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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 06:26

« La construction de l’Europe n’est pas une utopie, c’est quelque chose très concret qui veut préserver la paix. L’idée de l’Union Européenne est née justement en réponse à des utopies dangereuses qui ont fait faillite au XXe siècle. » (Viktor Orban, novembre 2014).


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L’information aurait pu être un poisson d’avril mais ce n’est pas le cas. Le magazine allemand "Bild" a consacré le 4 avril 2016 un long article à l’ancien Chancelier Helmut Kohl à l’occasion de ses 86 ans (il les a eus le 3 avril). À cette occasion, il a révélé que Helmut Kohl soutenait le Premier Ministre hongrois Viktor Orban et qu’il le recevrait chez lui à LudwigsHafen-Oggersheim la semaine prochaine, le 19 ou le 20 avril 2016.


Une polémique en pleine crise des réfugiés

Cette nouvelle a créé la polémique tant en Allemagne qu’en Europe en général, même si cette information ne semble pas être parvenue jusqu’aux médias français (je peux me tromper mais à ma connaissance, personne ne semble pour l’instant s’en être intéressé en France), alors que, par exemple, le Ministre luxembourgeois des Affaires Étrangères et européennes et de l’Immigration et de l’Asile, Jean Asselborn (du Parti ouvrier socialiste luxembourgeois, il est à ce poste depuis le 31 juillet 2004 et a obtenu la Grand-Croix de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne en décembre 2010), a vivement réagi contre cette invitation du Chancelier de la Réunification.

Ce n’est pas la première fois que Helmut Kohl, dans sa retraite, a rencontré Viktor Orban, il l’a fait déjà en 2000 et en 2006. Mais cette rencontre et ce soutien inattendus (et inespérés) interviennent à un moment clef de l’histoire européenne. Confrontée depuis plusieurs années à un flux migratoire très fort en raison de l’exil de centaines de milliers de personnes venant de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan et d’autres pays fortement touchés par les troubles islamistes en Afrique et au Proche- et Moyen-Orient, l’Europe cherche un moyen à la fois d’assumer ses responsabilités de solidarité et d’humanisme et d’organiser le mieux possible l’accueil pratique des réfugiés.

Or, la Chancelière allemande, Angela Merkel, chef de la CDU (le parti qu’avait dirigé Helmut Kohl aussi), mettant tout son poids politique dans le dossier (le vide politique en Allemagne l’a beaucoup aidée), a pris la tête de ceux qui voulaient d’abord mettre en priorité les obligations humanitaires devant les conséquences sociales et économiques qui en découleraient forcément au sein des peuples.

Viktor Orban, au contraire, a pris la tête de ceux qui refusaient cette entrée massive de réfugiés, prétextant souvent l’incompatibilité de l’islam et de l’esprit européen avec l’héritage chrétien. Pour cela, il a été le premier à remettre le contrôle aux frontières en Hongrie, et même à ériger une clôture de quatre mètres de haut pour empêcher l’entrée des réfugiés sur le territoire hongrois. Une mesure historiquement dramatique quand on sait que la Hongrie a bénéficié de nombreuses mesures d’accueil de la part de ses voisins européens lors de l’insurrection de Budapest et qui fut l’un des premiers pays à avoir provoqué la chute du mur de Berlin. Il y a vingt-cinq ans, on abattait les murs et depuis un an, on en érige de nouveaux en plein cœur de l’Europe.

Rappelons en effet que le 4 novembre 1956, douze jours après le début de l’insurrection contre la dictature communiste, les troupes soviétiques entrèrent à Budapest et attaquèrent la Hongrie. Environ 2 500 Hongrois furent tués en six jours et 200 000 se réfugièrent vers l’Ouest, la plupart en Autriche. L’Autriche a immédiatement accepté de porter secours aux réfugiés hongrois. Pour ces derniers, l’Autriche était une nation de salut pour leur vie. Aujourd’hui, près de soixante ans plus tard, la Hongrie traite les réfugiés syriens de manière scandaleuses.

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Viktor Orban a même annoncé le 24 février 2016 l’organisation d’un référendum (« sur la question des quotas obligatoires de répartition ») pour faire approuver par le peuple hongrois la fermeture des frontières aux réfugiés syriens et irakiens, qui devrait probablement être un succès pour le gouvernement hongrois. Prenant le leadership des pays anti-immigration, et trouvant de solides alliés au sein du nouveau gouvernement conservateur polonais issu des élections législatives du 25 octobre 2015, Viktor Orban fait en ce moment une tournée européenne pour convaincre ses homologues européens. Lorsqu’il viendra en Allemagne, il ne rencontrera pas Angela Merkel mais son ancien mentor, Helmut Kohl.


Les idées européennes de Helmut Kohl

Selon Helmut Kohl, Viktor Orban est « un Européen cœur et âme » dont l’ancien Chancelier a vanté et a « toujours défendu » la politique « contre diverses critiques ». Si Helmut Kohl, qui vient de l’inviter, est un ami, c’est parce que Viktor Orban est un homme politique qui a participé aussi à la libéralisation de l’Europe centrale et orientale en la libérant du joug soviétique.

À l’occasion de la parution, le 5 novembre 2014, du livre de Helmut Kohl "Aus Sorge um Europa" ("Par Souci de l’Europe"), Viktor Orban avait exprimé ses vues proches de celles de l’ancien Chancelier : « Avec M. Kohl, je suis convaincu que les valeurs les plus importantes de l’Europe sont les nations… En Europe, les nations sont la réalité, les États-Unis de l’Europe, c’est l’utopie. (…) Car il y a des racines nationales millénaires, et les couper équivaudrait à un suicide. ». Il se disait aussi d’accord avec Helmut Kohl qui s’inquiétait de la bureaucratie de Bruxelles : « Nous ne voulons pas une institution mammouth indépendante bureaucratique et centralisée. ».

Néanmoins, comme le rapporte Jörg Haas dans son analyse du livre de Helmut Kohl le 11 décembre 2014 : « L’ancien Chancelier allemand continue de penser qu’avec l’euro, l’unification européenne est devenue "irréversible" (p. 77) et qu’il s’agit d’une condition préalable à l’union politique. Cependant, il s’inquiète du fait que l’UE et ses États membres se sont trop préoccupés d’eux-mêmes ces dernières années et qu’à cause des erreurs du passé, la confiance et le courage dont l’Europe a cruellement besoin pour progresser lui font défaut. Selon H. Kohl, cette situation est très préoccupante car une simple association de pays hostiles à l’idée de transférer une partie de leur souveraineté au niveau européen pourrait être la proie des "fantômes du passé", à savoir le nationalisme et la guerre (p. 95). Dans le même temps, il comprend que les appels à créer les "États-Unis d’Europe" aient pu alimenter la crainte d’une centralisation excessive. Il soutient qu’il n’aspire pas à des États-Unis sur le sol européen, mais à de la diversité, de la subsidiarité et de la tolérance. (…) Il en appelle au retour aux valeurs et à la vision des pères fondateurs de l’Union Européenne, et souligne, dans ce contexte, le rôle crucial du leadership politique. (…) Il termine en faisant part de son espoir de voir un jour les citoyens de toute l’Europe parler d’une "Europe des patries au sein d’une patrie européenne commune" (p. 119). ».


Viktor Orban, jeune "prodige" de la politique hongroise

Député de Hongrie depuis le 2 mai 1990, Viktor Orban a cofondé l’Alliance des jeunes démocrates (Fidesz) le 30 mars 1988 et a réclamé très vite des élections libres tout en participant à la réhabilitation d’Imre Nagy le 16 juin 1989 (à 26 ans, il était alors déjà un orateur très charismatique). Il est le président du Fidesz (l’actuel parti au pouvoir) du 18 avril 1993 au 29 janvier 2000 et depuis le 17 mai 2003. De 1992 à 2000, il fut vice-président de l’Internationale libérale, et vice-président du PPE (le Parti populaire européen, qui regroupe notamment la CDU et Les Républicains) jusqu’en 2012. Il faisait partie des personnes à fort potentiel repérées par Helmut Kohl.

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Et effectivement, son potentiel était élevé. Après les élections législatives du 24 mai 1998 où son parti gagna 148 sièges sur 386, Viktor Orban fut nommé Premier Ministre de Hongrie à l’âge de 35 ans, du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002, puis après une période dans l’opposition, il gagna les élections législatives du 25 avril 2010 (le Fidesz a obtenu 263 sièges sur 386) et les élections législatives du 6 avril 2014 (133 sièges sur 199), et est ainsi redevenu Premier Ministre depuis le 29 mai 2010. Parlant très bien l’anglais, il est aussi l’ami du Premier Ministre britannique David Cameron et de l’ancien président du PPE, le Français Joseph Daul.


Infléchir ou encourager ?

La nouvelle secrétaire générale du SPD (parti de la grande coalition avec la CDU), Katarina Barley, élue à cette fonction au congrès du SPD du 11 décembre 2015, ne doute pas de la ferveur européenne de Helmut Kohl (qui est « un Européen convaincu ») et pense même que sa rencontre avec Viktor Orban serait un moyen d’infléchir la position de ce dernier sur la crise des réfugiés et sur la liberté de la presse en Hongrie.

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Mais pour Angela Merkel, après la rencontre, il y a six mois, entre Viktor Orban et Horst Seehofer, le président de la CSU bavaroise très opposé à la politique en faveur des réfugiés (Ministre-président de la Bavière depuis le 27 octobre 2008 et Président de la République fédérale d’Allemagne par intérim du 17 février 2012 au 18 mars 2012), cette nouvelle rencontre demeurera un camouflet, un véritable affront.

Elle n’a certes plus besoin de ce parrain encombrant que certains croyaient même à l’agonie en juillet 2015 (hospitalisé en soins intensifs le 2 juin 2015 à Heidelberg, il a regagné, après vingt-quatre semaines d’hospitalisation, son domicile de Ludwigshafen-Oggersheim en octobre 2015 et il est aujourd’hui très diminué, ayant du mal à parler et à déglutir) mais cette rencontre réduira à nouveau la marge de manœuvre d’Angela Merkel dans une Europe trop crispée pour mettre en pratique les idées humanistes de l’héritage chrétien de l’Europe dont se réfèrent paradoxalement des personnalités comme Viktor Orban pour expliquer leur opposition à l’accueil des réfugiés.

Les crises économiques ont toujours eu cette conséquence de l’avancée dans les peuples du repli sur soi et du refus de l’autre. Les véritables hommes (ou femmes) d’État sont ceux qui sont capables de rester sur les fondamentaux …et de s’y tenir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Helmut Kohl.
Angela Merkel.
La crise des réfugiés.
La Réunification de l’Allemagne.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
La Hongrie de Viktor Orban.
L’héritage chrétien.
La construction européenne.

_yartiKohl20160405



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160407-kohl-orban.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/viktor-orban-soutenu-par-helmut-179937

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/14/33637974.html
 

 

 

 

 

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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