce qui implique également de savoir se voir dans toute notre "splendeur et décadence".

 j.louis :
18 mars @11h12   « »
Le message est clair.
Juste aprés la sortie cinéma de VEL D’HIV,
On nous dit plus jamais ça.
Soyons maitre de notre destin.

 Oghme :
18 mars @11h47   «
Question
 
En complement de toutes ces interogations et reflexions j’en pose une suplémentaire.

Si on part du principe que nous sommes confronté à la même situation. Et que nous nous considérions comme bien pensant comme la majorité des personnes réagissant ici.

Quel serait le pourcentage de ces personnes qui en voyant jusqu’où va l’intensité du voltage des "punitions", s’arreterais dès le départ en se disant : "je n’infligerais pas 400 volts, pourquoi en infliger 20 ? " et jusqu’à quelles limites nous irions une fois pris dans l’engrenage ?

Car finalement même les premiers 20 volts démontrent une facette sadique naturelle de l’humain !

(De plus il est interessant de voir qu’auncun cobaye ne se projette sur les intensitées supérieures alors que si on leur proposait directement une décharge "mortelle" peu de personnes
la délivrerait)

Je me trompe peut être mais réfléchissez y !





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