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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 06:35

« Aller à Berlin, c’est accepter une sorte de complicité avec les bourreaux, c’est river les fers aux pieds des victimes, et c’est couvrir leurs plaintes que de chanter en chœur, avec le maître du Reich, l’hymne à la gloire du sport. » (un député communiste français le 9 juillet 1936, à l’Assemblée Nationale).



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Il y a quatre-vingts ans, le samedi 1er août 1936, la "Marche d’hommage" de Richard Wagner fut interprétée devant cent mille spectateurs réunis au Stade olympique de Berlin. Adolf Hitler, Chancelier et Führer de l’Allemagne nazie, fit alors son entrée triomphale, acclamé par la foule qui se leva et le salua en levant les bras.

Comment en est-on arrivé à cela, à peine deux mois après l’arrivée au pouvoir de Léon Blum dans le pays voisin ? Berlin fut choisi pour organiser les jeux olympiques de 1936. Le choix avait été fait avant l’arrivée au pouvoir des nazis, presque deux ans avant, le 26 avril 1931. Lors de sa 29e session à Barcelone, le Comité international olympique (CIO) avait pris cette décision, dès le premier tour, avec 43 voix pour Berlin contre 16 voix pour Barcelone (sur 59 votants). Ces décideurs ne pouvaient pas imaginer, malgré la grave crise économique qui avait dévasté les États-Unis et l’Europe, que le danger allait venir de l’Allemagne.

Et pourquoi Berlin était candidat ? Parce que Berlin avait été choisi par ce même comité réuni en mai 1912 à Stockholm pour accueillir les jeux olympiques de 1916. Il l’avait préféré à Cleveland, Amsterdam, Budapest et Alexandrie. Un stade national, avec une capacité de 33 000 places, fut construit à Berlin et inauguré le 8 juin 1913. Les organisateurs ne stoppèrent pas leur programme lors du début de la Première Guerre mondiale, pensant qu’elle serait de courte durée, mais finalement, durent annuler les jeux un peu plus tard.

Il y avait donc une dette morale en faveur de Berlin pour rattraper l’annulation de 1916. On reste toutefois étonné (même si c’est évidemment très facile de le dire avec le recul historique) que la capitale d’un des pays belligérants fût choisie à l’issue du Traité de Versailles alors que les rancœurs étaient nombreuses entre l’Allemagne et la France. L’idée était justement de célébrer l’Allemagne redevenue "normale" et pacifique, tandis que Pierre de Coubertin (qui est mort le 2 septembre 1937) et le CIO se méfiaient des républicains espagnols  (d’où le rejet de la candidature de Barcelone).

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Le stade de 1913 servit à des championnats allemands de football avant d’être détruit par les nazis en 1934 pour construire l’actuel stade olympique de Berlin, beaucoup plus grand, d’une capacité de 75 000 places assises. Hitler voulait tout voir et faire en grand car considérait que les jeux olympiques de Berlin devaient être l’occasion d’une propagande nazie à l’échelle mondiale.

Certains ont appelé au boycott de ces jeux, pour protester contre l’antisémitisme prôné par les dirigeants nazis. Partout aux États-Unis et en Europe, des manifestations et des pétitions ont voulu faire pression pour un tel boycott. Des jeux "alternatifs", les "Olympiades populaires", furent organisés à Barcelone et auraient dû avoir lieu du 19 au 26 juillet 1936 pour faire concurrence aux JO de Berlin, jeux décidés en février 1936 par les républicains espagnols, mais le soulèvement de Franco à partir du 18 juillet 1936 en a empêché le déroulement.

La position de la France était assez ambiguë. Le Front populaire encouragea la participation d’athlètes français aux Olympiades de Barcelone. Léo Lagrange, le Sous-Secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs, assista aux épreuves de qualifications de ces Olympiades particulières à Paris le 4 juillet 1936. Ce dernier ainsi que Pierre Cot, le Ministre des Transports, et André Malraux ont soutenu vigoureusement la participation de la France à ces Olympiades de Barcelone.

Les communistes français furent farouchement opposés à la participation de la France aux JO de Berlin. Léon Blum refusa cependant le financement par l’État des charges des joueurs pour Barcelone, et initia un débat parlementaire suivi d’un vote sur la participation de la France aux JO de Berlin. Le 9 juillet 1936, les partis républicains votèrent en faveur de la participation à Berlin et les partis du Front populaire, étrangement, y compris les communistes, se sont abstenus, sauf Pierre Mendès France qui vota contre.

Les joueurs français sont arrivés à Barcelone le 18 juillet 1936 le jour du soulèvement franquiste. Dès le lendemain, Léon Blum leur donna l’ordre de revenir immédiatement en France et affréta deux paquebots pour les rapatrier mais tous ne sont pas revenus à cette occasion, préférant rester sur place pour combattre le franquisme.

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Finalement, peu de pays ont boycotté les JO de Berlin qui furent donc une fête totalement dédiée à Hitler. Les affiches et journaux antisémites furent d’ailleurs bannis de Berlin pour laisser croire que l’Allemagne était un pays pacifique et tranquille. 49 pays participèrent à ces JO dont les États-Unis, la France, le Canada, le Japon, le Brésil, l’Argentine, l’Égypte, la Grèce, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Inde britannique, la Turquie, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Australie, etc.

Après la diffusion d’un message de Coubertin : « L’important aux jeux olympiques n’est pas d’y gagner, mais d’y prendre part ; car l’essentiel dans la vie n’est pas tant de conquérir que de bien lutter. », Hitler déclara ouverts les JO et laissa entrer la flamme olympique. C’est à cette date que la cérémonie d’ouverture donna place à la flamme olympique et qu’un événement fut retransmis en direct à la télévision. Je recommande d’ailleurs un numéro de la série documentaire assez courte d’Arte sur le sujet : "Mystère d’archives".

Durant le défilé d’ouverture, les délégations grecque, canadienne, française et italienne firent le salut olympique à leur passage devant Hitler, un salut qui aurait pu être assimilé au salut nazi. La plupart des autres délégations ont évité ce salut pour éviter toute ambiguïté et se sont juste découvert la tête.

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Paradoxalement, l’athlète qui acquis le plus de renommée fut le sprinteur noir Jesse Owens qui fut, du 3 au 9 août 1936, quatre fois médaillé d’or à Berlin pour les épreuves du 100 mètres, du 200 mètres, du saut en longueur et du relais 4 fois 100 mètres (dont trois records du monde battus). Il n’a cependant pas eu beaucoup de considération dans son propre pays, les États-Unis.

Alors que Hitler avait décidé de ne saluer aucun athlète pour rester neutre, Jesse Owens a affirmé qu’il avait reçu des égards de la part de Führer : « Hitler ne m’a pas snobé, c’est Roosevelt qui m’a snobé. », car Franklin Roosevelt, occupé par sa réélection, avait refusé de recevoir l’athlète à son retour aux États-Unis pour ne pas s’attirer les foudres des électeurs ségrégationnistes. Jesse Owens aurait salué Hitler et une photo de cette rencontre aurait été prise mais jamais publiée. L’athlète raconta dans son autobiographie : « Quand je suis passé devant le Chancelier, il s’est levé, a agité la main vers moi, et je lui ai fait un signe en retour. Je pense que les journalistes ont fait preuve de mauvais goût en critiquant l’homme du moment en Allemagne. ».

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Après avoir réalisé notamment "La folie des grandeurs", le cinéaste Gérard Oury a réalisé le film "L’as des as", sorti le 27 octobre 1982, qui met en scène Jean-Pierre Belmondo, entraîneur de boxe, dans ce contexte particulier des jeux olympiques à Berlin en 1936, avec l’objectif de sauver une famille juive.

En tout, 3 967 athlètes (dont 335 femmes) ont participé aux jeux olympiques à Berlin en 1936. Sur les 129 épreuves, l’Allemagne a été la grande gagnante avec 89 médailles dont 33 médailles d’or, suivie des États-Unis avec 56 médailles dont 24 médailles d’or.

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Ce vendredi 5 août 2016, c’est à Rio de Janeiro que s’ouvriront les jeux de la XXXIe Olympiade de l’ère moderne. Rio de Janeiro, choisi le 2 octobre 2009 lors de la 121e session du Comité international olympique à Copenhague, avait été candidat à l’organisation des jeux de 1936, comme Rome, Helsinki, Dublin, Lausanne, Alexandrie, Istanbul, Buenos-Aires, Cologne, Nuremberg et Francfort, mais seuls Barcelone et Berlin avaient été présélectionnés.

Par la décision du tribunal arbitral du sport de Lausanne le 21 juillet 2016, confirmant la décision de la Fédération internationale d’athlétisme, les 68 athlètes russes seront absent des jeux olympiques de Rio à cause d’un scandale de grande ampleur de dopage. Espérons néanmoins que ces jeux seront avant tout du sport et pas de la politique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er août 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Berlin.
Les jeux olympiques de Berlin en 1936.
Les jeux olympiques de Londres en 2012.
Football.
Léon Blum.
Hitler.
Franco.
Antisémitisme.


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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160801-jo-berlin-1936.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/jeux-olympiques-a-berlin-il-y-a-80-183084

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/08/01/34106031.html




 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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