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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:52

« On ne laissera personne nous prendre notre Europe ! » (Frank-Walter Steinmeier, Ministre allemand des Affaires étrangères, le 25 juin 2016, au cours d’une réunion des chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l’Union Européenne). Seconde et dernière partie.


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Après avoir évoqué la politique de la terre brûlée de certains partisans de l’intégration européenne, je propose d’évoquer notamment les risques de partitions territoriales du Royaume-Uni.


Un Royaume-Uni désuni

Le risque de désunion de l’Europe n’est rien par rapport au risque de désunion du Royaume-Uni. L’analyse rigoureuse des résultats du référendum montre qu’il y a une fracture très profonde du pays entre partisans du Brexit et partisans du Bremain. Deux camps s’opposent fermement : 17,4 millions (pour "Leave") contre 16,1 millions (pour "Remain"). Parfois avec violence.

Cette division n’est pas seulement politique, elle est territoriale, elle est aussi sociologique, avec l’âge et le niveau de diplôme.

Un tableau fort intéressant circule sur Internet. Il reprend les données démographiques d’un sondage réalisé quelques jours avant le référendum, du 17 au 19 juin 2016 (après l’assassinat de Jo Cox). Il ressort deux évidences.

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D’une part, que les jeunes sont largement favorables au maintien, tout comme les personnes d’un niveau élevé de diplôme. Ils comprennent l’opportunité de faire partie du train européen. Au contraire, les plus âgés et les moins diplômés sont majoritairement pour le Brexit, nostalgiques peut-être de l’ancien empire britannique.

D’autre part, si l’on tient compte des années qu’il reste à vivre, ceux qui ont l’espérance de vivre le plus longtemps veulent vivre au sein de l’Union Européenne. Les plus âgés, au contraire, rejettent l’Union Européenne mais n’y vivront plus très longtemps. Pour une décision qui engage l’avenir à long terme d’un pays, cette différence d’espérance de vie des électeurs est marquante même s’il n’est pas pertinent d’en tenir compte dans le décompte des voix.

La division est également territoriale et la Royaume-Uni est de nouveau proche de la partition. France Bleu, comme d’autres médias, affichait ce mystérieux titre le soir de ce samedi 25 juin 2016 : « Le Pays de Galles élimine l’Irlande du Nord ». Bon, aucune guerre ni aucun génocide là-dessus : c’était une information sportive, en rapport avec le football, mais cela donne un drôle d’écho aux grandes hétérogénéités géographiques.

Si l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté en faveur de la sortie (respectivement à 53,4% et 52,5%), l’Écosse et l’Irlande du Nord ont, au contraire, montré leur souhait de rester dans l’Union Européenne (respectivement à 62,0% et 55,8%). De même, la ville de Londres est très largement favorable à l’intégration européenne (on peut comprendre pourquoi alors qu’elle est la première capitale financière), l’agglomération a donné 59,9% pour le maintien, dont la City of London 75,3% pour le maintien. Enfin, Gibraltar a voté pour le maintien à 95,9%.

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Le Sinn Fein réclame depuis le 24 juin 2016 un nouveau référendum pour unifier l’Irlande et faire quitter l’Irlande du Nord du Royaume-Uni. En ce sens, il rompt la stabilité établie par l’accord de paix appelé l’Accord de Belfast signé le 10 avril 1998 (et ratifié par le référendum du 22 mai 1998 avec 71,1% de "oui" (en Irlande du Nord).

L’Écosse aussi présente une nouvelle tentative de séparation, remettant en cause le résultat du référendum du 18 septembre 2014 rejetant l’indépendance à 55,3%. Dès ce 25 juin 2016 à Édimbourg, la Premier Ministre d’Écosse, Nicolas Sturgeon, chef du Scottish National Party (SNP), a demandé directement à l’Union Européenne de protéger la place des Écossais au sein de l’Union Européenne tout en demandant à Londres un nouveau référendum. Cela dit, la traumatisme du Brexit ne favoriserait pas forcément le camp des indépendantistes, dans la mesure où la baisse du prix du pétrole rend très aléatoire l’autonomie financière de l’Écosse. De plus, l’Union Européenne a intérêt à rejeter tout court-circuitage des États tant que l’indépence de l’ Écosse n’est pas reconnue.

Gibraltar, quasi-unanime pour rester dans l’Union Européenne, pourrait vouloir devenir terre espagnole. Même Londres voudrait faire sécession ! Le 25 juin 2016 a été lancée une pétition pour demander un référendum sur l’indépendance de la ville de Londres (sur le ton de la plaisanterie) et en quelques heures, elle a reçu 110 000 signatures (cela a déjà un nom, le "Londindependence" !).

De même, une pétition (plus sérieuse ?) pour organiser un second référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne a recueilli le 25 juin 2016 plus de 3 millions de signatures en quelques heures (certaines signatures seraient toutefois frauduleuses). Étaient-ce des abstentionnistes, ou des voix manquantes ?…

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Certains électeurs du Brexit laissent entendre qu’ils n’avaient pas pris conscience des conséquences graves et qu’ils regrettaient déjà leur vote et défendent le droit à l’erreur (on les appellerait déjà "Regrexit" !). Mais toute cette agitation sur Internet montre surtout que le camp du Bremain est mauvais joueur. Après tout, c’est le principe d’une élection, beaucoup d’électeurs peuvent regretter leur vote et c’est probablement l’un des problèmes récurrents de la France qui, du reste, se retrouve aussi divisée sur les enjeux européens.


Les réactions atterrées

La réaction au choc du Brexit le vendredi 24 juin 2016 dans la matinée a montré l’ampleur et la gravité de l’événement.

Parlons d’abord des places boursières. Parler de bourses peut paraître particulièrement matérialiste, et ce l’est, mais cet élément comptable est un indicateur très factuel de l’état psychologique des décideurs : les investisseurs ne veulent pas prendre de risques. L’ensemble des bourses a chuté le 24 juin 2016 : Nikkei 225 de 7,92% à Tokyo, CAC40 de 8,04% à Paris, Dax de 6,82% à Francfort, FTSE 1000 de 3,15% à Londres, FTSE MIB de 12,48% à Milan, et à Wall Street, à New York, Dow Jones de 2,73% et Nasdaq de 3,60%. De même, la livre sterling s’est effondrée face au dollar et s’est retrouvée à des niveaux proches de mars 1985, il y a trente et un ans !

La réaction des dirigeants nationaux est plutôt éloquente. Partout, il y a prudence, et volonté renouvelée de conserver des liens entre le pays et l’Union Européenne comme ceux entre le pays et le Royaume-Uni. C’était le cas en particulier de Barack Obama qui avait encouragé les Britanniques à voter contre le Brexit. Également le cas des dirigeants chinois qui ont insisté sur l’importance de l’Union Européenne comme pôle de stabilité mondiale.

Enfin, en visite le 24 juin 2016 en Ouzbékistan, le Président russe Vladimir Poutine semblait très embarrassé pour commenter le Brexit. Le Royaume-Uni a été le moteur des sanctions européennes contre la Russie en raison de la crise politique en Ukraine. Vladimir Poutine aurait pu montrer par provocation son amusement face au délitement des institutions européennes : pas du tout. Au contraire. Il a expliqué que la Russie n’était pas du tout impliquée par cet événement et ne voulait pas s’impliquer dans le futur et que la Russie conserverait sans changement ses relations avec l’Union Européenne.

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En fait, si tous les pays extérieurs ont montré une grande prudence pour ne pas dire une grande inquiétude, c’est parce qu’ils ont compris que l’Union Européenne était un élément majeur de stabilité dans le monde. Apparemment, beaucoup de citoyens européens l'ignorent sinon doutent, à l’intérieur, de ce sentiment partagé dans le monde : l’Europe est une institution de nature à stabiliser tant politiquement (en renforçant la paix) qu’économiquement (en créant un marché accessible de 500 millions de consommateurs).


Facteur majeur de la stabilité dans le monde

C’est ceci qu’on peut espérer pour les prochaines semaines. Que de cette douche forcée, les dirigeants européens puissent en ressortir plus propres, ou plutôt, avec les idées plus claires de ce qu’ils veulent faire de l’Europe, des objectifs qu’ils voudraient voir fixer. Tous aujourd’hui évoquent un nouveau traité européen pour redynamiser les liens de ce qui restent. Pourquoi pas ? Mais il faudra le faire en accord avec tous les peuples. Et cela, c’est quasiment mission impossible !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Philip Mountbatten.
Vive la République !
David Cameron.
Margaret Thatcher.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160625-brexit-D.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-le-continent-europeen-isole-182344

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/06/28/34018069.html


 

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