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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 06:04

« Ce fut un honneur pour moi d’avoir travaillé avec monsieur Mandela dans le processus qui a abouti à l’adoption d’une constitution provisoire et à nos premières élections libres en avril 1994. » (Frederik De Klerk).


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L’ancien Président de la République d’Afrique du Sud Frederik De Klerk fête ses 80 ans ce vendredi 18 mars 2016. C’est l’occasion pour moi de revenir rapidement sur son itinéraire politique.

Né le 18 mars 1936 à Johannesburg, Frederik Willem De Klerk a fait des études de droit pour devenir avocat. Il a fait partie par sa naissance de la petite aristocratie politique sud-africaine. Son nom de famille est originaire de la France (Leclerc) et ses ascendants étaient des Français huguenots qui ont quitté le pays en 1686, juste après la révocation de l’édit de Nantes par le roi Louis XIV. Sa famille depuis plusieurs générations a été très fortement impliquée dans le destin de l’Afrique du Sud.


Une famille très engagée

Son arrière-grand-père Johannes Cornelis van Rooy fut sénateur de l’Union de l’Afrique du Sud de 1929 à 1939. Son grand-père, Willem De Klerk fut pasteur.

Son père Jan De Klerk (1903-1979) fut un homme politique important de l’Afrique du Sud, engagé au Parti national : ministre de 1954 à 1969 dans plusieurs départements, au Travail et Travaux publics (1954 à 1958), au Travail et aux Mines (1958 à 1961), à l’Intérieur, au Travail et à l’Immigration (1961), à l’Intérieur, à l’Éducation et aux Arts et Sciences (1961 à 1966), à l’Éducation, aux Arts et Sciences et à l’Information (1966 à 1967), et à l’Éducation nationale (1967 à 1969). Sénateur de 1954 à 1976, Jan De Klerk fut Président du Sénat de 1969 à 1976 et à ce titre, il assura l’intérim de la Présidence de la République du 9 avril 1975 au 19 avril 1975, poste honorifique pour lequel il fut d’ailleurs pressenti à deux reprises, le 19 janvier 1967 et le 10 avril 1968.

Frederik De Klerk est aussi le neveu par alliance de Johannes Strijdom (1893-1958), le terrible Premier Ministre de l’Afrique du Sud, successeur de Daniel Malan, du 30 novembre 1954 jusqu’à sa mort, le 24 août 1958 (président du Parti national pour le Transvaal depuis 1934 et au niveau national depuis 1954), n’hésitant pas à nommer dans son gouvernement son beau-frère (créant ainsi quelques polémiques).

Enfin, Frederik De Klerk est le jeune frère du journaliste politique Wimpie De Klerk (1928-2009), qui cofonda le Parti démocratique en 1989, la seule véritable opposition à l’ANC depuis l’ère Mandela (le "résidu" du Parti national fut rapidement absorbé par l’ANC, voir plus loin).


Épaulé par John Vorster

L’un des dirigeants les plus puissants de l’Afrique du Sud, John Vorster, Premier Ministre du 13 septembre 1966 au 2 octobre 1978 puis Président de la République du 10 octobre 1978 au 4 juin 1979 (il fut le prédécesseur de Pieter Botha à la tête du gouvernement sud-africain), a beaucoup aidé le début de carrière politique de Frederik De Klerk, fils de son ami Jan De Klerk. En libérant une circonscription détenue par un ministre, John Vorster a ainsi permis à son poulain d’être candidat et élu député en novembre 1972 (à l’âge de 36 ans).

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Benjamin du troisième et dernier gouvernement Vorster en janvier 1978 (à 41 ans), il entama une longue carrière ministérielle (comme son père), de 1978 à 1989, dans tous les gouvernements de Pieter Botha : aux Postes et Télécommunications et à l’Assurance maladie et aux Pensions (1978), aux Postes et Télécommunications et aux Sports et Loisirs (1978 à 1979), aux Mines et à l’Environnement (1979 à 1980), aux Mines et à l’Énergie (1980 à 1982), à l’Intérieur (1982 à 1985), à l’Éducation nationale (1984 à 1989).


L’émancipation

Après avoir progressivement pris des responsabilités au sein de son parti, le Parti national, et au sein de l’appareil d’État, Frederik De Klerk s’est porté candidat le 2 février 1989 à la tête du Parti national après avoir bataillé contre Pieter Botha qui accepta de renoncer à continuer à le présider. Il fut élu au troisième tour de justesse (face à Barend du Plessis, Pik Botha et Chris Heunis). Pieter Botha était alors Président de la République depuis le 3 septembre 1984, nouveau poste qui n’était plus honorifique puisqu’il correspondait aussi au poste de Premier Ministre qu’il occupait depuis la fin des gouvernements Forster (depuis le 9 octobre 1978).

Pendant plusieurs mois, Frederik De Klerk, président du parti, ferrailla contre Pieter Botha et l’accula à la démission le 15 août 1989. Devenu Président de la République par intérim puis élu le 6 septembre 1989 à l’occasion d’élections générales qu’il a anticipées pour asseoir son pouvoir et pour éviter la trop grande influence du Parti conservateur d’Andries Treurnicht, qui voulait le maintien coûte que coûte de l’apartheid, Frederik De Klerk a obtenu alors carte blanche pour réformer en profondeur le paysage politique sud-africain. Pour encore renforcer son autorité et s’opposer à la progression de ces conservateurs, Frederik De Klerk organisa même un référendum le 17 mars 1992 au cours duquel 68,7% des électeurs ont approuvé la politique de fin d’apartheid de Frederik De Klerk : « Aujourd’hui, nous avons fermé le livre de l’apartheid ! ».

Si les élections du 6 septembre 1989 étaient une victoire pour Frederik De Klerk avec 48,2% des voix et 94 sièges sur 166, elle consacrait quand même la percée des conservateurs commencée aux élections du 6 mai 1987, avec 31,5% de voix et 17 sièges sur 166 (en 1987, ils avaient obtenu 26,6% des voix et 22 sièges sur 166).

Petit retour en arrière : Andries Treurnicht (1921-1993), pasteur afrikaner, qui fut ministre de Pieter Botha de 1979 à 1982 (aux Travaux publics et Tourisme et à l’Administration nationale et statistiques) était à l’origine membre du Parti national et fut le président de ce parti pour le Transvaal de 1978 à 1982. En 1982, il fut battu par Frederik De Klerk à la présidence du parti pour Transvaal (jusqu’en 1989), ce qui l’a conduit à quitter le Parti national (et le gouvernement) et à créer le 20 mars 1982 à Pretoria le Parti conservateur, en opposition avec la réforme constitutionnelle de Pieter Botha instituant un parlement tricaméral (avec une chambre pour les métis et une chambre pour les Indiens), réforme approuvée par 66,3% des voix lors du référendum du 17 novembre 1983. Notez bien que jusqu’en 1994, le corps électoral était composé des seuls Afrikaners (sauf pour l’élection des deux chambres spéciales).


Le démantèlement de l’apartheid

Au contraire de Mikhaïl Gorbatchev qui n’avait jamais voulu faire disparaître l’Union Soviétique, Frederik De Klerk avait clairement affiché ses objectifs d’en finir avec l’apartheid durant la campagne électorale. Le 28 août 1989, il avait déjà amorcé les premières rencontres en Zambie avec des représentants de l’ANC (Congrès national africain, principal parti anti-apartheid) encore illégal. Dès le 2 février 1990, il fit légaliser l’ANC et le 11 février 1990, il fit libérer Nelson Mandela.

Pendant plusieurs années, Frederik De Klerk travailla avec Nelson Mandela pour conduire la transition démocratique en Afrique du Sud. Leurs travaux furent consacrés par le Prix Nobel de la Paix 1993 que Nelson Mandela ne voulait pas recevoir sans le partager avec Frederik De Klerk.

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Du 26 au 29 avril 1994 eurent lieu les premières élections libres en Afrique du Sud et l’élection de Nelson Mandela à la Présidence de la République se déroula le 9 mai 1994. Frederik De Klerk resta néanmoins au pouvoir encore pendant deux ans, désigné comme le premier Vice-Président de la République, poste qu’il partagea avec Thabo Mbeki (futur successeur de Nelson Mandela), du 10 mai 1994 au 30 juin 1996.


Retiré des affaires politiques

Frederik De Klerk démissionna de cette responsabilité le 30 juin 1996. Parallèlement, il démissionna aussi de la présidence du Parti national le 9 septembre 1997. C’était il y a 18 ans et à 62 ans, il quitta la vie politique et regretta l’effondrement de son parti aux élections générales suivantes, le 2 juin 1999 avec 6,9% des suffrages et seulement 28 sièges sur 400, et le 14 avril 2004 avec 1,7% des voix et 7 sièges sur 400. En avril 1994, le Parti national avait été le deuxième parti après l’ANC, avec 20,4% des suffrages et 82 sièges sur 400. Il regretta ensuite la fusion du Parti national (fondé le 1er juillet 1914) dans l’ANC en septembre 2005 (annoncée le 7 août 2004). Marthinus van Schalkwyk, le dernier président du Parti national depuis septembre 1997, fut ministre des gouvernements sud-africains de Thabo Mbeki et de Jacob Zuma du 30 avril 2004 au 25 mai 2014.

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Si, à l’occasion de ses 70 ans (le 18 mars 2006), Nelson Mandela lui rendit un vibrant hommage, reconnaissant que son action visant à négocier un nouveau pacte constitutionnel avec toute la population a évité la guerre civile en Afrique du Sud, Frederik De Klerk s’est montré moins optimiste et a regretté que l’ANC ne respectât pas ses engagements de prise en compte des minorités. Dans les rares interviews qu’il a accordées depuis une dizaine d’années, Frederik De Klerk a d’ailleurs suscité quelques polémiques en refusant d’admettre que l’apartheid (qu’il a supprimé) était un régime criminel même s’il en a reconnu le caractère très injuste et discriminatoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160318-frederik-de-klerk.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/frederik-de-klerk-passeur-de-178954

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/18/33530665.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Afrique
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