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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 06:14

« C’est toujours l’impatience de gagner qui fait perdre. » (Louis XIV).



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Le tsunami annoncé est donc arrivé. Jamais on a parlé aussi peu des enjeux régionaux que pour ces élections régionales, jamais une campagne électorale n’a été aussi escamotée, par l’état d’urgence, le choc des attentats du 13 novembre 2015, les 42 000 demandeurs d’emploi supplémentaires en un seul mois, les diversions des médias sur des enjeux nationaux voire planétaires (COP21) dont les dernières conclusions (accord contraignant ou pas ?) auront lieu le 11 décembre 2015, soit entre les deux tours.

Ce premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 est d’abord une immense défaite du Parti socialiste et du gouvernement. Alors qu’ils contrôlaient l’exécutif de toutes les régions sauf l’Alsace, leurs listes ne sont en tête que dans deux régions, la Bretagne et l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, et dans la plupart des autres, elles sont même en troisième place, parfois très loin derrière.

Mais incontestablement, l’échec du PS est médiatiquement effacé par d’abord la poursuite de la poussée électorale du Front national. Loin de recueillir les fruits de l’opposition, l’alliance LR-UDI-MoDem talonne avec peine le FN qui est le grand gagnant de ce scrutin. En se hissant en tête dans six régions, les deux annoncées, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA, mais aussi l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, et même flirtant avec la premier place en Normandie, le FN a gagné de très nombreuses nouvelles voix. À l’évidence, beaucoup de ces voix proviennent autant de l’électorat de droite que de l’électorat de gauche. Dans certaines régions, il y a une véritable captation de l’électorat de l’opposition au bénéfice du FN.

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C’est dans les régions où la famille Le Pen est tête de liste que le FN pourrait gagner la région : dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, les deux égéries du FN ont dépassé 40% au premier tour, ce qui est une double performance exceptionnelle. Paniqué par ce séisme, le bureau du PS a décidé de retirer sans condition ses listes dans ces régions, mais la victoire des listes LR-UDI-MoDem n’y est pas pour autant acquise. Surtout en PACA où Christian Estrosi va devoir faire campagne pour obtenir le soutien des voix de gauche.


Retrait ou pas de la 3e liste ?

Au sein de l’alliance LR-UDI-MoDem dont l’union a été salutaire pour préserver ses chances de reconquête, une ligne de fracture voit le jour, sans surprise, sur les réactions face au séisme FN : Nicolas Sarkozy et la plupart des responsables LR souhaitent exclure toute fusion et tout retrait de listes au second tour. Tandis que les centristes menés par Jean-Christophe Lagarde (UDI) et François Bayrou (MoDem) réclament au contraire un principe simple lorsqu’il y a risque que le FN arrive en tête au second tour, donc possibilité de gagner l’exécutif régional, celui du retrait de la liste arrivée en troisième position.

La position des centristes a le mérite d’être claire et morale à la fois, en considérant que la lutte contre le FN est supérieure à la lutte contre le parti traditionnellement opposé (LR/PS). Sur le plan moral, il n’y a pas photo, en effet, mais même au niveau des politiques européenne, économique, etc., il y a plus de divergences de vue avec le FN qu’avec tout autre parti. Les conséquences à court terme sont d’empêcher la victoire du FN dans une région, ce qui circonscrit la gouvernabilité des élus du FN.

La position des LR a elle aussi le mérite d’être claire en refusant toute pression extérieure et en insistant pour maintenir son offre politique au second tour dans tous les cas. Elle pourrait avoir pour effet l’élection d’un candidat FN à la tête d’une ou de plusieurs régions. Mais elle a un effet salutaire à long terme : elle sape le premier argument qui nourrit le capital électoral du FN, à savoir la supposée collusion LR-PS.

Par ailleurs, le maintien d’une liste LR qui est sûre de ne pas gagner ne ferait pas forcément le jeu de la liste FN. En effet, si des électeurs refusent le maintien des socialistes, s’ils n’avaient plus l’offre électorale de l’alliance LR-UDI-MoDem, ils pourraient être tentés de se reporter …au FN.

La soirée électorale, très généralement écourtée par les principales chaînes de télévision, a donc parlé de tout sauf des projets régionaux. Il y a à parier que dimanche prochain, on n’aura toujours pas parlé des projets régionaux, d’autant plus que certains décrets d’application sont toujours attendus pour connaître précisément l’étendue réelle des compétences de ces nouvelles grandes régions !

Au-delà de la gestion nouvelle d’un paysage politique marqué maintenant par une tripolarisation, ce qui, par l’effet majoritaire de l’élection présidentielle, va amener à court terme à la disparition d’un des trois pôles (pour l’instant, le plus probable reste le PS), voici quelques remarques et observations supplémentaires concernant ce premier tour des régionales.

1. Abstention : des 44 802 530 électeurs inscrits, 50,02% se sont abstenus. L’abstention est donc plus faible que les 53,7% du 14 mars 2010. Il faut donc bien comprendre que le vote FN élevé n’est plus la conséquence d’une forte abstention. Au contraire, aujourd’hui, pour le FN, il y a un réel vote par adhésion et plus seulement par défaut. Ne pas le comprendre est ne rien comprendre à la stratégie de Marine Le Pen depuis janvier 2011.

2. Près de 200 000 voix séparent le FN et l’alliance LR-UDI-MoDem. En ce sens, le FN a réussi son premier pari, celui de s’installer comme premier parti de France, place déjà obtenue lors des élections européennes du 25 mai 2014, mais avec un score renforcé de 2 à 3%. Dans certaines régions, le FN fait la même performance que le total PS+LR-UDI-MoDem. Le score du FN dans les villes dont il a gagné la mairie en mars 2014 est également très élevé et souvent supérieur à 50% (Fréjus, Hénin-Beaumont, etc.).

3. Le PS a la mauvaise foi de vouloir raisonner en terme de "bloc de gauche" en comptabilisant son score avec celui des écologistes et des communistes. Pourtant, ils ne sont d’accord sur rien, et il est donc surprenant, sinon pour une simple question de sauver les meubles et des postes, qu’il y ait fusion au second tour. On voit à l’évidence que le projet politique passe à la trappe, ce qui est peu respectueux des électeurs. En ce sens, les listes LR-UDI-MoDem sont les seules à proposer un projet politique clair, cohérent et régional. Certains disent déjà que François Hollande voudrait réunir toute cette gauche derrière sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Je n’ose imaginer quelle nouvelle phrase il va devoir trouver pour capter une nouvelle fois un électorat de gauche naïf : mon ennemi, c’est le terrorisme ?

4. Une chose est certaine quand on suit l’évolution historique du FN, c’est que l’exercice du pouvoir par le PS dope électoralement le FN. Après cinq ans de gouvernement de Lionel Jospin, Jean-Marie Le Pen est bombardé au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Après trois ans de pouvoir de François Hollande, Marine Le Pen est désormais parmi les possibles de l’élection présidentielle de 2017.

5. Le meilleur moyen de combattre le FN dans l’optique de la présidentielle de 2017, c’est d’éviter tout risque de collusion entre PS et LR. Si l’électorat considérait que LR équivaudrait à PS, alors le seul moyen de voter pour l’alternance serait de choisir le FN. Pourtant, le FN ferait pire que le gouvernement sortant. Mais on ne parle jamais des programmes.

6. Il est effarant d’écouter la plupart des responsables socialistes comme Claude Bartolone, Jean-Marie Le Guen et quelques autres, qui, visiblement, n’ont rien compris à ce qu’il se passe dans le pays depuis quelques années. Ils sont dans leur tête encore au début des années 1980. Ils ont beau imposer à leurs candidats le retrait de trois listes, deux des têtes de liste, Pierre de Saintignon (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et Christophe Castaner (PACA) ont expliqué le soir du premier tour qu’ils retiraient leurs listes pour faire barrage contre le FN mais sans explicitement appeler à voter pour les listes LR-UDI-MoDem et surtout, en critiquant bien plus fortement les têtes de listes LR (Xavier Bertrand et Christian Estrosi) que celles du FN. Étrange comportement qui se voudrait moral mais qui tape sur ceux qu’il est censé aider… Quant à la troisième tête de liste, Jean-Pierre Masseret (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine), visiblement dépassé par les événements et bien trop âgé, il a annoncé son maintien contre les injonctions de son parti, et son maintien aurait l’effet quasi-certain de l’élection de Florian Philippot à la présidence du conseil régional de l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Pour un parachutage depuis quelques années, il y a donc de quoi se frotter les mains.

7. Petit bonus à Christian Estrosi qui est l’un des rares à avoir fait son boulot de tête de liste. Certes, la personnalité est loin de faire l’unanimité et le changement de stratégie électorale a de quoi donner le tournis, mais il a au moins rappelé ses engagements dès 20 heures 50 ce dimanche, à savoir le programme régional qu’il a bâti avec son équipe et qu’il compte promouvoir aussi au second tour, sans se préoccuper du PS (qui, à l’origine, voulait se maintenir). En ce sens, il propose du fond alors que les discours politiques aujourd’hui sont polarisés sur des question de tactique électorale et politicienne dont les électeurs se moquent complètement.

8. Néanmoins, des deux régions où le FN pourrait franchir le seuil de 50%, je considère que la PACA a une petite longueur d’avance. D’une part parce que l’électorat est très à droite et très conservateur, et d’autre part, parce que la personnalité de Marion Maréchal-Le Pen est vraiment percutante, capable d’entraîner une véritable adhésion populaire. D’ailleurs, ce sera l’un des enseignements du second tour. Si Marion Maréchal-Le Pen se faisait élire et pas sa tante, il y aurait la naissance d’une contraignante rivalité au sein de la famille Le Pen, pas nouvelle puisque Jean-Marie Le Pen a finalement été exclu de "son" FN le 20 août 2015, mais qui aura des conséquences à moyen terme, sur les thèmes de campagne du FN en 2017 et, en cas d’échec en 2017, sur le leadership du FN dans la perspective de 2022.

9. Le PS n’est pas en position de gagner lorsqu’il n’obtient qu’autour 15% au premier tour avec 10% ou même 20% d’écart avec ses concurrents. Le maintien des listes PS a une raison, celle de permettre de préserver quelques sièges au PS. Le pire, c’est qu’aux premières minutes après la fermeture des bureaux de vote, le PS avait appelé à des fusions avec les listes LR-UDI-MoDem… sans en expliquer la raison programmatique. Une fusion aurait engendré un flou politique complet sur le programme qui serait appliqué en cas de victoire et surtout, aurait renforcé l’impact du FN sur sa fameuse formule UMPS.

10. Dans toutes les régions, les résultas du premier tour sont tels qu’il y a une grande incertitude sur les gagnants du second tour. Les deux régions que le PS semble pourtant assurer de conserver proviennent de listes dirigées par deux responsables très anciens du PS, plutôt situés sur l’aile droite, Jean-Yves Le Drian en Bretagne et Alain Rousset en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Il est intéressant de voir que le renouvellement au PS ne lui est pas favorable ; les nouvelles têtes doivent même se retirer. Il y a donc une véritable incohérence entre une demande des électeurs de renouvellement du personnel politique et l’adhésion, par ces mêmes électeurs, des responsables politiques les plus anciens et les plus expérimentés. En regardant en détails les résultats dans chaque région, on s’aperçoit aussi qu’il y a une réelle prime à la notoriété nationale. Ce qui nécessite d’être dans la vie politique depuis longtemps. C’est sans doute le handicap que devra surmonter pour le second tour la première adjointe d’Alain Juppé et candidate à la tête de l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, à savoir Virginie Calmels.

11. Une des causes d’une forte mobilisation électorale du FN, c’est aussi le mécontentement à propos des nouvelles frontières des grandes régions. C’est assez palpables en Alsace comme en Bourgogne-Franche-Comté. Le contour avait aussi un but électoral : réduire les pertes électorales du PS en collant des régions très socialistes à des régions plus "fragiles". Ce calcul électoral ne semble pas avoir fonctionné...

12. L’un des arguments convaincants de l’alliance LR-UDI-MoDem en Île-de-France, c’est que voter pour le FN qui n’est pas en mesure de gagner l’élection fait nécessairement le jeu de l’exécutif sortant. Le vote pour Valérie Pécresse est donc un véritable choix d’alternance. Mais l’argument pourrait aussi se retourner par exemple en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon où Dominique Reynié (LR) a manifestement très peu de chance de remporter la région.

13. Dernière remarque : Manuel Valls a été absent de la soirée électorale alors qu’il avait l’habitude de s’exprimer dès les premières minutes. La stratégie de mettre le FN comme son principal adversaire est donc un échec complet, au point de disparaître entre les deux tours dans les régions les plus mobilisées en faveur du FN. Comme François Hollande ne peut imaginer son salut que dans un retour à une union de la gauche aussi archaïque que nécessaire au premier tour, les jours de Manuel Valls à Matignon semblent donc comptés, d’autant plus si le FN gagnait une région. La pilule sécuritaire serait en effet plus facile à faire passer si un nouveau Premier Ministre pourrait convaincre les écologistes et peut-être même le Front de gauche à rejoindre le gouvernement. François Hollande croit encore un sursaut électoral avec le succès de la COP21. C’est un grand optimiste !

François Hollande, champion du "foutage de gueule", est pourtant le premier responsable de la forte poussée électorale du FN. À force de prendre les citoyens pour des imbéciles, ils n’hésitent plus à le prendre au mot…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

_yartiRegionales2015B03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151206-regionales-2015B.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2015-fievre-175093

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/07/33034172.html



 

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