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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 18:23

(dépêches)

 

La Pologne politique décapitée par la catastrophe de Smolensk

 


http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/04/11/entre-deuil-et-echeances-electorales-la-pologne-entre-dans-une-periode-ambivalente_1331956_3214.html
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3214,50-1331956,0.html

Entre deuil et échéances électorales, "la Pologne entre dans une période ambivalente"
LEMONDE.FR | 11.04.10 | 18h47  •  Mis à jour le 11.04.10 | 21h18


a Pologne est encore plongée dans le deuil et le recueillement, au lendemain de la catastrophe aérienne dans laquelle a péri une partie de son élite politique. Mais au-delà de l'émotion collective qui rassemble les Polonais, cette catastrophe aura des conséquences sur la vie politique du pays dans la perspective de l'élection présidentielle anticipée qui doit se tenir avant la fin juin, explique Jérôme Heurtaux, maître de conférences en Science politique à l'Université Paris-Dauphine et spécialiste de la Pologne.

 
Quel est l'impact de cette catastrophe sur la vie politique et les institutions polonaises ?

L'accident d'avion de samedi matin à Smolensk a décapité l'exécutif polonais, plusieurs institutions étatiques, l'armée et une partie du législatif : le président de la République, Lech Kaczynski, était notamment accompagné de membres de la chancellerie présidentielle, de plusieurs secrétaires d'Etat, de plusieurs vice-maréchaux de la Diète et du Sénat, de 14 députés et sénateurs, des six personnalités les plus hautes de l'armée, de quelques prélats et des présidents de plusieurs institutions publiques. Les personnalités politiques présentes dans l'avion appartenaient à plusieurs partis. Chacun ressent cet événement comme une catastrophe nationale.

Cet événement est sans précédent, même si elle rappelle deux décès tragiques de personnalités de l'histoire polonaise : l'assassinat du président Gabriel Naturowicz en 1922 ou la disparition en avion du premier ministre en exil, le Général Wladyslaw Sikorski, en 1943. Néanmoins, si l'élite politique est directement et durablement affectée par cette tragédie, celle-ci ne risque pas de provoquer une crise institutionnelle. La Pologne est dotée d'une Constitution. La présidence est assurée par intérim par le président de la Diète, Bronislaw Komorowski, qui est tenu d'organiser de nouvelles élections présidentielles dans un délai de 60 jours. Il a d'ores et déjà annoncé qu'il déciderait de la date du scrutin après consultation des partis politiques.

Les députés disparus, élus par un scrutin de liste, seront remplacés sans organiser de nouvelles élections, les sénateurs le seront vraisemblablement par des élections partielles. Les choses seront peut-être plus compliquées en ce qui concerne le remplacement des présidents de certaines institutions dont les nominations sont très politiques, dans la mesure où le président par interim n'est pas du même bord politique que le président décédé, en raison d'une situation de "cohabitation". Mais dans l'ensemble, la continuité de l'Etat sera assurée. De ce point de vue, cette catastrophe aérienne, qui est une catastrophe politique, n'est pas une catastrophe institutionnelle.

Peut-on présumer des conséquences de cet accident sur la prochaine élection présidentielle ?

Il y aura immanquablement des répercussions. Tout d'abord sur le calendrier : le scrutin, prévu initialement en octobre de cette année, est avancé. Il devrait avoir lieu au mois de juin. Sans doute, ensuite, sur le contenu et la tonalité de la campagne électorale. Cet accident intervient dans un contexte extrêmement tendu entre les deux principales formations de droite : le Parti Droit et Justice des frères Kaczynski, et la Plateforme civique du premier ministre Donald Tusk et du président par intérim, Bronislaw Komorowski, que les sondages donnaient gagnant avant l'élection. Tous les commentateurs prévoyaient une campagne extrêmement dure entre ces deux formations politiques. Cet accident pourrait adoucir le ton des échanges, mais il est encore trop tôt pour le dire.

Autre conséquence : la Pologne a perdu dans ce crash deux de ses candidats à la présidentielle. Le président sortant Lech Kaczynski lui-même, qui se préparait à annoncer sa candidature, et le candidat de la gauche post-communiste, Jerzy Szmajdzinski, vice-maréchal de la Diète et ancien ministre de la défense. Même si l'un et l'autre étaient loin d'être des favoris, qui va leur succéder ? Qui sera, notamment, le candidat de Droit et Justice ? Le frère jumeau de Lech Kaczynski, Jaroslaw Kaczynski, ancien premier ministre de son frère et président du parti, se lancera-t-il dans la compétition présidentielle ?

Dernière inconnue : Bronislaw Komorowski, maréchal de la Diète et président par interim, se contentera-t-il d'expédier les "affaires courantes" et/ou diffèrera-t-il un certain nombre de décisions politiquement controversées ? Va-t-il tenter d'endosser le rôle présidentiel dans l'optique de l'élection présidentielle ou se contentera-t-il d'un interim a minima ? On entre dans une période très ambivalente, entre concorde nationale d'un côté, marquée par une semaine de deuil national, et préparation de l'élection présidentielle de l'autre.

Quelle est la portée symbolique du lieu de la catastrophe, Katyn, où des officiers polonais furent exécutés par la police de Staline, il y a 70 ans ?

Hegel disait que les grands faits de l'histoire adviennent toujours deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Le massacre des officiers Polonais en 1940 est un épisode tragique, entré dans la mémoire nationale polonaise. La "tragédie de Smolensk", comme l'appellent les médias, que beaucoup d'observateurs appellent déjà un second Katyn, est une tragédie humaine mais, par son caractère absurde, elle apparaît comme une farce. Non parce qu'il s'agit d'un accident mais parce que la raison de la venue de Kaczynski à Katyn était simplement de commémorer l'événement tragique, accompagné de personnalités officielles, de prélats et de familles de victimes de 1940.

Or, ce voyage avait aussi, pour le Président polonais, une signification politique. En Pologne, depuis plusieurs années et notamment l'arrivée au pouvoir des frères Kaczynski, le passé est devenu en enjeu de la compétition politique elle-même. A côté d'autres événements de l'histoire nationale, Katyn fait l'objet de ce qu'on appelle en Pologne la "politique historique", une forme de politisation de l'histoire. Le premier ministre était allé à Katyn quelques jours avant Kaczynski. La présence à ses côtés de Vladimir Poutine, le Premier ministre russe, avait été présentée comme un succès personnel du premier ministre Polonais. L'une des motivations du voyage présidentiel était aussi une façon de ne pas laisser à Tusk le monopole de la mémoire et tenir un discours différent de celui de son adversaire politique. Samedi 10 avril 2010, la "politique historique" est définitivement entrée dans l'histoire politique de la Pologne.

Propos recueillis par Soren Seelow

 

http://fr.news.yahoo.com/80/20100411/top-tragdie-polonaise-ed9dcf9.html
http://blog.lefigaro.fr/geopolitique/2010/04/tragedie-polonaise.html
Tragédie polonaise
Par Pierre Rousselin le 11 avril 2010 18h48 | Lien permanent | Commentaires (7)
La Pologne a connu bien des tragédies mais celle qui la frappe aujourd'hui n'a pas de précédent.
 
La catastrophe aérienne dans laquelle ont péri le chef de l'État et près d'une centaine d'accompagnateurs est terrible dans la mesure où une part considérable de l'élite du pays, notamment dans les forces armées, disparaît d'un seul coup.
 
La dimension symbolique du drame le rend encore plus douloureux : l'avion présidentiel se rendait à Katyn pour commémorer l'exécution par Staline de 22.000 officiers et civils polonais, en 1940. Ce devait être l'occasion de sceller la réconciliation entre la Russie et la Pologne, meurtrie par le mensonge entretenu par l'Union soviétique sur le crime de Katyn, attribué pendant des décennies aux forces d'occupation de Hitler.
 
Le président Lech Kaczynski n'était pas un grand ami de la Russie, loin s'en faut. Mais il voulait participer aux retrouvailles historiques entre les deux pays. Sa disparition suscite, dans la douleur et dans le deuil, un mouvement spontané de retrouvailles nationales.
 
La Pologne vit, ces jours-ci, un moment fondateur qui marquera l'avenir du pays. Il est important, pour tous les Européens, de s'y associer avec un peu plus d'entrain qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent, parce que le drame de Katyn n'est pas seulement polonais. Ce crime de guerre que l'URSS n'a jamais voulu reconnaître symbolise tous les mensonges du communisme, qui ont, si longtemps, pesé sur notre continent.
 
Très catholique et parfois fataliste, la Pologne pourrait se dire qu'un sort a été jeté, à tout jamais, sur ses rapports avec la Russie. Il ne faudrait pas que la catastrophe aérienne dans la forêt de Smolensk mette un terme au rapprochement salutaire entre les deux pays.
L'Europe toute entière ne connaîtra de relations apaisées avec le Kremlin que si le pays le plus puissant d'Europe centrale, l'ancien satellite de l'URSS le plus influent à Bruxelles, parvient à régler ses comptes avec la Russie.
 
En apportant toute son aide à l'enquête, Moscou a pris la mesure de l'événement. La Russie a l'occasion de montrer qu'elle comprend la douleur polonaise.
 
Par sa dimension symbolique, par son impact national et international, la catastrophe peut surprendre les pessimistes. Au lieu d'arrêter le rapprochement avec Moscou, elle va peut-être l'approfondir. C'est ce qu'il faut souhaiter.
Catégories:EDITO, Europe
Tags:Katyn, Lech Kaczynski, Pologne, Russie, Union européenne, Union soviétique 7 commentaires

http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=7781
09h15 le neuf-quinze
Katyn : une question non posée
Par Daniel Schneidermann le 12/04/2010

Il fallait qu'un journaliste ose le mot. C'était trop tentant. On a guetté tout le week-end. Ils tournaient autour, parlaient de "malheur", de "tragédie", mais se retenaient. Et c'est finalement Nicolas Demorand, lundi matin, sur France Inter, qui a décroché la timbale en haut du crucifix en évoquant la "malédiction" de Katyn. Malédiction ! Aussi impressionnant que soit l'accident aérien qui a coûté la vie au président polonais, et à une centaine de membres du personnel politique et de hauts fonctionnaires, sur les lieux même du massacre des officiers polonais en 1940, aussi "inimaginable" que soit cette "tragédie", pour reprendre les mots mesurés de Lech Walesa, faut-il pour autant tomber à genoux, Jesus Marie, en parlant de "malédiction" ?

Aux jités français, les Varsoviens éplorés sont arrivés à point nommé pour chasser de l'ouverture les propriétaires du littoral atlantique. Larmes et lamentations en gros plan : c'est ainsi que le jité choisit ses sujets d'ouverture. N'importe quoi, pourvu que ça renifle. N'importe quoi, pourvu qu'on fournisse clés en main, les accessoires (fleurs, bougies, pancartes en gros caractères) de l'émotion médiatisable.

Encore faut-il que les victimes soient de pures victimes. C'est ainsi, comme nous vous le racontions vendredi, que pas un seul jité français n'a rappelé que la grande majorité des maisons désignées à la destruction, en Vendée et en Loire-Atlantique, étaient des résidences secondaires. Certes (objectent avec raison des @sinautes directement concernés) pas des chateaux, justifiant le bouclier fiscal. Mais des résidences secondaires. De même, dans les premiers récits du crash polonais, discrétion de violette sur la chaîne des responsabilités de "l'erreur humaine".  Et pourtant ! Imagine-t-on une seconde qu'un pilote transportant le tout-Etat, ayant tenté trois fois un atterrissage dans le brouillard, tente seul un quatrième atterrissage, sans en référer à ses prestigieux passagers ? Cherchez bien, dans vos médias, qui pose cette simple question, et venez nous le raconter. Soyons juste : avec une loupe, on peut en trouver trace. Il faut par exemple arriver aux toutes dernières lignes de l'article de Libération, pour lire ceci : "le pilote aurait été sous pression de l'équipe présidentielle. Elle aurait mis en avant le fait que quelque 400 personnes venues de Varsovie en train étaient sur place, qu'une messe était prévue, et que la retransmission télévisée ne pouvait pas attendre". Pour la suite de l'enquête, on attendra la fin du délai de décence.

 

 

 

 

 

 

 

 

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