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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 06:47

« En la personne de Sibelius est donné à notre pays un musicien dont le riche talent dépasse tout ce que notre musique a pu produire jusqu’ici. » (Jury pour le poste de professeur de musique de l’Université d’Helsinki, 1896).


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Ce mardi 8 décembre 2015, les mélomanes et les Finlandais fêtent le 150e anniversaire de la naissance du grand compositeur Jean Sibelius, considéré à la fois comme un grand musicien de la première moitié du XXe siècle et un héros national en Finlande.

Né en effet le 8 décembre 1865 à Hämeenlinna, orphelin de père très tôt, il commença à suivre ses premières leçons de piano à l’âge de 5 ans et son oncle lui offrit un violon lorsqu’il avait 10 ans. Ce fut aussi à l’âge de 10 ans qu’il composa sa première œuvre au piano. Après de médiocres études de droit qu’il délaissa, Sibelius partit pour Berlin étudier la musique et l’orchestration en 1889, ce qui lui permit de quitter la musique de chambre et de composer à partir de 1890 de la musique pour orchestre.

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Ami du peintre finlandais Akseli Gallen-Kallela né la même année que lui, Sibelius fut peint en 1894 dans un portrait de groupe d’amis avec le chef d’orchestre Robert Kajanus et le compositeur Oskar Merikanto.

Touché par Bruckner, Wagner, Debussy, Schönberg et Liszt, Sibelius a reçu son premier grand succès lors de la création de sa première symphonie le 26 avril 1899. Entre temps, la Finlande a été mise sous la tutelle répressive du tsar russe Nicolas II à partir du 15 février 1899, notamment en imposant l’emploi de la langue russe. Cédé par la Suède, le Grand-duché de Finlande avait été rattaché à l’Empire russe le 17 septembre 1809 par le Traité de Fredrikshamm, mais jouissait encore d’une certaine autonomie (notamment linguistique ; plusieurs langues cohabitaient : l’allemand, le suédois et le finnois).

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Cette répression tsariste a encouragé le musicien à composer des morceaux de résistance et à proposer "Finlandia" pour le pavillon finlandais de l’exposition universelle à Paris du 14 avril au 12 novembre 1900. Sibelius a même composé une marche funèbre en hommage à Eugen Schauman, qui s’est suicidé le 16 juin 1904 juste après avoir assassiné le gouverneur-général russe Nikolaï Bobrikov, auteur de la répression russe. Bien que meurtrier, Eugen Schauman bénéficie encore aujourd’hui d’une plaque de marbre sur les lieux de l’assassinat, dans le vestibule du palais du Conseil d’État, avec cette élogieuse inscription en latin : « Se pro Patria dedit » (Il s’est sacrifié pour sa patrie).

Après un séjour en Italie en 1901, période où, au Festival de Heidelberg, il rencontra Dvorak et Richard Strauss (qui dirigea la création de la dernière version de son célèbre concerto pour violon à Berlin le 19 octobre 1905), il s’installa avec sa famille à Järvenpää dans le nord d’Helsinki à partir de 1903 et sympathisa en particulier avec Malher. Juste avant la Première Guerre mondiale, Sibelius s’est rendu aux États-Unis où son génie musical fut consacré notamment par l’Université Yale qui, en quelques sortes, l’a "anobli" universitairement (fait doctor honoris causa).

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La guerre et surtout la Révolution russe ont incité le Parlement de Finlande à proclamer l’indépendance du pays le 6 décembre 1917. Les années 1920 furent beaucoup plus agréables pour Sibelius dont la renommée internationale n’était plus à faire et qui a ainsi pu sortir d’une certaine misère matérielle et même psychologique. Perfectionniste, il a poursuivi ses deux activités, composition (surtout des symphonies) et direction d’orchestre un peu partout en Europe.

À partir de 1924, Sibelius renonça à diriger des orchestres en raison de ses mains tremblantes. Les symphonies de Sibelius ont été enregistrées au début des années 1930 par Robert Kajanus qui dirigeait l’Orchestre symphonique de Londres. Bien plus tard, Lorin Maazel enregistra l’intégrale des symphonies de Sibelius en dirigeant l’Orchestre philharmonique de Vienne. Les autres chefs qui interprétèrent Sibelius furent principalement Herbert von Karajan, Leonard Bernstein, Colin Davis, Osmo Vänskä et Paavo Järvi.

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De 1928 à 1945, Sibelius travailla en vain sur sa huitième symphonie qu’il n’a jamais achevée et qu’il aurait finalement jetée au feu de dépit. Pendant les trente dernières années de sa vie, il ne composa plus de musique. Malgré les tentatives de séduction et d’honneurs de l’Allemagne nazie, Sibelius refusa toute compromission avec l’idéologie nazie (Sibelius était surtout flatté du succès qu’il avait rencontré en Allemagne, grand pays de grands musiciens et notamment patrie de Richard Strauss).

Après la Seconde Guerre mondiale, il fut honoré par la venue d’invités prestigieux chez lui, comme les jeunes violonistes Yehudi Menuhin et Isaac Stern, et aussi le vieux Juho Kusti Paasikivi, Président de la République de Finlande du 8 mars 1946 au 1er mars 1956, à l’origine de la fameuse politique de la finlandisation (neutralité avec l’Union Soviétique), qui lui a souhaité son 85e anniversaire. Sibelius est mort à 91 ans le 20 septembre 1957 à Järvenpää, dans sa propriété.

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Mais plutôt que du blablatage, je propose ici, grâce à la "magie" d’Internet, une vingtaine d’œuvres de Sibelius, les incontournables mais pas seulement. Cela permettra à chacun d'avoir son idée sur Sibelius. L’ensemble est donc très long à écouter mais cela permet de présenter une vue large de l’œuvre musicale de l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle. On y constate le très grand perfectionnisme de Sibelius (qui a rectifié de nombreuses œuvres même après leur création) et qui dirigeait la plupart des créations de ses œuvres.


1. Symphonie n°1 en mi mineur (op. 39)

Créée le 26 avril 1899 à Helsinki sous la direction de Sibelius lui-même, cette symphonie fut modifiée et la version définitive fut créée le 1er juillet 1900 à Helsinki sous la direction de l’ami du compositeur Robert Kajanus. Son succès a assuré la réputation internationale de Sibelius.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Leonard Bernstein).

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2. Symphonie n°2 en ré majeur (op. 43)

Créée dans sa première version le 8 mars 1902 à Helsinki sous la direction de Sibelius et dans sa version définitive le 10 novembre 1903 à Helsinki sous la direction d’Armas Järnefelt, cette symphonie a hissé Sibelius parmi les héros populaires chez les Finlandais en pleine période de répression russe. Elle fut composée à la suite d’un séjour en Italie à Rapallo puis à Florence.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Leonard Bernstein).


3. Symphonie n°3 en ut majeur (op. 52)

Créée le 25 septembre 1907 à Helsinki toujours sous la direction de Sibelius, elle fut moins romantique et moins patriotique, et donc plus classique que les deux précédentes symphonies. Elle fut parmi ses symphonies les moins appréciées.



(Enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Suède dirigé par Esa-Pekka Salonen).


4. Symphonie n°4 en la mineur (op. 63)

Créée le 3 avril 1911 à Helsinki sous la direction de Sibelius, cette symphonie fut le résultat des doutes du compositeur en proie à des gros ennuis de santé. Son austérité et son dépouillement furent mal accueillis par le public, ce qui a renforcé les doutes sur ses propres capacités de compositeur.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan).


5. Symphonie n°5 en mi bémol majeur (op. 82)

Créée dans sa première version il y a exactement un siècle, le 8 décembre 1915 à Helsinki sous la direction de Robert Kajanus, pour le 50e anniversaire de Sibelius, et dans sa version définitive le 24 novembre 1919 à Helsinki sous la direction de Sibelius, la cinquième symphonie pleine d’héroïsme fut effectivement commandée par le gouvernement finlandais pour honorer le compositeur et son anniversaire fut déclaré jour férié. Point d’inflexion dans l’écriture de la musique, Sibelius devait choisir entre un style plus moderne et attendu du public comme ce fut le cas dans la même période avec Schönberg, Stravinsky, Debussy, Ravel… ou continuer son style plus classique.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Leonard Bernstein).


6. Symphonie n°6 en ré mineur (op. 104)

Créée le 19 février 1923 à Helsinki sous la direction de Sibelius, cette symphonie est parmi les moins jouées au monde et a eu peu de succès lors de sa création, en raison de son lyrisme.



(Enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Lahti dirigé par Osmo Vänskä).


7. Symphonie n°7 en ut majeur (op. 105)

Créée le 24 mars 1924 à Stockholm sous la direction de Sibelius, cette symphonie n’est composée que d’un seul mouvement et a été le résultat d’un long processus de maturation.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan).


8. Concerto pour violon en ré mineur (op. 47)

Créé dans sa première version le 8 février 1904 à Helsinki avec Viktor Novacek pour soliste et sous la direction de Sibelius et dans sa version définitive le 19 octobre 1905 à Berlin avec Karel Halir pour soliste et sous la direction de Richard Strauss, ce concerto est l’un des plus joués au monde (et parmi les plus enregistrés, avec une cinquantaine d’interprétations). Œuvre majeure de SIbelius et aussi du XXe siècle, la pièce musicale est un véritable dialogue entre le violon soliste et l’orchestre qui n’est pas qu’un simple accompagnateur.



(Enregistrement avec Soyoung Yoon et l’Orchestre philharmonique de Poznan dirigé par Marek Pijarowski).

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9. "Karelia" (op. 11)

Créée le 13 novembre 1893 à Helsinki sous la direction de Sibelius, cette suite fut une musique de scène pour un concert de bienfaisance à Vyborg, en Carélie, et fut appréciée surtout pour le patriotisme qu’elle encourageait. Composée de trois mouvements, cette suite est précédée d’une ouverture (op. 10) qui décrit l’histoire de Carélie pendant plus de mille ans en huit tableaux.



(Enregistrement avec le Philharmonia Orchestra de Londres dirigé par Vladimir Ashkenazy).


10. "Kullervo" (op. 7)

Créé le 28 avril 1892 à Helsinki avec les solistes Emmy Achté et Abraham Ojanperä sous la direction de Sibelius, ce poème symphonique (qui pourrait presque être considéré comme une symphonie avec ses cinq mouvements) a reçu un grand succès par un public acquis à la cause de l’indépendance de la Finlande. L’œuvre est devenue l’une des premières musiques nationales de Finlande qui raconte l’histoire de Kullervo, un héros des légendes finlandaises.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Stockholm dirigé par Paavo Järvi).


11. Suite "Lemminkäinen" (op. 22)

Créé le 13 avril 1896 à Helsinki sous la direction de Sibelius, ce poème symphonique est composé de quatre mouvements reprenant les contes et légendes finnois contenus dans le "Kalevala" (publié en 1835 puis 1849) au même titre que son poème "Kullervo". Lorsqu’il a composé cette suite, Sibelius s’était éloigné de l’œuvre de Wagner et rapproché de Liszt, mais la musique était si difficile que pendant les répétitions, les musiciens de l’Orchestre philharmonique d’Helsinki sont rentrés en rébellion contre le compositeur et chef d’orchestre, à en faire pleurer son épouse Aino qui était restée écouter dans les coulisses. La pièce fut modifiée jusqu’en 1947.




12. "Finlandia" (op. 26)

Créé dans sa première version le 4 novembre 1899 à Helsinki sous la direction de Sibelius puis dans sa version modifiée le 2 juillet 1900 à Helsinki sous la direction de Robert Kajanus, ce poème symphonique en la bémol majeur fut l’hymne officieux de la Finlande. Il fut composé pour défendre la liberté de la presse qui était bafouée en Finlande par Bobrikov depuis plusieurs mois et aussi pour servir à l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Deux versions chantées furent créées par la suite, celle des paroles de Jalmari Finne, Yrjö Sjöblom et Wäinö Sola le 21 avril 1938 avec Arvi Karvonen à l’harmonium, et celle des paroles de Veikko Antero Koskenniemi le 7 décembre 1940 sous la direction de Martti Turunen, la plus connue des versions.




13. "Chevauchée nocturne et Lever de soleil" (op. 55)

Créé le 23 janvier 1909 à Saint-Pétersbourg sous la direction d’Alexander Siloti, ce poème symphonique en trois mouvements a été inspiré de la découverte du Colisée à Rome (visité en 1901) par Sibelius et aussi de l’éclatant lever du soleil qu’il aperçut en faisant de la luge. Lors de sa création, la pièce a reçu un accueil très mitigé, en partie en raison de la manière qu’a eue Alexander Siloti de la diriger.



(Enregistrement avec l’Orchestre philharmonique de Stockholm dirigé par Paavo Järvi).


14. Musique de scène pour "La Tempête" (op. 109)

L’une des dernières œuvres de Sibelius, créée le 15 mars 1926 au Théâtre royal de Copenhague en l’absence de Sibelius et avec un bon accueil, cette pièce musicale a accompagné la pièce de Shakespeare "The Tempest" en cinq actes. Sibelius n’a pu écouter son œuvre qu’en automne 1927 après son retour de Rome. L’ouverture a été considérée comme "la partie la plus onomatopéique jamais composée".



(Enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Lahti dirigé par Osmo Vänskä).


15. Suite "Rakastava" pour cordes et percussion (op. 14)

D’abord écrite en 1893 en suite chorale inspirée d’un recueil de contes et légendes finnois "Kanteletar", cette suite fut arrangée en 1911 comme un poème symphonique en trois mouvements pour orchestre à cordes, percussion et triangle.



(Enregistrement du 19 décembre 2008 à la Cité de la Musique à Paris avec le Chamber Orchestra of Europe dirigé par Vladimir Ashkenazy).


16. "Kuolema" pour orchestre : "La Valse triste" (op. 44-1)

Composée initialement pour la pièce "Kuolema" (la mort) d’Arvid Järnefelt (le grand frère d’Armas), et créée le 2 décembre 1903 à Helsinki, "La Valse triste" fut créée dans sa version définitive le 25 avril 1904 à Helsinki. Très mélodieuse et lyrique, elle fut plébiscitée par le public.



(Enregistrement du 19 décembre 2008 à la Cité de la Musique à Paris avec le Chamber Orchestra of Europe dirigé par Vladimir Ashkenazy).


17. "Kuolema" : "Scène de grues" (op. 44-2)

Ce mouvement est le quatrième (Andante) de l’œuvre musicale "Kuolema" pour l’Acte II de la pièce "Kuolema" d’Arvid Järnefelt.



(Enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Lahti dirigé par Osmo Vänskä).


18. Quatuor à cordes en ré mineur : "Voces intimae" (op. 56)

Composé entre la troisième et la quatrième symphonie et créé le 25 avril 1910 à Helsinki, ce quatuor fut le seul de la période de "maturité" de Sibelius qui en appréciait le matériel mélodique mais trouvait le matériel harmonique un peu trop lourd.



(Enregistrement avec le Copenhagen String Quartet).

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19. Best of Sibelius




Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Sibelius.
Armide.
Pierre Boulez.
Pierre Henry.
Myung-Whun Chung.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151208-sibelius.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/sibelius-compositeur-majeur-du-xxe-175131

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/08/33025320.html


 

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