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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 06:12

« À chaque fois que notre pays a traversé une période de peur et de doute, la condition pour sortir de cette situation fut la même : rebattre largement les cartes. » (Emmanuel Macron). Première partie.



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Le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron a franchi le Rubicon en annonçant le mercredi 6 avril 2016 à Amiens, sa ville natale, la création de son propre mouvement politique, "En Marche".

L’idée affichée n’est pas d’être candidat à l’élection présidentielle mais d’initier une démarche qui se veut hors du clivage classique gauche/droite pour redresser la France qui a beaucoup d’atout dans la compétition économique mondiale : « Je ne veux pas me positionner dans la campagne présidentielle. Nous sommes à treize mois du premier tour, il est trop tôt. Nous verrons d’ici quelques mois si nous avons réussi à structurer une offre politiques nouvelle. C’est notre défi. » ("Journal du dimanche" le 10 avril 2016). Pour l’instant, en quelques jours, il aurait réussi à convaincre quelques milliers de Français à venir le rejoindre. Invité du journal télévisé de 20 heures ce dimanche 10 avril 2016, Emmanuel Macron a revendiqué 13 000 adhésions.

Le nom du mouvement ne paraît certes pas très original, selon Alain Juppé : « En Marche, ça ne pêche pas par une excès d’imagination, je n’imagine pas un mouvement qui soit à l’arrêt. » (8 avril 2916). Amusant commentaire de celui qui s’affirmait il y a  vingt ans "droit dans ses bottes" et pour qui "en marche" semblerait pourtant la suite logique !


Un ministre hyperpopulaire

Si la vidéo en "direct live" (lors de son discours d’Amiens) n’a même pas été suivie par 8 000 internautes, Emmanuel Macron bénéficie pourtant d’une popularité hors du commun. Certes, il n’est plus si jeune qu’il n’en paraît. À 38 ans, beaucoup de personnalités politiques étaient déjà arrivées à des responsabilités bien plus importantes que les siennes. Par exemple, Laurent Fabius, à cet âge, était déjà Premier Ministre. Mais des sondages auraient de quoi rendre fou n’importe quel ministre. Mais son discours est nouveau, il n’est pas alambiqué, ne cherche pas à jouer, à contourner, à tournoyer autour des réalités. Il parle clairement, simplement, sans chercher à tromper, à induire en erreur, et cela plaît. Il ne prend pas les gens pour des imbéciles. Il les respecte.

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En effet, si l’on en juge par exemple avec le sondage réalisé par Odoxa pour "Le Parisien" publié le 16 janvier 2016, Emmanuel Macron serait le meilleur représentant de la gauche à la prochaine élection présidentielle. Au premier tour, il battrait Nicolas Sarkozy pour la qualification au second tour face à Marine Le Pen (22% contre 18%), seule hypothèse du sondage où un candidat issu du PS pourrait prétendre au second tour. Et au second tour, il battrait Marine Le Pen avec 65% contre 35% et il battrait Nicolas Sarkozy avec 64% contre 36%. François Hollande ferait des scores nettement inférieurs et ne gagnerait un second tour que face à Marine Le Pen mais en aucun cas face à un candidat LR quel qu’il soit.

Par ailleurs, ce sondage a placé Emmanuel Macron parmi les deux seules personnalités dont les bonnes opinions l’emporteraient sur les mauvais opinions, avec 53% de bonnes opinions (contre 45% de mauvaises opinions), dépassé seulement par Alain Juppé qui graviterait au sommet avec 57% de bonnes opinions (contre 41% de mauvaises opinions). Les deux suivants, Manuel Valls et François Bayrou, resteraient encore parmi les plus appréciés (respectivement avec 48% et 43% de bonnes opinions) mais recueilleraient néanmoins plus de mauvaises opinions que de bonnes.

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Il faut évidemment toujours se méfier des sondages, et Alain Juppé devrait être le premier à rester prudent, car la popularité n’a jamais fait gagner un candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou, Édouard Balladur, Raymond Barre mais aussi Jacques Delors, Michel Rocard, Lionel Jospin et même Dominique Strauss-Kahn, dans une moindre mesure, l’ont appris à leurs dépens.

Mais pour quelqu’un qui, quoique énarque, n’est pas entré en politique par la porte classique de l’élection, cela peut donner des ailes évidemment. Il faut dire qu’il a une manière de parler qui casse les langues de bois et les éléments de langage archaïques au point de lui donner de vrais atours d’authenticité.


Une vidéo critiquable

Pour appuyer sa démarche, il a présenté une vidéo où le message est : Il n’est pas possible d’empêcher l’évolution économique actuelle du monde (qu’on le regrette ou qu’on l’approuve). Les Français ont beaucoup d’atouts. Imaginons ensemble les solutions d’avenir qui ne passent que par de nouvelles méthodes, par de nouvelles idées. Et la suite subliminale du message, ce serait bien sûr : et suivez-moi dans une aventure présidentielle, même si aujourd’hui, Emmanuel Macron ne veut pas y penser, et il a raison car il n’a aujourd’hui aucun relais ni aucun financement pour mener à bien une campagne présidentielle qui a toujours nécessité jusqu’à maintenant le professionnalisme de vieux routards de la politique.



Malheureusement, le clip d’Emmanuel Macron a été immédiatement passé au crible de l’émission "Le Petit Journal" le 7 avril 2016 sur Canal Plus qui a montré que les images utilisées proviendraient de films étrangers, ce qui signifierait que des très nombreuses personnes visibles dans le clip, aucune ne serait… française ! Elles seraient américaines, autrichiennes, anglaises…

Le journaliste Renaud Revel, dans "L’Express", a ainsi parlé de « flagrant délit de bidonnage » : « L’imposture pourrait faire hurler de rire. Mais elle laisse plutôt pantois. (…) Captations de bouts de vidéos glanés sur des chaînes étrangères, copiés-collés d’images pillées "à l’arrache" sur des sites américains, bricolage de plans sur palettes graphiques… (…) Se pose la question du sérieux de celui qui dit vouloir rénover notre vite politique. » (8 avril 2016).

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Au-delà de la maladresse du petit film, ce qui manque surtout au stade de la naissance de son mouvement, c’est d’un certain nombre de propositions concrètes pour la nation. Mais comment pourraient-ils les formuler alors qu’il se trouve au cœur du gouvernement de la France ?


Quelques principes généraux

Pour le moment, ne sont exposés que quelques valeurs, ou quelques principes directeurs, mais ils sont définis avec quelques idées assez ordinaires et vagues et avec quelques valeurs très générales : « l’attachement au travail, au progrès et au risque, une égale passion pour la liberté et la justice, un attachement européen profond et exigeant, une croyance inébranlable dans l’énergie de notre pays, pour lui redonner confiance. ».

Dans sa charte des valeurs (consultable ici), Emmanuel Macron émet ce postulat intéressant : « Nous préférons l’innovation à tous les conservatismes. Nous refusons de penser qu’il n’y a de salut que dans un retour vers le passé et pensons au contraire que l’avenir de la France nécessite de renouer avec l’idée de progrès. ».

Sa profession de foi européenne reste quand même assez floue : « Nous croyons que le destin de l’Europe et celui de la France sont indissociables : renouer avec le rêve européen est la condition de notre réussite politique et économique dans la mondialisation. ».

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Il insiste aussi sur des règles de savoir-vivre de moins en moins répandues sur Internet : « Nous sommes attachés à ce que chacun (…) respecte les lois de la République, ainsi que les règles élémentaires de la courtoisie, du respect d’autrui, de l’honnêteté et de la probité. Nous condamnons de manière générale tous les actes et tous les propos qui jugeraient une personne pour ce qu’elle est. ».

On n’imagine pas un mouvement politique se créer sans une base intellectuelle ou philosophique, sans quelques grandes références. Pour l’instant, c’est la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas qui a servi de guide pour Emmanuel Macron alors qu’il n’était pas encore né à cette époque ! Même sur l’Europe, aucune proposition n’a encore été faite. Ce vide philosophique est dommageable pour une personne qui a travaillé auprès du grand philosophe Paul Ricœur.


Le changement dans la pratique de l’engagement

L’idée est peut-être de ratisser large. Certes, Emmanuel Macron a appelé autant des élus LR que PS à venir le rejoindre. Pour l’instant, ce sont plutôt du milieu économique que les premiers soutiens sont arrivés avec le grand chef très télévisuel Thierry Marx ou le fondateur de Meetic Marc Simoncini. À part quelques députés socialistes dont le nombre ne dépasse pas celui des doigts d’une seule main, le risque est que ce mouvement ne soit qu’un rassemblement de célébrités médiatiques.

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C’est le thème du changement (qui n’a rien de nouveau dans l’histoire politique) qui est décliné chez Emmanuel Macron : « L’heure n’est (…) plus aux compromis et aux demi-mesures car, comme nous le savons tous, c’est le système tout entier qui doit changer. Nous voulons le faire évoluer dans le respect d’une vision collective claire et assumée, nourrie par le débat d’idées. ».

Le leitmotiv d’Emmanuel Macron me paraît très sain : « Partir du réel pour apporter des réponses neuves ». Ainsi, il évoque une certaine paralysie intellectuelle : « Ce sont (…) les comportements de corporatisme et de défiance qui, en tentant d’empêcher ou de ralentir la course du monde, brident l’innovation, la créativité et la confiance en l’avenir, et donnent le sentiment que nous subissons la mondialisation. ». Pour ensuite constater : « Nos débats politiques font trop souvent abstraction du réel. (…) Les réponses du passé ne sont plus adaptées : la mondialisation, la révolution numérique, le désordre mondial, le péril climatique ont tout changé. ».

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Parmi les propositions de rénover l’engagement politique, Emmanuel Macron propose une mesure de bon sens mais qu’il reste à prouver dans la pratique : « En Marche s’engage à ne soutenir aucune revendication corporatiste contraire à l’intérêt général, et à rendre publique la liste des consultations que notre collectif aura jugées utiles de mener afin de ne céder à aucune forme de lobbying. ». Dans la charte, il est dit à peu près la même chose : « Nous croyons en l’intérêt général : la politique, telle qu’elle nous anime, doit transcender les intérêts particuliers et se dresser contre les corporatismes qui sclérosent notre pays. ».


Dans un prochain article, je reviendrai sur la volonté d’Emmanuel Macron de faire voler en éclat le clivage traditionnel gauche/droite ainsi que sur les réactions plutôt hostiles de la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160406-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-saut-de-l-ange-179814

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/11/33637961.html



 

 

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