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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 06:18

« Je suis bien placé pour le savoir : au cinéma, le critique, c’est le juge et l’assassin… » (Galabru, "Pensées, répliques et anecdotes", éd. Le Cherche Midi, 2006).


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Beaucoup de départs en ce début d’année. Après Michel Delpech, Michel Galabru est allé rejoindre ses nombreux compères de la comédie humaine ce lundi 4 janvier 2016, à 93 ans, dans son sommeil, selon sa famille. Son père, ingénieur, était parti à 96 ans. Sa femme Claude l’avait précédé le 21 juillet 2015 et son frère Marc le 6 octobre 2014.

J’avais eu l’occasion (et la chance) de croiser deux fois Michel Galabru, de manière imprévue et parfois très improbable, à deux époques très différentes, et ce qui m’avait frappé, c’était qu’il était à la fois très impressionnant, et pas seulement physiquement, car si sa corpulence pouvait inquiéter, sa voix, profonde, venant des tripes, pouvait même terroriser, à la fois très impressionnant et très tendre, avec un sourire bienveillant qui donnait l’image d’un papy gâteau parfait.

J’ai été très étonné et très heureux de voir la place que Michel Galabru vient d’occuper dans les médias, et de manière consensuelle. Certes, une disparition braque toujours à nouveau les projecteurs sur une existence exceptionnelle, mais je croyais que Michel Galabru avait été oublié, complètement dépassé par la superficialité des nouveaux acteurs médiatiques, par le laconisme des tweeters, par la légèreté des facebookers, la rapidité furtive des buzzers, etc.

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C’est vrai aussi que Michel Galabru, qui savait jouer avec retenue, n’a pas joué que dans des bons films. Il a multiplié les navets mais il a pu montrer son grand talent dramatique non seulement au cinéma où il fut "reconnu" assez tôt (il a reçu un César du meilleur acteur le 19 février 1977 pour "Le juge et l’assassin" de Bertrand Tavernier ; il était en compétition avec Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere) qu’au théâtre où il excellait (reconnu aussi par la profession mais bien plus tard avec un Molière du meilleur comédien le 28 avril 2008 pour "Les Chaussettes, opus 124" de Daniel Colas).

Il aurait pu se restreindre à ne jouer que dans des films de grands auteurs mais il a préféré la comédie populaire car c’était aussi pour lui une façon de rigoler entre copains, dans la vie, et aussi une façon de rencontrer le public. Suffisamment modeste pour se dire "ringard", il n’hésitait pas à reconnaître que beaucoup de ses films étaient "alimentaires" : « Paradoxe : un bide nourrit mal son homme. Heureusement, les navets permettent de se rattraper ! ».

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Car si Michel Galabru a été très connu par la série sur "Le Gendarme de Saint-Tropez" et son comique troupier (avec Louis de Funès), il était aussi cette malheureuse victime d’un robuste centenaire Michel Serrault dans l’excellent film "Le Viager" en 1972 (réalisé par Pierre Tchernia).

Au-delà de son métier de comédien et d’acteur, Michel Galabru était aussi un formidable pédagogue, donnant pendant des décennies des cours de théâtre et créant même son théâtre à Paris (le Théâtre Montmartre Galabru).

Prédestiné au service contentieux de Schneider par son père, Michel Galabru refusa la voie juridique et entra à la Comédie-Française le 1er septembre 1950 pour sept ans après avoir reçu le premier prix du Conservatoire. Il démarra une très longue et très dense carrière au théâtre (de 1950 à 2015) et au cinéma (de 1948 à 2015).

Son CV est d’ailleurs quantitativement impressionnant, avec plus de 250 films à son actif (ce qui fait une moyenne de quatre à cinq par an !), 90 pièces de théâtre, sans compter deux douzaines d’ouvrages audiophoniques, une dizaine de livres, une dizaine de mises en scène et cinq dessins animés pour lesquels il a prêté sa voix.

Comparé à Raimu, au théâtre, il a joué dans des pièces en particulier de Pagnol ("La Femme du boulanger"), Shakespeare, Courteline, Feydeau, Molière, Jules Romains, Daudet, Montherlant, Beaumarchais, La Fontaine, Musset, Marivaux, Ionesco, Giono, Giraudoux, Anouilh, Obaldia, Labiche, Remo Forlani, etc.

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Les planches, c’était son véritable lieu d’épanouissement : « Sur scène, j’aime ouvrir grand la bouche pour avaler d’un coup tous les rires du public. C’est mon repas préféré. Jamais d’indigestion. ». Même si ce lieu pouvait être très dangereux : « Jouer sur scène présente deux risques majeurs : tomber dans la fosse ou tomber dans l’oubli ! ».

Au cinéma (et à la télévision), citons notamment sa collaboration avec les réalisateurs Marc Allégret, Jean Boyer, Yves Robert ("La guerre des boutons"), Gilles Grangier ("La cuisine au beurre"), Francis Blanche, Jean Girault ("Le Gendarme de Saint-Tropez", "Jo", "L’Avare"), Jean-Pierre Mocky ("Y a-t-il un Français dans la salle ?"), Pierre Tchernia ("Le viager", "Les Gaspards"), Michel Audiard, Georges Lautner ("La vie dissolue de Gérard Floque"), Claude Zidi ("Le grand bazar", "Les Sous-doués"), Constantin Costa-Gavras, Bertrand Tavernier ("Le juge et l’assassin"), Édouard Molinaro ("La cage aux folles"), Alain Cayatte, Alain Corneau, Jean-Marie Poiré ("Papy fait de la résistance"), Jean Becker ("L’été meurtrier"), Pierre Mondy, Claude Santelli, Luc Besson ("Subway"), Bertrand Blier, Jean-Luc Godard, Luis Rego ("Poule et frites"), Robert Enrico, Claude Berri ("Uranus"), Dany Boon ("Bienvenue chez les Ch’tis"), Yann Moix, Laurent Tirard ("Le Petit Nicolas").

À la télévision, il apparaît encore en 2015 dans des mini-séries télévisées, "Scènes de ménages" sur M6 et "Nos chers voisins" sur TF1.

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Physiquement, l’air très rural, Michel Galabru aurait pu jouer le rôle de René Monory qui, concessionnaire de Loudun, avait atteint le sommet de l’État, déjà comme ministre à deux places d’importance pour l’élite, l’Économie et les Finances et l’Éducation nationale, puis comme Président du Sénat (deuxième homme de l’État dans l’importance protocolaire), il s'était même préparé même à succéder en automne 1994 à François Mitterrand, très malade. Comme Fernandel aurait pu, si la constante de temps avait été meilleure, le rôle de Charles Pasqua ! D’ailleurs, Michel Galabru a joué justement le rôle très vraisemblable du Ministre de l’Éducation nationale dans "Le Petit Nicolas" de Laurent Tirard (en 2009).

Les rôles qu’il a joués dans la comédie lui étaient rarement valorisants dans l’histoire, souvent de rabat-joie, de méchant, ou de trompé, et finalement, ils laissaient un goût de bonne humeur et d’insouciance, celle de la France des années 1960, 1970 et 1980, la France d’avant la crise économique ou juste du début de cette crise structurelle, celle qui ne doutait pas encore d’elle-même, celle bien ancrée sur terre, pas forcément très subtile mais pas caricaturale non plus parce que c’était une France de tendresse et d’amour. C’est peut-être justement cette France-là dont auraient besoin les Français pour cette année 2016, une France qui croyait encore en son avenir, une France forte dans une Europe forte, selon l’expression de François Mitterrand.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.
Pierre Dac.
Thierry Le Luron.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160104-michel-galabru.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/galabru-un-geant-au-sourire-d-ange-176083

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/01/05/33163377.html

 

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