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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 06:45

« Il fallut donc songer à établir un chef suprême qui fût l’enfant de la Révolution, un chef en qui la loi corrompue dans sa source, protégeât la corruption, et fît alliance avec elle.  Des magistrats intègres, fermes et courageux, des capitaines renommés par leur probité autant que pour leurs talents s’étaient formés au milieu de nos discordes ; mais on ne leur offrit point un pouvoir que leurs principes leur auraient défendu d’accepter. On désespéra de trouver parmi les Français un front qui osât porter la couronne de Louis XVI. Un étranger se présenta : il fut choisi. » (Chateaubriand, 1814).


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Ce jeudi 18 juin 2015 rappelle deux dates essentielles de l’Histoire de France. Il y a soixante-quinze ans, ce fut le fameux appel du 18 juin 1940 du Général De Gaulle au micro de la BBC à Londres qui encouragea tous les Français à poursuivre les combats contre les nazis. Mais aussi, il y a deux siècles exactement, a eu lieu la désastreuse bataille de Waterloo, dernière tentative de l’empereur Napoléon Ier à reprendre le dessus sur une Europe coalisée qui ne l’avait pas attendu pour se figer dans une posture contre-révolutionnaire.

Napoléon et De Gaulle. De Gaulle, selon le mot d’André Frossard, qui est « un Napoléon qui aurait fait carrière à l’envers à partir d’une île anglaise ».

C’est un hasard des dates mais cela permet d’amener le parallélisme entre deux géants qui ont façonné la France et l’Europe. De ces deux événements, l’un est venu en réaction contre la future politique de collaboration de Philippe Pétain, et c’est le début de la grande épopée gaullienne qui a fini le 28 avril 1969 dans le discrédit démocratique. L’autre a été la conséquence désolante de la volonté belliqueuse et mégalomaniaque du prince de l’île d’Elbe (il n‘était plus que cela), et c’est la fin de la grande épopée napoléonienne qui avait commencé le 2 mars 1796 avec son génie militaire dans la campagne d’Italie.


La bataille de Waterloo

Napoléon a réussi à reconquérir en vingt jours le pouvoir après être remonté de Golfe-Juan à Grenoble, puis jusqu’aux Tuileries à Paris. Le 20 mars 1815, il délogea le roi Louis XVIII en fuite à Gand et redevint empereur des Français pour les Cent-Jours. Son objectif, comme toujours, était à la fois personnel et mondial, ses intérêts et sa vision géostratégique. Ne pas rester sous-employé et surqualifié à l’île d’Elbe (et éviter une déportation plus lointaine) et ne pas faire perdre à la France les territoires qu’elle avait conquis pendant ses campagnes.

Avant d’être une gare TGV à Londres (!), Waterloo était d’abord une commune belge (jumelée maintenant avec Rambouillet, ville de Gérard Larcher) située quelques kilomètres au sud de Bruxelles. La bataille se déroula un peu plus loin, sur une « morne plaine » (selon Victor Hugo dans "L’Expiation", poème inclus dans "Les Châtiments" publié en 1853) et la bataille prit le nom de la commune parce que Wellington avait installé son quartier général dans la commune.

« Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D’un côté c’est l’Europe et de l’autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l’espérance ;
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
Ô Waterloo ! je pleure et je m’arrête, hélas ! »

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Waterloo fut donc le dernier chant du cygne avant extinction napoléonienne. En face de l’armée française (72 000 hommes) commandée par Napoléon et le maréchal Ney, l’armée prussienne du maréchal Blücher (33 000 hommes) et les autres armées coalisées contre l’empereur (25 000 Britanniques,17 000  Néerlandais et 26 000 Allemands) commandées par Wellington, que certains historiens ont décrit comme un Churchill avant l’heure, militaire, politique et diplomate.

Préférant prendre l’initiative de l’affrontement, Napoléon s’avança en Belgique et voulait séparer Blücher et Wellington. Il parvint à prendre le dessus sur l’armée prussienne mais une erreur de Ney l’empêcha d’être définitivement victorieux sur les Prussiens. Après leur retraite, les Prussiens ont en effet pu rejoindre l’armée de Wellington sur la fameuse plaine devenue boueuse à cause de fortes pluies. Les renforts prussiens ont permis à Wellington de repousser l’offensive française. À la fin, ce fut un désastre pour l’armée française, une véritable débandade malgré sa légère supériorité (en canons notamment). La bataille coûta la vie à environ 10 000 hommes (plus 4 000 disparus), et les quatre jours de campagne de Belgique ont coûté au total la vie de 24 000 hommes (dont 12 000 soldats français).

La légende a voulu que Cambronne (1770-1842) fût commandant du dernier carré de la Vieille Garde et répondit à Colville, le général britannique qui le somma de se rendre : « La Garde meurt mais ne se rend pas ! » puis, après l’insistance du Britannique, ajouta son fameux mot. Néanmoins, cette double réplique fut contestée par Cambronne lui-même : « Je n’ai pas pu dire "la Garde meurt mais ne se rend pas", puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu ! ». C’est surtout Victor Hugo qui conforta cette rumeur : « Cambronne à Waterloo a enterré le Premier Empire dans un mot où est né le second. » et aussi dans "Les Misérables" : « Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a  survécu. (…) L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. » (30 mars 1862).

De nombreux écrivains et humoristes se sont emparé de cette (probablement fausse) anecdote et j’en citerai volontiers deux parmi eux, Tristan Bernard : « Cambronne, on y pense avec peine, Ne se montra pas bien français : Crier aux ennemis le mot qui porte veine, C’était fatalement assurer leur succès. » et Jean Yanne : « Cambronne ne mâchait pas ses mots. Heureusement pour lui. ».

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La conséquence immédiate fut l’abdication définitive de Napoléon Ier le 22 juin 1815 et sa déportation à l’île Sainte-Hélène. Quant aux frontières de la France, elles ont été revues à la baisse, mais le Congrès de Vienne n’avait pas attendu cette campagne de Belgique pour finaliser le partage de l’Europe puisque l’Acte final fut signé le 9 juin 1815. Le Traité de Paris signé le 20 novembre 1815 replaça la France dans ses frontières de 1790 (à l’exception de quelques anciennes enclaves).


Dans le prochain article, j’évoquerai l’appel du 18 Juin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juin 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Congrès de Vienne.
Victor Hugo.
De Gaulle.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Péguy.
Pétain.
Hitler.

_yarti18juin05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150618-napoleon-de-gaulle-1.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/18-juin-napoleon-de-gaulle-1-3-168649

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/06/18/32232394.html

 

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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