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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 06:12

« À chaque fois que notre pays a traversé une période de peur et de doute, la condition pour sortir de cette situation fut la même : rebattre largement les cartes. » (Emmanuel Macron). Seconde partie.


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Après avoir présenté les grands principes qui ont conduit le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron à créer son mouvement politique En Marche, j’évoque son désir de rompre le système politique actuel en cassant le clivage gauche/droite et les réactions et analyses que son initiative a suscitées dans la classe politique.


Hors du clivage gauche/droite

L’idée de refuser le clivage droite/gauche n’est pas nouvelle et l’on voit d’ailleurs tous les jours à quel point ce clivage est archaïque et "obsolète", puisque les grands enjeux politiques actuels clivent à l’intérieur de chaque grand parti, y compris le FN. Entre plus d’Europe et moins d’Europe, plus d’État et moins d’État, plus d’aides de l’État et moins d’impôts, plus de sécurité et plus de liberté, plus de laïcité et plus de reconnaissance des religions, les trois plus importants partis politiques (LR, PS et FN) sont traversés par des courants quasiment inconciliables.

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La dernière tentative de casser un tel clivage est récente puisqu’elle date de François Bayrou en 2007, et elle a échoué tout comme ont échoué les tentatives antérieures : Jean-Pierre Chevènement en 2002, Jacques Delors en 1995, Raymond Barre en 1988, Valéry Giscard d’Estaing en 1981, Jacques Chaban-Delmas en 1974, Gaston Defferre en 1969 (en binôme avec Pierre Mendès France) et Jean Lecanuet en 1965.

Sur LCP le 7 avril 2016, André Chassaigne, le président du groupe communiste à l’Assemblée Nationale, a même comparé "En Marche" d’Emmanuel Macron avec …le microscopique "Mouvement des démocrates" de Michel Jobert, ancien Ministre des Affaires étrangères de Pierre Messmer du 2 avril 1973 au 27 mai 1974 et ancien Secrétaire Général de l’Élysée sous Georges Pompidou, qui avait créé ce mouvement le 11 juin 1974 en le plaçant "ailleurs" et qui est resté très confidentiel pendant une dizaine d’années (Michel Jobert avait été ensuite nommé Ministre d’État, Ministre du Commerce Extérieur par François Mitterrand dans les deux premiers gouvernements de Pierre Mauroy du 21 mai 1981 au 22 mars 1983).

Dans son dernier livre, le philosophe Marcel Gauchet a évoqué le danger d’une remise en cause du clivage gauche/droite : si les clivages horizontaux sont réduits, les clivages verticaux seront accrus. En d’autres termes, il a dit craindre un plus grand fossé entre le peuple et ses élites. Mais à mon avis, rien n’empêcherait de remettre les clivages horizontaux au bon endroit, c’est-à-dire là où ils sont réellement, et ce n’est certainement pas entre LR et le PS, qui reste un clivage très artificiel à finalité purement électoraliste.

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Au contraire, le philosophe Yves Roucaute y a trouvé une belle opportunité : « Quelque chose est en train de se produire qui se poursuivra, soit rapidement et brutalement, soit plus lentement. Et Emmanuel Macron a raison de foncer car la situation est pour lui inespérée. C’est le moment où les grandes ambitions peuvent tirer leur épingle du jeu. » (Atlantico le 10 avril 2016).


Réactions plutôt hostiles

Les réactions politiques en général ont été négatives, puisque ce nouveau mouvement se présente évidemment en nouveau concurrent sur l’échiquier politique.

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Ce sont les camarades du PS d’Emmanuel Macron qui ont été certainement les plus ironiques. Le Ministre des Finances Michel Sapin n’a pas hésité ainsi à le taquiner : « Il est en marche mais il recule déjà ! » ("Le Figaro") tandis que le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, tout occupé à sa primaire à gauche et pas aux problèmes concrets des Français, avait comparé Emmanuel Macron à …Bernard Tapie !

L’ancien député LR très à droite Christian Vanneste, lui non plus, n’a pas mâché ses mots le 8 avril 2016 : « Les initiales qui sont aussi celles de l’intéressé fleurent bon le narcissisme qui règne dans le microcosme politico-médiatique. Il fait une bonne photo de une, avec un style proche de celui de [Bruno] Le Maire, jeune et lisse, sobrement décontracté, au centre : un produit "bio" de la politique éloigné de tout extrémisme, ni à gauche ni à droite, un bon candidat de consommation courante et sans danger, sans odeur ni saveur, vide pour une société ouverte, à moins que ce ne soit le contraire. ».

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Ce nombrilisme a été aussi pointé du doigt par le journal "Libération" qui lui a offert pourtant (très paradoxalement) une belle couverture médiatique en lui consacrant sa une du 7 avril 2016 avec ce titre très "Libé" : « Macron lance sa boîte de l’égo ».

Alain Juppé, pour qui Emmanuel Macron pourrait être un concurrent dangereux, a quant à lui rappelé à l’ordre le ministre le 8 avril 2016 lors d’un déplacement en Guadeloupe : « Le rôle d’un ministre qui a une charge aussi importante que M. Macron puisqu’il est en charge de l’Économie, ce serait de s’investir à fond dans l’efficacité du travail gouvernemental plutôt que de préparer sa trajectoire personnelle pour plus tard. ».


Une opération Hollande contre Valls ?

À l’évidence, l’initiative d’Emmanuel Macron est au minimum tolérée voire téléguidée par François Hollande lui-même et sa principale cible reste …le Premier Ministre Manuel Valls. Car Emmanuel Macron se situe dans ce courant social-libéral déjà occupé par Manuel Valls, mais en mieux. Il est plus jeune, plus authentique, plus sympathique, plus connaisseur de la vie économique, et sans doute aussi il représente mieux l’excellence française et la méritocratie républicaine (avec l’ENA et son DEA de philosophie) que Manuel Valls qui n’a jamais fait que de la politique.

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La lutte entre François Hollande et Manuel Valls n’est pas une vue de l’esprit. Le dernier remaniement ministériel du 11 février 2016 a montré à l’évidence qu’elle faisait rage. La hollandiste Audrey Azoulay a remplacé la vallsiste Fleur Pellerin à la Culture. En revanche, le hollandiste Michel Sapin n’a pas pu avoir le quai d’Orsay pour laisser Bercy à Emmanuel Macron dans un super-ministère (Économie, Finance, Budget, Industrie). Le vallsiste Jean-Jacques Urvoas a obtenu la Justice après la démission de Christiane Taubira. Enfin, Emmanuel Macron s’est vu dépossédé de sa normalement deuxième loi Macron au profit d’une loi portée par sa collègue Myriam El Khomri pour réformer le code du travail et lutter contre le chômage.

Tandis que Manuel Valls continue d’insister sur l’importance du clivage gauche/droite car l’ambition du Premier Ministre reste avant tout de conquérir le Parti socialiste, Emmanuel Macron veut nettement s’en détacher pour ne pas être prisonnier d’un appareil politique.

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Selon "Le Parisien", François Hollande aurait réagi avec son humour coutumier le 7 avril 2016 lors de sa venue à Metz pour le 18e conseil des ministres franco-allemand en lâchant : « Je cours, je cours ! ». Plus sérieusement, il aurait ensuite confié : « Un ministre peut dialoguer avec les citoyens, cela s’appelle faire de la politique. ».

Certains disent que cette initiative permettrait une candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2017 en cas de renoncement de François Hollande. Je n’y crois pas car on ne se prépare pas en quelques mois pour concourir à une telle élection. En 2022 éventuellement.

D’autres disent qu’il pourrait être le Premier Ministre d’unité nationale en cas de réélection de François Hollande face à Marine Le Pen grâce à l’apport des voix du centre droit. C’est possible mais à condition qu’il soit suffisamment crédible auprès d’une majorité parlementaire qu’il aura beaucoup de mal à constituer.

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Enfin, dans un grand élan d’idéalisme, d’autres encore pensent qu’il pourrait être le Premier Ministre d’un Président Alain Juppé et je suis convaincu que c’est très improbable car le Premier Ministre doit avant tout représenter le plus fidèlement possible la majorité parlementaire. François Bayrou l’a bien compris depuis longtemps et n’a jamais considéré réaliste de devenir le Premier Ministre d’Alain Juppé. Une hypothèse Emmanuel Macron serait donc encore moins réaliste.

Avant même la création d’En Marche, Jean-Pierre Raffarin avait (lui aussi) proposé Emmanuel Macron à Matignon en cas d’élection d’Alain Juppé. Yves Roucaute a commenté cet intérêt : « Jean-Pierre Raffarin a, de fait, raison de regarder attentivement ce phénomène Macron au lieu de le mépriser comme le font certains prétendants au trône. Croit-il vraiment à un ticket Juppé-Macron comme il le dit ? Je ne le pense pas. L’homme est trop fin. En vérité, Emmanuel Macron est un candidat évidemment anti-Juppé. (…) Il est en tout cas certain qu’Emmanuel Macron ne va pas se brûler les ailes en se mettant derrière Juppé. C’est, pour l’opinion, un candidat du système, quand bien même certains croient que c’est le moins mauvais possible. » (Atlantico le 10 avril 2016).

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Et Yves Roucaute d’expliquer son raisonnement : « Si Emmanuel Macron a l’ambition que je crois, il jouera sa carte jusqu’au bout, car la situation est inespérée : aucun candidat actuel n’a un vrai soutien de la population. (…) Cette exigence anti-système est si forte que je suis à peu près certain que l’on verrait un mouvement de sympathie similaire se produire si Nicolas Hulot décidait de passer la vitesse supérieure. Daniel Cohn-Bendit, qui ne manque pas de perspicacité, a parfaitement bien vu la chance qu’il représente de sortir l’écologie de son aspect groupusculaire. (…) Il casserait lui aussi la baraque. On aurait peut-être un phénomène semblable si une Valérie Pécresse, énarque aussi au demeurant, se mettait en marche. Veut-elle attendre ? Dix ans ? Mauvais calcul. » (10 avril 2016).


Efficacité et justice

Les derniers mots d’Emmanuel Macron sont très convaincants : « Je veux agir pour créer de la mobilité dans notre société et dans notre économie. Car c’est à la fois plus juste et plus efficace pour tous. ». Dans sa charte, il précise : « Nous croyons de manière radicale au progrès collectif et à l’émancipation individuelle : la transformation de la société est une nécessité de justice autant que d’efficacité. ».

Là encore, rien de nouveau pour qui observe la vie politique depuis plusieurs décennies. Ce n’est pas étonnant que Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, lui ait proposé de venir rejoindre les centristes car le credo du Centre des démocrates sociaux présidé par Pierre Méhaignerie de 1982 à 1994, ce fut justement "l’efficacité économique dans la justice sociale".

Jusqu’à maintenant, ce sont les deux grands blocs (RPR puis UMP puis LR, et PS) qui ont toujours eu gain de cause auprès des électeurs. Un troisième parti très clivant est entré dans la danse des majors depuis cinq ans, mais il s’écarte encore plus de ces attentes définies par En Marche.

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Les deux grands atouts d’Emmanuel Macron sont sa forte popularité et sa jeunesse, qui n’a d’intérêt non pas pour son jeune âge (le jeunisme n’a jamais été un gage de performance politique) mais pour le temps qu’il a devant lui pour développer ses idées (au contraire d’un François Bayrou, 64 ans, ou d’un Alain Juppé, 70 ans) afin d’arriver en pleine maturité politique auprès des électeurs.

Je lui souhaite donc bonne chance à son initiative très ambitieuse. Après tout, c’est assez rare, une personnalité politique nationale qui a suffisamment de courage pour rappeler haut et fort la nécessité d’une Europe renforcée capable de faire face aux défis de la mondialisation. Beaucoup se sont fracassés devant le mur des réalités électorales. À lui d’en tenir compte pour un jour être "en situation"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160406-macron-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-saut-de-l-ange-179815

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/12/33646824.html

 

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