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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 07:53

Confession d’un député centriste désespéré par le comportement de ses collègues parlementaires ?


yartiCourson01Chaque jour, l’actualité politique donne désormais son lot, son flot de (mauvaises) nouvelles concernant des scandales politico-financières. Ce climat détestable renforce chaque jour ce sentiment antiparlementariste du "tous pourris" et surtout, l’idée que ce sentiment traduirait de plus en plus une réalité factuelle.


La République malmenée

La semaine dernière, rien que pour la journée du mercredi 26 juin 2013, cela a été un sommet du surréalisme politique qui prévaut désormais dans notre République.

Dans l’après-midi, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn était très officiellement auditionné par la Commission des finances du Sénat comme expert en évasion fiscale et en paradis fiscaux (les sénateurs ne manquent pas d’humour).

Ce dernier n’avait même pas terminé son exposé que la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac a écouté attentivement l’ancien ministre Jérôme Cahuzac ne rien dire. Au même moment, l’ancien ministre Bernard Tapie était encore en garde à vue (deux jours après, il était mis en examen dans l’affaire de l’arbitrage), le maire UMP de Corbeil-Essonnes était également en garde à vue (mais l’immunité de son mentor de 88 ans, le sénateur et ancien maire Serge Dassault, n’a finalement pas été levée par les sénateurs le 3 juillet 2013), pendant que Ziad Takieddine admettait avoir financé une partie de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995 (l'ancien directeur de cabinet de ce dernier, Nicolas Bazire, a été convoqué par le juge le 5 juilet 2013), et je passe bien d’autres sujets d’actualité sur le même thème.

Le plus touché par cette atmosphère délétère est bien sûr le Président de la République François Hollande, garant de la Constitution et donc de la sincérité des institutions.

Il était par exemple au courant du problème Cahuzac dès le 15 décembre 2012 (selon son directeur adjoint de cabinet, Alain Zabulon, qui fut sous-préfet de Villeneuve-sur-Lot). Par ailleurs, les dernières attaques émanant de son camp, celles de Delphine Batho le 4 juillet 2013, ne vont pas le renforcer dans l’opinion publique, notamment par l’évocation d’un (très grave) conflit d’intérêt dans l’exploitation des gaz de schiste (l’époux de la directrice de cabinet de l’Élysée ayant des intérêts en jeu). L’époux a en tout cas démenti immédiatement les propos qu’on lui aurait prêtés concernant la "marginalisation" de l’ancienne ministre, mais nul doute que ces déclarations n’ont pas fini de faire réagir.

Revenons à cette étrange audition de Jérôme Cahuzac d’il y a une dizaine de jours.


L’audition parlementaire de Jérôme Cahuzac

Ceux qui s’inquiétaient d’une éventuelle dépression et des pensées suicidaires associées devraient être rassurés sur ce point : l’ancien Ministre du Budget a défendu bec et ongles sa petite personne avec l’exactitude protocolaire d’un huissier.

Toujours d’un langage soutenu et extrêmement formel, concis et précis dans ses termes, Jérôme Cahuzac n’a finalement rien dit avec son ton de prévarication (on dirait qu’il chantonnait son sermon comme un curé de campagne), et aux seules questions intéressantes, il ne faisait que sortir son joker, à la limite de l’insolence pour l’institution parlementaire : il ne pouvait rien dire en raison de l’instruction judiciaire.

Ce que j’ai retenu, c’était surtout que Jérôme Cahuzac a refusé de démentir les rumeurs sur d’éventuels autres comptes bancaires cachés à l’étranger, avec bien plus que 600 000 euros en jeu (certains ont parlé de 15 ou 16 millions d’euros), avec des implications politiques bien plus graves (certains ont évoqué une réserve pour la campagne présidentielle prévue de Michel Rocard en 1995 puis de Dominique Strauss-Kahn).

Pour le reste, la commission d’enquête s’est sentie un peu flouée. L’enquête réclamée par le Jean-Louis Borloo, la présidence de la commission d’enquête a été confiée le 15 mai 2013 au député UDI Charles de Courson (61 ans) et le rapporteur est le député-maire PS de Poitiers Alain Claeys (64 ans).


Qui est
Charles de Courson ?

Charles Amédée Courson fait partie de ces assez rares parlementaires capables de lire et d’analyser dans le détail les comptes publics, comme (entre autres) Valéry Giscard d’Estaing, Alain Juppé, Philippe Séguin, Raymond Barre, Laurent Fabius, René Dosière, Didier Migaud, Dominique Strauss-Kahn, Philippe Marini, Karine Berger, Jean Arthuis, Gilles Carrez, Alain Lambert, Éric Woerth, Michel Charasse, et bien sûr Jérôme Cahuzac.

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Ce n’est pas un hasard. Charles de Courson est un énarque, sorti major de l’ESSEC avant d’intégrer l’ENA, et haut fonctionnaire à la direction du Budget après son entrée à la Cour des Comptes (comme conseiller référendaire). Mais il est avant tout un homme politique, qui vient de fêter son vingtième anniversaire de mandat parlementaire.

Il a le profil type de l’élu local héréditaire : fils de son père, conseiller général et maire MRP de Vanault-les-Dames à qui il a succédé à 34 ans (dans ces deux mandats locaux), mais aussi petit-fils de Léonel de Moustier, l’un des très rares députés qui a refusé de voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940 et qui est mort en déportation.

Cet héritier n’a pas pour autant démérité sur le plan électoral, car il a conquis son siège au Palais-Bourbon en battant un député PS sortant en mars 1993, et depuis, il a été constamment réélu dans cette circonscription de Vitry-le-François, dans la Marne, parfois dans une triangulaire avec le FN (en juin 1997), parfois dès le premier tour (en juin 2002 et en juin 2007 où il gagna avec 61,2% des voix). Le 17 juin 2012, il a encore été réélu avec 65,8% (au second tour).

Assez proche de François Bayrou, comme député UDF, il a voté avec lui la censure au gouvernement de Dominique de Villepin le 16 mai 2006, mais refusé de quitter la majorité présidentielle après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, ce qui l’a amené à cofonder le Nouveau centre avec Hervé Morin.


Empêcheur de pomper en rond

Très vite, Charles de Courson s’est spécialisé non seulement dans les finances publiques (orthodoxie budgétaire) mais aussi dans les réflexions pour apporter plus de transparence et d’équité dans le fonctionnement de la vie politique.

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Il s’est ainsi distingué en proposant sans succès un amendement le 5 juillet 2007 pour exclure la CSG et la RDS du champ d’application du bouclier fiscal, ce qui a provoqué la colère du patron des députés UMP de l’époque, Jean-François Copé : « Il y a sans doute surréaction. Mais le Parlement va jouer tout son rôle. (…) Je n’entends pas me laisser donner des ordres par qui que ce soit ! ».

Le 19 juillet 2012, il a présenté un amendement pour soumettre à l’impôt sur le revenu la partie de l’indemnité de frais de mandat des parlementaires (l’IRFM d’un montant de 6 412 euros par mois) qui n’aurait pas été dépensée comme frais professionnels : « Tout le monde sait que certains députés n’utilisent pas toute l’indemnité pour leurs frais de mandat, ne faites pas l’innocent ! » (seul, son groupe, l’UDI, soutenait cette mesure), ce qui a également créer de l’effervescence parmi ses collègues députés assez irrités (par exemple, le député du Front de gauche Nicolas Sansu insistait bien : « La fiscalisation est incongrue ! »).


"Mots croisés" du 17 juin 2013

Il était intéressant de l’écouter dans l’émission d’Yves Calvi "Mots croisés" diffusée en direct le lundi 17 juin 2013 sur France 2. Le sujet était sur l’affaire Tapie et étaient invités quatre personnalités politiques, Charles de Courson, Laurent Wauquiez, Fleur Pellerin et Noël Mamère, et deux journalistes, Edwy Plenel et Yves Thréard.

Comme à son habitude, Charles de Courson était assez austère dans son expression, et comme à son habitude, Edwy Plenel (60 ans), au sourire toujours malicieux, contestait le fonctionnement des institutions qui fait que le Président de la République reste le chef suprême de tout ce qui se passe dans l’État. Yves Thréard (53 ans) n’a pas vraiment étonné non plus avec ses tirades anti-énarques (c’est vrai qu’il en avait trois spécimens devant lui).

La Ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, Fleur Pellerin (39 ans) m’a plutôt déçu (malgré une bien meilleure compréhension des enjeux économiques du pays que sa collègue Sylvia Pinel), car elle n’a fait que manier la langue de bois (qu’elle pourrait enseigner à Delphine Batho), notamment sur le maintien du patron de France Telecom (Orange) malgré sa mise en examen dans l’affaire Tapie (il était le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy), et n’a fait qu’user de mauvaise foi pour défendre son patron (de l’Olympe élyséen).

L’ancien ministre UMP Laurent Wauquiez (38 ans) s’est surtout démarqué de ses amis UMP pour réclamer à la classe politique l’exemplarité, en demandant notamment la fusion de toutes les retraites en un seul régime, compris pour les députés.

Quant au député-maire EELV de Bègles Noël Mamère (64 ans), il a bien été obligé de confirmer qu’il avait été élu député européen (son premier mandat parlementaire) le 12 juin 1994 parce qu’il était en cinquième position sur une liste dirigée par …son ami Bernard Tapie (Énergie radicale), rappelant au passage (pour se dédouaner ?) que sa quatrième de liste n’était autre que… Christiane Taubira, l’actuelle Garde des Sceaux !


L’honnêteté intellectuelle et financière

Ce qui était surtout intéressant, dans cette émission, c’était cet accès de sincérité de la part de Charles de Courson. Il est haut fonctionnaire, il peut prétendre à de très belles rémunérations, mais il a préféré faire de la politique et ne semble pas attiré par toute cette "indigence" bling bling, au contraire de certains de ses collègues parlementaires.

Voici ce qu’il a exactement dit et qui mérite, à mon avis, d’être lu et diffusé : « Moi, je suis haut fonctionnaire. J’ai choisi d’être élu. Je gagne 5 500 euros par mois. Je ne me plains pas. Je sais bien que je gagnerais 15 000, 20 000, 25 000 euros, si j’étais dans le privé. Ce n’est pas mon problème. Je dis simplement qu’à partir du moment où vous vous engagez dans une vie politique… ».

Puis, il s’est coupé lui-même pour un aparté : « C’est dur, la vie politique, quand on essaie d’être honnête, mais il faut l’assumer ! ». Tout de suite, Yves Calvi lui a demandé de répéter : « Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire ? ».

Et Charles de Courson d’expliciter sur l’honnêteté en politique, avec son volet intellectuel : « Bien sûr. Honnête intellectuellement, c’est-à-dire de ne pas dire n’importe quoi, de ne pas être partisan au sens le plus idiot du terme, c’est-à-dire de voir toujours les erreurs de ses adversaires mais jamais ceux de son camp. C’est dur, parce que quand vous dites cela, ceux de votre camp vous disent que vous êtes un traître. ».

Ainsi que son volet matériel : « C’est dur d’être honnête financièrement, c’est-à-dire de ne pas abuser de ses fonctions, de ne pas utiliser ses fonctions pour avoir un certain nombre d’avantages, pas forcément uniquement monétaires, certains oui, d’autres, d’autres formes d’avantages, vous voyez ? C’est dur. ».

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Il a conclu sa tirade par le fait qu’on est très seul en politique quand on veut être honnête et, reprenant les arguments d’Edwy Plenel, que les institutions n’aident pas le parlementaire à réclamer la vérité : « Et l’un des problèmes de la République française, c’est (…) l’absence de contre-pouvoirs, vous voyez ? Dans l’affaire Tapie, j’étais très seul, on était deux, trois, hein… Eh bien, quand vous pensez que dans notre République, un député de la République française qui attaque jusqu’au Conseil d’État, est déclaré irrecevable, c’est monstrueux, du point de vue de l’organisation de la justice française, que des représentants du peuple ne peuvent pas … » mais il a été interrompu fort peu courtoisement par Fleur Pellerin qui remettait une couche de vernis hollandien avec sa langue de bois.


Authenticité impuissante

Ces propos pleins d’amertume de Charles de Courson avaient ce goût de l’authenticité impuissante : voulant agir pour réformer les comportements mais comprenant très vite que la génération suivante s’était déjà adaptée merveilleusement aux actuels poisons et délices de la République…

Mais à quoi bon être Cassandre ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Émission "Mots croisés" du 17 juin 2013 sur France 2 avec Charles de Courson.
Affaire Cahuzac.
Delphine Batho débine.
Bernard Tapie.
François Hollande.
Nicolas Sarkozy.
François Bayrou.
L’UDI.

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/charles-de-courson-et-la-138312

 

 

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