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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 06:32

« Le jour des élections, partout dans le monde, il y en a qui font de la planche au lieu d’aller voter. On appelle cela le surface universel. » (Philippe Geluck).


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Ce dimanche 6 décembre 2015 (jour de la Saint-Nicolas), plus de quarante-deux millions de citoyens français sont appelés à élire leurs conseils régionaux. Dans ces temps troubles, ces élections régionales passent une fois encore, mais plus particulièrement cette fois-ci, à la trappe d’un trou noir médiatique alors que cet exercice démocratique est rarement couronné du succès de la participation. Lors des précédentes élections, 53,7% d’électeurs inscrits s’étaient abstenu au premier tour du 14 mars 2010.


Une campagne régionale sacrifiée

Effectivement, jamais une campagne électorale n’aurait été à ce point polluée par des considérations extérieures. Tout, contexte et événements, contribue pour renforcer l’indifférence générale de l’électorat au point de peut-être donner raison à Jean-Christophe Rufin : « C’est la grande sagesse du peuple, voyez-vous. Les gens ne se dérangent que pour les élections qui ont un sens. ».

1. L’époque de l’année, déjà, se prête très mal aux élections. C’est la deuxième fois qu’on vote en décembre depuis le début de la Ve République, la première fois était pour réélire De Gaulle à la Présidence de la République il y a cinquante ans. Les week-ends de cette période sont généralement consacrés aux achats de Noël. Il suffit de se rendre dans les magasins ouverts aussi le dimanche pour s’en rendre compte. De plus, comme la fermeture de l’inscription sur les listes électorales s’était faite le 31 décembre 2014, soit avant d’avoir fixé la date des régionales, il a fallu repousser exceptionnellement au 30 septembre 2015 le délai d’inscription.

2. Les attentats du 13 novembre 2015 ont meurtri la plupart des citoyens et ceux-ci sont encore tétanisés, d’autant plus que certains terroristes impliqués sont encore activement recherchés par la police française et belge. Face à des enjeux mal compris, beaucoup peuvent hiérarchiser en ne songeant qu’aux conséquences de ces attentats. La suspension généralisée de la campagne électorale rendu silencieux la plupart des candidats, leur projet est passé sous silence, leur motivation aussi. De quoi peut-être justifier cette sortie de Philippe de Villiers : « Le temps n’est pas aux élections, mais à la sécurité et à la survie par rapport à la nouvelle guerre mondiale qui semble être déclenchée par les islamistes… ».

3. À ce titre, le campagne électorale a tourné sur des considérations qui n’étaient pas de la compétence des régions mais de l’État : sur la politique sécuritaire de la France et la lutte contre le terrorisme, aspects sur lesquels les régions ont peu de leviers.

4. La concomitance de la COP21 renforce la désaffection des médias pour cette campagne électorale. La venue de cent cinquante chefs d’État et de gouvernement le 30 novembre 2015 pour tenter de "sauver la planète" (nous dit-on) est évidemment considérée comme d’un enjeu mondial nettement supérieur à l’enjeu de ces "petites" régionales d’une très petite partie du monde.

5. La prolongation de l’état d’urgence du 14 novembre 2015 jusqu’au 26 février 2016 au moins, et la possibilité répétée par le Premier Ministre Manuel Valls de le reprolonger encore, sont des mesures sans précédent au cours d’une campagne électorale. Cela a empêché l’expression normale de la vie démocratique, notamment des manifestations dont les premières victimes sont les militants écologistes (dont je ne suis pas mais qui ont le droit de s’exprimer tant parce que se  tient la COP21 que parce qu’il y a des élections régionales, les régions ayant des prérogatives importantes dans le domaine de l’environnement et des transports). Même l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin a commencé à s’en inquiéter (le 2 décembre 2015).

6. La traque des terroristes et la couverture de la COP21, sans compter les mille et un événements internationaux qui monopolisent les médias, comme, ce 2 décembre 2015, la fusillade de San Bernardino, à l’est de Los Angeles, qui a tué au moins quatorze personnes (je peux me demander pourquoi à cette occasion, on parle plus de la loi sur la possession d’armes plutôt que du terrorisme qui sévit aussi aux États-Unis, puisqu’en France, "on peut" également, en pleine ville, fusiller et tuer cent trente personnes à la kalachniov malgré l’interdiction de détenir des armes), empêchent les électeurs de se concentrer sur le projet politique des candidats aux régionales.

7. Enfin, le contexte général des élections régionales est lui aussi pourri : la réforme territoriale illisible et inexplicable, qui ne réduira aucune dépense publique, qui même coûtera plus cher en fonctionnement en raison des problèmes de géographie décisionnelle, a été mise en œuvre d’une manière particulièrement absurde et ubuesque en redéfinissant des frontières régionales inadéquates et probablement ingérables par des différences trop grandes entre les territoires (entre Limousin et Pays Basque, entre Ardennes et Alsace, etc.). Elle ne contribue donc pas à impliquer les citoyens dans ce qu’ils pourraient considérer comme des artifices et des manœuvres politiciennes.

Tous ces facteurs, non exhaustifs, entraînent une naturelle désaffection de l’électorat pour un scrutin à des enjeux sans visibilité. Le maintien de l’état d’urgence et la priorité logique à d’autres actions que ces élections (la traque des terroristes par exemple) auraient dû encourager le gouvernement à plus de sagesse et à reporter l’organisation de ces élections régionales dont la date aurait très bien peu être fixée en avril ou mai prochain (rien ne l’empêchait et aucun argument valable ne pouvait s’y opposer).


La situation de 2010

En dehors des DOM-TOM dont les situations sont très particulières, la gauche socialiste "détient" actuellement toutes les régions sauf l’Alsace. Elle a donc beaucoup à perdre au contraire de l’opposition parlementaire (LR-UDI-MoDem). Pour avoir une base de comparaison, même si le paysage politique a un peu évolué par rapport à 2010, j’indique ici l’audience électorale du premier tour (le 14 mars 2010). Le PS et ses alliés avaient obtenu 29,1% des suffrages exprimés ; LR et ses alliés centristes (y compris MoDem, allié en 2015) 30,2% ; les écologistes 12,2% ; le FN 11,4% et le Front de gauche 5,8%.


L’offre électorale de 2015

1 757 conseillers régionaux sont à élire. 21 456 candidats sont dans la compétition au sein de 171 listes. 49,4% des candidats sont des femmes, en raison de la parité obligatoire sur les listes, mais moins de 22% des têtes de liste sont des femmes. L’âge moyen des candidats est de 49 ans.

Le FN n’a aucun allié. Les Républicains sont alliés à l’UDI partout (l’UDI est candidate à la présidence dans trois régions) et au MoDem (à une exception près). Les listes de Nicolas Dupont-Aignan sont présentes dans toutes les régions. Le PS part sans alliés majeurs dans toutes les régions malgré son pseudo-référendum des 17 et 18 octobre 2016 (seulement 251 327 personnes ont voté et celles-ci ont voulu vainement une union de la gauche à 89,7% sans se soucier du programme électoral). Les écologistes partent soit seuls soit en alliance avec le Front de gauche qui, lui-même, est désuni dans certaines régions avec des listes séparées du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et des communistes.

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Parmi les candidats à la présidence d’un conseil régional, certains sont des personnalités nationales, en particulier : Valérie Pécresse (LR), Claude Bartolone (PS), Wallerand de Saint-Just (FN), Pierre Laurent (PCF), Emmanuelle Cosse (EELV), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Nathalie Arthaud (LO) et François Asselineau (UPR) en Île-de-France ; Philippe Richert (LR), Jean-Pierre Masseret (PS) et Florian Philippot (FN) en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine ; Virginie Calmels (LR) et Alain Rousset (PS) en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes ; Laurent Wauquiez (LR) et Jean-Jack Queyranne (PS) en Auvergne-Rhône-Alpes ; François Sauvadet (UDI) et Sophie Montel (FN) en Bourgogne-Franche-Compté ; Jean-Yves Le Drian (PS), Marc Le Fur (LR) et Christian Troadec (MBP) en Bretagne ; Philippe Vigier (UDI) au Centre-Val de Loire ; Dominique Reynié (LR), Carole Delga (PS), Louis Aliot (FN) et Jean-Claude Martinez (ex-FN) en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ; Xavier Bertrand (LR), Marine Le Pen (FN), Pierre de Saintignon (PS) et Sandrine Rousseau (EELV) au Nord-Pas-de-Calais-Picardie ; Hervé Morin (UDI) et Nicolas Bay (FN) en Normandie ; Bruno Retailleau (LR) et Christophe Clergeau (PS) au Pays de la Loire ; Christian Estrosi (LR), Marion Maréchal-Le Pen (FN), Jacques Bompard (ex-FN), Christophe Castaner (PS) et Jean-Marc Governatori (AEI) en Provence-Alpes-Côte d’Azur ; José Rossi (LR), Paul Giacobbi (DVG) et Dominique Bucchini (PCF) en Corse ; Jean-Paul Taubira (PPG, frère de Christiane Taubira, en Guyane ; Victorin Lurel (PS) en Guadeloupe ; Serge Letchimy (PPM) et Alfred Marie-Jeanne (PCM) en Martinique ; enfin Didier Robert (LR) à La Réunion.


Les enjeux des régionales 2015

Peu compris, ces enjeux ne sont pourtant pas mineurs. Ils sont importants, tant à l’échelle régionale que nationale.

Les enjeux régionaux, je les survole ici très brièvement mais ils sont cruciaux puisque c’est du ressort des régions d’encourager au mieux le développement des activités économiques. En ce sens, ce sont les institutions essentielles pour relayer la politique nationale en faveur des entreprises et en faveur de l’emploi (je rappelle que l’aide aux entreprises favorise avant tout l’emploi). Et cela dans un climat social qui, tétanisé par les attentats, est traumatisé par la très forte hausse du nombre de demandeurs d’emploi communiquée le 26 novembre 2015 (42 000 demandeurs d’emploi de la catégorie A supplémentaires entre septembre 2015 et octobre 2015).

L’autre enjeu régional majeur concerne les transports et la nécessité de renforcer l’offre en transports en commun et en infrastructures à tous les habitants d’un territoire.

Néanmoins, je considère que les enjeux nationaux de ces élections sont aussi importants pour une raison simple : ces régionales sont les dernières élections avant l’élection présidentielle du printemps 2017. En ce sens, c’est la dernière occasion pour le gouvernement actuel de se frotter à la réalité électorale.

Et les socialistes, qui sont partis divisés aux régionales avec la présence de listes écologistes d’un côté, et communistes de l’autres, ont un handicap de taille en raison de la forte montée du Front national. Il semble acquis dans la plupart des régions, un second tour serait nécessaire et serait sous la forme d’une triangulaire entre les trois pôles politiques actuels, le FN, la coalition LR-UDI-MoDem et le PS et ses alliés (alliés éventuels du second tour). Or, selon les sondages, le FN réussirait dans certaines régions à gravir le premier rang : le second tour fera élire la liste arrivée en premier seulement à la majorité relative.

Les sondages sont à ce titre assez alarmants pour les partis dits de gouvernement. Le FN est crédité d’environ 30% des voix en moyenne alors que son audience avait été établie autour de seulement 25% aux élections européennes du 25 mai 2014. En clair, cette poussée se réaliserait dans toutes les régions, même l’Île-de-France où sa "cote" se situerait autour de 20% alors qu’aux précédentes élections, le FN n’avait même pas pu franchir le seuil de 10% pour être présent au second tour et avoir au moins un élu (l’une des rares régions qu’on peut comparer encore avec mars 2010 puisque son contour est resté identique).

La grande inconnue reste la conséquence des attentats sur le comportement électoral, tant sur la participation que sur le choix de la liste. Les sondages sembleraient indiquer un renforcement de l’audience du FN qui peut s’expliquer assez simplement : toutes les mesures véritablement sécuritaires qu’a mises en place le gouvernement socialiste (et je n’ose imaginer quelles auraient été les réactions des socialistes si cela s’était passé sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy) semblent apporter de l’eau au moulin idéologique du FN.

Le bond historique néanmoins prévisible de François Hollande dans les sondages (il double presque sa cote de popularité) ne doit pas cacher que la popularité de Manuel Valls n’évolue pas de la même manière et que dans tous les cas, François Hollande, à qui on fait crédit à juste titre de son comportement personnel adapté en pareilles tragédies (déjà constaté après les attentats contre "Charlie-Hebdo" en janvier 2015), n’est pas candidat aux élections régionales.


La poussée annoncée du FN

En quoi ces élections ont-elles une importance nationale ? Parce que c’est la dernière occasion de redistribuer les cartes avant l’élection présidentielle qui se préparera donc sur les bases des rapports de forces de décembre 2015. En ce sens, le PS joue autant sa survie que Les Républicains dont l’objectif est d’être devant le FN sur le plan national.

En effet, le rêve probablement irréalisable de l’opposition parlementaire serait de remporter le grand chelem des régions, mais le PS pourrait néanmoins sortir gagnant dans le Sud-Ouest. L’opposition parlementaire n’est pas seulement concurrencée par le PS, son concurrent traditionnel, mais aussi par le FN dans deux régions d’une grande importance démographique : le grand Nord et la PACA. Dans ces territoires, la famille Le Pen pourrait remporter un succès qui serait d’une importance historique.

Dans le grand Nord, l’écart entre Marine Le Pen et Xavier Bertrand est d’environ 10%, c’est un fossé très difficile à franchir entre les deux tours sans aide massive de la gauche dont le maintien ou le retrait ne satisferait personne. De même en PACA, la surenchère sécuritaire de Christian Estrosi le rend peu crédible aux yeux de la plupart des électeurs de gauche comme rempart face à la très jeune députée Marion Maréchal-Le Pen dont l’habileté politique a même supplanté celle de sa tante.

L’affolement de la presse régionale qui commence à comprendre que l’élection d’un ou d’une présidente FN dans un conseil régional devient désormais possible ne me paraît pas vraiment productif. Les électeurs préfèrent penser par eux-mêmes et apprécient peu qu’on leur dicte ce qu’il faut faire.

Plus intéressantes ont été les déclarations du président du Medef Pierre Gattaz qui a averti à juste titre le 1er décembre 2015 que le programme économique du FN est proche de celui de l’extrême gauche et pourrait handicaper lourdement et durablement le tissu économique dans les régions où le FN aurait l’occasion de gagner. Un avertissement confirmé par certains grands entrepreneurs de la région Nord qui ont annoncé qu’en cas de victoire du FN, ils déménageraient soit à Bruxelles soit à Paris. Mais ces menaces seront-elles efficaces ? Je pense qu’elles sont plutôt contreproductives puisque le discours actuel du FN reste celui de la victimisation simpliste : "moi, David, qui ai raison, face à tous les autres, méchant Goliath".

De plus, devenir la cible du Medef ne peut que favoriser l’expansion électorale du FN dont les sympathisants pour la plupart ont déjà renoncé depuis longtemps à l’ambition de la France de se maintenir parmi les premières puissances économiques mondiales dans une économie ouverte prête à exporter sa haute technologie, sa science (le nombre de Prix Nobel de physique, de chimie et de médecine en fait l’un des meilleurs pays du monde derrière les USA) et son savoir-faire reconnu par tous les pays étrangers (nucléaire, aéronautique, spatial, télécommunication, renseignement, etc.). Ce qui en fait le parti le moins patriote de France, au contraire à ses revendications.


2017 se profile en 2015

Ceux qui, consciemment, après réflexion, ont décidé de ne pas aller voter les 6 et 13 décembre 2015 sont donc prévenus : ils ne devront pas regretter les résultats de ces élections, qui sont promis à un nouveau séisme de la classe politique, et devront en assumer les conséquences pour l’élection présidentielle de 2017, car il faut dire les choses explicitement : si le FN gagnait au moins une région en décembre 2015, l’élection de Marine Le Pen en mai 2017 deviendrait une possibilité de moins en moins improbable…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

_yartiRegionales2015A03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151203-regionales-2015A.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dimanche-on-vote-en-france-174979

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/03/33017461.html


 

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