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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 06:12

Première partie : « C’est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire. » (22 mai 1885, dernier mots attribués à l’écrivain avant de mourir).


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Il y a exactement cent trente ans, le 22 mai 1885, Victor Hugo s’est éteint à 83 ans dans la nuit à Paris, d’une congestion pulmonaire. Sa disparition a ému tout le pays comme la disparition de Newton a ému toute l’Angleterre le 31 mars 1727.

La IIIe République l’a honoré immédiatement par des funérailles nationales (décidées le 26 mai 1885 par 415 députés sur 418) et par son transfert au Panthéon le 1er juin 1885. Deux millions de personnes et deux mille délégations sont venus se recueillir dans le cortège en son hommage. Selon Maurice Barrès : « Derrière l’humble corbillard, marchaient des jardins de fleurs et les pouvoirs cabotinant de la Nation, et puis la Nation elle-même, orgueilleuse et naïve, touchante et ridicule, mais si sûre de servir l’idéal ! Notre fleuve français coula ainsi de midi à six heures, entre les berges immenses faites d’un peuple entassé depuis le trottoir, sur des tables, des échelles, des échafaudages, jusqu’aux toits. Qu’un tel phénomène d’union dans l’enthousiasme, puissant comme les plus grandes scènes de la nature, ait été déterminé pour remercier un poète-prophète, un vieil homme qui, par ses utopies, exaltait les cœurs, voilà qui doit susciter les plus ardentes espérances des amis de la France. (…) Gavroche, perché sur les réverbères, regardait passer la dépouille de son père indulgent et, par lui, s’élevait à une certaine notion du respect. » ("Les Déracinés", 1897). En quelques sortes, une autre marche du 11 janvier.

La Ve République avait célébré avec faste le centenaire de sa disparition en 1985 ainsi qu’en 2002, les deux cents ans de sa naissance le 26 février 1802.

Victor Hugo est bien sûr un énorme monument, l’un des hommes français qui ont le plus compté au XIXe siècle, égalant presque un Napoléon, qui commença son siècle (« Ce siècle avait deux ans ! »). On pourrait d’ailleurs vraiment qualifier ce siècle de "Siècle de Victor Hugo" comme le XVIIIe siècle fut le "Siècle de Voltaire". Il est un monument non seulement en littérature mais également en politique et plus généralement, dans la pensée nationale.

Il serait donc très difficile pour moi de faire un tour exhaustif du glorieux personnage, membre de l’Académie Française depuis le 7 janvier 1841, qui a en particulier écrit "Les Misérables" (1862) qui est sans doute l’histoire la plus émouvante de la littérature française et qui a passionné des générations d’enfants ou adolescents mais également de cinéastes, tout comme "Notre-Dame de Paris" (1831).

Ce n’est pas mon intention. Au contraire, je vais rester sur quelques aspects de sa pensée politique et de ses engagements. Je n’évoquerai donc pas l’écrivain connu par le plus grand nombre, tant le romancier que le poète, l’essayiste, ou même le dramaturge, ou encore l’historien avec "Choses vues" (1887).


Engagement politique

Ses engagements politiques, c’était déjà sa participation au jeu électoral dès la IIe République : il a été élu cinq fois, le 24 mai 1848 (à l’Assemblée Constituante), le 13 mai 1849, le 7 février 1871 le 30 janvier 1876 et le 8 janvier 1882, ce qui lui a donné une carrière de parlementaire pas très longue : député de la Seine du 4 juin 1848 au 2 décembre 1851 (dans le groupe des conservateurs), puis du 8 février 1871 au 1er mars 1871 (dans un groupe progressiste situé à gauche) puis sénateur de la Seine du 30 janvier 1876 au 22 mai 1885 (dans un groupe situé à la gauche de l’échiquier politique).

Le 1er mars 1871, au cours d’un débat parlementaire enflammé, excédé, Victor Hugo a démissionné pour protester contre l’invalidation de Giuseppe Garibaldi (1807-1882), qui avait défendu la République romaine en 1849 et était venu en renfort pour la France : « De toutes ces puissances européennes, aucune ne s’est levée pour défendre cette France qui, tant de fois, avait pris en main la cause de l’Europe… ; pas un roi, pas un État, personne ! Un seul homme excepté… (…) un homme est intervenu, et cet homme est une puissance. ». Victor Hugo parlait de Garibaldi, qui avait été élu dans plusieurs circonscriptions en France sans avoir été candidat, mais sa nationalité italienne rendait impossible son élection.

Et à l’élection législative partielle du 7 janvier 1872, Victor Hugo fut battu par un républicain modéré, son profil ayant eu une image trop radicale dans une France encore trop conservatrice.

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Mais avant toutes ces élections, il fut légitimiste, soutenant Charles X, puis fut désigné pair de France de 1845 à 1848, nommé par le roi Louis-Philippe et nommé maire du 8e arrondissement de Paris le 25 février 1848 par Lamartine (comme maire, il commanda les troupes qui massacrèrent à son grand regret les manifestants lors des émeutes du 26 juin 1848). Le 24 février 1848, à l’abdication de Louis-Philippe, Victor Hugo avait même voulu proclamer la régence place Royale puis place de la Bastille (sans succès). La République fut finalement proclamée le 24 février 1848 par Alphonse de Lamartine.

L’évolution politique de Victor Hugo a été intéressante (de la droite vers la gauche, de monarchiste à républicain) et a accusé un trou géant dans son existence politique, à cause du Second Empire et de son exil en Belgique puis à Jersey et Guernesey du 14 décembre 1851 au 17 septembre 1870 pour s’opposer au coup d’État du 2 décembre 1851 et plus précisément à Napoléon III.

La forte opposition à Napoléon III a été au fondement de son comportement politique. Sans faire de comparaison sur les personnes et leurs œuvres, très différentes, la détestation de François Bayrou contre Nicolas Sarkozy pourrait s’apparentait à celle de Victor Hugo contre Napoléon III. Dès le 12 août 1852, Victor Hugo a publié en exil un brûlot pamphlétaire avec "Napoléon le Petit" où il a traité le futur nouvel empereur de tous les noms ("voleur", "filou", "dernier des hommes", "criminel", etc.).

Pourtant, il n’a pas toujours eu cette détestation. Au contraire, prônant avant même la Révolution de 1848 le retour en France de la famille Bonaparte (bannie), il a soutenu la candidature de Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) à l’élection présidentielle du 10 décembre 1848 (la première au suffrage universel direct). Louis Napoléon Bonaparte était venu lui-même le rencontrer le 25 octobre 1848 pour obtenir son soutien.

La rupture politique entre les deux hommes n’a eu lieu qu’en automne 1849, quand le futur empereur avait finalement préféré le pape aux républicains romains. J’y reviendrai en reprenant le discours du 19 octobre 1849. Le coup d’État du 2 décembre 1851 avait achevé de le convaincre dans son opposition.

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Victor Hugo a eu très vite des détracteurs politiques. Le plus cruel fut sans doute Anatole France quelques années après sa mort : « Certaines illusions se dissipent. On croyait qu’un si grand poète avait pensé davantage. Il faut bien reconnaître qu’il a remué plus de mots que d’idées. C’est une souffrance que de découvrir qu’il donna pour la plus haute philosophie un amas de rêveries banales et incohérentes. » ("La Vie littéraire, Sur le Quai Malaquais", 1888). C’est évidemment très injuste et très violent, mais l’époque s’y prêtait. Sous la IIe République, il n’était pas rare que les députés s’empoignassent physiquement autour de la tribune de l’Assemblée.

L’un des plus grands thèmes des critiques fut sa sincérité politique, puisqu’il a évolué du conservatisme vers le socialisme. Ainsi le comte Alfred de Falloux (1811-1886), député du Maine-et-Loire, qui fut Ministre de l’Instruction publique et des Cultes du 20 décembre 1848 au 14 septembre 1849 et qui donna son nom à la loi du 15 mai 1850, n’hésitait pas à faire rire sur sa droite le 17 juillet 1851 : « Lorsque Monsieur Victor Hugo parlait de la Restauration, comment comprimer le souvenir présent à tout le monde, présent pour sa gloire, s’il eût su la garder, qu’il avait été le plus pindarique des royalistes ? » (en séance).

Peu après sa première élection, Victor Hugo se faisait déjà houspiller par "Le National" le 21 juin 1848 : « Le suffrage universel a fait du noble pair un représentant du peuple ; mais du creuset populaire, il n’est sorti qu’un démocrate bâtard sous l’écorce duquel on aperçoit toujours le courtisan de toutes les dynasties qui ont régné sur la France. ».

C’était aussi la critique de son ancien ami politique Jules-Louis-Pierre, marquis de Montalembert le 23 mai 1850 : « Vous trouverez dans son langage toujours les mêmes formules, mais adressées toujours à des objets différents. C’est ainsi qu’il vous parlait avant-hier de sacrer l’ouvrier, de sacrer le simple citoyen ! C’est bien le poète qui chantait hier le sacré Charles X : il lui faut toujours quelque puissance à sacrer ou quelque idée à adorer. » (en séance). La veille, un parlementaire dont le nom n’a pas été annoté dans le compte-rendu avait dit de même en séance : « Un républicain du surlendemain, réactionnaire du lendemain, pair de France de la veille, monsieur le vicomte Victor Hugo. » (22 mai 1850).

Sans doute que la détestation de Victor Hugo pour "Napoléon le Petit" fut causée par une déception personnelle. Certains ont affirmé que Victor Hugo s’était imaginé devenir un ministre de Louis Napoléon Bonaparte une fois élu, mais Victor Hugo avait pourtant refusé d’entrer au gouvernement le 25 février 1848 à la demande de Lamartine qui voulait en faire le Ministre de l’Instruction publique. Hippolyte Castille l’a écrit assez explicitement : « La maladie intellectuelle dont il est atteint depuis le 2 décembre n’a pas d’autre cause que le renversement de ses folles espérances. » ("Portraits politiques du XIXe siècle, Victor Hugo", 1857).

Dans le prochain article, je reprendrai un discours important de Victor Hugo sur l’une des affaires diplomatiques les plus graves de la IIe République.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Victor Hugo le politique.
Victor Hugo le républicain.
Victor Hugo l’Européen.
L’élection présidentielle de décembre 1848.
Napoléon III.
Pour l’abolition de la peine de mort.
L’Europe, c’était la guerre.
L’Europe, c’est maintenant la paix.
Jean Jaurès.
Actes du Colloque sur Victor Hugo au Sénat (15 et 16 novembre 2002).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150522-victor-hugo-1.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/victor-hugo-l-europeen-monument-de-167678

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/05/22/32096395.html

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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