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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 06:32

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester. »

(Martin Nielmöller, pasteur et théologien allemand déporté à Dachau)




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Le nouvel attentat islamiste commis dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, le mardi 26 juillet 2016, renforce la stupeur, la peur et la colère, seulement quelques jours après l’attentat de Nice. Le père Jacques Hamel, vieux prêtre de 85 ans qui faisait les messes pendant la période estivale, a été assassiné par deux terroristes qui ont été ensuite tués par les forces de l’ordre.

Il a été déclaré martyr et de nombreux recueillements ont eu lieu le lendemain, pas seulement en France (le principal a eu lieu à Notre-Dame-de-Paris en présence de toute la classe politique, de François Hollande à Nicolas Sarkozy en passant par François Bayrou, Valéry Giscard d’Estaing, Manuel Valls, Emmanuel Macron, Claude Bartolone, Gérard Larcher, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve, etc.) mais aussi dans le monde entier, en particulier au Vatican et à Cracovie où se tiennent les Journées mondiales de la jeunesse du 25 juillet au 01er août 2016. Certains voudraient même que le pape François le déclare immédiatement "saint".

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Cette nouvelle épreuve, hélas, ne sera probablement pas la dernière. C’est la première fois en France depuis le massacre de Vendée, sous la Révolution, qu’un prêtre a été assassiné en raison de sa qualité de prêtre. Le père Jacques Hamel croyait lui-même à la capacité de bon voisinage entre les religions et la paroisse avait même cédé une partie de son terrain aux musulmans de la commune pour leur mosquée.

Hélas, les polémiques, comme à Nice, ne manqueront pas de faire jour, même si je considère que les discussions doivent se faire à froid, après un nécessaire temps de deuil, par simple respect des victimes et proches des victimes. L’un des terroristes aurait en effet été un "radicalisé énervé" qui aurait mérité sans doute toute l’attention des autorités publiques.

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Avant cet attentat dans l’église normande, le 24 juillet 2016, est paru dans le "Journal du dimanche" un sondage IFOP qui proclamait que 67% des sondés étaient favorables à un gouvernement d’union nationale pour affronter cette crise du terrorisme islamiste. On pourrait croire que c’est beaucoup (les deux tiers), mais le 10 janvier 2015, après les attentats de "Charlie Hebdo", les sondés étaient à 97% favorables à une telle union nationale dont les partisans, au fur et à mesure que les attentats se commettent, sont de moins en moins nombreux.

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Les polémiques concernant la sécurité à Nice, entre un Bernard Cazeneuve autosatisfait et un Christian Estrosi bien imprudent d’avoir tant vanté son système de vidéosurveillance en janvier 2015 (rappelons que, aujourd’hui, s’il n’est plus maire de Nice pour cause de cumul avec la présidence du conseil régional de PACA, il est encore le président de l’agglomération de Nice et le premier adjoint au maire de Nice avec beaucoup de délégations dont celle de la sécurité), sont en partie la cause de l’effritement de cette envie d’union nationale.

Il est pourtant nécessaire qu’il y ait un réel débat politique sur les mesures à prendre pour que d’autres attentats soient évités dans le futur, et ce débat est évidemment très périlleux puisqu’il faut également préserver les principes de l’État de droit et de la démocratie, y compris de liberté et de discrétion de la vie privée. Je ne suis pas convaincu que François Hollande soit le plus apte à amorcer un tel débat de manière constructive et efficace.

En revanche, il n’est plus étonnant de l’entendre parler de "communauté catholique" qui serait touchée avec l’assassinat de ce malheureux prêtre. Bien sûr que non que ce n’est pas la "communauté catholique" qui a été touchée le 26 juillet 2016 dans la banlieue de Rouen. C’est toute la communauté nationale et même bien plus (la réaction des médias étrangers le prouve), c’est toute la communauté humaine qui a été touchée. Au même titre que la fusillade sanglante d’Orlando n’était pas une atteinte à la "communauté gay" mais à la communauté humaine toute entière.

Il faut même blâmer ceux qui professent, comme l’exécutif français actuel, l’unité nationale (c’est son rôle évidemment) mais qui n’ont rien compris : en divisant la communauté nationale en supposées communautés religieuses ou communautés sexuelles, ils sont eux-mêmes porteurs de divisions et mettent en danger la cohésion nationale et le "vivre ensemble" dont ils se font pourtant les premiers défenseurs.

Le pasteur Martin Nielmöller l’a très bien écrit, lui qui fut arrêté et déporté à Dachau par les nazis : même si l’on croit qu’on n’est pas impliqué, on le sera un jour ou l’autre. Il n’y a pas de négociations à avoir avec ce totalitarisme-là, sauf à recommencer l’erreur des accords de Munich (du 30 septembre 1938) : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » (Winston Churchill à Neville Chamberlain).

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Depuis un an et demi, on a l’impression de revivre une perpétuelle ronde devenue un rituel bien rôdé. Pourtant… Les attentats de janvier 2015 ne ciblaient pas des caricaturistes ou des consommateurs juifs, mais des humains. Les attentats du 13 novembre 2015 ne ciblaient pas des adorateurs de rock ou des clients de restaurants, mais des humains. L’attentat du 14 juillet 2016 ne ciblait pas les spectateurs vacanciers de feu d’artifice, mais des humains (84 morts dont 10 enfants et 5 blessés dont le pronostic vital est encore engagé au 28 juillet 2016 : il n’y a plus aucune distinction parmi les victimes, mais il n’y en a jamais eu aucune). L’attentat du 26 juillet 2016 n’a pas plus ciblé un prêtre que des humains à travers lui. C’est de vivre que ces terroristes semblent reprocher à leurs victimes. Vivre. Parce qu’ils évoluent eux-mêmes dans une culture de la mort.

Je me suis limité à la France, mais il faudrait évidemment étendre cette réflexion non seulement à l’Europe (l’Allemagne vit également, en même temps, une vague d’attentats islamistes) et au monde entier (les statistiques sont déconcertantes dans certains pays, souvent musulmans). En France, il aurait fallu aussi commencer la réflexion avec les assassinats commis par Merah en mars 2012 (contre des militaires, contre des enfants juifs).

Après l’émotion sans cesse renouvelée par ces épreuves terribles, la question est de se demander comment réduire encore plus que maintenant le champ des possibles des candidats à de nouveaux assassinats.

Certaines propositions paraissent raisonnables, d’autres complètement inefficaces voire loufoques mais qui surfent sur une mode électoraliste. Un candidat à la primaire LR, Geoffroy Didier, dont j’apprécie peu le positionnement proche de l’ultra-droite, a cependant suggéré le 27 juillet 2016 une idée qui mériterait qu’elle soit creusée.

Certes, il s’agit de limiter la liberté d’expression et la mondialisation des moyens de communication pourrait aisément la contourner. Il s’agirait de ne plus donner de notoriété aux individus qui commettent les attentats terroristes. Cela signifierait notamment ne plus publier leurs noms, ni leurs photos, ni interviewer leurs proches.

Bref, éviter d’en faire des héros posthumes, ceux dont on parlerait plus que des victimes : « Je propose d’anonymiser les terroristes pour les empêcher d’accéder à une gloire post-mortem susceptible de créer un effet de mimétisme. Concrètement, je souhaite que l’autorité judiciaire et l’ensemble des médias s’engagent à ne plus dévoiler le nom et l’identité visuelle des terroristes. Tout détail risquant de contribuer à en faire des modèles devra être proscrit. Seuls leur nationalité, leur mode de radicalisation et leurs antécédents judiciaires pourront être rendus publics au nom de la vérité due aux Français. » (Geoffroy Didier).

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a émis le même genre de réflexion : « Je pense qu’il faut que nous nous interrogions si, par exemple, la médiatisation, excessive, qui est faite autour de ça n’est pas un facteur aggravant parce que c’est "Enfin on peut parler de moi, je suis quelqu’un". ».

Évidemment, une telle mesure est dérisoire face à la détermination de certains esprits terroristes. Ne pas faire de publicité sur les terroristes, en faire sur les victimes. Faisons-le donc rapidement ici pour cet attentat en Normandie. Jacques Hamel est né le 30 novembre 1930. Il fut ordonné prêtre le 30 juin 1958. Il a officié comme prêtre (parfois curé) dans plusieurs paroisses autour de Rouen. Il était impliqué, avec l’imam local, dans le dialogue interreligieux comme membre d’un comité interconfessionnel fondé en réaction aux attentats de janvier 2015.

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D’autres idées peuvent germer. Celle de rétablir la peine de mort. À ceux qui en seraient tentés, je leur dis tout net : ne perdez pas d’énergie avec un tel débat, les terroristes ont intégré bien au-delà de ce que vous pouvez imaginer leur propre mort. Ils veulent justement entraîner le plus de monde possible dans cette descente aux enfers. La peine de mort serait à la fois inutile (très peu de terroristes survivent à leur attentat), et de toute façon, complètement inefficaces puisqu’il n’ont aucun effet dissuasif : s’ils survivent à leur attentat, c’est surtout par hasard !

En revanche, vouloir instruire la population française des manières de réagir à cette nouvelle guérilla urbaine serait peut-être pertinent. Un peu comme cela peut se passer avec la population israélienne. Par exemple, on pourrait imaginer, même si ce serait forcément très coûteux, que tous les citoyens "valides" (avec une définition de ce mot, en incluant une limite d’âge) seraient dans l’obligation de recevoir une formation de x jours ou semaines où ils apprendraient d’abord le secourisme (le secourisme devrait être généralisé en dehors des préoccupations antiterroristes), ensuite des méthodes pour agir ou réagir face à une agression terroriste.

Certains imaginent aussi d’armer un certain nombre de citoyens assermentés (et formés) qui seraient présents dans chaque rassemblement (mais une messe avec quatre fidèles correspondrait-il à un rassemblement "risqué" ?). Le risque serait la diffusion incontrôlée d’armes : rappelons que l’auteur de l’attentat d’Orlando était lui-même un agent de sécurité.

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On ne peut évidemment pas se contenter de ce que l’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun, a proposé comme réaction : « L'Église catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes. Je laisse ici [à Cracovie] des centaines de jeunes qui sont l'avenir de l'humanité, la vraie. Je leur demande de ne pas baisser les bras devant les violences et de devenir des apôtres de la civilisation de l'amour. » (26 juillet 2016).

Pour un pouvoir politique, de tels mots seraient un constat d’impuissance tellement fondamental qu’il faudrait remettre en cause sa légitimité à gouverner. Mais le gouvernement, en dehors de mots incantatoires, a-t-il d’autres ressorts contre les prochains attentats que de dire au peuple français : "préparez-vous, ça va encore frapper !" ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160726-jacques-hamel.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/polarisations-communautaires-183317

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/07/30/34129289.html

 

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