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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 06:19

« Il faut en finir avec le dogme de la concurrence libre et absolue comme seule boussole de la construction européenne ! Apprenons à défendre nos intérêts industriels, nos intérêts agricoles face à la Chine e face aux États-Unis ! Nous ne devons pas être dépourvus de moyens de réaction, de puissance, d’organisation économique dans la mondialisation telle qu’elle se construit. » (28 juin 2016 à Paris).


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À 47 ans, Bruno Le Maire est sans doute le responsable politique de l’opposition républicaine le plus doué et le plus ambitieux de sa génération, alors qu’on aurait pu imaginer que c’était Jean-François Copé. Ayant affronté (courageusement) Nicolas Sarkozy dans la bataille de la présidence de l’UMP en automne 2014 (il a été soutenu par 29,2% des adhérents le 29 novembre 2014), il a désormais constitué une véritable écurie à sa dévotion, avec des militants dédiés, recrutant bien au-delà des rangs LR (par exemple, le député radical Yves Jégo, vice-président de l’UDI, après un démarrage de carrière dans un sarkozysme aveugle, s’est rallié à lui le 13 septembre 2015 dans une déclaration au "Journal du dimanche").

Même s’il n’a pas l’allure d’un "crâne d’œuf", il est particulièrement cérébral et il est une grosse tête qui cherche à ne pas trop l’avoir (son contact est facile et familier). Il a eu en quelques sortes trois "parrains" en politique.

Lorsqu’il fut étudiant en préparation littéraire, il a eu comme prof… un futur ministre devenu académicien, Xavier Darcos, qui l’avait en cours pendant sept heures par semaine sans compter les cours de latin. Xavier Darcos avait compris tout de suite qu’il ferait de la politique. Après avoir passé l’agrégation de lettres modernes (major) en sortie de Normale Sup, Bruno Le Maire a commencé une thèse de doctorat sur la statutaire chez Proust mais son directeur de thèse, Jean-Yves Tadié, lui a dit qu’il n’était certainement pas fait pour l’enseignement et la recherche car il s’ennuierait rapidement, ce qui était vrai.

Bruno Le Maire est alors passé à l’IEP Paris puis l’ENA d’où il est ressorti parmi les dix premiers, et a choisi la diplomatie, à la Direction des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement du Ministère des Affaires étrangères. C’était juste après la dissolution de 1997 et l’Élysée était en berne, sous la (troisième) cohabitation. Il y avait alors peu de monde en 1998 pour aller voir Dominique de Villepin, le Secrétaire Général de l’Élysée et à l’origine de cette dissolution calamiteuse. Bruno Le Maire a ainsi commencé une collaboration ("bénévole", a-t-il précisé) avec Dominique de Villepin, ce dernier étant capable de lui demander des notes de synthèse sur certains pays pour le lendemain…

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Lorsque Dominique de Villepin fut nommé au Quai d’Orsay en 2002, c’était donc naturel de découvrir dans son cabinet Bruno Le Maire, conseiller politique et responsable de ses discours. Il a notamment collaboré au fameux discours du 14 février 2003 à l’ONU pour éviter la guerre en Irak. Il a suivi Dominique de Villepin dans ses différentes responsabilités ministérielle pendant tout le second mandat de Jacques Chirac, jusqu’à devenir, du 12 juillet 2006 au 15 mai 2007, son directeur de cabinet à Matignon, une des responsabilités essentielles dans les institutions.

À l’approche de 2007, Bruno Le Maire a finalement été atteint par le virus de la politique et est devenu lui-même homme politique… à son compte. Son troisième mentor fut Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale qui venait d’être nommé Président du Conseil Constitutionnel et qui lui a laissé sa circonscription à Évreux. Il fut élu avec 58,3% des voix (et plus tard réélu au même niveau). Depuis le 17 juin 2007, Bruno Le Maire est ainsi député de la 1e circonscription de l’Eure, plutôt apprécié par les habitants de sa circonscription qu’il rencontre et écoute régulièrement.

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Il a été aussi élu conseiller régional de Haute-Normandie du 22 mars 2010 au 4 janvier 2016 (en mars 2010, il a échoué à reprendre la présidence du conseil régional aux socialistes) et a fait activement la campagne régionale pour faire élire Hervé Morin à la tête de la Normandie unifiée (on voit ainsi qu’il sait se faire apprécier des centristes malgré parfois un discours très musclé sur l’immigration). Il a par ailleurs échoué aux municipales à Évreux en mars 2014.

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Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il fut nommé au gouvernement (pas immédiatement), d’abord Secrétaire d’État aux Affaires européennes du 12 décembre 2008 au 23 juin 2009, puis Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire du 23 juin 2009 au 10 mai 2012 (il a failli être nommé Ministre de l’Économie et des Finances le 29 juin 2011 pour succéder à Christine Lagarde mais François Baroin a finalement obtenu le poste).

La "bande à Copé" qui n’a probablement jamais existé (pas plus que la "bande à Léo" en son temps), a complètement éclaté après l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012, en raison des ambitions très affirmées de chacun : Jean-François Copé président de l’UMP puis candidat à la primaire LR sans beaucoup d’espoir, Bruno Le Maire à son compte pour essayer de prendre la succession un peu plus tard, Luc Chatel revenu auprès de Nicolas Sarkozy, François Baroin de même (il serait le Premier Ministre de Nicolas Sarkozy si ce dernier revenait à l’Élysée), après avoir pris la présidence des maires de France et un siège de sénateur, Valérie Pécresse à la présidence du conseil régional d’Île-de-France pour y apporter toute son énergie, Laurent Wauquiez à la présidence de Rhône-Alpes-Auvergne, etc.

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Loin de reprendre le principe d’une carrière politique interminable, Bruno Le Maire a prôné un certain nombre de principes éthiques qu’il s’est appliqué à lui-même : il a démissionné de la fonction publique le 3 octobre 2012 (malgré une position très confortable) ; il a également annoncé qu’il ne resterait pas trop longtemps député (il est pour la limitation à trois mandats parlementaires). Il est aussi l’auteur de huit livres, pas seulement des essais politiques, l’un retrace la vie du grand chef d’orchestre autrichien Carlos Kleiber et ce livre faisait partie des finalistes du prix Femina 2012.

Dans certains sondages, Bruno Le Maire dépasserait François Fillon pour la primaire LR. S’il devait y avoir une surprise (qui bouleverserait le duel attendu entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé), ce serait sans doute Bruno Le Maire qui la créerait en impulsant un vent de nouvelle génération. Il est d’ailleurs clair que sa détermination est sur du long terme, 2017, ou 2022 éventuellement, mais il est décidé à concourir dans la cour des très grands.

C’est dans ce contexte qu’aux côtés d’autres présidentiables, Bruno Le Maire a pris part le 28 juin 2016 au débat sans vote sur l’un des événements majeurs de l’année, à savoir le Brexit. J’y reviendrai plus précisément un peu plus tard, mais il est ici question d’évoquer l’intervention de Bruno Le Maire.

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Il l’a commencée en bon disciple de Dominique de Villepin dont il a probablement contribué à rédiger le discours du 14 février 2003 au Conseil de sécurité de l’ONU à New York, qui contenait cette phrase restée dans les mémoires : « Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. ».

En effet, son propre discours a démarré ainsi : « La vieille Europe est morte jeudi dernier [23 juin 2016] à Londres. Une nouvelle Europe  peut naître : cela ne dépend que de nous, de nous tous ici et de la France. ».

Après avoir commenté à chaud sur l’importance de consulter aussi le peuple français sur l’Europe (le 24 juin 2016), Bruno Le Maire a évoqué l’idée d’un nouveau traité : « Il faut (...) ouvrir rapidement une négociation pour signer un nouveau traité qui permette de réinventer le projet européen conformément à nos intérêts à nous, Français, et conformément à l’idée que nous nous sommes toujours faite de la construction européenne. ».

Il a considéré que tout devait rester basé sur l’entente franco-allemande : « Cette négociation doit évidemment commencer avec Berlin car rien de grand ne se fait en Europe sans un accord entre la France et l’Allemagne. C’est parce que nos deux pays sont si différents qu’un accord entre eux permet de trouver un compromis entre les vingt-huit États membres de l’Union européenne. » [Il aurait dû cependant parler de vingt-sept États et pas vingt-huit].

Parmi ses priorités de refonte de l’Europe, avec un brin de démagogie : « La question des institutions européennes, devenues illisibles à force de bureaucratie. Nous ne pouvons pas demander des efforts ici et réduire les effectifs dans la fonction publique française tout en laissant Bruxelles recruter toujours plus de fonctionnaires européens. ».

Et enfin, la nécessité de faire ratifier ce nouveau traité par référendum : « Une fois que ce traité aura été négocié, soyons clairs, ce ne sera pas une affaire de mois mais d’années si nous voulons reconstruire sur des bases solides, il faudra le soumettre au vote des Français par la voie du référendum. (…) L’Europe de demain devra se faire avec l’assentiment des peuples. N’ayons pas peur des peuples pour construire l’Europe ou les peuples se vengeront de la construction européenne. ».

Notons que ce référendum proposé n’aurait rien à voir avec le Brexit : il s’agit de choisir entre le statu quo et un projet très précis de nouveau traité européen. Pas entre le statu quo et l’idée très imprécise et diversement interprétable de sortie de l’Union Européenne (ce 4 juillet 2016, l’un des promoteurs du Brexit, Nigel Farage, a abandonné ses fonctions politiques à l’UKIP ; après le renoncement de Boris Johnson le 30 juin 2016, on voit que ceux qui ont fait campagne pour le Brexit n’ont aucune volonté d’assumer concrètement la sortie de leur pays, bonjour le sens des responsabilités !).

Pour justifier l’utilisation du référendum, Bruno Le Maire a parlé de déficit de démocratie en oubliant toutefois le référendum sur le Traité de Maastricht : « L’Europe de 1957 s’est faite sans les peuples. C’était la méthode de Monnet et de Schuman : on négocie dans les couloirs et on ne consulte pas les peuples. Puis l’Europe s’est faite contre les peuples : en 2005, lorsque le peuple français a voté "non", au lieu d’écouter ses inquiétudes, on l’a méprisé et on a continué d’avancer dans la construction européenne. ». Une telle tirade est assez démagogue de sa part, car il était justement membre du gouvernement responsable des Affaires européennes lorsque le Traité de Lisbonne venait d’être ratifié !

Il a évoqué ensuite à la fois Charles De Gaulle et François Mitterrand : « À ceux de mes amis gaullistes qui douteraient de l’intérêt du référendum, je veux dire que c’est le Général De Gaulle qui a inscrit cette possibilité dans la Constitution ; à tous mes amis socialistes qui seraient dans le même cas, je rappelle la phrase prononcée par Mitterrand à l’occasion du référendum de 1992 : "l’Europe n’est pas ma propriété, elle est celle des Français". C’est bien parce que l’Europe n’est pas notre propriété mais celle du peuple français que, le moment venu, quand un traité permettant d’impulser une nouvelle orientation à l’Europe aura été négocié, il faudra donner la parole aux Françaises et aux Français. ».

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Le Premier Ministre Manuel Valls s’est alors permis de lui répondre (alors que son interlocuteur avait déjà quitté l’hémicycle) : « On ne peut pas dire, comme l’a fait Bruno Le Maire (…), que l’Europe s’est construite contre les peuples : il me semble que c’est un raccourci, voire une contrevérité quant aux origines de la construction européenne, qui sont beaucoup plus complexes que cela. On ne saurait la réduire à l’action de Schuman et Monnet et un tel raccourci est étonnant de sa part ! Le choix principal, qui renforce profondément la construction européenne, a été le fait de De Gaulle et d’Adenauer sur la base de ce qui avait été entrepris sous la Quatrième République. Ce choix fondamental fait alors par la France et l’Allemagne l’a été, me semble-t-il, en résonance complète avec les peuples, et même d’ailleurs s’il l’avait été contre leur avis, ils auraient eu raison de dépasser ainsi l’antagonisme qui opposait ces deux pays car si nous sommes un espace de civilisation et si l’Europe a une âme, nous ne devons pas oublier que cette civilisation a été, au XXe siècle, capable du pire, jusqu’à l’horreur. » (28 juin 2016).

Un débat populaire sur l’Europe semble de toute façon nécessaire. Il se fera en premier lieu avec la campagne présidentielle qui démarrera très rapidement après l’été avec les deux primaires (LR et PS), puis l’élection présidentielle elle-même, et je me réjouis que l’Europe arrive enfin en thème présidentiel.

Il se fera en second lieu peut-être après la négociation d’un nouveau traité, mais comme je l’ai indiqué précédemment, je suis partisan d’un référendum de mandat de négociation : quel nouveau traité le gouvernement français devrait négocier en Europe ? Cela me paraîtrait la meilleure méthode pour respecter la volonté du peuple : pas le "tout ou rien" de la roulette russe, mais le "que voulons-nous ?" plus à l’écoute du peuple français et nécessairement, plus constructif…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
Verbatim intégral du débat parlementaire sur le Brexit (le 28 juin 2016).
Tribune de Jean-Christophe Lagarde (24 juin 2016).
L’Europe n’est pas un marché.
Nouveaux leaders.
Dominique de Villepin.
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici (14 novembre 2011).
Remaniement ministériel du 29 juin 2011.
Peuple et populismes.
Le Brexit.
Jean-Claude Juncker, premier Président de la Commission Européenne issu des urnes.
La France des Bisounours à l’assaut de l’Europe.
L’Europe, c’est la paix.
Le Traité de Maastricht.
Le Traité constitutionnel européen (TCE).
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.
Le référendum alsacien.
Nuit Debout.
Démocratie participative.
Vote électronique.
Monde multipolaire.

_yartiLeMaireBruno20160628A03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160628-bruno-le-maire.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bruno-le-maire-et-le-brexit-pour-182589

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/07/05/34033744.html


 

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