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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 07:30

La tendance forte, c’est que le peuple ne veut plus de François Hollande et de sa politique. Cela se traduit soit par un esprit de responsabilité en soutenant des équipes capables de prendre la relève, soit par une simple colère, quitte à jeter le bébé avec l’eau du bain…


yartiMuni2014B01Le premier tour des élections municipales du 23 mars 2014 a peu surpris dans ses surprises : une abstention plus élevée qu’en 2008 avec un électorat socialiste qui boude le gouvernement, ce qui provoque un effondrement dans certaines places fortes du Parti socialiste.

Comme toujours, ces élections municipales laissent un goût un peu confus dans les interprétations : enjeux locaux, enjeux nationaux, symboles, résultats sans lendemain… les éléments de langage, au fil de la soirée électorale, se sont affinés pour insister sur la forte abstention à gauche qui, selon le PS, ne serait pas un désaveu du gouvernement, mais juste une réserve de voix pour le second tour (on admire ici le sens de la formule ; pourquoi ceux qui bouderaient au premier tour les représentants de leur tendance politique iraient comme par miracle prendre conscience que la nation serait en danger sans eux ?).

Bien entendu, il y a les deux : des tendances nationales avec des pondérations locales. Essayons d’y voir un peu plus clair.


L’opposition républicaine

Le premier constat de l’ensemble des résultats, c’est d’abord la très forte union qui a animé l’ensemble des partis de l’opposition républicaine : la plupart des candidats UMP étaient en effet rassemblés avec ceux de l’UDI et du MoDem. Ce fait, connu depuis quelques semaines, constitue un élément nouveau et marquant de la vie politique. L’UMP se recentre, et retrouve son positionnement classique au centre droit, de façon d’autant plus marquée que Patrick Buisson est désormais persona non grata à l’UMP.

Première illustration, la ville de Paris et la victoire symbolique de Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) sur sa concurrente socialiste (quasi-sortante) Anne Hidalgo au nombre de voix global, qui a contredit tous les sondages. Certes, la possibilité de gagner reste difficile, notamment dans le 12e et le 14e arrondissements, néanmoins, cette dynamique pourrait favoriser NKM. Rien n’est donc joué et l’image de sa déclaration très joyeuse peu avant 22h00 aux côtés d’une Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem, très souriante, a donné une idée de l’authenticité d’une union sur le projet et les valeurs qui rassemblent l’UMP et les centristes.

Autre ville symbolique de cette alliance UMP et centre, c’est Pau où François Bayrou est arrivé largement en tête en ballottage très favorable, dans une commune pourtant gérée par la gauche depuis de nombreuses décennies.

De très nombreux responsables de la droite et du centre ont été élus ou réélus dès le premier tour avec parfois de très belles performances. C’est le cas notamment de Jean-François Copé à Meaux, Alain Juppé à Bordeaux, François Baroin à Troyes, Édouard Philippe au Havre, Hervé Morin à Épaignes, Christian Jacob à Provins, Yves Jégo à Montereau, André Santini à Issy-les-Moulineaux, Laurent Wauquiez au Puy, Patrick Balkany à Levallois-Perret, Gérard Trémège à Tarbes, Alain Chrétien à Vesoul, Bernard Accoyer à Annecy-le-vieux, Hervé Mariton à Crest, Éric Woerth à Chantilly, Guillaume Peltier à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), etc.

L’UMP et le centre ont fait de très beaux scores dans des villes à municipalité socialiste sortante, entraînant un ballottage favorable, en particulier à Angers, Saint-Étienne, Reims, Quimper, et également Strasbourg, Niort et Toulouse.

Contrairement à ce que certains affirmaient, Laurent Hénart (UDI) a pris une forte avance sur son concurrent socialiste Matthieu Klein pour la succession d’André Rossinot à Nancy, avec un score du FN relativement faible qui l’empêchera de se maintenir au second tour.


Le PS

C’est l’hécatombe, même si elle ne se fait pas sentir au premier tour à cause des nombreux ballottages. Le symbole de cette érosion désastreuse, c’est Marseille où les listes socialistes de Patrick Mennucci devraient se situer en troisième position, derrière celles du FN et loin derrière celles de Jean-Claude Gaudin qui a de fortes chances d’être réélu maire le 30 mars prochain.

Même à Corbeil-Essonnes où Jean-Paul Bechter, le maire UMP sortant, est arrivé largement en tête, plus du double des deux listes de gauche concurrentes (féroces entre elles), où le suppléant de Manuel Valls est tombé en troisième position derrière l’opposant communiste, et cela malgré les affaires concernant l’ancien maire Serge Dassault et la mise en examen de son successeur.

Maire de Quimper depuis plusieurs décennies et conseiller de François Hollande à l’Élysée, Bernard Poignant s’est fait dépasser par un candidat UMP. Le PS pourrait aussi se trouver menacé à Tourcoing, à Metz et à Valence. Même à Clichy, le PS n’est pas dans une position très aisée.

Selon Alain Juppé, le PS perdrait la communauté urbaine de Bordeaux et en cas d’échec à Tourcoing, Martine Aubry pourrait perdre également la communauté urbaine de Lille.

La déclaration sans conviction du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault peu après 21h00 laissait entrevoir une débâcle pour le second tour et assurément, une fin de règne. La porte-parole de son gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, appelée sur les plateaux de télévision, répétant sans aspérité les "éléments de langage", aidait même ses contradicteurs dans l’argumentation, comme sur BFM-TV où elle remit le sujet des "Roms" auprès de Bruno Le Maire qui avait beau jeu de rappeler les propos polémiques de Manuel Valls.


Le FN

Évidemment, les médias n’ont eu d’yeux que pour le FN. Ayant réussi à former des listes dans plus de six cents communes (sans précédent), le FN va forcément gagner des élus municipaux par rapport aux élections précédentes. Cependant, l’enjeu reste évidemment la capacité à conquérir (ou pas) des communes.

La réponse est positive pour au moins une ville puisque le FN a emporté dès le premier tour à Hénin-Beaumont la majorité absolue des suffrages avec quelques voix d’avance, battant la municipalité socialiste sortante. Victoire également personnelle de Marine Le Pen puisqu’il s’agit de son fief.

Dans plusieurs villes, les électeurs ont placé en tête une liste soutenue par le FN. C’est le cas en particulier de Béziers (avec Robert Ménard), Forbach (avec Florian Philippot), de Perpignan (avec Louis Aliot), Saint-Gilles (avec Gilbert Collard), Avignon, Fréjus, Digne, Orange (avec Jacques Bompard), et dans certaines communes, le FN a talonné de près la liste en tête, comme à Villeneuve-sur-Lot, l’ancienne ville de Jérôme Cahuzac.

Indéniablement, le FN a fait quelques beaux résultats dans certaines villes, mais si cette performance semble éblouir les médias jusqu’à l’aveuglément, ce n’est pas le principal enseignement de ce premier tour qui est avant tout l’effondrement de l’électorat socialiste. Au mieux, le FN pourrait ravir quelques municipalités comme il l’avait fait en juin 1995 avec Toulon, Orange, Marignane et Vitrolles. Cela reste donc très limité.


Réactions face à des triangulaires avec le FN

L’UMP a semblé parler d’une même voix, que ce soit Jean-François Copé ou François Fillon, sur le positionnement de l’UMP vis-à-vis du FN au second tour. Loin d’être un arbitre, si le FN est présent au second tour, c’est qu’il n’aura pas à choisir entre UMP et PS. L’UMP a refusé tout accord, tout soutien, toute alliance avec le FN qu’elle considère comme un adversaire tout autant que le PS.

En revanche, les réactions au PS et de ses alliés n’ont pas été très claires. Des personnalités comme Vincent Peillon ou même Jean-Vincent Placé voudraient que tout soit mis en œuvre pour empêcher une victoire du FN, quitte à ce qu’une liste de gauche se désiste même si elle est capable de se maintenir au second tour, dans le cas où sa présence provoquerait la victoire du FN à la majorité relative.

Pourtant, cette politique du "front républicain" pourrait être très contreproductive dans le cas des élections municipales (au contraires des cantonales ou des législatives). Comme dans les autres scrutins, elle renforcerait le FN et justifierait son argumentaire sur l’UMPS, laissant entendre que l’UMP et le PS se vaudraient.

Cette politique électorale anti-FN aurait aussi une autre conséquence bien plus subtile à long terme. Dans le cas, par exemple, d’une ville où une liste FN serait arrivée en tête, suivie d’une liste UMP et bien plus loin, une liste PS. Si le PS décidait de se désister pour faire barrage au FN, l’UMP aurait de forte chance de gagner l’élection avec pour seule opposition, des élus FN. Hors course, il n’y aurait aucun élu PS au conseil municipal et le FN se retrouverait en position exclusive d’alternance possible pendant toute la durée du mandat municipal.


Rendez-vous dimanche prochain

La réalité du premier tour, c’est que de très nombreux électeurs n’ont pas encore fini d’élire leur municipalité. Le second tour sera donc déterminant pour confirmer la tendance très marquée du premier tour ou, au contraire, par un phénomène de réaction, pour atténuer cette tendance avec la mobilisation d’un électorat visiblement désabusé et déçu par le PS, mais inquiet des extrême.

Chaque parti, bien sûr, dira qu’il a des motifs de satisfaction, mais Jean-Paul Huchon, qui ne faisait pas partie des candidats, président PS du conseil régional d’Île-de-France, reconnaissait déjà au soir du premier tour que le PS n’avait pas de quoi se réjouir. La prise de conscience, début de la sagesse ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Enjeux des élections municipales de 2014.
Scrutins locaux : ce qui va changer.
Historique de cette réforme des scrutins locaux.
Texte intégral de la loi votée définitivement le 17 avril 2013.
Analyse du scrutin du 17 avril 2013 : qui a voté quoi ?
Les dernières régionales (2010).
L’occasion perdue des Alsaciens.

yartiMuni2014B02


 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2014-l-effondrement-du-149736 
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