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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:35

Anniversaire spécial ce 17 juillet pour celle qui est au sommet de sa carrière : « Je ne suis pas vaniteuse. Je sais utiliser la vanité des hommes. » (Angela Merkel).


yartiMerkel01Un million de citoyens allemands se sont rassemblés autour de la Porte de Brandebourg à Berlin le mardi 15 juillet 2014 pour honorer l’équipe allemande de retour du Brésil avec la victoire de la coupe du monde de football. Parmi les heureux, celle qu’on pourrait maintenant appeler, après Margaret Thatcher dans les années 1980, la nouvelle dame de fer, Angela Merkel, la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne depuis le 22 novembre 2005, qui fête ce jeudi 17 juillet 2014 son 60e anniversaire.

À l’exception notable de Barack Obama, de David Cameron et de Matteo Renzi, la soixantaine semble être l’ordinaire des dirigeants de ce monde. Vladimir Poutine l’a atteinte il y a presque deux ans, François Hollande l’aura dans moins d’un mois, tout comme ses concurrents potentiels, Nicolas Sarkozy l’aura en janvier prochain tandis que François Fillon l’a déjà fêtée en mars dernier.

Cet été, Angela Merkel a donc de quoi être heureuse : démarrant un troisième mandat à la tête de l’Allemagne, son autorité en Union Européenne est incontestable, et puis, cette victoire sportive ne pouvait pas lui déplaire. Elle qui est une passionnée de football n’avait pas hésité à assister au Brésil à tous les matchs de son équipe, dès le 16 juin 2014, pour l’encourager dans sa volonté de vaincre. Également présente lorsque ses joueurs préférés, dans le passé, perdaient, elle a toujours été là pour impulser ce petit plus afin qu’une bonne équipe devienne excellente. Une démarche de véritable manager.

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Cette victoire allemande est donc symbolique dans un monde en pleine recomposition où l’aspect psychologique compte sans doute autant que les performances techniques : le moral influe directement sur l’économie, ainsi que le patriotisme des citoyens consommateurs. C’est n’est d’ailleurs pas anodin qu’Angela Merkel est l’une des rares dirigeantes européennes (d’un grand pays) à avoir été reconduite dans ses fonctions malgré une crise qui se prolonge (et reconduite deux fois, en 2009 et 2013).


Dirige-t-elle le monde ?

En France, de plus en plus de monde croit pertinent d’élever Angela Merkel au rang d’épouvantail du mal. Elle dirigerait l’Europe voire le monde. Certes, le magazine "Forbes" la classe régulièrement (au moins neuf fois) comme la femme la plus puissante du monde. C’est quand même oublier un peu vite que si cette dame très volontaire n’a jamais caché ses ambitions, elle a toujours eu une attitude collective.

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Aujourd’hui encore, plus qu’hier, car elle n’est pas libre. Les élections législatives du 22 septembre 2013 ont donné à la CDU/CSU la plus éclatante victoire depuis vingt ans, avec 41,5% des voix et 311 députés sur 631, mais 5 sièges ont manqué pour lui assurer la majorité absolue au Bundestag et l’éviction électorale du parti centriste FDP ne lui a pas permis de maintenir sa majorité sortante. Résultat, après un début de négociations très laborieux à partir du 17 octobre 2013, le SPD (avec 192 députés) et la CDU/CSU ont trouvé un accord le 27 novembre 2013 avec l’institution d’un salaire minimum fédéral, permettant à Angela Merkel sa réélection pour un troisième mandat le 17 décembre 2013 avec 462 voix (contre 150 et 9 abstentions).

Plus pragmatique qu’idéologue, Angela Merkel revient de loin. D’abord parce qu’elle est une femme et que les Allemands n’avaient jamais confié le pouvoir à une femme. Conservant le patronyme de son premier mari, comme Martine Aubry, remariée, elle se fait parfois appeler "Mutti" alors qu’elle n’a pas d’enfant. Peut-être est-ce qu’elle est devenue, par son autorité morale sans cesse croissante, une mère pour tous les Allemands ? À l’instar de Tonton Mitterrand. Et maintenant, elle n'a plus rien à voir avec Martine Aubry.

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E
t son parcours est très symbolique. Parce qu’elle vient de l’ancienne Allemagne de l’Est, elle est foncièrement anticommuniste, libérale économiquement et atlantiste stratégiquement, au point d’avoir été plutôt favorable à l’intervention militaire américaine en Irak en 2003 (au contraire du gouvernement allemand de l’époque, et du gouvernement français notamment).


Une physicienne est-allemande

Née le 17 juillet 1954 à Hambourg, Angela Merkel a passé toute son enfance en Allemagne de l’Est en y suivant de brillantes études. Parlant l’anglais et le russe, Angela Merkel est avant tout une scientifique, ce qui est rare dans la vie politique (rare également en France, à part le mathématicien Paul Painlevé, théoricien de l’aéronautique, il me semble, à ma connaissance, qu’il n’y a pas eu de professionnel de la science à la tête du gouvernement français dans les au moins cent dernières années).

Pour son master en physique (Diplomarbeit) obtenu à Leipzig en juin 1978, Angela Merkel a présenté un mémoire sur l’influence de la corrélation spatiale sur la vitesse de réaction dans les réactions élémentaires bimoléculaire en milieu dense, puis elle a soutenu son doctorat en chimie quantique à Berlin-Est le 8 janvier 1986 : "Étude du mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple et le calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques".

Elle a poursuivi sa carrière de physicienne à Berlin-Est jusqu’à la chute du mur de Berlin, en novembre 1989. C’est dans le milieu scientifique qu’elle rencontra son premier puis son second mari.


Une ascension politique fulgurante

À partir de décembre 1989, Angela Merkel s’est investie dans le mouvement populaire de démocratisation des institutions. Dans son dossier de la police politique, on indiquait qu’elle soutenait Solidarnosc en Pologne. Son engagement au sein de la CDU est-allemande aurait étonné ses proches qui l’imaginaient plus proche des Verts. Après les premières (et dernières) élections libres en RDA (Allemagne de l’Est) du 18 mars 1990, Angela Merkel fut nommée le 12 avril 1990 porte-parole adjointe du gouvernement dirigé par Lothar de Maizière jusqu’à la Réunification allemande le 3 octobre 1990. Elle fut alors mise sous la protection du Chancelier Helmut Kohl qui, séduit par son efficacité, la hissa à une vice-présidence de la CDU.

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Élue députée au Bundestag le 2 décembre 1990, elle fut nommée par Helmut Kohl dans son quatrième gouvernement comme Ministre des Femmes et de la Jeunesse du 18 janvier 1991 au 17 novembre 1994. Elle avait alors 36 ans en entrant au gouvernement fédéral et a donc démarré sa carrière politique nationale de manière très rapide. Après la victoire électorale du 16 octobre 1994, elle fut nommée dans le cinquième gouvernement d’Helmut Kohl comme Ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et de la Sécurité nucléaire du 17 novembre 1994 au 27 octobre 1998.

L’échec électoral d’Helmut Kohl après seize années de pouvoir (depuis le 1er octobre 1982) lors des élections législatives du 27 septembre 1998 a donné à Angela Merkel les moyens de conquérir le pouvoir au sein de la CDU de manière progressive et efficace. Considérée comme une protégée d’Helmut Kohl, elle fut élue secrétaire générale de la CDU le 7 novembre 1998 lors de son congrès à Bonn au cours duquel le dauphin attitré Wolfgang Schaüble (l’actuel Ministre des Finances) remplaça Helmut Kohl à la présidence de la CDU.


Leader incontestable de la CDU

Le scandale des caisses noires de la CDU a éclaté le 4 novembre 1999, touchant notamment Helmut Kohl et Woflgang Schaüble. Au congrès suivant à Essen le 10 avril 2000, ce fut sans beaucoup de surprise qu’Angela Merkel fut élue présidente de la CDU, mandat qu’elle a renouvelé triomphalement au congrès de Hanovre le 4 décembre 2012 (pour la septième fois), et qu’elle a cumulé avec la présidence du groupe CDU/CSU au Bundestag du 24 septembre 2002 au 21 novembre 2005.

Très vite, au grand dam de son illustre prédécesseur, Angela Merkel s’éloigna d’Helmut Kohl éclaboussé par les affaires politico-financières et mit en place à la CDU une équipe nouvelle, rajeunie et féminisée. Consciente que sa force est dans la perspicacité, elle laissa opportunément le Bavarois Edmund Stoiber aller s’échouer aux élections législatives de 22 septembre 2002 qui a conduit à la réélection du Chancelier SPD Gerhard Schröder. Tenant les rênes à la fois du parti et du groupe parlementaire, Angela Merkel prit le leadership de l’opposition jusqu’à sa victoire (certes faible) aux élections législatives anticipées du 18 septembre 2005.

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Aucun des deux grands partis n’a pu former une coalition gouvernementale sans l’autre si bien qu’un gouvernement de "grande coalition" a été négocié. La CDU dépassant de près de cinq cent mille voix (soit 4 sièges en plus) le SPD, la chancellerie fut confiée à la présidente de la CDU. Malgré les réticences de Gerhard Schröder, un accord CDU-SPD fut signé le 10 octobre 2005.


Chancelière de la quatrième puissance mondiale

Après un discours programme devant les députés le 12 novembre 2005, Angela Merkel fut élue première femme Chancelière d’Allemagne le 22 novembre 2005 avec 397 voix contre 202 et 12 abstentions. Elle fut aussi, à 51 ans, la plus jeune à occuper ce poste de toute l’histoire allemande récente (Hitler avait 43 ans en devenant Chancelier). Mandat qu’elle renouvela lors des élections du 27 septembre 2009 (où elle a pu gouverner seule le pays avec son allié centriste FDP, sans le SPD) puis lors des élections du 22 septembre 2013 (de nouveau en "grande coalition" avec le SPD).

Toute son action a été de pérenniser les réformes économiques et sociales lancées par son prédécesseur pour assurer aux entreprises allemandes les meilleures conditions d’activité dans un monde globalisé. Elle a notamment mis en place un système de chômage partiel cofinancé par l’État qui a empêché les plans sociaux et aidé les entreprises en difficulté à passer une période délicate avant un retour à la croissance.

Angela Merkel s’est politiquement impliquée dans l’élection de trois Présidents de la République fédérale d’Allemagne : Horst Köhler (CDU) le 23 mai 2004, Christian Wulff (CDU) le 30 juin 2010 et Joaquim Gauck (SPD) le 18 mars 2012.

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En tant que Chancelière, elle a par ailleurs connu trois interlocuteurs français (son premier déplacement le 23 novembre 2005 fut pour Paris), les Présidents Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, et comme son mandat se termine en principe en automne 2017, elle aura de grandes chances d’en connaître un quatrième.


Simplicité et détermination

Ce qui déroute chez Angela Merkel, c’est sa relative modestie. Elle n’a jamais misé sur sa féminité (comme Margaret Thatcher) et sa grande réserve (sur elle-même, sa vie privée, etc.) lui a donné une image de sagesse, de femme posée et travailleuse qui ne surréagit pas à l’actualité. Elle fait ses courses elle-même, simplement. Elle habite avec son mari en plein centre de Berlin, en face du Pergamonmuseum, sur "l’île aux musées", dans un appartement au quatrième étage d’un petit immeuble gris à peine surveillé au bas duquel est ouvert un bistrot accessible à tout le monde.

Cette attitude simple et studieuse lui a ainsi apportée une constante popularité renforcée par le leadership économique de l’Allemagne en Europe de plus en plus accentué à mesure que la France s’éloigne de son redressement économique.

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Pourtant, elle est une redoutable tacticienne, spécialiste des luttes d’appareil et de la politique politicienne, mais aussi capable de rassembler autour d’elle pour servir ses ambitions.


Les lois de la physique

Dans un portrait dans le journal "Le Monde", la journaliste Marion Van Renterghem la décrivait ainsi : « "La femme la plus puissante du monde" ne paie pas de mine. C’est son atout. Avec sa coiffure en boule, ses joues rondes et sa frange coupée juste un peu trop court, Angela Merkel ne s’est jamais fait remarquer. Se laisser sous-estimer, telle est sa devise, son arme secrète. (…) Helmut Kohl, le premier, n’a rien vu venir. La première victime d’Angela, c’est lui. (…) Elle [était] timide, fagotée à la soviétique, la frange carrément au-dessus des sourcils. (…) Elle [avait] le double mérite d’être supérieurement intelligente et dévouée à lui. (…) Inoffensive Angela. Sa première chance, dans la grande Allemagne à construire, est de répondre à tous les "quotas" : elle est femme, jeune, divorcée, sans enfant, "ossie" et fille de pasteur, au milieu de vieux barons conservateurs catholiques de l’Ouest cossu. Son autre chance : se trouver à la bonne place, au bon moment. De tout cela, elle a su jouer. Habilement, tranquillement, sans passion. (…) Quelle est la recette d’Angela Merkel ? Sa patience. Sa capacité à créer le consensus. Son art du calcul politique. (…) C’est à se demander si (…) la gamine à la frange devenue mère du peuple, avec sa lenteur rigoureuse et son extraordinaire sens politique, n’est pas taillée pour diriger ainsi des forces antagonistes. Si elle n’est pas faite pour les grands écarts consensuels, plus épanouie comme arbitre que comme leader charismatique. Si elle n’excelle pas à évaluer les rapports de forces en appliquant à la politique les lois de la physique qu’elle connaît bien. » (14 mai 2009).

Mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple, c’était le sujet de thèse (cité plus haut) de la doctor rerum naturalium. Il n’y a pas à dire, il manque cruellement, en France, d’une Angela Merkel simple et efficace, qui redonne l’espoir aux Français.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La libéralisation de l’Europe communiste.
Le mur de Berlin en morceaux.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
L’amitié franco-allemande.
La tentation germanophobe de députés socialistes.

yartiMerkel06
 


http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/mutti-merkel-la-reine-du-monde-154547

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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